4.7. L’expérience pathique en situation de privation de liberté

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Quand l’homme se sent en liberté et en bonne santé il en oublie son corps, il se repose sur lui jusqu’à l’oublier et peut donc se vouer à son environnement.

Ainsi, le réel se fait connaître au sujet, sur un mode affectif, il existe un événement de surprise acceptable ou déplaisant.
Lors d’une entrée en prison, il peut apparaitre que l’existence se modifie.

Un choc peut survenir et le quotidien peut changer. Le corps se manifeste, il existe des sensations inconnues. En prison par exemple, il faut être capable de vivre dans un milieu fermé, et peut-être oser se permettre de nouvelles expériences.

L’homme apprend au départ de son corps, c’est avec celui-ci qu’il agit, qu’il pense, qu’il communique.

Nous pouvons constater comme les auteurs (61) Marco Vannotti et Michèle Gennart que la prison peut produire une singulière division, voir une dissociation entre « nous-mêmes » et la partie de notre corps qui nous fait souffrir.

L’absence de liberté peut provoquer sur le sujet une expérience pathique en étant « retourné sur une partie de son corps » (62), d’y être peut-être à la fois enchainé sans pouvoir s’en soustraire, s’en détacher. En même temps, les sujets peuvent considérer la partie du corps qui fait souffrir, ou frustre comme un organisme étranger.

Puisque les personnes sont livrées à elles-mêmes et se concentrent sur leur corps : un corps qui la plupart du temps les trouble, les embarrasse, dont ils sont ainsi obligés de s’inquiéter et peut-être les empêche de créer des relations. Quelques individus peuvent de la sorte se reporter sur l’affectivité, la sexualité comme cela pourrait être entre autres dans le sport, les études, une soif de connaissance, l’écriture.

Dès lors, nous nous posons la question : est-ce que l’absence de liberté agit sur les relations à l’intérieur d’un milieu fermé ?

Les détenus ont leur univers modifié. Cela ne se ressent pas seulement à l’intérieur de leur corps mais cela peut être oppressant corporellement, interférant ou rompant d’autres possibilités de réalisations donc limiter leur conception, perception.

Ainsi, les thèmes de l’affectivité et de la sexualité peuvent accaparer les espaces intersubjectifs, voire tout l’espace personnel. L’attention, les comportements et les échanges entre le détenu, les codétenus et le personnel peuvent être focalisés sur ces sujets, devenir très lancinants (63) et faire vivre de nombreux phénomènes tels que la frustration, la colère, la violence, etc.

61 Marco Vannotti, Michèle Gennart La phénoménologie : son intérêt dans une conception systémique de l’homme malade
Récupéré le 09.09.2009 de http://www.cerfasy.ch/cours_phenom.php
62 Ibid. Marco Vannotti, Michèle Gennart
63 Leroy-Viemon B. & Mascato F. (2008) Article Le problème de l’espace thymique en psychologie du sport. L’espace thymique comme foyer du lien « soi-monde-autrui. Récupéré le 22.01.2012 de http://www.erudit.org/revue/fili/2008/v17/n2/019427ar.html?vue=resume

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