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2.7. Taxonomie(25) des types de plagiat

Tel qu’il a été précédemment mentionné, le plagiat électronique est un continuum allant du plagiat intentionnel au plagiat inintentionnel, et au milieu peuvent exister plusieurs autres types. Ci-après les types de plagiat les plus communs formant un continuum basé sur le degré de gravité.

2.7.1 Le plagiat intentionnel/volontaire :

Advient quand l’étudiant sciemment et indûment s’approprie des mots ou des idées sans faire référence à leurs auteurs. C’est un acte prémédité, « […] c’est un acte de copiage délibéré pour tromper tel que le téléchargement de travaux des sites commerciaux ». (Brandt, 2009, p.127)

Il inclut aussi l’achat d’un travail d’une personne tierce ou d’une banque électronique d’essais (Smith, Todd et Waldman, 2009 ; Staley, 2009) Edwards, (2007, p.66) site entre autres :

« – L’emprunt, l’achat ou le vol du travail d’autrui.
– La réalisation du travail par une autre personne.
– Le copiage ou paraphrase26 d’une source sans la citer ».

Parmi le plagiat intentionnel figurant également :

– Réusage d’un travail préalablement réalisé dans le cadre d’un autre cours (le recyclage)

– Soumission d’un travail comme étant le vôtre alors qu’il a été fait dans le cadre d’un groupe (Pagiarism Tutorial, Duke University(27))

2.7.2 La collusion :

Se remarque quand deux étudiants ou plus, coopèrent pour frauduleusement produire un essai ou tout autre forme d’écrit académique et soumettent plus ou moins le même travail, qui devait en principe être individuel, sous leurs noms séparément. (Williams, 2004)

Pour Freegard (2006, p.76), « la collusion se réalise quand deux étudiants soumettent un devoir identique ou des sections identiques du devoir, comme étant leur propre travail individuel. C’est un acte de triche ; C’est une offense passible d’expulsion de l’établissement ».

Par ailleurs, Internet offre des programmes tels que Google doc qui rendent possible pour deux personnes ou plus de travailler sur un texte. Il est vrai, de tels programmes sont d’un apport inestimable pour les professionnels qui composent des textes en collaboration avec des collègues dans d’autres villes ou d’autres pays, mais leur usage clandestin pour préparer un devoir risque de passer pour de la collusion. (Siepmann, Gallagher, Hanny et Mackenzie, 2008)

2.7.3 L’auto-plagiat :

« « Recyclage de texte » ou « réusage de texte » ». (Bird et Sivilotti, 2008, p.69) Dans le contexte éducatif, c’est le fait qu’un étudiant utilise pour une seconde fois sans en aviser l’enseignant, un travail ou une partie d’un travail déjà réalisé dans le cadre d’un autre cours. (Perreault, 2007)

Resnik, 1998, p. 177) précise que « L’auto-plagiat implique la malhonnêteté mais pas le vol intellectuel ». En effet, certains soulignent que l’auto-plagiat est une oxymore puisque s’auto-voler est inconcevable. (Bird et Sivilotti, 2008)

2.7.4 Le « Ghostwriting » :

Littéralement l’écrit de fantôme ou l’écriture en sous-main ou de nègre. C’est quand l’étudiant paie une personne tierce pour lui faire son devoir écrit, son mémoire ou sa thèse. Le plus souvent les étudiants plagiaires trouvent leur compte sur le web. En effet, une industrie de « ghostwriters » à laquelle on se réfère euphémistiquement comme « services de recherche et d’édition » est en plein boom dans les campus universitaires. (Quickwit, 2004, p.4) Pour avoir une idée, ne seraitce qu’approximative, de l’étendue de ce business fleurissant qui facilite le plagiat électronique des étudiants, il faudrait regarder du côté du trafic web qu’ils suscitent. (Stacey et Hernàndez-Ramos, 2004)

Kenny Sahr (s.d, cité par Glasner, 2002), le fondateur du site de dissertations (term paperwebsite) www.schoolsucks.com, autrement dit de « ghostwriting », affirme que son site reçoit 10.000 visiteurs chaque jour et renchérit que « ce genre de site au côté des casinos et du porno sont les seules à générer énormément d’argent sur Internet » Ainsi, « […] un étudiant voulant un devoir écrit le jour suivant devra payer jusqu’à $100 la page pour la haute gamme, au moment où un devoir standard coûtera entre $6.95 et $20 la page pour le bas de gamme. » (Quickwit, op.cit., p.4)

Ci-dessous un échantillon sélectif des sites Internet de « ghostwrting » aidant les étudiants à plagier et à tricher traduit par nos soins :

Tableau 2.1. Echantillon sélectif de sites web offrant notes de lecture, dissertations, essais et autres services

Source : (Stacey, et Hernandez-ramos, 2004).

Il est vrai que quand l’étudiant se fait faire son travail par un nègre via le web, aucun tord n’est fait à l’auteur du document, mais le préjudice atteint de plein fouet l’institution à laquelle appartient l’étudiant, ses enseignants et ses pairs. (Green, 2002) Par ailleurs, ce subterfuge induit une iniquité criarde, puisque forcément, les étudiants les plus nantis auront plus de chance de se procurer leurs devoirs et, éventuellement, réussir.

2.7.5 Le plagiat mosaïque

Ou Patchwriting (Howard, 1999) ou Paraphragiat (Paraphragiarism) (Levin et Marshall, 1993). Ce type de plagiat intervient quand l’étudiant intercale dans son propre écrit des bribes de phrases à qui il a changé les mots clés pour les adapter à son texte sans en citer la provenance. (Olsson, 2004) Pour (Frost, 2005), c’est une technique de construction d’essais tout entiers moyennant des sources disparates, le travail du plagiaire étant juste de tisser les matériaux ensemble tout en y effectuant des retouches plutôt cosmétiques.

Il est considéré par quelques universitaires comme une technique transitoire demandant copiage et paraphrase même si aucune mention n’est faite des sources.
Ce type de plagiat est généralement involontaire.

2.7.6 Le plagiat inconscient

(Ou créptomnésie): « du grec « kryptos » pour cacher et « mnesia » pour mémoires ». (Smith, 2010, p.172) C’est une espèce d’illusion mentale dans laquelle l’étudiant croit qu’il a produit une idée originale alors qu’en fait il a ramené au niveau de son conscient une idée ancienne enfouit dans sa mémoire.

(Macrae, Bodenhausen et Calvini, 1999) Elle est décrite comme « une réminiscence que notre instance consciente interprète comme une idée original ». (Anderson, 1998, p.4) La psychologie cognitive a démontré via l’étude de ce concept, que l’incorporation d’idées ou de mots d’autrui ne résulte pas souvent d’un acte délibéré de tromper. Pour expliciter ce phénomène Schneider (1985, p.87) emploie la métaphore de l’abeille. Ainsi « l’auteur n’a pas la mémoire des fleurs ; seule compte celle des essences qu’il en tire ». Le psychologue américain (Tobi Lubinsky cité par McCallum, 2007) suspecte qu’au moment où le plagiat inconscient est largement méprisé, il est toutefois beaucoup plus répandu qu’on en a conscience.

2.7.7 Le plagiat populaire

Ou le plagiat institutionnalisé (Martin, 1994) ou (l’intertextualité non-transgressive de tous les jours) (Thompson, 2006, p.29) : il fait partie de notre vie et fait référence au savoir intertextuel partagé, révélateur de l’omniprésence de l’emprunt intertextuel dans nos pratiques social. En tant qu’acteurs sociaux, c’est une pratique courante que de faire usage de textes puisés dans diverses sources électroniques dans nos interactions communicatives sans les citer et cette pratique discursive est d’usage quotidien dans le monde politique et des média. « […] en tant que société nous admirons fréquemment le copiage tel un passe-partout ».

(Shroeder, 2007, p.15). D’un autre côté, ce procédé intertextuel est aussi courant dans le contexte scientifique sous l’appellation du « phénomène d’oblitération » (Merton, 1993, p. 312) c.-à-d. que les travaux de certains auteurs sont si influents qu’ils se sont intégrés au corps commun du savoir et les citer n’est plus alors d’aucune utilité. Selon Shapiro (2001, p.6) « […] quelqu’un qui citerait le document original ou Einstein avait écrit E=mc2 aurait été moqué ». Par conséquent, ces construits intertextuels prennent statut de savoir commun et, à ce titre peuvent se passer de citer leurs sources. Or, dans le contexte régulé et réglementé de l’écrit académique, les étudiants trouvent énormément de difficulté à désapprendre cette habitude incorporée. (Thompson, op.cit.)

2.7.8 Le plagiat inintentionnel

/ accidentel / involontaire / naïf (un mésusage de sources selon l’Université d’Etat de washington(28)): advient quant « […] les étudiants ne réalisent pas que les règles qui régissent les documents imprimés, les enregistrements, les vidéos sont les mêmes pour les logiciels d’ordinateur et les sites internent ». (Lathrop et Foss, 2000, p.19) Il n’est pas considéré comme de la tricherie mais comme une inccompréhension des conventions régissant l’écrit. (McLeod, 1992) Probablement pour le différencier du plagiat intentionnel, Garfield (1982, p. 624) le nomme « Amnésie de citation » et le taxe de compréhensible en tant qu’il l’attribue à l’inadvertance, l’oubli ou manque de rigueur. Et, en tant que tel, il peut être « […] considéré comme une erreur plutôt qu’une malhonnêteté ou larcin parce qu’il ne résulte pas d’une intention de tromper une audience ou de voler une idée ». (Resnik, op.cit., p.92)

Parmi ce type de plagiat l’on peut citer :

– L’assemblage (patchwork) : imbrication hétéroclites de matériaux textuels glanés dans le web sans mention aucune de sources ;
– L’usage de textes puisés dans Wikipédia (source inacceptable dans les écrits académique) ;
– La paraphrase par substitution de mots ;
– Citation de sources secondaire invérifiée : les étudiants ne se rendent pas compte que certains blog et sources informatiques déforment ou dissimule délibérément la référence. (Nash, 2009)

Il est clair qu’il y’a une distinction entre le plagiat intentionnel et le plagiat involontaire qui n’est pas toujours évidente. Au moment où un étudiant vole un mot ou deux, un autre pille tout un chapitre. Aussi, l’intention de plagier et l’étendue du plagiat contribuent à la gravité de l’acte plagiaire. (Dunn, Morgan, O’Reilly et Parry, 2004)

Ainsi si le premier est répréhensible et punissable, le second est toléré, si toutefois l’intention de la triche n’a pas été établie. Selon (Pennycook 1996), il est très important d’établir une distinction nette entre le bon plagiat et le mauvais et, il s’avère qu’elle ne peut se faire qu’en se basant sur l’intention de l’étudiant. L’examen méticuleux de l’intention peut dévoiler que des cas considérés comme instances de plagiat peuvent en fait ne pas l’être.

(Howard, 1999, Pennycook, 1996, Gardiner, 2001 ; Dunn, Morgan, O’Reilly et Parry, 2004) Dans le même ordre d’idées, (Sharkey et Bartow Culp, 2005) ne partagent point la tendance absolutiste telle qu’elle est exprimée dans les codes d’éthique de nombre d’institutions d’enseignement, et arguent qu’un étudiant oubliant les guillemets ne doit pas être traité de la même façon qu’un autre qui a carrément télécharger tout un travail.

Howard, (1999) partage aussi cet argument, et trouve inique le fait que l’université se soit toujours basée sur le seul critère textuel pour définir et châtier le plagiat. Chose qui n’a pas de toute manière amélioré la situation. C’est pourquoi elle souligne que l’université n’a rien à perdre si elle intègre l’intentionnalité de l’étudiant pour déterminer le plagiat électronique, puisque, ce n’est pas son texte qui est puni mais sa personne. Ki O (1994, cité par Howard, ibid., p.163) explique que

[…] pour déterminer jusqu’à quel point le texte est plagiat, nous nous devons de considérer l’intention…Si l’intention était de manifestement copier mot pour mot pour concocter un travail, alors bien sûr c’est inacceptable. Par contre si l’intention était de collecter, organiser et s’aider à formuler des idées, alors là le texte est acceptable. (Notre traduction)

La National Academy of Sciences (2009, p.17), abonde également en ce sens. Selon cet organisme, la distinction cruciale entre la falsification, la fabrication et le plagiat « appelés parfois FFP » et l’erreur ou la négligence, est l’intention de tromper. Si elle est la violation la plus vile des standards scientifiques c’est parce qu’elle mine le concept de confiance sur le quel est bâtie la science.

Or, le dilemme avec le plagiat électronique c’est qu’il est « […] incroyablement subjectif. Subjectif aussi bien en ce qui concerne le jugement sur le degré de similitude entre deux textes qu’en ce qui concerne l’assertion de l’intentionnalité de l’étudiant ». (Harwood et Asal 2007, p.132)

Il appert de cette taxonomie que les types de plagiat énumérés diffèrent selon leurs formes, les intentions de leurs auteurs, leurs contextes et leur degré de gravité. Mais ils n’en demeurent pas moins du plagiat. David, (1999, p. 225) explique qu’il y’a incontestablement des étudiants qui ne s’autorisent que quelques larcins mais il souligne que « […] quoi que 90% de leurs travaux sont originaux, ils restent néanmoins pas moins plagiaires que quelqu’un qui vole $2,39 d’une banque n’est pas moins un braqueur de banque ».

25 Taxonomie : Le mot vient du grec « Taxis » qui signifie arrangement ou division et « nomos » qui fait référence à la loi. La taxonomie est donc la science des lois de classification. La taxonomie la plus réputée et la plus ancienne est sans doute celle du naturaliste suédois Carl Linnaeus qui opéra une classification du vivant par règne, phylum, classe, ordre, famille, genre et espèce. (Bailey, Martin et Anderson, 2005) Pour notre part, Nous adoptons la définition qui en est faite par Computer Desktop Encyclopedia* à savoir « la classification ou catégorisation de choses »
26 Paraphrase : Paraphraser consiste à « […] prendre simplement les idées des autres et les exprimer avec nos propres mots. Certes s’imprégner des idées des autres est une phase faisant partie du processus académique, cependant elle exige l’examen et l’analyse de l’information et non la simple régurgitation de ce qui a été lu ». (Mcqueen, 1998, p. 30) Quand paraphraser et quand citer ? A cette question Leunen (s.d, cité par Highman, 1998, p.104), conseille de « citer ce qui est mémorable, discutable, étrange ou spirituel. Paraphraser le reste » L’auteur précise que si on désire paraphraser, on ferait mieux de laisser de côté, pendant une période assez raisonnable la source, puis réécrire avec nos propres mots ce que nous désirons exprimer.
*Computer Desktop Encyclopedia. [En ligne]http://www.yourdictionary.com/computer/taxonomy
27 Pagiarism Tutorial, Duke University [E ligne] https://plagiarism.duke.edu/intent/ (Page consultée le 01/01/10)
28 L’Université d’Etat de Washington. [En ligne] http://www.wsulibs.wsu.edu/plagiarism/what.html (page consultée le 01/01/10)

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