II.5. LES CONSEQUENCES DE LA POURSUITE DES INTERETS DE GRANDES PUISSANCES

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Cette partie de travail gravite effectivement a autour des conséquences de la poursuite des intérêts de grandes puissances. Ces conséquences sont notamment l’insécurité, la crise socio-politique et économique, la problématique de l’unité nationale et la crise de la démocratie en R.DC.

II.5.1. L’insécurité

La RDC est depuis longtemps déchirée par des crises politiques, suivies des guerres civiles avant, pendant et après son accession à l’indépendance. Elle fait face à une insécurité récurrente. La partie Est reste la plus fragile sur le plan sécuritaire. Le Nord comme le Sud-Kivu, regorge encore une multitude des groupes armés tant étrangers que nationaux. Ces derniers signalent leur existence dans ce coin du pays par des cas d’exactions, des tueries, et des massacres contre la paisible population. A cela, s’ajoutent les pillages et l’exploitation illégale des richesses naturelles du pays par ces hommes armés encore actifs dans la région (74).

En effet, il ne se passe un jour, sans qu’il ne soit fait état d’actes d’insécurité posés par des éléments incontrôlés, des milices ou encore des forces négatives opérant dans cette partie Est du pays. Juste après les armées régulières des Etats voisins de la RDC, le relai des actes de prédation est passé entre les mains des groupuscules difficilement identifiables. des nébuleuses qui permettent aux tireurs de ficelles détirer , non seulement des dividentes financières à travers l’exploitation illicite des matières premières précieuses, mais aussi d’assurer le contrôle effectif de cette partie du territoire national.

Dans cette perspective, les Etats voisins qui en sont les plus grands bénéficiaires, sont passés maitres dans l’entretien de ces groupes armées actifs autour des points d’exploitation des matières précieuses. Et, en lieu et place d’une guerre ouverte et classique entre armées, les acteurs ont changé de stratégies. Nonobstant cela, la conséquence reste la même, à savoir la partition de facto du pays. L’attache économique des provinces de l’ex-Kivu avec les pays voisins de l’Est, présage de ce qui sera la configuration du pays. Les puissants de la planète qui sont les adeptes de la dislocation de la RDC dans ses dimensions actuelles, voudraient pousser les populations de ces provinces à se sentir éloignées du reste du pays, voire abandonnées de la capitale. C’est ce que d’aucuns appellent la politique de l’usure.

Celle-ci a été adoptée comme stratégie depuis 1996 et elle s’est déclinée en plusieurs étapes. il s’agit de la guerre classique, la lutte autour du contrôle de gisements miniers , la classe aux forces négatives sans les neutraliser, etc.… la psychose de l’insécurité fait que des populations congolaises errent, exposées aux intempéries vouées de mourir de faim et de maladies. Cependant, le clou de cette orchestration, assortie d’un décor macabre, consistera à amener les congolais de l’Est à se laisser flatter par un Etat incapable de leur assurer la sécurité ou le vécu quotidien dans la quiétude. De là, une proposition du type appliquée au Sud Soudan passerait pour une panacée face à ce climat d’insécurité récurrente.

Par ailleurs, la communauté internationale qui n’a pas su répondre jusque là de manière appropriée, se verra placée devant un fait accompli. Aussi, n’hésitera-t-elle pas d’apporter sa caution à une solution en apparence humainement et politiquement acceptable. Ce sera l’aboutissement d’un plan mijoté depuis longtemps.

Partant d’assassinats au quotidien, des déplacements forcés des populations, des viols massifs, des enlèvements, des pillages, des trafics de tout genre, de la corruption, de l’impunité des forces armées et d’autres autorités, les congolais du Nord et du Sud Kivu n’en peuvent plus. C’est pourquoi, ils appellent de tous leurs vœux, à un changement rapide d’autorité au sommet de l’Etat congolais. Dans cette situation, les congolais du grand Kivu ont aujourd’hui le sentiment que la RDC n’est plus dirigée. La violence a atteint un niveau inadmissible (75).

Pour aller plus loin, au plus profond de la réalité, les conséquences sur le plan socio-politique et économique seront appréhendées.

II.5.2. Crise socio-politique et économique

Le caractère régional du conflit et de la crise à laquelle se trouve confrontée cette partie du continent africain place le régime actuel devant un problème très sérieux. Il place la RDC devant d’énormes défis de redéfinition de son identité politique, économique et sécuritaire (76).

Bien entendu, il sévit une crise socio-politique surtout dans la partie Est de la RDC. Les groupes armés pillent comme ils violent le droit de l’homme, ils sèment la terreur et la désolation à la population, et ils occasionnent des nombres importants de déplacés ainsi que des familles séparées. Ils empêchent l’administration de rendre son pouvoir effectif sur l’ensemble du territoire national comme ils redressent la prospérité économique surtout dans la partie Est du pays.

C’est ainsi que la situation qui prévaut à l’Est de la RDC tient principalement à la faiblesse de l’Etat congolais et les autorités qui le dirigent. Toutes les autorités de la RDC, en commençant par le chef de l’Etat lui-même, doivent leur pouvoir aux dirigeants des Etats voisins comme le Rwanda et l’Ouganda. Ce qui fait que certains officiers règnent en maître en RDC et jouissent d’une impunité révoltante. Les cas de la création du CNDP par le général déchu LAURENT NKUNDA BATWARE ou peu la suite son commandant le général à mandat d’arrêt international pour crime de guerre et crime contre l’humanité, la création du M 23 par le colonel SOULTANI MAKENGA ou encore un par avant avec la rébellion de JULES MUTEBUSHI illustrent cette situation.

De même à l’extrême Nord de la RDC les généraux ougandais continuent à régner en maître des lieux. Ils veillent sur l’exploitation du pétrole et d’autres minerais en Ituri. Malheureusement, cela s’effectue avec la complicité de certains congolais (77). Ce qui met en cause l’unité nationale du pays.

Remarquons tout d’abord que la notion de l’unité nationale est une notion qui aujourd’hui, se vend bien au marché des idées politiques. Elle est dans l’air du temps et sous-entend bien des engagements de ceux qui nous gouvernent.

Dans l’entendement du commun de mortels, cette notion est la cohésion de l’ensemble des composantes Humaines de la société. Elle est donc, par excellence, l’instrument primordial de l’action commune dans la nation. S’unir sous une manière et choisir un destin commun (78).

Certes, le sens commun perçoit l’intérêt de l’unité nationale mais ne peut exactement le définir. Il en est ainsi fondamentalement des politiciens. Ils emploient la notion d’unité nationale, connaissant bien sa réceptivité par l’auditoire, mais ne s’accordent ni sur son identification, ni sur les moyens ou instruments pour la réaliser. Composé de deux termes : « unité » et « nation », la notion d’unité nationale comporte en elle-même les germes de son insaisissabilité. L’unité c’est le caractère de ce qui est un, unique ; c’est-à-dire de ce qui est considéré comme formant un tout dont les diverses parties concourent à constituer un ensemble indivisible. C’est donc la qualité de ce qui est homogène, non composite (79)». En revanche, la nation c’est la communauté humaine ayant conscience d’être unie par une identité historique, culturelle, linguistique ou religieuse (80).

Bref, il n’ya pas de notion, là où il n’ ya pas d’unité. Il faut pour cela rapprocher les communautés à travers les liens linguistiques, culturels, économiques solides. Cependant, ce rapprochement doit se consolider par l’enseignement des langues, son encouragement ; et en finissant les relations commerciales et le partenariat intercommunautaire, en favorisant les rencontres de jeunesse à travers des œuvres nationales communs ; en rehaussant le niveau de vie et en décloisonnant les communautés, les villes et les villages. C’est dans ce sens que, les identités sociales, culturelles, linguistiques et économiques créeront et contribueront à renforcer « l’unité nationale (81) »

En tout état de cause, l’unité nationale se bute à quelques défis comme le soutiennent les analystes, et les stratèges qui ne cessent d’en parler sur les risques d’implosion du pays. Ils réactivent leur théorie de l’Etat en échec ou ingouvernable ou remettent à jour d’ancien plan du pentagone prévoyant l’éclatement du Congo en quatre zones distinctes, appelés à devenir des sortes de protectorat des pays voisins (82). A ce niveau, ils ont sous estimé un facteur essentiel dont le nationalisme congolais. Malgré la guerre qui la déchire le Congo n’est pas un éléphant mort que ses voisins pourraient dépecer de leur guise. Il n’est pas ce « trou noir », le « cœur de ténèbres » que l’on évoque si volontiers.

En réalité, pour les congolais, la portion du pays est une perspective impassable le souci de défendre l’intégrité nationale est unanimement partagée. Les seuls à rêver d’une implasion du Congo, d’un morcellement dans lequel ils trouveraient leur compte, sont les pays voisins et ce projet là lui-même n’est pas formulé à haute voix. A KAMPALA, le président MUSEVENI assure qu’il ne désire rien d’autre qu’un pouvoir stable à KINSHASA. Tandis que le Rwanda, dans toutes leurs intentions publiques, déclarent souhaiter le départ de KABILA PERE à l’époque, et n’entendent pas pour autant diviser le pays ou assurer le contrôle du Kivu.

En d’autres termes, il convient de constater que les congolais toutes régions d’origine et tribus confondues, expriment des désirs convergents. Il s’agit de « vivre dans un Etat de droit, avoir le loisir de choisir leurs dirigeants suivant des procédures démographiques, bénéficier d’une certaine décentralisation, instaurer le fédéralisme afin d’empêcher que la capitale ou quelconque pouvoir prédatrice, national ou étranger, ne soient en mesure de « pomper » des richesses naturelles que les habitants des diverses régions souhaitent désormais utiliser pour leur propre développement » (83). A titre illustratif, le Kivu est en sécession de fait. Outre le régime KABILA, l’unité même du pays peut être remise en doute. Le Kivu n’a jamais vraiment cessé d’être en guerre. Après avoir échappé à l’éclatement sous MOBUTU »l’ex-Zaïre », risque la partition sous son tombeur (84). Il reste donc à savoir, si l’immense Congo, éternellement écarté par les tensions autonomes de ses frontières, survivra à cette nouvelle épreuve ou si la lutte pour l’hégémonie régionale qui se déroule sur le champ de bataille congolais débouchera sur la balkanisation du pays.

En somme, La RDC se trouve dans un dépeçage de facto. Les intervations récurrentes de ses voisins et l’absence de solution Africaine ou international dans le conflit qui déchire le pays menacent ce gigantesque pays de dépeçage, estiment les experts (85). Elles affectent même la fondation du système institutionnel comme la démocratie dans ce pays.

II.5.4. Crise de la démocratie en RDC

La démocratisation du Congo signifierait l’avènement d’un Etat de droit, et la fin de la dictature et du désordre actuel qui favorisent le pillage des richesses du pays. La démocratie équivaudrait à la mise en place d’une bonne gouvernance qui s’appuierait sur différents mécanismes de contrôle de pouvoir et sur une justice efficace et indépendante. Or, tous les chasseurs des richesses du Congo qu’ils s’agissent des Etats, des entreprises nationales et multinationales, des organisations nationales ou internationales, … ont difficile à accepter la fermeture de leurs sources d’approvisionnement.

En effet, le Congo indépendant, le 30 juin 1960 sous un parapluie démocratique, il a sombré dans une crise institutionnelle. Celle-ci l’a conduit vers un système dictatorial qui a perduré jusqu’à la fin de la guerre froide. Autrement dit, depuis le début des années 1990, en RDC comme dans l’autre pays d’obédience Française, l’on a observé l’avènement des conférences nationales souveraines en vue de franchir le pas décisif de la dictature vers la démocratie. Mais après avoir suffisamment soutenu cet avènement, les Etats-Unis, la France et la Belgique ont accepté le rejet des actes de certaines conférences.

En RDC, ils ont alors avalisé le recour aux moyens militaires pour accéder au pouvoir. C’est le cas de l’AFDL qui a mené la lutte armée qui renversa le régime dictatorial de MOBUTU. Mais déjà lorsqu’on avait demandé l’ancien premier ministre français, LIONEL JOSPIN en 1997 si son pays allait collaborer avec le nouveau pouvoir de KINSHASA après la chute de MOBUTU, celui-ci avait estimé qu’il n’y avait pas de changement politique au Congo. Pour lui, avait-il précisé : « il y a eu remplacement d’une dictature par une autre dictature (86)».c’est donc, un changement d’homme à la tête du pays, mais pas un changement du système politique, qui était resté le même (87).

Par conséquent, la démocratie tant souhaitée par le peuple congolais, a difficile à se réaliser effectivement dans ce grand pays. Tant le chemin pour y arriver effectivement ressemble bien à un véritable chemin de la croix dans la mesure où le parcours est plein d’embûches. L’analyse du parcours réalisé avant et après l’indépendance jusqu’à ces jours a montré qu’il existe des obstacles aussi bien internes qu’externes pour y parvenir. Tout comme il existe aussi des conditions à remplir pour sa réalisation. En fait, il s’agit d’un travail de longue haleine qui nécessite la mobilisation de toutes les énergies et surtout une véritable volonté politiques.

Pour ce qui est des facteurs externes, ils ont toujours été considérés par le congolais comme étant à la base de la faillite de la démocratie au Congo. Beaucoup de congolais considèrent qu’ils sont essentiellement liés au passé colonial et aux intérêts géostratégiques et économiques qu’a toujours suscités le Congo pour des puissances étrangères.

Dans le contexte qui vient d’être décrit ci-dessus la démocratie ne pourra être possible et effective aussi bien au Congo que dans d’autres pays en développement que dans certaines perspectives. il s’agira pour les grands puissances de placer d’abord le bien-être social de la population avant leurs intérêts personnels et égoïstes , de cesser leurs ingérences dans la politique du pays en choisissant directement les dirigeants ou en orientant le choix sur les dirigeants capables de protéger leurs intérêts , tout en fermant les yeux devant les pratiques anti-démocratiques du système politique mis en place et faire du Congo comme des nombreux pays en développement le centre de disputes de leurs intérêts économiques et stratégiques. Ensuite, d’accepter de la part des dirigeants aussi bien congolais que des autres pays en développement, une indépendance d’esprit et un nationalisme souvent modéré et objectif. Enfin, de respecter la souveraineté des Etats en développement et d’accepter leur indépendance dans le choix des partenaires (88).

Pour ce qui est des facteurs internes, par contre, il convient de souligner certains arguments liés à l’insuffisance des cadres politiques congolais qualifié et expérimentés en 1960 pour justifier certaines erreurs en matière de gouvernance du pays. Ces arguments ne sont pas du tout valables aujourd’hui, étant donné que le Congo compte en présent parmi les pays d’Afrique noire qui dispose d’un nombre amplement suffisant de cadres hautement qualifiés et expérimentés dans différents domaines. Il faut ajouter à cela le fait que sa classe politique a eu à faire un long apprentissage de l’exercice du pouvoir politique.

Tout compte fait, les conséquences de la poursuite des intérêts de grandes puissances se manifestent dans la faillite de la démocratie en RDC.la démocratie n’est pas encore effective au pays à cause de multiple ingérences dans la politique du pays. Pour ce faire, la consolidation de la souveraineté en RDC par des dispositifs efficaces est nécessaire en vue de faire face aux intérêts de grandes puissances.

74 H. NGBANDA NZAMBO, crime organisé en Afrique centrale : révélation sur les réseaux Rwandais et occidentaux, éd. du bois, Paris, 2004, p. 7
75 http : WWW, nouvelle –dynamique.org/article-1735220htm/ consulté le18/04/2012.
76 VAKENTIN KAYILA, Congo : la démocratie du plus fort , Ed. CREDK, Bruxelles, 2000, p. 78
77 http: // WWW. mémoire online.com/051101347110 politique extérieure –de-la RDC-face-au-pacte-sur-la-sécurité-la-stabilité-et-devel- htm , consulté , le 21/08/2012
78 httn //WWW mail-archive comm./m-net com/ mso 026 13 html. Consulté le 04/08/2012.
79 COLLECTE BRAECKMAN , L’enjeu congolais. L’Afrique centrale après MOBUTU, Ed Fayard, France, 1999, p. 409
80 idem
81 ibidem
82 MAYOYO BITUMBA TIPO-TIPO , la deuxième guerre occidentale contre le Congo, Ed.l’harmattan , Paris, 2006, p. 340
83 MAYOYO BITUMBA TIP TIPO, op cit , p.409
84 idem , p. 410
85 Ibidem, p 340
86 E. THSIMANGA BAKADIABABU, op cit p 273
87 idem
88 Evariste TSHIMANGA BAKADIABABU, op cit , p273

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