IV. Intervention militaire et ses conséquences

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L’intervention militaire de la France (opération Serval) a débuté le 11 janvier 2013 suite à une demande expresse du président malien par intérim Diouncounda Traoré après l’attaque de la ville de Konan par les combattants du MUJAO.

Intervention militaire et ses conséquences

 

Ces derniers étaient d’ailleurs aux portes de Sévaré (ville proche de Mopti au Sud) au début des frappes de l’aviation françaises. En appui à l’armée française, les troupes de plusieurs pays de la CEDEAO sont ainsi engagés dans la MISMA : le Nigéria, le Bénin, le Burkina Faso, le Ghana, la Guinée, Niger, le Sénégal, le Togo…. La Mauritanie et l’Algérie, membres des pays du champ au même titre que le Niger et la Mali, n’ont pourtant pas choisi de participer à la MISMA.

En revanche le Tchad, pays non membre de la CEDEAO, a envoyé un contingent de 2 000 hommes au Mali. Cette intervention appuyée par la MISMA contre les islamistes au Mali aura diverses conséquences aussi bien sur la sous-région que sur le plan international.

IV.1. Conséquences sur la sécurité de la sous-région

La situation au Mali a un impact important sur l’ensemble de la sous-région. Au fur et à mesure que la situation se développe, les risques d’infiltration et de déstabilisation dans certains pays limitrophes sont très réels, ainsi que l’aggravation de la menace terroriste dans la sous-région.

Les éléments des différents groupes terroristes traqués par les forces de la coalition pourront se disperser dans la sous-région ouest africaine notamment dans la bande Sahélo-Saharienne où ils pourront poser des actes de déstabilisation. La circulation incontrôlée des armes à feu, les attaques et vols à mains armées, vols de bétails à grande échelle entre autres peuvent être des manifestations de cette insécurité née du conflit. Les représentations diplomatiques, les administrations publiques, les populations peuvent être victimes d’attentats kamikazes à tout moment et n’importe où comme ce fut le cas à Gao. Ainsi, juste après la reprise des villes occupées par les français, l’armée malienne et la MISMA, les islamistes du MUJAO qui contrôlaient Gao ont donc opté pour la guérilla. Les militaires appellent cette tactique une guerre asymétrique en milieu urbain, avec combats de rue, mines et attentats.

D’autres alarmistes craignent même une Somalisation de la sous-région.

Aujourd’hui le débat commence d’ailleurs une autre dimension : la recolonisation des pays africains de la sous-région par les puissances occidentales que sont la France et les Etats Unis qui envisagent déjà de se servir du conflit malien pour installer des bases militaires(10) notamment dans le Sahara nigérien.

IV.2. Conséquences économiques

Les partenaires au développement (FMI, Banque mondiale, Agence française de développement…), dont les appuis représentent près de 40 % du budget malien (lequel s’élève à 1 300 milliards de F CFA, soit 2 milliards d’euros, en 2012), ont fermé le robinet. Résultat, le pays sera privé de quelque 522 milliards de F CFA d’aides extérieures d’ici à la fin de l’année. A cause de cette crise institutionnelle, le Mali est devenu un pays à éviter par les investisseurs. Ces derniers hésitent avant d’initier un projet de développement. Même localement, les choses commencent à se faire sentir. Beaucoup d’entreprises du pays ont en effet ralenti leurs activités. Quant aux institutions bancaires, elles sont désormais regardantes sur les crédits et les découverts. Depuis que certains d’entre elles ont subi des centaines de millions de perte de FCFA à cause des actes de vandalisme des rebelles du MNLA, toutes les banques et institutions de microcrédit ont décidé de fuir les régions Nord du Mali.

A l’international, les maliens de la diaspora et les opérateurs économiques ayant des crédits fournisseurs rencontrent d’énormes difficultés pour continuer leurs transactions financières en direction du Mali.

Les pays de la sous-région comme le Niger seront aussi touchés sur le plan touristique, risque de suspension de grands investissements miniers et pétroliers.

IV.3. Conséquences sur les droits humains

Selon divers témoignages, la situation est alarmante pour les populations prises au piège dans les zones du conflit, où ont eu lieu des pillages, saccages et des viols. La réponse humanitaire à l’intérieur du Mali a été rendue plus difficile après l’occupation du Nord par les groupes armés, indique OCHA, relevant que cette crise survient alors que le Sahel, incluant le Mali, est confronté à une grave crise alimentaire.

Le massacre d’Aguelhok où plusieurs militaires de l’armée malienne ont été froidement exécutés par le MNLA constitue une violation flagrante des droits de l’homme. A cela il faut ajouter les amputations, les lapidations publiques, la restriction des libertés individuelles et collectives au nom de l’application de la Shari’a. Avec l’intervention militaire en cours, il y a de gros risques de violation du droit international humanitaires par les différentes parties en conflit.

En janvier 2013, le MUJAO accuse l’armée malienne d’avoir massacré 40 Peuls soupçonnés de liens avec les Islamistes(11). Selon des habitants, après la bataille de Konna, plusieurs prisonniers islamistes ou des suspects sont exécutés sommairement par des soldats maliens dans des camps militaires à Sévaré, parmi lesquels des blessés pris à Konna, des témoins évoquent notamment un charnier de 25 à 30 corps ou des cadavres jetés dans des puits(12).

Selon la FIDH, les forces de sécurité maliennes auraient arrêté et sommairement exécuté des citoyens maliens accusés d’« intelligence » avec les islamistes. La FIDH parle d’une dizaine de cas présumés à Sévaré. Selon un habitant de Mopti, d’autres arrestations et exécutions auraient eu lieu dans cette ville. Le FDIH met en garde contre les tensions ethniques et les sentiments de vengeance nés du conflit13. D’après un rapport d’Human Rights Watch, au moins (13) personnes ont été exécutés sommairement par des soldats maliens et 5 autres ont disparu entre le 9 et le 18 janvier à Sévaré, Konna et les villages environnants(14).

Conséquences sur les droits humains

Les États concernés sont : la Mauritanie, le Mali, le Niger, le Tchad et les deux Soudan ; et, plus au sud, le nord du Nigeria, le Burkina Faso et le Sénégal. Les trois premiers États sont très vastes, avec une superficie moyenne d’un million de km2, dont la moitié nord est occupée par le désert, donc souvent considérée comme un territoire « non utile ». De plus, ces États sont pauvres, rangés dans la catégorie des « pays les moins avancés », et ils ont de moins en moins de capacité à fournir les services de bases

10 Explication de vote du député indépendant Laurent Louis au parlement Belge pour la participation de la Belgique à l’intervention militaire au Mali, Bruxelles le 17 janvier 2013
11 ALAKHBAR : Journal d’information malien: Le MUJAO accuse l’armée malienne d’avoir massacré 40 Peuls
12 L’Express : Journal d’information malien: Les militaires maliens coupables d’exactions à Sévaré
13 http://www.lemonde.fr/afrique/article/2013/01/15/les-allegations-sur-des-exactions-de-l-armee-malienne-se-multiplient_1817444_3212.html Les allégations sur des exactions de l’armée malienne se multiplient
14 Europe1 : Ce qu’on sait des exactions au Mali

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