II. Vie et moeurs

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Apparus il y a 450 millions d’années (Silurien), les scorpions étaient aquatiques ou du moins amphibies, munies de branchies et d’yeux latéraux (Tetlie 2006 & Braddy 2002, 2007). Le Ptérygotus ou scorpion de mer (fig. 6A et B), est le plus grand des Euryptérides connus, c’était un arthropode marin d’environ 2 mètres de long (Braddy 2007). Les scorpions de mer (Euryptérides) ont vécu de l’Ordovicien au Permien (Kjellesvig 1966, Varga 2007, Tetlie 2007).

Depuis cette époque, ils sont passés à une existence uniquement terrestre, entre -380 millions et -350 millions d’années (Dévonien – Carbonifère) (Dunlop 1999). A cette période, le scorpion s’est bien adapté en combinant reptation et marche sur tout type de substrats et irrégularités (fig. 7).

Figure 6,7 Scorpionisme, Epidémiologie et Facteurs de Risque au Maroc  cas de la province de Khouribga

Un scorpion fossile, Archaeobuthidae a été décrit dans l’ambre du Crétacé inférieur du Liban (±125 Ma) (Lourenço W.R. 2001). Un autre, Palaeoeuscorpiidae, a été découvert dans l’ambre Crétacé inférieur de France (± 100 Ma), il appartient à la lignée des Chactoidea (Lourenço W.R. 2003).

Un scorpion d’âge Crétacé Araripescorpius a été découvert au Brésil (Santiago-Blay 2001).

Un grand nombre de scorpions fossiles de la famille des Buthides emprisonnés dans l’ambre ont été signalés en Amérique centrale au cours de l’ère tertiaire : de l’oligocène au miocène. (Lourenço 2009).

D’autres fossiles de Buthides tel que Uintascorpion datant de l’Eocène moyen, ont été trouvés au Colorado ainsi que des non Buthides, Mioscorpio et Sinoscorpio, datant du Miocène ont été respectivement trouvés en Allemagne et en Chine. (Santiago-Blay 2001).

Le genre Archaeobuthus, ancêtre de plusieurs scorpions a survécu à l’extinction du Crétacé
(-65 Millions d’années). (Lourenço 2001).

Tout au long des ères géologiques, les scorpions n’ont subit que de très faibles modifications morphologiques.

Ils logent sous les pierres, dans les crevasses des murs et des troncs d’arbres ou creusent des terriers. Par contre, certains sont domestiques et affectionnent le voisinage des habitations où, selon le milieu, ils se placent entre les draps, dans les chaussures, dans les cuisines, salles de bain … (Pinkston 2001).

De nature craintive, peu agressif, lucifuge (Skutelsky 1996, Goyffon 2002), le scorpion à pauvre vision tâtonne en marchant, il franchit sans difficultés un obstacle ou alors le contourne ; cependant, s’il rencontre un obstacle mobile, il recule et déploie sa queue prêt pour la défense. Son système nerveux est simple mais bien organisé lui permettant de contrôler des mouvements complexes tels que le déplacement sur un sol dur et rocailleux (Duchanan 2003).
Les scorpions sont doués d’une très grande faculté d’adaptation (experts en survie), ils résistent :

- aux agressions thermiques : un scorpion congelé puis déposé sur un rocher brûlant revient à la vie (Duchanan2003).
- au jeun : un scorpion est inactif plus de 90% du temps, donc certaines espèces peuvent rester sans manger beaucoup plus d’un an.
- à la déshydratation.
- à l’asphyxie.
- aux radiations ionisantes : lors d’essais atomiques, seuls les scorpions (et les scarabées) sont restés vivants ; sa résistance est hors du commun à plus de 150 fois la dose mortelle pour l’homme.
- à la plupart des pesticides (Soulaymani Bencheikh R.1999).

D’après la légende : « les scorpions encerclés de feu se suicident » (Gillman 1879), cependant les scorpions sont immunisés contre leur propre venin (Zlotkin 1972, Shulov & Levy 1978). En fait, ils donnent de violents coups de queue pour se défendre et peuvent se piquer eux même (Bourne 1887, Hill 2003, Dupre 2009).
Animaux à moeurs nocturnes, ils s’éveillent au crépuscule à la recherche de la fraîcheur, de la nourriture et de l’eau ; et regagnent leur gîte vers minuit.

Ils brillent en devenant jaunes fluorescents sous la lumière UV : ce phénomène n’est pas expliqué, mais il se passe dans la couche hyaline de l’exosquelette (cuirasse qui recouvre le scorpion) (Gouge 2001, Hill 2003) ; Cependant il doit son importance au fait que les scorpions peuvent être détectés la nuit (moment de la sortie de leur cachette).

Carnivore, à digestion externe, le scorpion se nourrit d’insectes (criquets, sauterelles, araignées, fourmis, papillons….) préférant les proies vivantes fraîchement tuées et variables selon le milieu dans lequel ils vivent (Broglio et Goyffon 1980).Il capture sa proie à l’aide de ses pinces (fig. 8) et la pique de son aiguillon caudal pour la paralyser avec son venin. Tout son corps et ses pédipalpes sont recouverts de petites soies lui permettant de capter les vibrations des proies qui passent à proximité de son terrier (Hill 2003).

Ils peuvent parfois se nourrir de cadavres de mammifères ou d’oiseaux : Nous avons trouvé Buthus occitanus dans une carcasse d’âne et nous avons nourri des scorpions dans un terrarium avec des morceaux de moineaux fraîchement tués.

Figure 8 Scorpionisme, Epidémiologie et Facteurs de Risque au Maroc  cas de la province de Khouribga

Fig. 8 : scorpion tenant sa proie à l’aide de ses pinces

(www.desertusa.com/oct96/du_scorpion.html)

Les scorpions sont ovovipares à gestation prolongée : 13 à 18 mois, soit plus de la moitié de la vie adulte de la femelle (Russel 1991, Hill 2003, Volschenk 2008).

L’accouplement est soit sexué, précédé d’une danse appelée “parade nuptiale” (fig. 9) durant laquelle le mâle pique la femelle afin de la calmer ; soit parthénogénique, et toute la population est alors composée uniquement de femelles (Lourenço 1995, Gouge 2001).

Lors de la parade, mâle et femelle se tiennent par les pinces et semblent exécuter une danse qui permet en fait au mâle de tirer la femelle vers un endroit propice où il a déposé son spermatophore qu’il colle au sol. Le mâle doit guider la femelle afin qu’elle se place au-dessus du spermatophore dont une extrémité est équipée d’une sorte de ressort qui sert à injecter le sperme par l’opercule génital de la femelle. Il n’y a donc pas véritablement accouplement mais plutôt fécondation (Lourenço 2000, Varga 2007).

Cette parade peut durer environ cinq minutes à plus d’une heure.

Figure 9 Scorpionisme, Epidémiologie et Facteurs de Risque au Maroc  cas de la province de Khouribga

Fig. 9 : Accouplement sexué chez le scorpion

(The scorpion fauna)

Selon les espèces, la gestation peut varier de 2 mois à 22 mois. Le temps de gestation dépend de nombreux facteurs : température, humidité, nourriture, stress pour les espèces captives.

La naissance peut durer jusqu’à 240 heures soit 10 jours (Hill 2003), une portée peut aller de 14 jusqu’à 100 pullus selon l’espèce (Karren 2001, Pinkston 2001) et la mortalité infantile est importante, seuls les plus solides survivent. Les petits sont de couleur claire jusqu’à la première mue où ils acquièrent leur premier exosquelette dur, et au bout d’une année, ils deviennent matures (Karren 2001). Les scorpions muent 6 à 8 fois durant leur vie à un rythme qui varie selon les conditions extérieures et l’abondance de la nourriture ; la mue représente une période d’affaiblissement au cours de laquelle l’arthropode se trouve sans défense (Goyffon 2002).

La mère fait preuve d’un exceptionnel instinct maternel unique dans le monde des arthropodes : elle porte ses petits sur son dos pendant deux semaines (fig.10).

Cependant, les scorpions sont cannibales et peuvent manger sans hésiter d’autres espèces et même les plus jeunes de leur propre espèce ; les mères peuvent même manger leurs petits. (Karren 2001).

Figure 10 Scorpionisme, Epidémiologie et Facteurs de Risque au Maroc  cas de la province de Khouribga

Fig. 10 : le scorpion femelle porte ses petits sur son dos

(www.messcorpions.com/buthus%20sp.php)

Leur poids varie entre 3 et 60 g, et leur taille entre 1.2 cm et 25 cm selon l’espèce. Sa longévité varie de 2 à 5 ans (Karren 2001) et parfois même 20 ans (Chani 1998).

Les ennemis redoutables du scorpion sont : les serpents, les crapauds, les lézards, les volailles, les oiseaux, les hérissons, les singes, sans oublier l’homme qui ne manque pas de l’écraser à sa simple rencontre (Vachon 1952, Iraqi 1982).

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