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SECTION 2 : Validation des hypothèses, synthèse des résultats et suggestions

Cette section sert de cadre pour la validation des hypothèses et pour faire des suggestions à l’endroit de tous les acteurs intervenant ou pouvant intervenir à l’avenir dans la filière anacarde dans la commune de Savalou et cela sur la base des résultats synthétisés de l’étude.

Paragraphe 1 : Validation des hypothèses de l’étude

Dans le cadre de cette étude portant sur l’analyse de la rentabilité de la filière anacarde dans le département des Collines : Cas de la commune de Savalou, deux hypothèses ont été émises. Sur la base des résultats obtenus à l’issue de l’analyse, nous apprécierons dans ce paragraphe la validité de ces deux hypothèses.

1. Hypothèse spécifique n°1 :

Les indicateurs de performances financière et économique calculés dans les MAP des fonctions de production et de commercialisation de la filière anacarde montrent que la production de l’anacarde dans la commune de Savalou, dégage une rentabilité positive égale à 34.622,13FCFA/hectare et une rentabilité économique positive de 65.511,149FCFA/hectare. De même, la commercialisation de la dite commune fournit une rentabilité financière positive de 118.031,71FCFA/tonne et une rentabilité économique positive de 74.651,71FCFA/tonne. Par ailleurs, dans une étude sur la compétitivité de la filière anacarde au Bénin : analyse des effets aux prix de référence, ADEGBOLA et al (2006) avaient obtenu des rentabilités financière et économique positives pour ces deux fonctions dans le département des Collines.

Ainsi, l’hypothèse spécifique n°1, selon laquelle les rentabilités obtenues des différentes fonctions de la filière anacarde sont dues aux revenus issus de ces dernières est donc validée.

2. Hypothèse spécifique n° 2 :

De l’analyse précédente, il ressort que les politiques visant à augmenter le prix de vente bord-champ ou à augmenter le Rendement, toutes choses étant égales par ailleurs, améliorent les rentabilités de la production de l’anacarde. De même, celle visant à augmenter les prix de vente aux exportateurs améliore les rentabilités de la commercialisation de l’anacarde et celle visant à augmenter le rendement fournit de la matière première aux grossistes et améliore implicitement, de façon globale les rentabilités de la commercialisation de l’anacarde en les amplifiant.

Cependant, la politique visant à augmenter le prix de vente bord-champ, toutes choses étant égales par ailleurs, déprécie les rentabilités de la commercialisation de l’anacarde. Aussi, les transferts nets et les coefficients de protection effective restent continuellement et constamment défavorables à la production et favorables à la commercialisation de l’anacarde.

Ainsi donc, sur ces bases, la seconde hypothèse selon laquelle l’ensemble des politiques visant à augmenter les prix ou le rendement ont un effet positif sur les rentabilités de la production et de la commercialisation de l’anacarde est rejetée.

Paragraphe 2 : Synthèse des résultats

De cette étude sur la rentabilité de la filière anacarde dans la commune de Savalou, ayant utilisée la MAP pour l’analyse, il ressort que la production et la commercialisation de l’anacarde sont financièrement et économiquement rentables. En effet, la production de l’anacarde dégage des rentabilités financière et économique respectives de 34.622,13FCFA/ha et de 65.511,149FCFA/ha. Avec un CPE=0,9936 et un transfert net de -30.889,02FCFA/ha, les producteurs sont implicitement taxés et ne profitent d’aucune incitation à produire. Quant à la commercialisation, elle mobilise une rentabilité financière de 118.031,71F CFA/tonne et une rentabilité économique de 74.651,71FCFA/tonne.

Avec un CPE =1,0987 et un transfert net de 43.380FCFA/tonne, les grossistes sont implicitement subventionnés et profitent d’une incitation à continuer leur activité. Cependant, seules les mesures de politique visant à augmenter le rendement à l’hectare et le prix de vente aux exportateurs sont profitables aux différents acteurs de la filière anacarde. Mais toute augmentation des prix de vente bord-champ des stocks à partir de 519,388FCFA/kg devient une perte pour le commerçant grossiste.

De même que toute diminution du prix de vente des stocks aux exportateurs en dessous de 456.468FCFA / tonne devient néfaste aux grossistes. Par ailleurs, si toute augmentation du rendement de 5% par hectare (soit 377,30kg/hectare) augmente la rentabilité financière de 20,65% ; il n’en demeure pas moins que toute diminution du rendement en dessous de 270,87kg/ha ou toute diminution du prix de vente bord-champ des stocks en dessous de 303,135F CFA/kg deviennent des pertes pour les producteurs.

Enfin, quand bien même la commune compte 20.000 producteurs d’anacarde et une superficie des plantations d’anacardiers estimée à 25.000ha, deux usines semi-industrielles de transformation des noix de cajou et que cette filière résolve un grand problème économique et de développement qu’est le chômage, la filière anacarde ne bénéfice d’aucun appui de la part des autorités communales ni gouvernementales. Ce état de chose confronte les acteurs de la filière à diverses contraintes notamment l’insuffisance d’encadrement, la mauvaise organisation des différentes fonctions de la filière et le manque de financement entraînant une persistance suicidaire du préfinancement de la commercialisation et du mode de financement “avance sur achat” à taux de remboursement de 100%.

Paragraphe 3 : Suggestions

Malgré les contraintes internes et externes, la filière anacarde demeure une filière prometteuse. Au vue des avantages que cette filière revêt pour ses différents acteurs et pour le reste de la communauté, l’Etat et les autorités communales devraient revoir leurs politiques de développement des filières agricoles notamment la filière anacarde. Mais dans l’immédiat, il faut penser à résorber les différentes difficultés de la filière. Ainsi, les diverses analyses et simulations de mesures de politiques nous permettent de faire les suggestions suivantes à l’endroit :

1. De l’Etat

1. Dynamiser les structures d’encadrement (CeCPA) et les Unions de producteurs d’anacarde (URPA/UCPA).
2. Rendre disponibles et accessibles les semences améliorées, les intrants agricoles et les produits phytosanitaires spécifiques à l’anacarde.
3. Former les agents d’encadrement sur l’Itinéraire Agronomique recommandée pour la production de l’anacarde.
4. Appuyer les structures d’union des producteurs et des commerçants
5. Fixer des prix planchers de vente de l’anacarde aux exportateurs.
6. Mettre en place un Fonds National de Développement et de Financement Agricole et particulièrement de l’anacarde.
7. Faciliter les investissements productifs dans la production, la transformation et la commercialisation de l’anacarde à travers des subventions et exonérations d’impôt ou de taxe.
8. Créer des usines de transformation pour valoriser les pommes de cajou qui jusque là sont abandonnées dans les champs faute de possibilités d’utilisation (environ 600.000 tonnes/an).
9. Fixer à temps la date de démarrage de la campagne et faire respecter les prix planchers sur le terrain.
10. Encourager les Institutions de Micro Finance (IMF) à financer la filière anacarde tout en assouplissant les délais de remboursement.
11. Actualiser et renforcer la Stratégie de Relance de la Filière Anacarde (SRFA) 2006-2011 en mettant l’accent sur les actions prioritaires à développer dans la chaîne de valeur anacarde.

12. De la commune :

13. Accompagner les différents acteurs intervenants dans la filière anacarde en mettant en place des mesures incitatives.
14. Négocier des financements pour les projets d’appuis aux activités de production de l’anacarde.
15. Construire des magasins de stockage des produits agricoles en générale et particulièrement de l’anacarde dans les arrondissements producteurs.
16. Aménager les voies d’accès aux zones de productions agricoles.
17. Faciliter l’accès à la terre afin d’encourager d’autres installations de plantations d’anacardiers.
18. Encourager et susciter les investissements durables dans la filière anacarde à Savalou.
19. Créer des plantations communales d’anacardiers pour améliorer le budget communal.
20. Faciliter les investissements dans les unités de transformation à travers un appui matériel et financier pour accroitre les volumes des produits exportés.

21. Des producteurs :

22. Réorganiser et dynamiser l’Union des producteurs.
23. Accorder plus de confiance aux Unions des producteurs afin de mieux expérimenter la vente groupée de l’anacarde
24. Faire plus confiance aux institutions de micro finance.
25. Se regrouper en coopérative pour mieux profiter des crédits
26. Abandonner le mode de financement informel de “l’avance sur achat” à taux de remboursement de 100% qui n’est rien d’autre que de l’usure.
27. S’informer sur l’itinéraire agronomique de production de l’anacarde.
28. Respecter l’itinéraire agronomique de production de l’anacarde et mettre effectivement en pratique le prix planchers de vente bord-champ généralement fixé à 200F CFA/kg.
29. Renouveler les plantations existantes qui sont à 40% vieilles tout en respectant la densité idéale de 100 plants/hectare au maximum.
30. Augmenter les quantités produites en utilisant les engrais (NPK : 500g par plant ou l’engrais organique : 2kg de fumure ou de bouses de vache séchées par plant) et les produits phytosanitaires (solution aqueuse de Neem voir annexe 9).

31. Des acteurs de la commercialisation :

32. Abandonner progressivement le préfinancement par les partenaires au profit du financement sur fonds propres.
33. Mieux organiser le circuit des acteurs de la commercialisation afin de réglementer la concurrence déloyale.
34. Créer une union des acteurs de la commercialisation de l’anacarde.
35. Développer des politiques de soutien aux producteurs.
36. Appuyer matériellement et financièrement les producteurs d’anacarde afin de bénéficier d’une augmentation des rendements.
37. Appliquer réellement les prix planchers de 200F CFA/kg fixés par le gouvernement.
38. Financer très tôt les collecteurs pour la collecte primaire.
39. Réinvestir une partie des plus-values obtenues dans le développement de la filière anacarde.
40. Créer des consortiums d’investisseurs nationaux dans le secteur de la transformation des noix de cajou et des pommes de cajou.

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