4.2. Heidegger « l’Etre et le Temps, 1927 » le Dasein (15), l’être au monde, « la prise de connaissance (1927) »

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Heidegger était un élève d’Husserl puis au fur et à mesure s’en est distancé.

Il a plus particulièrement porté sa réflexion sur l’ontologie; l’étude de l’être en tant qu’Etre (Aristote). L’ontologie est l’étude des propriétés générales de tout ce qui est développé.

Il s’est attelé à interroger l’être. Il a ainsi développé une phénoménologie existentielle.

En retraçant l’histoire de la philosophie, Heidegger s’aperçoit d’un oubli de l’Etre.

Il voulait revenir aux idées présocratiques, car selon lui après Socrate, l’être a été oublié. Il souhaitait savoir comment les penseurs ont pu oublier l’Etre.
Il voulait relier l’objet (l’étant) et le sujet (l’être) tout en se demandant comment il était possible de questionner l’être et qui pouvait interroger l’être.

Il désirait comprendre comment fait-on pour interroger l’être et s’il y a des méthodes pour accéder à l’être.

Il existe pour Heidegger une dimension essentielle de toute vie humaine d’un être-au-monde et de la présence au monde (In-der-Welt-Sein). L’existence est par essence un être-avec les autres (Mitsein) (16).

Ainsi nous sommes nous-mêmes impliqués dans une situation d’une manière particulière, en raison de qui on est et de ce que nous avons vécu dans notre expérience antérieure (Stimmung).

Heidegger conceptualise l’être sous la forme du Dasein, c’est-à-dire « l’être-là » dans les premières traductions françaises puis ensuite par existence.
Pour Heidegger « l’être-là », l’existence, dispense toute référence à l’homme, à la notion de sujet.

Le Dasein parle de lui-même, le Dasein est d’emblée un être au monde qui ne se distingue pas du monde sans toutefois s’y fondre entièrement.

Nous pouvons comprendre, avec Cabestan (17), qu’Heidegger (« Etre et Temps » 1926) dégage un phénomène essentiel : la dictature du « on » laquelle est indissociable de la coexistence. La dictature du « on » étend son règne sur nos comportements (18).

Par exemple « on » trouve révoltant ce que « l’on » trouve révoltant, « on » s’amuse comme « on » s’amuse, « on » juge comme « on » juge, etc. La dictature du « on » repose sur l’être en compagnie où il existe une espèce d’uniformisation de l’opinion au motif d’un impératif, d’une injonction. Le « on » a ses dispositions spécifiques d’être qui tendent à effacer le Dasein.

Même lorsque, nous exprimons parfois tout haut ce que les autres pensent tout bas et que nous croyons que nous sommes les seuls à le dire, nous sommes dans la dictature du « on », dans une servitude involontaire, non dite (Cabestan).

En fait, les idées émises au départ semblent originales, cependant elles se diluent dans le temps et par la suite n’importe qui peut émettre les mêmes idées mais nous n’en connaissons souvent plus l’auteur. Nous répétons ce que « l’on » dit sans ne plus savoir d’où cela vient et nous nous en contentons.

C’est une « dictature » qui est anonyme, personne ne peut se prononcer sur qui a commencé à diffuser cette « dictature ».
« La dictature du on » permet d’être comme les autres cela s’appelle selon Heidegger le nivellement.

Lorsque nous parlons de l’autre, on n’est pas soi-même, on n’est pas l’un d’eux, on n’est pas celui-là, mais on est neutre, on fait partie du monde.
Parfois, nous envisageons de nous soustraire, de ne pas être comme les autres mais somme toute, c’est aussi se soumettre, obéir à la dictature du « on ».

C’est pratique d’être-là, d’être au monde de se diluer, de se fondre dans la masse, mais nous restons dans la dictature du « on ». Le Dasein peut s’en accommoder.

Dès lors, en ce qui concerne la désobéissance elle peut ainsi nous apparaître comme une tentative d’exister.

En effet, la prison représente la plupart du temps un endroit totalitaire, en même temps, elle peut aussi représenter un espace d’existence.
Pour Heidegger c’est l’expression d’une angoisse fondamentale (une angoisse face à la mort). Elle nous place face au néant. Le néant n’est pas considéré par Heidegger comme négatif mais plutôt comme un potentiel « d’Etre ».

Ainsi, la finitude appelle le Dasein à se remettre en question.

L’être ne se montre jamais tel qu’il est. Il est souvent un « paraître » qui se joue du Dasein.

Rappelons que le mot phénomène en grec signifie apparaître, se montrer et que les phénoménologues cherchent avant tout à décrire les grandes formes d’expérience où se réalise la rencontre primordiale entre l’homme et les phénomènes (19).

Ainsi Heidegger désirait voir ce qui apparait et comprendre les conditions d’apparition sans interprétations préalables.
Il pensait qu’apparaître est un mode privilégié de la rencontre, de l’entrée en contact du sujet et de l’objet. Il voulait en faire l’expérience vivante.

Avec Heidegger, nous nous rendons compte que dans la vie quotidienne en général, nous parlons la plupart du temps en terme de « on ». En va-t-il de même avec le récit des détenus ?

Les détenus, ont-ils fait l’expérience vivante de l’entrée en contact du sujet et de l’objet ?

La finitude dont parle Heidegger, est-elle présente dans les récits des personnes que nous avons interrogées ?

Pour finir, ce que nous venons de décrire de la dictature du « on » et du Dasein est plutôt abstrait, les exemples cliniques sont absents. C’est pourquoi, nous nous sommes penchées sur un autre phénoménologue : Binswanger qui était aussi psychiatre.

En effet, c’est avec Binswanger que nous pouvons encore mieux comprendre la rencontre entre deux personnes.

Nous allons continuer le développement de notre réflexion en explicitant l’espace thymique qui est considéré par Binswanger, comme un centre de gravité de la relation soi-monde-autrui. En explicitant cet espace, cela peut nous éclairer et nous donner des pistes sur les problèmes d’échanges, de solitude, de frustrations, de violences, de relation conflictuelle, etc. Ou comment les détenus peuvent « tenir » en prison.

Le mot thymique vient du grec thymos qui désigne le centre à partir duquel une Stimmung (ambiance, humeur) peut advenir et dispose l’homme présent (Dasein) à son projet (20). C’est une alliance qui façonne la Stimmung entre le Dasein et son monde.

En ce qui nous concerne, Binswanger nous a aidées à réfléchir et à mieux comprendre l’être humain (le détenu) tel qu’il se montre de lui-même dans ce phénomène d’absence de liberté.

15 Récupéré le 20.10.2010 de http://digression.forum-actif.net/t68-heidegger-le-dasein-1-dasein-et-etre-au-monde
16 Dastur, F., Texte publié dans Les Lettres de la Société de Psychanalyse Freudienne, Questions d’espace et de temps, n° 20, 2008, p. 45-55. Temps et espace dans la psychose selon Henri Maldiney. Récupéré le 2.03.2012 de http://af.bibliotherapie.free.fr/Article%20F.Dastur.htm
17 Philippe Cabestan, Enseignant de philosophie, lycée Janson de Sailly, Paris, participant aux émissions, Les nouveaux chemins de la connaissance. Réalisé par François Caunac (mai 2011). Heidegger (1926), Etre et temps, dasein, authenticité, déchéance. France Culture, récupéré le 21 novembre 2011 de http://www.franceculture.fr/player/reecouter?play=4252861
18 Heidegger, 1926, Etre et temps, p. 27
19 Vannotti, M., & Gennart, M. (2006) L’expérience « pathique » de la douleur chronique : une approche phénoménologique, cahiers critiques de thérapie familiale et de pratiques de réseaux Récupéré le 14.10.2009 de www.cairn.info/load_pdf.php?ID_ARTICLE=CTF_036_31
20 Leroy-Viemon B. & Mascato F. (2008) Le problème de l’espace thymique en psychologie du sport. L’espace thymique comme foyer du lien « soi-monde-autrui. Article récupéré le 22.01.2012. http://www.erudit.org/revue/fili/2008/v17/n2/019427ar.html?vue=resume

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