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Introduction

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L’objet de cette étude est ici de coucher sur le papier et d’analyser la « Guerre révolutionnaire » dans la pensée trotskiste. Le terme « trotskiste », adjectif qualificatif dérivé de « trotskisme », « trotskisme » étant un néologisme forgé au XXe siècle, sert à désigner et englober toutes celles et ceux se réclamant de la pensée et de l’action politique de Lev Davidovitch Bronstein, alias Léon Trotski, célèbre révolutionnaire russo-soviétique, né le 26 octobre 1879 (7 novembre dans le calendrier grégorien) à Ianovka, dans l’Empire russe à l’époque, en Ukraine aujourd’hui, et mort le 21 août 1940 à Mexico, au Mexique, à l’âge de 61 ans1. A la fois théoricien politique et homme d’action, Trotski (que l’on peut également orthographier Trotsky, la différence entre les deux constituant une simple affaire de goûts), marque son époque par son infatigable engagement altruiste et les responsabilités successives qu’il assume. Tour-à-tour président du soviet (un soviet est un conseil constitué d’ouvriers, de paysans et de soldats) de la ville de Petrograd, en 1905, l’un des principaux organisateurs de la Révolution d’Octobre de 1917 en Russie, qui marque l’arrivée au pouvoir du parti des Bolcheviks et de leur chef, Vladimir Ilitch Oulianov, alias Lénine (10 avril 1870 – 21 janvier 1924), fondateur dès l’année suivante de l’Armée rouge et chef de cette dernière sept années durant, de 1918 à 1925, fondateur enfin de la Quatrième Internationale, en 1938, celui qui donne son nom au trotskisme constitue en définitive un attrait certain pour le chercheur habile et ambitieux. Thuriféraire d’un communisme vingtièmiste, Trotski ne lasse pas de fasciner. Des zones d’ombre, sans doute. Une légende forgée au gré des fantaisies, certainement ! C’est donc tout naturellement vers un tel sujet que nous avons choisi de nous tourner, passionnés que nous sommes par l’histoire des idées politiques, et notamment du communisme, théorie politique visant à « l’abolition de la propriété privée des moyens de production pour donner à chacun selon ses besoins »2. De plus, le sujet tient à cœur à l’auteur de cet ouvrage, étant entendu que ce dernier est né dans une ancienne Démocratie Populaire3, Démocratie Populaire qui a connu des années durant un régime qualifié de communiste -il y a là un attrait originel et culturel dont il est difficile de se défaire, et qui pousse, à travers l’Histoire, celle qu’a 4

et que fait l’Homme, à comprendre l’histoire d’une micro-entité, unique, mais néanmoins réelle : la nôtre. Il restait, pour constituer l’épine dorsale de notre sujet, et donner un visage à ce dernier, à regarder, avec notre œil d’historien aguerri, le trotskisme d’un point de vue militaire, l’intitulé du Master dans lequel nous évoluons suffisant à motiver cette pragmatique décision. Choix a donc été fait d’étudier ici la « Guerre révolutionnaire ». En lisant cette dernière à travers le prisme de la pensée trotskiste dont elle fait, au demeurant, partie intégrante, un pas définitif est franchi en direction de l’acceptation de notre sujet par notre Directeur de Mémoire. Si Trotski lui-même n’emploie pas le terme de « Guerre révolutionnaire », l’étude d’une partie de ses écrits suffit pour nous permettre d’affirmer que celle-ci est bien conçue, théorisée, et qu’il ne manque à cette dernière que le nom que nous nous permettons d’employer aujourd’hui pour délimiter l’objet de ce travail, et parce que la rigueur de la pratique de l’étude historique s’impose. Une fois définis, les termes du sujet admettent des bornes chronologiques, permettant, par une volonté de concision qui affiche le Nord sur la boussole de l’historien, de cadrer notre sujet dans le temps. Deux dates, sont ici retenues : octobre 1917 et mai 1968. Octobre 1917, marque l’accaparement du pouvoir politique par le parti des Bolcheviks (Bolchevik signifiant en russe « majoritaire »), au détriment du Gouvernement Provisoire de Russie et de son Ministre-Président Alexandre Fiodorovitch Kerenski, en fonction du 21 juillet au 8 novembre 1917 (selon le calendrier grégorien)4. Ironie du sort, c’est par une révolution, déclenchée en février de la même année, qu’est institué ce même Gouvernement Provisoire, après que le dernier tsar de Russie, Nicolas II (1868-1918), ultime descendant de la dynastie des Romanov, est renversé, son obstination à maintenir coûte que coûte la Russie dans la Première Guerre Mondiale (entrée en guerre aux côtés de l’Entente en août 1914) lui étant fatale, son peuple ne supportant plus la guerre et souhaitant cesser les hostilités à tout prix. C’est ce dernier facteur, qui pousse à une seconde révolution, au mois d’octobre (novembre, dans le calendrier grégorien) 1917. Passant outre le désir de la population russe de se retirer de la guerre, Kerenski reprend à son compte la politique belliqueuse du souverain déchu, et décide de la poursuite des combats. 5

Excédé, le peuple s’insurge, permettant l’arrivée au pouvoir de Lénine, Trotski, et des bolcheviks, qui sentent que la situation est mûre pour le déclenchement de la révolution, et dont les slogans « Tout le pouvoir aux soviets ! » ou « Le Pain, La Paix, La Terre » sont entendus et écoutés par le peuple, qui caresse l’espoir d’une paix réelle et rapide. C’est chose faîte avec la signature du traité de Brest-Litovsk, le 3 mars 1918 dans notre calendrier, entre « les gouvernements des Empires Centraux menés par l’Empire allemand et la jeune république russe bolchevique, issue de la révolution russe […] », mais qui a néanmoins la conséquence d’amputer la Russie d’une partie de son territoire. L’exposé dont nous avons ici la charge, admet, sur le plan chronologique, prendre fin avec les évènements survenus lors du mois de mai 1968 et s’achevant dès le début du mois suivant. Mai 68, comme il est désormais de coutume de désigner ces dits évènements, est un mouvement de contestation parti des campus Etats-Uniens, en réaction notamment à une guerre menée au Vietnam par un gouvernement Etats-Unien dont on sent qu’il s’enlise, et à laquelle on pense que ce dernier ferait bien de renoncer. A la base mouvement de contestation, ce phénomène mute rapidement, pour traverser l’océan Atlantique et faire souffler un vent révolutionnaire sur l’Europe occidentale, en Allemagne bien sûr, en France surtout. Les causes de Mai 68, sont notamment à chercher dans un contexte culturel « explosif ». L’époque dans laquelle ce mouvement révolutionnaire se situe, est marquée par une créativité musicale phénoménale, une évolution des mœurs, pour ne pas dire un débridement, notamment sur le plan sexuel. Mais 68 est donc emblématique d’un monde qui connaît un rapide et vertigineux bouleversement sociétal. C’ est la marque de la dernière grande vague révolutionnaire déferlant sur l’Europe occidentale, vague révolutionnaire dont on se doute, et notre exposé le confirme, qu’elle est une carte à jouer pour les trotskistes, qui tentent en France de saper les fondements d’un pouvoir gaulliste (qui tire son nom du général Charles de Gaulle) alors au pouvoir depuis dix ans (1958), par l’appui aux mouvements de contestation d’étudiants révoltés qui se battent souvent dans la rue contre les C.R.S (Compagnies Républicaines de Sécurité). C’est une époque, nous le répétons, faîte d’expériences, illustrée notamment par des slogans marquant le désir d’une libération générale de toutes et de tous : « Il est interdit d’interdire », et que Charles de Gaulle (1890-1970), refuse d’accepter, sinon d’admettre. 6

Nous quittons ici le champ chronologique afin de nous tourner vers le champ géographique, la définition de l’espace constituant une valeur sûre dans le travail de l’historien. La délimitation spatiale de notre thème, tourne autour de deux pôles : d’abord la Russie, évidemment, noyau dur du trotskisme, sorte de « laboratoire » d’un trotskisme des jeunes années, qui trouve son compte dans le déclenchement de la révolution d’octobre 1917 et la défense des valeurs de cette dernière par la constitution de l’Armée rouge, utilisée de prime abord dans une effroyable guerre civile longue de presque quatre années (1917-1921), mais aussi la France, terrain de lutte expérimentant, dans les années 1960, différentes formes de grèves et de moyens représentatifs du prolétariat, dans une lutte des classes qui a pour cadre central l’usine, et dont les ouvriers et les patrons constituent les acteurs principaux. Si la France et la Russie, sans pour autant nous étendre sur l’étude d’une région en particulier, constituent, nous l’avons dit, nos deux pôles, cela ne nous empêche pour autant pas de nous pencher sur le monde, si certaines de ses régions peuvent, d’une façon quelconque, alimenter notre analyse. Et, en effet, c’est bien de cela dont il s’agit, puisque notre regard embrasse, l’espace d’un instant, la campagne russo-polonaise de février 1919-mars 1921, qui s’achève par un fiasco des bolcheviks, désireux d’appuyer d’éventuels soulèvements révolutionnaires en Europe calqués sur le modèle de la révolution bolchevique, éventuels soulèvements révolutionnaires auxquels il est décidé que l’Armée rouge doit apporter son aide, après avoir exporté son modèle en Pologne. Enfin, un débrief rapide mais sérieux est, pour des raisons illustrant la troisième et ultime partie de cet ouvrage, consacré à d’autres pays -ceux précisément dans lesquels la révolution n’apporte pas, du point de vue des trotskistes, l’effet escompté. Si l’enthousiasme, agrémenté de la confiance de notre Directeur de Mémoire en nos capacités, donne à penser que le traitement d’un tel sujet est facile, c’est malheureusement du contraire dont il s’agit. La première complexité, en effet, tient au temps imparti pour la remise de notre Mémoire, temps dans lequel nous devons prendre en compte non seulement la rédaction de notre travail, la correction finale de notre tapuscrit et l’impression de notre Mémoire (la version papier faisant foi), mais également la constitution de notre corpus de documents et le dépouillement de ces derniers. 7

Ceci nous amène à la seconde difficulté, consistant en la constitution de ce fameux corpus de documents, matériel de base du travail du chercheur. Notre objectif final étant la rédaction et la remise d’un mémoire de première année de Master, il faut comprendre que la petitesse du temps imparti nous oblige à une rigoureuse sélection de notre documentation dans la constitution de ce corpus. Le délai dont nous disposons n’est pas le même que celui d’un doctorant réalisant une thèse d’Etat, et notre esprit de synthèse semble ici mis à l’épreuve. La rapide constitution de notre corpus de documents, qui laisse présager d’un lever de soleil dans le ciel noir de l’enquêteur ici rédacteur de ces modestes lignes, cache en fait une troisième complexité. Non des moindres, celle-ci tient à l’aridité de notre corpus de documents finalement établi, aridité dont on ne devine que trop bien qu’elle est le syndrome d’une uniformité des textes -notamment des sources- à notre disposition, et contre laquelle il est inutile de tenter quoi que ce soit. De fait, nos sources sont uniquement des écrits trotskistes, les écrits du « Révolutionnaire sans frontières », ainsi que l’auteur trotskiste Jean-Jacques Marie aime à qualifier Trotski5, prévalant néanmoins. Une fois les difficultés de l’exercice énumérées et expliquées (même si toutes ne sont pas définitivement établies), il nous faut approfondir la question de ce corpus de documents, sans lequel cet ouvrage n’aurait pas vu le jour. Ainsi que nous venons de le dire, la majeure partie de nos sources est constituée des écrits de Trotski, dont la prolixité des œuvres oblige le chercheur à opérer une première sélection, arbitraire nous en convenons, effectuée après lecture des titres des ouvrages et surtout des quatrièmes de couverture. Au nombre de cinq, à savoir Ma vie, Terrorisme et communisme, La révolution trahie, Histoire de la révolution russe (1. La révolution de février), Histoire de la révolution russe (2. La révolution d’octobre), ces ouvrages sont chacun constitués de quelques centaines de pages, ce qui représente le travail d’un peu plus d’un millier de pages à explorer, seulement pour les écrits de Trotski. Il suit immédiatement, et c’est naturel, une sélection de plusieurs biographies du fondateur de l’Armée rouge, sa vie et son œuvre étant déterminantes pour la compréhension de la « Guerre révolutionnaire » dans la pensée se réclamant de son nom. Ces biographies dont nous parlons à l’instant, constituent presque toutes des sources, en ce sens que deux des trois biographes de 8

Trotski, sur lesquels nous avons travaillé, sont trotskistes (ce qui n’est pas le cas du britannique Robert Service). En effet, Pierre Broué, né le 8 mai 1926 à Privas, en Ardèche, et mort le 26 juillet 2005 à Grenoble, « est un historien et militant trotskiste français, auteur de nombreux ouvrages sur Trotski et le trotskisme, et plus largement sur l’histoire du communisme ». Jean-Jacques Marie que nous évoquions plus haut, est, quant à lui, spécialiste de l’histoire soviétique, et a notamment rédigé des biographies sur Lénine, Trotski et Staline. Militant trotskiste comme Pierre Broué, « il a été membre de l’Organisation communiste internationaliste (O.C.I) de 1965 à 1981, puis du Parti communiste internationaliste de 1981 à 1991 ». Par ailleurs, « Il est l’un des principaux animateurs du Centre d’études et de recherches sur les mouvements trotskystes et révolutionnaires internationaux (C.E.R.M.T.R.I) », selon l’encyclopédie « libre et universelle » Wikipédia, que par souci de rigueur scientifique, nous citons exceptionnellement ici. Une fois sélectionnés certains ouvrages rédigés de la main de Trotski et certaines biographies de ce dernier, dont certains auteurs ne cachent pas leur sympathie pour le fidèle compagnon de route de Lénine, il nous faut parler de la presse. La presse, en effet, joue un rôle déterminant dans la constitution de notre corpus. Si les écrits de Trotski et les biographies sur lesquelles nous avons travaillées, nous permettent d’étudier le trotskisme des jeunes années, qui trouve son application dans la Russie d’un XXe siècle naissant, en proie au servage et à un retard économique considérable par rapport aux Etats-Unis d’Amérique et aux pays d’Europe occidentale, Voie Ouvrière, journal d’obédience trotskiste, nous donne à apprécier en France un trotskisme « mature », qui survit à la mort de son fondateur en 1940, et trouve son terrain d’expression dans une France confrontée, sur le plan extérieur, à une suite de guerres coloniales aux lendemains de la désastreuse Deuxième Guerre Mondiale (1939-1945). Ce sont les guerres d’Indochine (1945-1954) et d’Algérie (1954-1962) (de la première, nous esquisserons une analyse, l’anticolonialisme étant une composante du trotskisme). Là encore, une difficulté se met en travers de notre route. En effet, les articles de Voie Ouvrière, qui nous donnent à apprécier l’évolution de la France dans les années 1960, sont en fichier photo, et l’inconvertibilité de ces derniers en fichier texte, contribue considérablement à ralentir notre recherche, incapables que nous sommes, dès lors, d’enclencher une recherche par thème ou par mot-clé. Ce qui nous amène, 9

là encore, à opérer une sélection dans les articles étudiés. C’est ainsi que nous faisons le choix (car il faut bien en faire un) de sélectionner intégralement les années 1962 et 1963. 1962, est en fait la première année dont il est possible de consulter les numéros de Voie Ouvrière quand on se rend dans les archives du site internet de Lutte Ouvrière, parti politique trotskiste dont est issue Arlette Laguiller (née en 1940), première femme à s’être présentée à une élection présidentielle en France. Pour ne pas trop nous disperser, nous décidons, comme pour l’année 1962, d’étudier intégralement les numéros de l’année 1963, avant d’opérer un bond dans le temps de cinq ans, pour nous dépêcher d’en arriver aux évènements de Mai 68, que nous décidons, par rigueur scientifique, d’encadrer d’une étude des mois d’avril et de juin de la même année, afin de nous faire une idée la plus juste possible de « l’avant » et de « l’après » Mai 68 dans l’opinion trotskiste. Enfin, intervient un quatrième et ultime type de sources, que Philippe Artières (né en 1968), directeur de recherche au C.N.R.S, n’aurait certainement pas boudé, puisqu’il s’agit du témoignage, dont il est spécialiste. Le témoignage, qui a l’inconvénient d’être à double tranchant du fait qu’il peut être partiel et partial, nous permet néanmoins, à nous enquêteur, de vivre le passé, et d’appréhender le présent. D’ailleurs, deux personnes sont appelées dans cet exercice à livrer leur vision du combat trotskiste qui scelle leur engagement. Albert Granger est né le 13 décembre 1933, à Toulouse6. Des membres directs de sa famille, la plupart prennent les armes aux côtés des républicains espagnols, en s’engageant dans les célèbres Brigades Internationales, lors de la sanglante Guerre d’Espagne (1936-1939) qui prend fin avec l’arrivée au pouvoir du général Francisco Franco (4 décembre 1892-20 novembre 1975). Son père, Marcel Granger, dirige une cellule communiste clandestine à Toulouse sous l’occupation nazie. Avec son amabilité coutumière, Albert nous fait le plaisir d’accepter un rendez-vous chez lui, durant tout un après-midi, dans le petit village de Pinet (34850). Les questions que nous lui posons concernent sa pensée politique, son engagement (dont il est assez facile de comprendre qu’il naquit avant tout d’une tradition communiste dans la 10

famille), la définition de certains termes que nous n’aurions pas compris ou que nous désirerions croiser avec la définition qu’en donne Trotski lui-même, etc… De plus, Albert est déserteur durant la guerre d’Algérie, et directeur de la M.J.C (Maison des Jeunes et de la Culture) de Sète, en Mai 68. Il y a donc matière à jouer sur les tableaux de l’anticolonialisme et de la dernière grande révolution touchant la civilisation judéo-chrétienne occidentale. Notre second témoin est une femme, beaucoup plus jeune, du nom de Morgane Lachiver, professeur de français dans le secondaire et candidate trotskiste malheureuse dans l’Hérault aux élections législatives de 20177, et avec qui nous n’avons pas les mêmes rapports privilégiés qu’avec Albert, puisque nous rencontrons cette dernière à l’université Paul Valéry, distribuant le journal trotskiste Lutte Ouvrière devant le restaurant universitaire de Vertbois. Après une conversation politique aboutissant rapidement à une impasse, nous décidons de tenter, quelques semaines plus tard, notre chance, en lui demandant les faveurs d’une interview. Morgane, après que nous avons déjeuné ensemble, convient d’un rendez-vous à la bibliothèque de l’université Paul Valéry, en plein durant les blocages de l’université par ses camarades. Les questions qui lui sont posées concernent les raisons de son engagement, sa vision politique des choses et le « fil rouge » de son combat. Elles sont sensiblement les mêmes que celles posées à Albert, avec toutefois une différence d’âge et de sexe pouvant nous apporter des réponses différentes à une même question. En effet, ont-ils tous les deux exactement les mêmes idées sur les mêmes sujets ? A nous historien, dès lors que les réponses sont enregistrées, de les confronter entre elles, mais aussi aux écrits de Trotski, ce qui nous permet, une fois l’intégralité de nos sources dépouillées, d’étudier une évolution du trotskisme sur un siècle, toujours avec nos modestes moyens, nous le confessons. Nous admettons être avares en outils de travail, seul le dictionnaire du Communisme, dirigé par Stéphane Courtois, nous ayant paru utile8. 11

Viennent ensuite les ouvrages, là-aussi peu nombreux : par exemple une bibliographie du Staline des jeunes années, de l’historien Simon Sebag Montefiore9, ou un ouvrage de l’historien Andrew Nagorski sur la bataille de Moscou de 1941, ces deux ouvrages nous paraissant indispensables à la compréhension du personnage de Iossif Vissarionovitch Djougashvili, dit Staline (1878-1953), que Lénine qualifie, un temps durant, de « Merveilleux Géorgien »10, et dont il est de notoriété publique que les relations entre Trotski et ce dernier sont exécrables, faisant d’eux les ennemis jurés, et amenant le futur « Petit père des peuples », pour des raisons qui outrepassent le cadre de cet ouvrage, à commanditer l’assassinat de Trotski par Ramon Mercader (1913-1978), agent de la police secrète stalinienne11, le N.K.V.D. De notre propre point de vue, la passion qui est la nôtre pour l’histoire des idées politiques, nous affilie, ipso facto, à la redécouverte de l’histoire politique opérée dans les années 1970 en France par René Rémond (30 septembre 1918-17 avril 2007), « père d’une typologie des Droites en France », ouvrage connaissant, lors de sa première parution sous le titre La Droite en France de 1815 à nos jours, en 1954, un franc succès. Cette histoire des idées politiques, est la « substantifique moëlle » de notre âme d’historien, même si, évidemment, notre ouvrage n’en est pas uniquement constitué ; un clin d’œil est également adressé à l’histoire des mentalités, puisqu’il s’agit ici de comprendre comment est appréhendée une pensée politique par différents êtres humains, à différentes époques, dans différents endroits du monde. Enfin, il nous faut dire que la « Guerre révolutionnaire » dans la pensée trotskiste, que nous ne faisons pas l’erreur de confondre avec la « guerre révolutionnaire »12, est un long processus, connu notamment sous le nom de « Guerre de classes », dont le concept est hérité des fondateurs de la pensée marxistes, Karl Marx (5 mai 1818-14 mars 1883) et son fidèle ami et compagnon de route, Friedrich Engels (28 novembre 1820-5 août 1895). Ce concept, auquel Trotski apporte sa propre analyse, admet une raison d’être, donc des causes (pourquoi y-a-t-il une « Guerre 12

révolutionnaire ?), une ou plusieurs façons d’être « exprimé », c’est-à-dire des modalités, et enfin des échecs, des points sur lesquels cette « Guerre révolutionnaire » bute ; nous parlons alors de limites. Ayant dit cela, il nous paraît alors judicieux de nous demander ce que c’est que la « Guerre révolutionnaire » dans la pensée trotskiste ; quelles sont ses raisons d’êtres, les actions auxquelles elle appelle et conduit, avec quels enjeux à la clé ? Enfin, la Guerre révolutionnaire dans la pensée trotskiste est-elle, à ce jour, un succès ou un échec, et pourquoi ? Pour y répondre, notre plan reprendra les termes énoncés à l’instant. – Notre première partie sera consacrée aux causes de cette « Guerre révolutionnaire », avec deux chapitres, le premier étant consacré à l’opposition de deux classes sociales inconciliables, les bourgeois et les prolétaires, et le deuxième, au programme marxiste, repris par Trotski, de la mise en place d’une dictature du prolétariat ; – La seconde partie traitera des modalités de cette « Guerre révolutionnaire », et justifiera ainsi nos bornes spatiales et chronologiques majeures : le premier chapitre analysera le trotskisme de son fondateur, à travers les évènements phare que constituent la révolution d’octobre 1917, la guerre civile russe et la campagne russo-polonaise de février 1919-mars 1921, tandis que le second chapitre étudiera les moyens de lutte trotskistes en France dans les années 1960 ; ce sera là l’occasion de consacrer une analyse aux différentes formes de grève, la grève étant, pour les trotskistes, l’arme politique par excellence, parce que la plus efficace. Aussi, nous n’oublierons pas dans notre Mémoire les moyens d’expression et de lutte prolétarienne à travers cet outil qu’est le syndicat, et l’application des différents moyens de lutte que nous venons d’énumérer lors des évènements de Mai 68. – Enfin, la troisième et ultime partie de cette étude, sera consacrée aux limites de cette « Guerre révolutionnaire », limites qui oscillent entre rivalités, critiques et oppositions. Ce sera l’occasion de nous pencher sur la célèbre critique du marxiste autrichien Karl Kautsky (1854-1938), mais aussi sur des mouvements d’opposition au trotskisme, à savoir les Mencheviks et les Proudhoniens. Nous étudierons également la rivalité opposant Trotski à Staline, et les raisons du succès de ce dernier quant à leur lutte fratricide, en montrant qu’elle est directement la cause du succès de l’édification du 13

« Socialisme dans un seul pays ». Enfin, nous nous pencherons sur des mouvements trotskistes d’aujourd’hui, et nous suggèrerons par une rigoureuse analyse que certains courants trotskistes d’aujourd’hui dévoient le trotskisme de son créateur ; de flagrantes contradictions apparaissant entre les discours authentiques et ceux du temps présent. 14

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