Institut numerique

II.2.1 Un marché à prendre

Comme il l’a été signalé auparavant, rappelons tout d’abord que les chiffres concernant la surdité sont très difficiles à obtenir. Quant au secteur culturel et au nombre de guides-conférenciers pratiquant la LSF, aucun recensement n’a été fait à ce jour.

Cependant, on trouve des statistiques concernant les interprètes et traducteurs en LSF, nous permettant ainsi dans un premier temps d’avoir une idée (approximative) du “marché” qui s’offre à nous.

II.2.1.1 Une faible offre aujourd’hui

On estime actuellement à 395 le nombre d’interprètes LSF diplômés en France(20).

Partout l’on peut lire et entendre de la part des associations que cela est trop peu, comme en témoigne Jérémie Boroy, président de l’Union Nationale pour l’Insertion Sociale du Déficient Auditif (UNISDA) : “La France se trouve dans un paradoxe” car “il y a un tout petit nombre d’interprètes” en langue des signes alors que la loi de 2005 sur le handicap a reconnu la LSF comme une langue à part entière(21).

Rappelons par ailleurs que 200 000 personnes ont la LSF comme langue principale, ce qui signifie que nous comptons aujourd’hui seulement 1 interprète diplômé pour 500 personnes sourdes. Selon le journal le Parisien, la France aurait besoin de 3000 interprètes.

Malgré le manque d’information concernant les guides-conférenciers pratiquant la LSF, ce constat ne laisse rien présager de satisfaisant : si la France manque tant d’interprètes LSF, elle manque tout aussi surement de guides LSF.

D’autant plus que pour pouvoir exercer le métier de guide-conférencier, il est obligatoire d’obtenir le diplôme (et la carte), qui demande la maîtrise d’au moins trois langues. Mais comment devenir guide lorsqu’on est sourd et que l’on ne peut parler aucune autre langue que la LSF ? De ce fait, l’on doit compter sur les guides entendants qui pratiquent cette langue. Une fois de plus, aucun chiffre ni statistique n’existe à ce sujet ; mais il ne paraît pas trop avancé, au vu de nos différentes recherches, de penser que cette offre est probablement très faible.

II.2.1.2 Une demande en pleine croissance

La loi du 11 février 2005, qui reconnaît la LSF comme une langue à part entière et prône l’égalité des droits et des chances des personnes handicapées, a eu un double impact : elle a permis l’émancipation des sourds grâce à la reconnaissance de leur langue et leur a ouvert un plus grand accès à la culture. Cela ayant pour répercussion logique une forte croissance de la demande en terme de médiation culturelle en LSF.

Pour répondre à cette demande, le Centre d’Information sur la Surdité (CIS)(22) d’Ile de France affirme que l’offre de visite adaptée pour le public sourd est en constante évolution et que différents projets sont en cours de réalisation dans les monuments nationaux. Est-ce que ces projets impliquent l’emploi de guides pratiquant la LSF ? Il a été très difficile de trouver une réponse à cette question, car tout simplement très compliqué de trouver les personnes en charge de ces projets.

En attendant, le public sourd est bel et bien en demande comme en témoignent les nombreuses associations culturelles qui ne cessent pas leur “combat” pour l’accessibilité : Art Culture et Tourisme Internationaux des Sourds (ACTIS), association Accès Culture, Art Prime, Cultiv’art, Gestes Musées et Monuments… De même, des festivals en langue des signes fleurissent en France : actuellement nous en comptons déjà une dizaine(23).

20 Statistiques de l’Annuaire des interprètes en LSF, juillet 2012.
21 Interview accordée au Figaro en 2009.
22 CIS : services régionaux d’information s’adressent à toutes les personnes concernées par la surdité.
23 Festival du Silence, Clin d’œil, Voimavoi, Vice-Versa, Souroupa, Sign’ô, Festi’Dunant, Deaf Rave…

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