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SECTION I : LA POLITIQUE DE FIXITE DU TAUX DE CHANGE ET SON MECANISME DE FONCTIONNEMENT AU SEIN DE L’UMOA

PARAGRAPHE I : CARACTERISTIQUE DE LA ZONE FRANC CFA ET LES OBJECTIFS DE LA POLITIQUE DE CHANGE

La zone franc CFA(14) englobe l’UEMOA, la Communauté Economique et
Monétaire de l’Afrique Centrale (CEMAC(15)) et les Comores. Ces trois zones
possèdent des banques centrales. Le Franc CFA est une organisation financière et
monétaire, sous la tutelle de la France, qui s’appuie sur des institutions africaines, la
BCEAO pour l’UEMOA ; la BCEAC pour la CEMAC et la Banque Centrale des
Comores (BCC) pour les Comores. Le franc CFA repose sur quatre grands principes
que voici :

– centralisation des reverses de change au trésor public français ;
– fixité de la parité franc CFA/FF (maintenant, il s’agit du franc CFA/ Euro) ;
– libre convertibilité du Franc CFA à l’Euro ;
– libre circulation des capitaux entre la France et les pays africains de la zone
Franc (PAZF).

A ces principes s’ajoute-le contrôle des flux de devise, la liberté de transfert
des signes monétaires, l’adoption d’une réglementation commune de change.

Remarquons que le strict contrôle des flux de devises (entrants et sortants) permet
de surveiller leurs incidences sur l’inflation et sur le mouvement global des capitaux.

Notons que, la liberté de transfert des signes monétaires était à l’origine de la
création de la zone Franc. A ce jour, ce principe a été abrogé car les banques
centrales n’acceptent plus que la monnaie de la Banque de France et non celles
émises par les autres banques centrales soeurs. Cette suppression de convertibilité,
fut instaurer au lendemain des fuites de capitaux observé au sein des zones
monétaires et cette mesure empêche la spéculation.

Quant au principe de libre convertibilité du Franc CFA et la libre circulation des
capitaux ; il est à souligner qu’il s’applique aux PAZF et à la France puis
inversement. Toutefois il ne concerne pas les échanges entre les trois zones du
système CFA. Ce principe facilite les investissements français en Afrique, le
rapatriement des capitaux, la fuite des capitaux de l’Afrique vers la France et
l’importation par la France des matières premières. Dans ce schéma, l’idée selon
laquelle le Franc CFA, entrave l’intensification des échanges intra- zone ne peut être
réfutée [Koulibaly, (2008)]. A ces principes cardinaux, s’ajoute la participation
française aux instances de direction des banques centrales.

A- Caractéristiques et mécanismes de fonctionnements de la politique de change dans l’UMOA

I- Caractéristiques

L’accord de coopération monétaire entre la France et les pays de l’UEMOA a
été signé à Dakar le 4 Décembre 1973. Cet accord fixe le cadre général de la
coopération économique et financière entre la France et les pays de l’UEMOA. Les
caractéristiques principales de cette union monétaire sont les suivantes :

– la parité entre le franc CFA et le franc français est fixe ;
– les avances de la BCEAO aux Trésors nationaux sont limitées à 20% des
recettes fiscales de la dernière année ;
– les réserves en devises étrangères sont centralisées par la BCEAO; chaque
pays est tenu de céder à celle-ci jusqu’à 65%(16) de ses devises étrangères ;
– les réserves de change de la BCEAO sont déposées dans un compte d’opération
ouvert auprès du Trésor français ;
– le Trésor français s’engage à mettre à la disposition de la BCEAO les quantités
de devises dont elle aurait besoin en cas de difficulté.

II- Mécanismes de fonctionnement de la politique de change

La politique de change de l’UEMOA est axée sur les principes issus des
accords entre la France et les PAZF tels que décrit plus haut. Toutefois, pour les
objectifs de cette étude, nous allons nous focaliser sur deux principes de
fonctionnement du Franc CFA. Il s’agit du principe de la centralisation des réserves
de change via compte d’opération et la parité fixe entre le Franc CFA / l’euro, qui
constituent en fait les deux principes touchant à la gestion de la politique de change
de l’UEMOA.

a- Centralisation des réserves de change

La centralisation des réserves de change est la disposition du cadre
institutionnel qui a le plus d’incidence sur les opérations de change. Les Etats de
l’UEMOA s’engagent à réunir 65% de leurs réserves de change dans le compte
d’opération de la BCEAO auprès du Trésor français. Les résidents sont tenus de
domicilier auprès des intermédiaires agréés, les mouvements de capitaux ainsi que
les opérations d’importation et d’exportation des biens et cela par l’intermédiaire des
institutions financières. Chaque Banque Centrale possède un compte d’opération au
Trésor français et doit déposer une partie de ses réserves de monnaie. Ces comptes
d’opération sont rémunérés. Les réserves de change mises en commun sur le
compte d’opérations peuvent être utilisées pour financer le déficit temporaire de
certains membres. L’objectif de l’institution du compte d’opération dans les clauses
du Franc CFA est de permettre aux PAZF de pouvoir financer sans gêne leurs
besoins d’importation des biens et services. Etant donné la domiciliation de leur
Compte d’Opération dans le Trésor français, la France s’engage sans limitation à
mettre à la disposition des PAZF des devises nécessaires pour le financement de
leur besoin d’importation.

a-1 Les enseignements du mécanisme de fonctionnement du compte d’opération de l’UEMOA

Les enseignements sur la pertinence de ce modèle seront tirés de l’analyse
évolutive du solde du compte d’opération, des réserves de change de l’UEMOA
(domicilié au Trésor français) au regard des besoins de financement en biens
d’importations de la zone.

Graphique N° 2: Evolution du solde du compte d’opér ation (CO), des réserves de
change (RC) et du besoin d’importation (BM) de l’UEMOA

Source : réalisé par l’auteur à partir des données de l’estimation (en moyenne pondérée)

La capacité d’intervention d’une Banque Centrale sur le marché des changes pour
soutenir la monnaie qu’elle émet est fonction du volume des réserves de changes
dont elle dispose. Conformément, à l’accord de coopération entre la France et les
PAZF, 65% de leurs recettes d’exportation doivent être versés au Trésor Français et
ceci dans un compte d’opération. Ces fonds placés sur des «comptes d’opérations»,
génèrent des intérêts à chaque fois que leur montant est supérieur aux besoins
d’importation des pays africains concernés. Le graphique ci-dessus mérite quelques
commentaires.

En effet l’on note sur toute la période d’étude que le besoin d’importation en
biens et services de l’UEMOA est quasi au dessus du solde du compte d’opération et
du niveau des réserves de change que dispose l’UEMOA. Ceci montre que la France
ne cesse de financer le déficit des pays de l’UEMOA malgré la dévaluation du Franc
CFA. Toutefois, il est à noter que le concours de la France aux pays de l’UEMOA
s’est accentué dans l’après dévaluation plus qu’il en était à l’avant.

Remarquons de même, que la dévaluation du Franc CFA, de 1994 a eu un
effet positif sur l’ajustement de cet écart, car de 1993 à 1994, il est observé un quasi
équilibre entre le solde du compte d’opération et le besoin d’importation des pays.

Toutefois, son effet a été dissipé très tôt et l’UEMOA s’est replongé dans une
persistance de cet écart. Cette situation donne raison à l’idée selon laquelle la
dévaluation du Franc CFA de 1994, n’a pas pu corriger de manière significative les
grands déséquilibres auxquels sont confrontées ses économies.

En revanche, même si le niveau du compte courant est resté en dessous de
celui des besoins d’importation, les réserves de change de la BCEAO ont doublées
sur la période 1994-2008. Toutefois, il est à noter que de 1992 à 1994, le niveau des
réserves de change de l’UEMOA excède son besoin d’importation. Par contre entre
2002 et 2004, il y a un équilibre entre ceux-ci. Ce qui dénote que l’UEMOA, s’efforce
à rester dans une dynamique d’accumulation des réserves de change. Cette
augmentation des réserves de change repose ainsi sur la performance du secteur
extérieur des pays de la zone. Une telle hausse des réserves de change se justifie
par l’effet induit des annulations de la dette dont la majorité des pays de la région ont
bénéficié.

a-2 Limites du mécanisme de fonctionnement du Franc CFA

Le mécanisme de fonctionnement du franc CFA est sujet à de vives critiques
dans la littérature abordant le choix des régimes de change spécifique aux PED. A la
lumière des nouveaux enjeux de l’économie internationale, Koulibaly (2008), remet
en cause certains dispositifs du fonctionnement du Franc CFA. En effet, d’après le
mécanisme de fonctionnement du compte d’opération, les fonds, placés sur des
«comptes d’opérations» génèrent des intérêts à chaque fois que leur montant est
supérieur aux besoins d’importation des pays africains concernés. La France
rémunère les Banques Centrales en intérêt, après avoir effectués des placements
privés. Le paradoxe, relevé est que la part d’intérêt versée aux Banques Centrales
est comptabilisée dans la rubrique Aide Publique au Développement. En outre, les
effets provoqués par le mécanisme de fonctionnement du franc CFA sont
asymétriques. Les pays les plus dépensiers de la zone Franc peuvent utiliser les
réserves de change des pays qui ont une gestion plus prudente. En outre, notons
également que la facilité d’obtention des devises nécessaires pour leur besoin
d’importation par les PAZF, amène ces pays à ne pas développer les secteurs
productifs pouvant générer des gains de devises [D’ALMEIDA, (1997)].

Toutes ces insuffisances sont considérées comme étant les coûts que
supporte une économie lorsqu’elle est en union monétaire. Toutefois, d’un point de
vue théorique, il est supposé que les gains liés à l’appartenance d’une économie à
une zone monétaire sont toujours supérieurs aux coûts [Krugman (2001)].

b-Parité fixe franc CFA et Euro

Avec l’avènement de l’Euro, en janvier 1999, le franc CFA est désormais
arrimé à l’euro. La valeur du Franc CFA sur les marchés internationaux dépend de
celle de l’Euro. L’évidence de la fixité du CFA est que les PAZF n’ont pas le contrôle
de leur politique de change et sont vulnérables ainsi aux fluctuations des cours
mondiaux. Ce qui rend le niveau des recettes d’exportation des PAZF tributaire à
celui des fluctuations des monnaies internationales. Dans cette logique l’on pourrait
croire que les récurrentes phases de distorsion du TCR de l’UEMOA sont en partie
imputables aux fluctuations de l’Euro face au Dollar et vice versa. Ainsi, l’on ne
pourrait réfuter les critiques apportées aux mécanismes de fonctionnement du Franc
CFA. Dès cet instant et de plus en plus, des voix s’élèvent tant en milieu politique
qu’académique pour remettre en cause ce mécanisme et préconiser un nouveau
rapport entre le Franc CFA et l’Euro [Koulibaly (2008), Ondo Ossa A, (2002)]. En
effet, au regard de l’arrimage du Franc CFA à l’Euro, il est inconcevable de transiter
par le Trésor Français via compte d’opération [Bamba, (1997)]. Par ailleurs, les pays
de la zone Franc CFA notamment l’UEMOA ne pouvant plus intervenir directement
sur le marché international, sont alors vulnérables au risque de change. A cet égard,
l’option d’une parité fixe semble inopportune. Dans une perspective, de prospection
d’un régime de change approprié au PAZF ; et à la lumière des enseignements issus
du choix d’un régime de change, un consensuel semble être acquis au sein des
économistes de la zone. A cet effet, le régime optimal pour les pays africains au sud
du Sahara en général et les PAZF en particulier, qui permettra l’atteinte des objectifs
de politique économique fixés compte tenu des contraintes spécifiques à chaque
pays membre, est le régime de la zone cible [Ondo Ossa, (2002) ; Koulibaly, (2005)].

Ce régime de la zone cible(17) consiste en la mise en place d’une bande de fluctuation
des cours de change autour d’un taux pivot préalablement annoncé ; en général le
taux de change d’équilibre fondamental (TCEF) de moyen terme ; à l’intérieur de
laquelle les TC taux sont libres de varier (Mihigot ,2004). Les principaux avantages
d’une telle option se résument sur trois axes : sa capacité à minimiser la variance du
TC ; à garantir la soutenabilité de la balance des opérations courantes ; la possibilité
de minimiser la volatilité de la production et de maximiser le bien-être. Toutefois quel
que soit le régime de change pratiqué au sein d’une union économique, la politique
monétaire influe sur l’activité économique à travers divers canaux de transmission.

Parmi ces canaux nous avons l’effet de la politique monétaire sur le TCR qui touche
en fait les relations économiques entre l’économie considérée et le reste du monde.

B- Les canaux de transmission de la politique monétaire de la BCEAO sur le TCR

Dans un régime de change fixe, l’autorité monétaire est contrainte par le fait
qu’elle doit défendre la valeur de sa monnaie (contrainte sur la balance des
paiements). Ainsi la politique monétaire d’une zone avec un régime de change fixe
est une politique qui est en général passive.

La littérature distingue plusieurs canaux de transmission de la politique
monétaire sur l’économie. Il s’agit notamment des canaux du taux d’intérêt, des prix
d’autres actifs, du cours des actions, du prix de l’immobilier, du crédit et du taux de
change réel. Pour l’objectif de cette étude, nous nous penchons ici, sur le canal par
lequel la politique monétaire affecte le TCR.

En effet, compte tenu de l’internationalisation croissante de l’économie
américaine et du passage aux TC flexibles, la littérature économique abordant les
relations économiques internationales s’est davantage intéressée à la transmission
de la politique monétaire à travers l’influence des TC sur les exportations nettes. Ce
canal fait également intervenir les effets du taux d’intérêt car la baisse des taux
d’intérêt réels nationaux réduit l’attrait des dépôts nationaux en dollars par rapport
aux dépôts libellés en monnaies étrangères. Ce qui entraîne une chute de la valeur
des dépôts en dollars par rapport aux dépôts en devises, c’est-à-dire une
dépréciation du dollar (TCR). La dépréciation de la monnaie nationale abaisse le prix
des biens nationaux par rapport aux biens étrangers, ce qui se traduit par une
augmentation des exportations nettes (NX ) et donc de la production globale. Ainsi,
le TCR a une influence sur la production (Y ) d’une économie via son impact sur les
exportations nettes.

Par conséquent, le schéma du mécanisme de transmission de la politique
monétaire (M) par le canal du TCR est le suivant :

A la suite d’une politique monétaire expansionniste, le taux d’intérêt réel
diminue ; ce qui stimule les investissements et donc la demande globale. Dans un
second temps, le TCR se déprécie, ce qui se traduit par un accroissement des
exportations nettes ; qui à son tour engendre une augmentation de la production
globale.

Toutefois rappelons que le canal du taux de change fait également intervenir
celui du taux d’intérêt ; du fait de l’internationalisation des économies. Le mécanisme
de transmission se présente comme suit :

 

Ce schéma illustre bien l’effet de la politique monétaire expansionniste sur la
production nationale. En effet, à la suite d’un accroissement de la masse monétaire,
le taux d’intérêt réel baisse. Ce qui stimule les décisions d’investissement des
entreprises mais aussi sur les décisions d’investissement des ménages qui à son
tour entraine une hausse de la production nationale toute chose égale par ailleurs.

PARAGRAPHE II : LES ETUDES EMPIRIQUES DE DETERMINATION DU TAUX DE CHANGE D’EQUILIBRE DANS L’UEMOA

A- Les études sur les pays de la zone Franc CFA

Les motivations résidantes aux études du TCR d’un pays en situation
d’équilibre ou dans une situation de distorsion se justifient pour deux raisons
principales à savoir : la surévaluation persistante de la monnaie considérée comme
un puissant facteur d’alerte à une crise de change [Kaminsky, (1998)] ; les situations
de distorsions du TC récurrentes et prolongées concourent à affaiblir la croissance
économique à moyen et long terme [Edwards, (1999)].

Quelle que soit la définition du TCR utilisé, le TCR d’équilibre est celui qui
permet de réaliser l’équilibre interne et externe d’une économie. Les études
d’Edwards (1989) sur les PED montrent que l’évolution du TCR est étroitement liée
aux politiques macroéconomiques mises en place par les gouvernements et aussi à
l’environnement économique international. L’auteur insiste sur la nécessité de bien
cerner les variables économiques qui sont en interaction avec cet indicateur.
Edwards arrive à la conclusion que les pays qui maintiennent leurs TCR au plus
près de leur niveau d’équilibre sont plus performants que ceux qui enregistrent des
distorsions de leurs TCR.

A la suite de cette étude, les travaux effectués ont renforcé le consensus
général qu’un TCR stable et correctement aligné améliore les performances
économiques des PED. S’inscrivant dans cet ordre d’idée, beaucoup d’études ont
été réalisées sur les données chronologiques. Ces études reposent sur la
cointégration dans l’estimation du niveau d’équilibre du TCR. Au nombre desquelles
l’on peut citer quelques unes.

– L’étude effectuée par Yamb, (2008) révèle que les variables que sont : la
balance courante, l’absorption interne des biens non échangeables, l’ouverture
extérieure, les termes de l’échange, affectent le TCRE de façon différenciée. De
même, les résultats auxquels il aboutit ont permis d’affirmer qu’à l’exception de la
Centrafrique, tous les autres pays de la zone franc se seraient retrouvés en
situation de surévaluation en 1993. L’innovation de cette étude, est qu’elle a
permis d’infirmer, à partir des paramètres estimés des différents coefficients
d’ajustement ( modèle de court terme), l’hypothèse selon laquelle les petits pays
verraient leurs TCR s’ajustés plus rapidement que les grands en cas de choc
extérieur.

– Dans une étude sur la compétitivité et le mésalignement des TCR des
PAZF ; menée par Djoufelkit, (2005 ; 2007), les variables explicatives affectant
significativement le TCRE sont : les termes de l’échange, le ratio mouvement de
capitaux/PIB, dépense publique courante/PIB, service de la dette/PIB, biais de
Balassa et taux d’ouverture de l’économie. La valeur de TCRE est par ailleurs
obtenue en incorporant un effet fixe qui capte l’impact des variables agissant
structurellement sur le niveau d’équilibre tout en étant spécifiques à chacune des
économies considérées. Le calcul de la distorsion du TCR a été évalué par pays
et par référence à une année, supposé refléter un taux de change d’équilibre.

Les résultats montrent que le choix d’une année de référence, supposée année
d’équilibre, a une forte influence sur le niveau de distorsion. En retenant 1998, la
surévaluation est faible par rapport aux distorsions obtenues lorsqu’on considère
les années 1996 et 1994 comme référence dans le calcul du TCRE. Globalement,
cette étude a montré que l’inflation, le taux de croissance économique faible et
des prix relatifs en contradiction avec les objectifs de compétitivité interne et
externe sont les sources des distorsions au sein de la zone Franc CFA.

– Veyrune (2005) a estimé le TCR d’équilibre dans une étude spécifiant le
prix de la fixité dans la Zone Franc CFA. Outre les variables traditionnelles
affectant le TCRE, cette étude a pris en compte l’estimation du coût d’ajustement.

Cette étude révèle que ; la distorsion du TCRE la plus significative est retardée de
quatre années, reflétant ainsi l’inertie du mésalignement du TCR. De même, la
variation des réserves de change n’a aucun impact sur le coût conjoncturel. Il en
est de même du ratio d’ouverture de l’économie. Toutefois, seuls les effets fixes,
effets par nature non identifiés, accroissent significativement l’impact négatif des
distorsions. Si cette étude est novatrice tant dans son approche que dans sa
méthodologie, au regard de l’estimation du coût d’ajustement, l’omission de la
variable compte d’opérations pourrait porter un biais dans la portée de ces
résultats. Il faut noter qu’en vertu de l’accord régissant le fonctionnement de la
Zone Franc CFA, le compte d’opérations permet donc de financer sans coût les
chocs, quel que soit le degré de flexibilité des prix relatifs. Ainsi, ces pays se
trouvent prémunis contre le coût conjoncturel des chocs indépendants. Pour
minimiser le prix de la fixité, les Etats de la zone ont, plus que les autres, intérêt à
limiter le plus possible les chocs suscités qui sont à l’origine de l’inertie des
déviations du TCR [Veyrune, (2005].

– B. Sène (2005) a estimé l’effet du fardeau virtuel de la dette sur le TCR
d’équilibre. Cette étude a été réalisée sur des données en panel avec vingt pays
de l’Afrique subsaharienne (dont la quasi-totalité des pays de l’UEMOA). Le
modèle de NATREX a servi de cadre théorique pour cette étude. L’étude révèle
que, les fondamentaux qui gouvernent l’évolution du TCR d’équilibre sont : l’effet
Balassa, le crédit à l’économie, les termes de l’échange (TE)(18), les droits de
douanes, les dépenses publiques et la dette extérieure. Une dette soutenable et
les dépenses gouvernementales tendent à déprécier le TCRE, alors que le
surendettement, les chocs des TE, la croissance de la productivité, le crédit de la
banque centrale à l’Etat et les droits de douane tendent à l’apprécier. Par contre,
l’évolution du PIB et le crédit domestique n’ont pas joué un rôle dans la distorsion
du TC de ces pays. Il en est de même, de l’effet Balassa-Samuelson.

Au total, selon cette étude, le ratio dette sur PIB au delà duquel le TCR
d’équilibre risque de dévier de sa trajectoire d’équilibre se situe aux alentours de
80% et 100%.

B- Les études sur les pays de l’UEMOA

Les études ayant été effectuées peuvent être regroupées autour de quatre axes
que sont :

– L’étude de Baffes, Elbadawi et O’Connell (1999). Cette étude fut réalisée pour
deux pays (la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso) et porte sur des données annuelles.
Les fondamentaux du TCR que sont : les termes de l’échange, ouverture de
l’économie, le solde commercial, PIB/tête, investissement/PIB, niveau des prix à
l’étranger sont des variables retenues et affectant le niveau d’équilibre du TCR. A
partir d’une relation de cointégration et d’un modèle à correcteur d’erreur, ils ont
estimé le TCR d’équilibre par l’utilisation de la technique de Beveridge- Nelson.

– Sinzogan (2000) a réalisé la même étude pour le Bénin (1970 à 1996). Il
retient les fondamentaux classiques que sont les termes de l’échange, dépenses
publiques, masse monétaire, taxes indirectes. L’auteur a utilisé la Méthode de
cointégration.

La conclusion principale et commune de ces différentes études révèle l’existence
de plusieurs périodes de sous-évaluation et de surévaluation observées. Par ailleurs,
notons que ces différentes études ont pris pour période de référence l’avant
dévaluation. Les quelques études ayant intégrées l’après dévaluation ont tout de
même retenu une large tranche de période dans l’avant dévaluation.

– Dans une étude visant à apprécier l’effet des aides publiques aux
développements sur le TCR d’équilibre des pays de l’UEMOA, à travers le
syndrome hollandais, Nébié, (2008) montre que le niveau d’équilibre du TCR de
long terme est fonction des variables réelles seulement. En utilisant les modèles
VAR, l’auteur est parvenu à analyser les interrelations entre l’aide et le TCR. Cette
étude montre que l’aide n’a pas pour effet final d’apprécier le TCR, bien au
contraire, elle le déprécie.

En somme, nous venons de passer en revue les différentes études du TCR
d’équilibre au sein de la zone Franc CFA notamment, l’UEMOA. Le constat qui s’en
dégage est que la plupart de ces études a été menée sur des pays pris un à un et
non l’ensemble de la zone UEMOA (données en Panel). Par ailleurs, les quelques
rares études en panel n’ont pas pris en compte véritablement la dimension l’avant et
l’après dévaluation de manière quasi-équitable. La présente étude se veut de pallier
dans une certaine mesure à une telle insuffisante. Toutefois, il serait bien à ce niveau
d’explorer les causes de la distorsion du TCR dans les PED.

C – Effet du mésalignement sur les fondamentaux du TCR

Il est distingué dans la littérature économique deux types(19) de distorsions du
TCR :

- le premier qui est une distorsion d’origine macroéconomique se réalise lorsque le
TCR observé s’écarte de sa valeur d’équilibre ; ceci est dû aux incohérences
entre les politiques macroéconomiques et le système officiel du TCN en vigueur ;
- le second, appelé mésalignement structurel, se réalise lorsque les variations des
valeurs soutenables de long terme des fondamentaux du TCR d’équilibre ne sont
pas transformées en variation du TCR observé dans le court terme.

Une préoccupation récurrente assez importante par rapport au mésalignement
structurel est de savoir si les variations des fondamentaux du TCR d’équilibre sont
perçues comme étant temporaires. La distorsion persiste aussi longtemps que les
prix et salaires domestiques s’ajusteront pour rétablir l’équilibre de l’économie [Chang
& Velasco, (2000)]. Ces différents processus d’ajustement du TC dans les systèmes
de change fixes et flexibles sont confirmés dans une étude menée au sein de l’Union
Européenne [Sarno & Valente, (2003)]. Pour accélérer le retour à l’équilibre du TCR,
les autorités peuvent dévaluer la parité de la monnaie dans un système de change
fixe et ajustable. Ainsi, pour des déséquilibres d’ampleur modérée, la correction se
fait majoritairement par les prix dans les systèmes de change fixes car le consensus
nécessaire à la dévaluation est plus difficile à obtenir où le coût politique de la
dévaluation est jugé élevé [Collins, (1996)].

Au regard de ce qui précède, il est fort évident que la nature de la distorsion
dans laquelle sont plongés les PAZF, pourrait aussi bien avoir ses fondements dans
l’incohérence entre les politiques macroéconomiques et le système officiel du
TCN en vigueur. Ce qui se justifie par la distorsion structurelle, si l’on s’en tient
compte aux performances macroéconomiques mitigées ainsi observées. L’évidence
est que la dévaluation du Franc CFA a donné une lueur d’espoir sans pour autant
permettre une restauration significative de la compétitivité à cette zone UEMOA(20).

Par ailleurs, selon Berthomien et Al, (2001) les causes de l’appréciation du
TCR sont à expliciter à la lumière de deux approches théoriques.

Pour les tenants de l’approche du mesalignement, l’appréciation du TCR est
due à une politique de change d’ancrage nominal (PM vise à rompre avec une forte
inflation) .Or l’ancrage du TCN ne peut ramener instantanément le taux d’inflation
intérieur au niveau mondial(21). Cette approche nous renseigne que, lorsque la
politique de change, d’ancrage nominal est adoptée pour combattre l’inflation par les
autorités monétaires, on aboutit inévitablement à une appréciation du TCR
engendrant ainsi, une perte de compétitivité qui se traduit à son tour par une
détérioration du solde de la balance des transactions courantes (BTC).

Par contre pour les fondamentalistes, une hausse du TCR n’est pas le signe
d’une distorsion du TCR et n’est pas non plus une perte de compétitivité mais d’une
appréciation du TC d’équilibre(22)(c’est le signe d’une tendance vers le TCR
d’équilibre de long terme). Une détérioration du solde de la BTC n’est pas due à une
appréciation du TCR mais elle est due à des changements structurels et
fondamentaux de l’économie (notamment à des changements du taux d’épargne et
d’investissement). Il y aura appréciation du TCR pour corriger une dépréciation du
TCR antérieur. De même, l’appréciation apparait, dès lors qu’il y a un changement
des fondamentaux de l’économie (productivité technologie). Si les flux financiers
s’investissent dans les biens non échangeables, (terre, immobilier, services) l’on
constate une hausse de ses prix par rapport à ceux des biens échangeables.

Notons qu’une certaine liberté a donc été prise par rapport à l’idée émise plus
haut selon laquelle le TCR d’équilibre serait en relation avec les performances
économiques. Il y a donc intérêt à s’interroger davantage sur les performances
économiques de la zone franc [Djoufelkit, (2007)].

Dans la suite de ce paragraphe, après avoir mis en évidence les mécanismes
par lesquels les fondamentaux du TCR affectent sa distorsion, une exploration des
données descriptives est faite en sachant que le diagnostic pourrait être approfondi
par l’estimation économétrique.

13 Remarquons qu’il existe une différence entre l’UEMOA et l’UMOA (Union monétaire ouest
africaine). Pour les questions monétaires et financières, c’est la commission de l’UMOA ayant à sa
tête la BCEAO qui s’en charge. Par contre les préoccupations d’ordre économique et intégrationniste
sont prises en charge par l’UEMOA.
14 Autrefois, le Franc CFA se définissait dès sa création en 1939, comme étant le Franc de Colonie
Française Africaine. Après les indépendances et la formations des blocs régionaux, le Franc CFA
devient pour l’UEMOA ; Franc de la Communauté Financière Africaine. En zone CEMAC, l’on parle du
Franc de la Coopération Financière de l’Afrique.
15 La CEMAC comprend six pays à savoir : Cameroun, Centrafrique, Congo-Brazzaville, Gabon,
Guinée Equatoriale et le Tchad.
16 Depuis 2005, ce taux a été revu à la baisse. Désormais, 50% des réserves de change doivent être
stockées sur le compte d’opération en France en non 65%. Cette décision d’abaissement a été prise
le 23 juillet 2004 à Dakar lors de la réunion entre les deux parties.
17 La zone cible permet d’éviter la volatilité excessive du TC. Elle prévient les dépréciations
concurrentielles. Les autorités monétaires peuvent pratiquer une politique monétaire discrétionnaire
en fonction des événements. Notons que la zone cible offre aux autorités monétaires un degré de
liberté plus large notamment en termes d’ajustement instantané à l’intérieur des marges.
18 Les facteurs de demande dus à la variation des TE : une amélioration des TE tend à entrainer une
appréciation du TCRE. Elle crée les mêmes effets que la maladie hollandaise (paradoxe constaté au
Pays Bas en 1970 : une abondante de ressource naturelle qui se traduisait in fine, par un déclin
économique). En effet si la richesse du pays s’améliore, il s’en suivra un effet de demande qui aura
tendance à entrainer une inflation grimpante.
19 Cité par YAMB. Elie Blaise Benjamin, (2007)
20 Rapport Thématique JUMBO – septembre 2006 N° 15 – Agence Française de développement
21 Les raisons sont les suivantes : 1- les biens du secteur protégés et exposés ne sont pas
parfaitement substituables ; 2- l’on note une absence de motivation pour les FMN du BNE % à celle
du BE. A cet égard, X sont chère % M ; ce qui entraine une détérioration du solde de BC et par là le
BTC. Par ailleurs, l’accroissement des FF engendre une détérioration du BTC en raison de la forte
appréciation du TCR 1- si les FF ne sont pas stérilisés, on aura augmentation de MM, ce qui
engendre hausse du taux d’inflation et par conséquent l’appréciation du TCR ;2- Par contre, lorsque
les FF sont stérilisés à travers une politique de stérilisation menée par la Banque Centrale, et si au
même moment, le taux d’intérêt domestique est élevé, il y aura attraction des FF et donc hausse de
FF ; ce qui génère une appréciation du TCR.
22 A travers l’effet Balassa (hausse rapide de productivité dans les BE%BNE) engendre une hausse
des prix des BNE % à celui des BE et donc une appréciation du TCR ; qui n’a rien à voir avec une
perte de compétitivité.

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