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II. Méthodologie

« La méthodologie est la discipline qui étudie les méthodes et les techniques utilisées dans les sciences sociales. Elle les étudie dans leur rapport avec leur évolution dans le temps et dans l’espace, leurs limites, leur efficacité et leur complémentarité ».(1) La méthode est alors selon le Lexique des sciences sociales, un « ensemble de règles ou de procédés pour atteindre dans les meilleures conditions (temps, argent, etc.) un objectif… ».(2) De ce fait, toute discipline, toute recherche ne peut se prévaloir de la scientificité que par sa méthode. La méthode est donc au commencement de la science, de tout travail scientifique.

C’est donc la démarche intellectuelle rigoureuse que nous suivrons pour aboutir aux résultats de notre étude. A cet effet, elle se fondera successivement, sur la justification du choix du sujet, de notre terrain étude, de notre population d’enquête, de notre échantillon d’enquête, de nos techniques de recueil des données ; de nos méthodes d’analyse des données ; de nos disciplines d’approche du sujet, et la mention des difficultés que nous avons rencontrées dans le traitement du sujet.

1-Justification du choix du terrain d’étude

L’espace dans lequel se déroule notre étude est la commune d’Adjamé. En effet, elle regroupe plusieurs marchés aux activités commerciales composites. C’est également un endroit cosmopolite, où se rencontrent environ 2 300 000 commerçants par jour, selon SOUMAHORO Farikou(3), Secrétaire Général de la Fédération Nationale des Commerçants de Côte D’Ivoire (FENACCI), section Adjamé et troisième Adjoint au Maire de la commune.

Cette commune répond aux conditions de notre étude, car elle constitue l’un des pôles économiques et commerciaux les plus importants du District d’Abidjan, voire de la Côte D’Ivoire. Dans un tel lieu, c’est de fortes sommes d’argent qui circulent journellement, toute chose qui ne manque pas d’attirer les délinquants de tout acabit.

2-Population d’enquête

La population concernée principalement par l’étude est constituée des commerçants. Ce sont leurs réactions à la fois sociale et psychologique que nous voulons analyser. Elle se compose des différentes catégories de commerçants, de même que leurs responsables syndicaux. Ensuite, viennent les autorités et agents du CeCOS chargés de la lutte contre la criminalité à Adjamé. Des entretiens avec ceux-ci nous permettent de comprendre, et évaluer les actions qu’ils entreprennent pour lutter contre la criminalité dans cette commune. Des entretiens complémentaires réalisés également avec des responsables de programmes préventifs de lutte contre la criminalité, ainsi que des responsables du ministère du commerce, des responsables de syndicats de commerçants, sont pour nous d’un apport non négligeable.

3-Echantillonnage

Au cours de notre pré-enquête, nous nous sommes rendus au ministère du commerce. M. TANOH Jacques, Sous-Directeur des Ressources Humaines et M. BLAKPA Beugré, Sous-Directeur de la Consommation, interrogés, nous ont dit que le ministère ne disposait pas de chiffres estimatifs des commerçants en Côte D’ivoire. Ils nous ont renvoyé vers les syndicats des commerçants. Eux également n’en disposent pas qui soient fiables.

Par ailleurs, l’opération de recensement des commerçants entamée avant 2002 et pilotée par l’Inspection Générale du Ministère du commerce, n’a pu connaître un aboutissement, selon des renseignements pris à la Direction de la Promotion du Commerce et des Activités Commerciales (D.P.C.A.C) qui y était associée.

Finalement, ce n’est qu’à la Mairie d’Adjamé et auprès de M. MEYAN Koutouan André, contrôleur chargé des stratégies de recouvrement, que nous avons pu obtenir un chiffre incomplet du nombre de commerçants de cette commune. Selon lui, en 2007 les commerçants ont été évalués à 7450 sur la base de ceux qui payent les taxes quotidiennes à la Mairie, ceux qui payent les impôts à la Direction Générale des Impôts n’ont pas été pris en compte.

Pour toutes ces raisons, nous avons décidé d’utiliser un échantillon arbitraire de 150 commerçants, repartis dans les 12 principaux marchés(4) et sur les autres artères de l’espace communal. Il s’agit d’importateurs, de grossistes et de détaillants interrogés selon leur disponibilité et leur volonté à répondre à nos questions. Les commerçants interrogés sont repartis selon le tableau ci- après :

Tableau 1 : Répartition des commerçants interrogés

Pour ce qui est des entretiens, nous avons interrogé au total 25 personnes :

– 02 responsables du ministère du commerce : le Sous-Directeur de la consommation et le Sous-Directeur des Ressources Humaines.
– 03 responsables de la Mairie d’Adjamé : le 3e Adjoint au Maire et Secrétaire Général de la FENACCI de la commune ; le Contrôleur Chargé des Stratégies de Recouvrement et le Responsable des Affaires Sociales et de l’Encadrement des Stagiaires.
– Le responsable du PASU (Programme d’Appui à la Sécurité Urbaine), section Adjamé.
– Le Président de l’APROCACI (Association Pour la Protection des Consommateurs Actifs de Côte D’Ivoire).
– 07 Autorités policières à savoir :
. 01 commissaire de la Préfecture de Police
. 01 Commissaire du 11e Arrondissement
. 01 Commissaire du 7e Arrondissement
. 02 Officiers du 27e Arrondissement
. 01 Officier du 3e Arrondissement
. 01 Sous-Officier du 7e Arrondissement
– Le Secrétaire Général Adjoint de l’APDH (Actions Pour la Protection des Droits de l’Homme).
– 05 clients et 05 badauds.

4-Techniques de recueil des données

« Les techniques ou les instruments sont des procédés définis, transmissibles, susceptibles d’être appliqués à nouveau dans les mêmes conditions, adaptés au genre de problème et de phénomène en cause ».(5)

Autrement dit, ce sont des outils opératoires dont nous nous servirons pour mener à bien notre recherche. Il s’agit de l’étude documentaire, de la préenquête,
et de l’enquête.

a- Etude documentaire

Pour Mathieu AKADJE Ahiouré(6), « Le terme document est pris dans un sens large, c’est à dire tout élément matériel… qui a un rapport avec l’activité des hommes vivant en société et qui de ce fait constitue indirectement une source d’informations sur les phénomènes sociaux ». Ceci se rapporte à l’étude des divers documents écrits, audiovisuels que nous avons utilisé dans le cadre de notre sujet. Nous nous sommes servi particulièrement de la méthode de l’analyse de contenu, en utilisant ses deux dimensions qualitative et quantitative, car elles se complètent.

De là, nous avons exploité des mémoires de fin de cycle, des projets de Thèse, des rapports de conférences et des revues de la bibliothèque de notre UFR. Nous avons également consulté des ouvrages, des dictionnaires et encyclopédies tant personnels, qu’issus de la Bibliothèque Universitaire Centrale (B.U.C) de l’Université de Cocody, et du Centre Culturel Français (C.C.F). L’apport de l’Internet a été important, car nous y avons trouvé et étudié des travaux scientifiques, articles et dictionnaires en ligne. Les revues, articles, et les statistiques policières issus des Services de Communication des Forces de Défense et de Sécurité (F.D.S), ainsi que les articles de journaux, nous ont permis d’avoir une idée précise des actions du CeCOS et de la criminalité à Adjamé.

Cependant, conscients des limites de l’analyse documentaire, nous lui avons joint d’autres techniques.

b- La pré-enquête

Comme l’indique le titre, nous avons effectué une enquête préalable sur le terrain. Nous avons sillonné les différents services inhérents à notre sujet, pour recueillir les premières données et les différentes autorisations nécessaires, au bon déroulement de notre enquête proprement dite. Nous avons sillonné les différents quartiers et marchés de la commune d’Adjamé. Cela nous a permis d’avoir une idée des différents lieux de découverte de notre objet d’étude : la réaction sociale des commerçants et la criminalité. A cette occasion, nous avons pu tester notre questionnaire et nous frotter déjà aux difficultés du terrain.

c- L’enquête

Définie comme toute recherche qui vise à collecter des informations sur le terrain, nous avons mené l’enquête à l’aide d’un questionnaire, de guides d’entretien et de l’observation neutre.

Le questionnaire est à la fois quantitatif et qualitatif. Il contient des questions fermées permettant de mesurer la réaction sociale des commerçants et des questions ouvertes leur donnant l’opportunité de s’exprimer librement, ce qui nous permet d’analyser ces réactions. En plus, les questions sont complétées par des entretiens.

Les guides d’entretien pour leur part, constitués essentiellement de questions ouvertes, sont utilisés dans le souci d’avoir plus d’éclairage sur le rapport commerçant-CeCOS, et sur la criminalité dans la commune d’Adjamé.

Quant à l’observation neutre, nous l’avons utilisée pour appréhender les opinions, attitudes et comportements des commerçants sans chercher à les influencer.

De ce qui précède, quelles sont les méthodes d’analyse des informations recueillies ?

5-Méthodes d’analyse des données

Dans notre étude, nous avons opté pour deux méthodes d’analyse et de traitement des données.

La méthode quantitative nous sert à étudier les données chiffrées par l’élaboration des différents tableaux statistiques, à quantifier autant que possible les opinions, attitudes et comportements des acteurs concernés par notre sujet, en termes de nombre et de proportion. A ce propos, nous aurons recours aux calculs des intervalles de confiance pour les proportions dominantes, ainsi que les marges d’erreurs qui leur sont liées. Nous ferons aussi appel aux tests d’hypothèses non paramétriques, pour vérifier le lien entre nos différentes hypothèses, suivant la loi de Khi carré (X²). Les formules sont les suivantes :

– Intervalle de confiance (IC)

P = la proportion observée dans l’échantillon. Pour les calculs de proportions, nous retenons un niveau de confiance de 95%, soit zα /2 = 1,96. n= la taille de notre échantillon. zα /2 est lue dans la table des valeurs usuelles (voir la table en annexes). α= seuil de signification.

– Conditions d’application de la formule : n x p ≥5 et (1-P) n ≥ 5

– Le khi deux (X²)

La formule du khi deux que nous utiliserons est celle de Mac NEMAR (M.N) pour les tableaux de contingence à deux lignes deux colonnes (2×2).

X² M.N = (B-C)²/B+C

Avec B= effectif de la deuxième colonne de la première ligne, et C= effectif de la première colonne de la deuxième ligne. Le degré de liberté (dll) =(x-1) (y-1). Pour le X² lu, voir la table de la loi du X² en annexes.

– Conditions d’application de la formule du X² : B > 10 et C >10.

Nous donnerons un exemple d’application de ces formules pour le tableau 13. (voir annexes).

La méthode qualitative nous aide à combler les déficits de la première, puisqu’elle épouse mieux les méandres de la réaction sociale. Aussi, permet-elle de rendre compte assez bien de la corrélation entre les différentes variables et d’envisager les causes explicatives du phénomène de la criminalité.

Ainsi, nous arrivons aux différentes disciplines d’approche de notre objet d’étude.

6-Approches disciplinaires

Notre objet d’étude pour être mieux cerné, mérite que nous fassions recours à la perspective psycho-sociologique. La psychologie nous permet de comprendre les motivations profondes des réactions individuelles des commerçants. Aussi, le phénomène social que nous voulons décrire et expliquer, se déroule-t-il dans un environnement qu’il nous faut connaître et comprendre.

La sociologie nous aide de ce fait à comprendre l’influence de ce milieu sur les réactions individuelles des commerçants.

7-Difficultés rencontrées

Le travail de recherche à l’instar de toute activité humaine est sujet à des difficultés. Cependant, nous mentionnons ici les plus significatives.

En effet, les premières qu’avons connues ont trait à la lenteur et à la négligence des services administratifs dans la délivrance de nos différentes autorisations de recherche. Au Ministère du commerce où nous avons déposé un courrier en vue d’y obtenir un stage, notre requête s’est limitée à des aller et retour interminables, à la Direction des Ressources Humaines pendant plus de trois mois. L’on nous a finalement révélé des problèmes de fonctionnement de ce ministère, et que des stages pour étudiants étaient quasiment impossibles.

En second lieu, les Services du Ministère du Commerce, de la Mairie et les Syndicats de commerçants ne disposent pas de statistiques précises sur les commerçants. De ce fait, nous n’avons pu disposer d’une base de sondage.

Troisièmement, nous avons été confronté au refus de nombreux commerçants à répondre à nos questions, surtout les étrangers. Nous avons été même chassé d’un magasin au marché Gouro par un commerçant non ivoirien.

Pour eux, nous étions un Agent secret de renseignements au service des autorités militaires qui organiseraient des représailles contre eux, après avoir répondu à nos questions. L’un d’entre eux, après ses réponses à notre questionnaire nous a martelé ceci : « Toi là, faut pas demain vous va envoyer CeCOS pour nous arrêter ici hein ! ».(7)

Pour terminer, du fait l’analphabétisme de certains enquêtés qui ne leur permettait pas la compréhension totale de nos différentes questions, nous étions obligés de les traduire en langue Malinké.

1 Denis Brou (2005), Cours de Méthodologie des sciences sociales, 2e année, UFR Criminologie, Université de Cocody-Abidjan (non publié).
2 Madeleine GRAWITZ (2004), Lexique des sciences sociales, Paris, 8e édition, Dalloz, p.274.
3 SOUMAHORO Farikou, invité par Laurent BANGA (2007), L’organisation de la FENACCI, in : Ma part de vérité, Abidjan : productions RTI TV2, Emission télévisée : 1 heure.
4 Voir annexe 3.
5 Paul N’da, op.cit. p.72
6 Mathieu AKADJE Ahiouré (2006), «Sécurité publique et sécurité privée en Côte d’Ivoire », in : Revue africaine de Criminologie, N°2, Université de Cocody-Abidjan, EDUCI, p.96.
7 Commerçant nigérian interrogé face à la gare nord.

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