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2) La vengeance

Effectivement, la politique des bolcheviks, sitôt le pouvoir conquis par ces derniers, est l’expropriation, aussi bien économique que politique, de toutes celles et ceux regardés comme des bourgeois, mais pas seulement : « Les bolcheviks arrivèrent au pouvoir par un coup d’État merveilleusement préparé, qui leur livra d’emblée tout l’appareil gouvernemental. Et ils utilisèrent immédiatement ce dernier pour procéder de la façon la plus énergique et la plus absolue à l’expropriation politique et économique de leurs adversaires, de tous leurs adversaires, même de ceux qui appartenaient au prolétariat »199. 82

Cette politique, selon Kautsky, est animée par une soif de vengeance extrême : « Ce système ne conserve aucune trace de la tendance d’élever le prolétariat à un niveau supérieur, « d’élaborer une forme de vie supérieure » et nouvelle ; il n’est pénétré que de la soif de vengeance sous la forme la plus primitive, qui trouve son bonheur à fouler aux pieds ceux qui avaient été jusque-là plus favorisés par le sort, mieux habillés, mieux logés, mieux instruits. Une fois que cette « volonté » se trouve déchaînée et devient la force motrice de la révolution, ses manifestations vont parfois plus loin que ne le voudraient les bolcheviks eux-mêmes »200. Les supposés bourgeois dont il est question, ont à répondre du simple fait d’être nés bourgeois, et pour certains d’entre eux, de l’être devenus avant la révolution bolchevique. Ceci, selon Kautsky, participe de l’arbitraire du système bolchevique, qui dès lors exerce une répression impitoyable à l’égard de ces fautifs : « Dans la République soviétiste, les « bourgeois » furent non seulement privés, sans nul dédommagement, de leurs moyens de production et de consommation, ainsi que de tous les droits politiques, mais on leur imposa également -et rien qu’à eux ! – le travail obligatoire »201. Ainsi, par la désignation des bourgeois comme les ennemis du peuple, le système se pervertit d’autant qu’il désigne les travailleurs, qui eux forment le peuple. Cela entraîne une automatique assimilation manichéenne, avec l’octroi de privilèges à certains et, nous l’avons vu, l’expropriation économique et politique des autres, toujours sous le couvert du plus implacable arbitraire : « Nulle part on ne peut tracer une ligne de démarcation bien nette entre la bourgeoisie et le travailleur ; cette démarcation contient toujours quelque chose d’artificiel qui rend l’idée soviétiste très apte à fonder un pouvoir arbitraire et dictatorial, mais très inapte à construire un système d’État net et systématiquement conçu »202. Enfin, ce système de vengeance par la plus arbitraire expropriation, que nous voyons appliqué ici en ville, l’est également dans les campagnes. Mais il soulève un problème supplémentaire. En effet, le pouvoir est donné aux paysans les plus pauvres au détriment des paysans les plus riches. Néanmoins, ce sont les paysans les plus riches qui détiennent les terres et, par là-même, assurent la gestion de la production agricole, dont ils font profiter les villes en nourrissant ces dernières. Le fait de déposséder ces koulaks de leurs biens a pour effet contre-productif de ne pouvoir 83

bénéficier de la mainmise sur leurs récoltes qu’une seule fois : « La République des soviets donne dans les villages tout le pouvoir aux paysans pauvres qui possèdent si peu de terre qu’ils ne produisent point de denrées superflues. Les paysans plus riches doivent être dépossédés sans rétribution de tout leur superflu et celui-ci doit être remis aux dépôts de l’État. De tels procédés – en tant qu’ils arrivent à être réalisés, – ne le peuvent être qu’une fois. L’année après, le paysan riche se gardera bien de produire plus qu’il ne lui en faut. De cette façon, le revenu de l’agriculture diminue. Et le superflu que le paysan produit malgré tout, il le cache et ne le livre qu’en cachette aux spéculateurs »203.

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