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II.1.2 Des compétences utiles pour tous les publics

Nous avons souvent l’image du guide-conférencier statique, se tenant face au groupe, utilisant un ton parfois monotone ; or lorsqu’on apprend la LSF, on remarque que certains fonctionnements de cette langue permettent de développer des compétences et des techniques de guidage qui peuvent être utilisées avec tout type de public, qu’il soit sourd, entendant, adulte, enfant ou étranger.

II.1.2.1 Utiliser la LSF avec des entendants

Il est important de préciser qu’il ne s’agit pas ici d’utiliser la LSF avec des personnes qui ne la pratiquent pas, mais bien d’utiliser des éléments de cette langue gestuelle pour améliorer les techniques de communication du guide en général.

Par exemple, l’une des premières leçons que le guide reçoit lors de sa formation porte sur le positionnement de son corps. En effet, il est important que toutes les personnes qui constituent son groupe le voient, de manière à ce que tout le monde l’entende. En LSF, l’expression corporelle est essentielle :

– le face à face est obligatoire,
– la distance entre les interlocuteurs doit être optimale,
– il faut que la vision de chacun soit globale (on ne peut pas comprendre son interlocuteur si l’on ne voit que son visage),
– enfin, il faut être mobile au niveau du tronc, des bras et de la tête, mais sans se déplacer.

C’est en fait un très bon apprentissage pour apprendre à communiquer, et surtout à guider, avec les entendants.

De même, faire l’effort de penser en images plutôt qu’en mots pour comprendre le principe de pensée visuelle (relaté plus haut) permet d’imager son discours et donc de mieux expliquer les choses. Cette technique est notamment très utile lorsque l’on guide des enfants par exemple. En effet, on remarque que ces derniers saisissent plus facilement une explication imagée qu’une explication littérale.

II.1.2.2 Utiliser la LSF avec des étrangers

Ayant effectué personnellement un voyage en transsibérien au cours de l’été 2013, j’ai traversé six pays dont je ne parlais pas la langue : Allemagne, Pologne, Biélorussie, Russie, Mongolie et Chine. Sur ces six pays, quatre n’utilisent pas le même alphabet que moi. Et hormis en Allemagne, toutes les personnes que j’ai rencontrées sur mon chemin ne parlaient ni français, ni anglais, ni espagnol, qui sont les seules langues que je maîtrise.

Voyageant seule, je n’avais donc pour autre moyen de converser, ou du moins de me faire comprendre, que l’utilisation de gestes.

Néanmoins, il suffit d’essayer de mimer une phrase pour se rendre compte que cet exercice peut se révéler très périlleux. Par exemple, une information essentielle pour moi est d’expliquer que je ne mange pas de poisson ; il s’agit là d’exprimer un refus sans froisser mes hôtes. Comment mimer cela sans exprimer le dégoût, sans repousser l’assiette, sans faire non de la tête, et accessoirement sans paraître drôle, fou ou ridicule ?

En LSF, certains signes sont dits “iconiques” ; leur particularité est d’être si proches de la représentation de l’objet qu’ils sont faciles à comprendre et à exécuter. C’est le cas de “poisson”(19), mais aussi “arbre”, “avion”, “feu” ou “manger” (voir ci-dessous).

Ces signes permettent donc de se faire comprendre par des étrangers, et sont très utiles pour imager le discours du guide qui effectue une visite dans une langue qui n’est pas la sienne.

Enfin, le guide-conférencier devant maîtriser toutes ses connaissances dans au moins deux langues étrangères en plus de sa langue maternelle, il doit faire un important travail de mémorisation. Or l’apprentissage de la LSF est un excellent entraînement pour la mémoire et permet de développer de nombreux moyens mnémotechniques pour retenir les informations.

Nous pouvons donc en conclure que la maîtrise de la LSF apporte une réelle valeur ajoutée à la carrière professionnelle d’un guide, entrainant ainsi pour lui un enjeu financier non négligeable.

19 Le mot “poisson” se signe avec la main à plat sur le côté qui montre la façon qu’à le poisson d’évoluer dans l’eau en ondulant son corps.

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