III.7. L’approche spatiale des IDE : Economie Géographique

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Avant les années 1990, les différents travaux aussi bien théoriques qu’empiriques sur la stratégie de localisation des firmes multinationales se caractérisent par l’absence de toute considération spatiale dans les choix de localisation(14), ce qui limite la portée théorique de ces modèles. Ce vide dans la littérature ne sera comblé qu’au début des années 1990 avec l’article de Krugman (1991) qui a donné naissance à un nouveau corpus théorique économique : l’économie géographique. La réflexion de Krugman est fondée sur l’organisation spatiale des activités industrielles et sur les diverses forces qui agissent sur les équilibres de localisation. Ces équilibres résultent d’une confrontation dans le temps et dans l’espace de deux types de forces : des forces centripètes qui poussent à la polarisation des activités de production et des forces centrifuges qui favorisent plutôt la dispersion des industries.

En s’inspirant de Dixit et Stiglitz (1977), Krugman (1991) propose un modèle de concurrence monopolistique à deux secteurs : manufacturé et agricole, et à deux régions. Le modèle de Kugman s’appuie sur les trois postulats ci-après. D’abord, il suppose que les rendements d’échelle sont croissants dans les deux secteurs et que le secteur manufacturé produit un bien différencié horizontalement, tandis que le secteur agricole produit un bien homogène. Il suppose ensuite une parfaite mobilité du facteur travail dans le secteur manufacturé et une immobilisation internationale dans le secteur agricole. Enfin, entre les deux régions, le bien agricole est librement échangeable, tandis que le bien industriel attire plus de travailleurs consommateurs. Ainsi, on est en présence d’un cercle vertueux dont résulte une structure centre-périphérie. La réduction des coûts de transport entre les deux régions entraîne l’émergence de cette structure avec une agglomération des activités industrielles dont les coûts de transport frictionnels sont de type “Iceberg”. Dans ce modèle, la parfaite mobilité du facteur travail, sensible à une variation des salaires réels, entraîne une accumulation du travail dans une localisation, ce qui engendre l’agglomération des firmes sur ce site. Cette agglomération augmente le nombre de variétés produites localement, ce qui contribue à la baisse de l’indice de prix domestique des biens manufacturés, à l’augmentation du salaire réel dans la région-centre et à la dispersion des activités agricoles dans la région-périphérie. Krugman explique cette agglomération des activités au centre par les effets d’entraînement en amont (backward linkages) et en aval (forward linkages). Le premier effet découle de la recherche des firmes de la plus forte demande qui est favorisée par la parfaite mobilité du travail, tandis que l’effet aval découle du goût des consommateurs pour la diversité, ces consommateurs maximisent leurs utilités en se concentrant dans la région qui leur propose le plus grand nombre de variétés.

En dépit de l’important apport théorique du modèle de Krugman (1991), il reste limité par l’hypothèse de parfaite mobilité des travailleurs. Cette hypothèse ne peut se réaliser facilement entre deux pays de cultures et de langues différentes. Tenant compte de cette insuffisance du modèle de Kugman (1991), Baldwin (1999) a remplacé la mobilité du travail par celle du capital et a étudié les conditions d’apparition d’une structure centre-périphérie. Il en ait de même du modèle de choix de localisation internationale dans lequel, Krugman et Venables (1995) suppriment la mobilité du travail, en introduisant un input composite : chaque firme produit un bien différencié destiné à la consommation intermédiaire des autres firmes et à la consommation finale des consommateurs. L’existence de liens en amont et en aval entre firmes entraîne l’agglomération des activités. Les biens intermédiaires présentent dans ce modèle un facteur productif qui favorise l’agglomération des firmes. Ces firmes cherchent à se localiser dans le pays qui dispose du secteur industriel plus important, ce qui sous-entend plus de demande d’input intermédiaire (effet en amont). Systématiquement, l’augmentation du nombre des firmes accompagnée d’une augmentation du nombre de variétés produites entraîne une baisse de l’indice de prix de ces biens et une réduction de leurs coûts (effet en aval). Ce modèle intégrant les inputs composites a connu d’autres extensions avec les travaux de Puga et Venables (1997), et Venables (1996 et 1998).

Jusqu’à présent, nous avons consacré notre analyse de la littérature de l’économie géographique aux modèles considérant la mobilité du travail ou bien la présence d’un input composite comme forces centripètes qui entraînent une structure centre-périphérie et une agglomération des activités industrielles.

Cependant, le développement de modèles d’économie géographique récents met en lumière d’autres forces centripètes et centrifuges qui peuvent aussi perturber les équilibres spatiaux de localisation. Parmi les forces centripètes, qui poussent à la polarisation des activités de production, nous recensons les spillovers technologiques, les gains d’accès au marché et les dépenses publiques. A l’opposé, les forces centrifuges qui entraînent plutôt une dispersion des industries se présentent dans : la sclérose de l’innovation, les différentiels de coûts des facteurs, les avantages comparatifs et les phénomènes de congestion.

14 Bien que les analyses économiques spatiales remontent au milieu du XXe siècle avec des auteurs tels que W. Isard, F. Perroux, R. Cantillon, J. H. Von Thunen, A. Weber, A. Lösch

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