3.4. Altérité virtuelle, matérialisée

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Si aucune des trois altérités mentionnées plus haut n’est envisagée ou possible par le détenu, il envisage parfois la pratique solitaire et l’utilisation de matériel divers.

L’altérité virtuelle ou matérialisée n’est pas envisagée dans ce travail comme un acte mais comme un substitut pour évacuer, pallier à un manque ponctuel d’un échange possible avec un être aussi bien dans la prison qu’au dehors.

Ces altérités en prison peuvent être conjuguées de différentes manières selon les besoins individuels des détenus.

Certains détenus assurent dans le livre de Gaillard qu’ils préfèrent une relation affective qui comporte le partage avec l’autre.
Lors des entretiens avec Gaillard, les détenus, en majorité parlent en premier lieu de tendresse pour ensuite invoquer le manque de partage affectif filial.
De plus, ces personnes incarcérées font attention plus particulièrement à leur corps. Ils pratiquent par exemple une musculation intense, ce qui leur permet, peut-être, par la suite de continuer à séduire.

Ces détenus prennent « leur mal » en patience.

«On peut très bien faire sans (…).» (Gaillard, 2009, p. 76) et se rappellent les moments de leur vie à l’extérieur lorsqu’ils étaient sans partenaire.
Gaillard relève également que pour certains détenus « l’interdiction » appartient historiquement à la peine privative de liberté, ils n’en font pas cas. D’ailleurs un détenu interrogé dans le livre dit : « (…) Je suis restreint dans mes facilités, il faut faire comme dehors, c’est-à-dire avec les possibilités qu’on a. Je ne vais pas me torturer l’esprit en parlant ou en pensant tout le temps à quelque chose que je ne peux pas faire. » (Gaillard, 2009, p 77).

D’autres détenus ont témoigné en disant que dehors ils ont eu peu de relations affectives et où surtout c’était la tendresse qui primait.
En conséquence, ces détenus ne cherchent pas forcément de rapports affectifs à l’intérieur de la prison. Même si leur esprit envoie de temps en temps un message de besoin au corps : «(…) je me masturbe une fois par mois (…) pour voir si la machine fonctionne encore (…) » (Gaillard, 2009, p 81).

Plusieurs détenus vont plus dans le sens de vivre l’expression d’un bien-être, de la satisfaction d’un désir avec l’autre avec des pratiques en quantité suffisante qui permettraient de conjuguer le corps et l’esprit.

Il se peut que ces personnes détenues soient plus enclines à vivre une altérité consentie.

Cependant, dans son recueil de témoignages, Gaillard met en avant que ces détenus font presque un sevrage de contacts affectifs et sexuels vu l’univers monosexué. Ou alors, lorsqu’ils se retrouvent en cellule d’isolement, ils vont jusqu’à blesser physiquement leurs parties intimes.

Toutefois, même en détaillant les différentes altérités et besoins qui sont le plus souvent vécus, en prison nous n’avons toujours pas abordé, la coexistence ou « chacun est l’autre, aucun n’est lui-même » (10).

Venons-en ainsi au courant phénoménologique qui critique fréquemment toute tendance scientifique, ou non, qui ferait de l’homme un objet distinct du monde. La phénoménologie permet de mettre en avant et de saisir la réunification du corps et de l’esprit.

10 Les nouveaux chemins de la connaissance. Réalisé par François Caunac (mai 2011). Heidegger (1927), Etre et temps, dasein, authenticité, déchéance. France Culture. Récupéré le 21 novembre 2011 de http://www.franceculture.fr/player/reecouter?play=4252861

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