I.1. DEFINITION DES CONCEPTS

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I.1.1 L’intérêt national

Pour Hans Morgenthau «Les hommes d’Etats pensent et agissent en terme d’intérêt défini comme puissance. L’histoire a confirmé cette supposition qui nous permet de retracer et de prévoir le pas qu’un homme d’Etat passé, présent ou futur a fait ou fera sur la scène politique. Les hommes d’Etat distingueront entre leur devoir officiel qui est de penser et d’agir en terme d’intérêt national et leur désir personnel qui est de voir triompher leurs propres valeurs morales et les principes politiques réalisés partout dans le monde» (14).

Le concept d’intérêt national est défini par les réalistes en termes de recherche de puissance par l’Etat. Cependant, là où d’aucuns croiraient que la poursuite de l’intérêt national par la recherche de puissance est une approche qui conduirait nécessairement à la guerre généralisée entre les nations, Mwayila TSHIYEMBE (15) fait observer qu’il n’en est pas ainsi. Il poursuit qu’il y a des limites qui se dressent devant les Etats. Il pense qu’il faut engager les hommes d’Etat à privilégier « l’éthique de responsabilité» plutôt que « l’éthique de conviction» au sens Weberier du terme. De ce fait, il rejoint HANS MORGENTHAU qui ne fait pas l’apologie de la force dans la défense de l’intérêt national. Il s’agit là bien de la dimension normative de sa théorie.

Bref, l’auteur, se paraphrase en soulignant que seule une politique étrangère réaliste, menée selon un calcul coût/risque/bénéfices et consciente des limites imposées par la quête de la puissance des autres Etats, peut, in fine, éviter les drames humains.

De ce qui précède, il apparaît clairement que seul un Etat indépendant et donc souverain peut prétendre, défendre et rechercher son intérêt national. Un Etat dominé ne devrait pas avoir à priori une ambition de puissance. Ce qu’il ne peut rechercher en premier lieu ce n’est que de se libérer de l’oppression pour vaincre la domination. Ensuite vient la quête de puissance (16).

Dans le cadre de ce travail, nous définissons l’intérêt comme l’attachement exclusif à ce qui est avantageux pour soi. C’est ainsi que l’intérêt national oblige l’Etat à agir ou à ne pas agir.

I.1.2. Grandes puissances

Le mot « Puissance » est employé dans plusieurs domaines avec signification particulière. En relations internationales, la puissance est le contrôle de l’esprit et des actions des autres. Elle est donc relationnelle, c’est-à-dire qu’elle est toujours exercer par rapport à l’autre.

L’exercice de la puissance n’est pas une fin en elle même, l’Etat y recourt pour sauvegarder son intérêt (17).

En géopolitique, les termes « Grande puissance » « Superpuissance ou Hyper puissance » désignent les pays qui se distinguent par leur atout économique, militaire, politique, identitaire etc. Ceci étant, les décisions qu’elles prennent ont souvent un impact sur les autres nations du monde (18).

Somme toute, le terme « grande puissance » est attribué généralement aux pays qui, au travers leur économie, leur politique étrangère et leur force militaire, ont un rayonnement et une influence au niveau mondial.

I.1.3. Notion de souveraineté

Ce concept « de souveraineté » est à élucider parmi tant d’autres dans ce travail. Il est utile d’en apporter d’éclaircissement en vue de bien appréhender des actions menées par de grandes puissances à la recherche de leurs intérêts.

Non seulement nous allons le définir mais aussi le circonscrire par rapport à son originalité et sa portée comme principe. Il s’agira également de brosser la souveraineté interne et externe, ses attributs et l’Etat comme sujet du droit international.

Le dictionnaire Dicos Encarta donne au concept souveraineté une explication d’ « autorité suprême qui justifie un Etat autonome et indépendant », un pouvoir de décision donc dévolu à une communauté d´individus (19).

D’après Van KLEFFENS, un Etat souverain est un Etat que, n’étant pas soumis à un autre Etat, possède une autorité sans préjudice des limites que lui assigne le droit applicable (20).

Il ressort de ces deux définitions que ce n’est que dans l’Etat qui se trouve le fondement du principe de la souveraineté. C’est l’Etat lui-même qui établit l’ordre à l’intérieur et protège sa propre indépendance à l’extérieur. L’Etat est le seul garant de son intégrité territoriale.
C’est ainsi que nous retenons que la souveraineté est la faculté pour un Etat d’agir librement, sans aucune contrainte et d’une manière égale sur la scène internationale face à un autre Etat.

I.1.3.1. Origine et portée de la souveraineté

La souveraineté, comme principe cardinal des Etats, a le même âge que l’Etat. Mais aussi le principe d’égalité souverain affirmé dans la charte des nations unies et repris dans les actes constitutifs de toutes les organisations internationales et régionales, dans les traités de coexistence pacifique ainsi que dans les communiqués entre gouvernements, constitue un des fondements du droit contemporain.

I.1.3.2. La souveraineté interne et externe

Le mot souveraineté utilisé tout court traduit à la fois la notion de souveraineté dans l’Etat et celle de souveraineté de l’Etat.

S’agissant de la souveraineté dans l’Etat, cette première acception se rapporte à la souveraineté intérieure qui se définit en droit interne par son contenu positif de plénitude des pouvoirs que l’Etat exerce sur ce qui lui sont soumis, c’est-à-dire ses sujets. Il n’admet point de collectivité supérieure à lui.

C’est en quelques sortes la portée du principe de non ingérence dans les affaires internes de l’Etat ou des peuples à disposer d’eux-mêmes.

Quant à la souveraineté de l’Etat, cette seconde acception se rapporte à la souveraineté extérieure qui ne s’analyse pas en des termes positifs. C’est un ensemble des pouvoirs que l’Etat détiendrait sur ses sujets ou sur les autres. Mais négativement, elle se définit comme la non soumission à une autorité supérieure ; le fait de n’être le sujet (au sens d’assujetti) d’aucun autre sujet (au sens juridique) (21).

I.1.3.3. Les attributs de la souveraineté et l’Etat dans le cadre du droit international

La souveraineté internationale a deux attributs. Il s’agit notamment de la personnalité internationale de l’Etat et des compétences de celui-ci.

La personnalité internationale de l’Etat a deux sens. Elles signifient d’abord que l’Etat constitue un corps de chacun de ses éléments constitutifs comme les différents organes pour les quels est reparti l’exercice des pouvoirs publics.

Aussi, l’Etat est-elle une personne morale dotée de certaines capacités l’égales. Il se voit conférer par les normes de l’ordre et à assumer les obligations. L’Etat est un sujet du droit international auquel peuvent être imputés les actes des organes et des agents agissants en son nom et investis du pouvoir de le représenter en relation internationale.

En sa qualité du sujet de droit international et par ce qu’il est le seul sujet doté de souveraineté, l’Etat possède les capacités d’agir pleinement en vertu des normes définies par le droit international. Par capacités internationales d’un Etat, il faut entendre les possibilités pour l’Etat d’agir légalement dans le cadre des relations internationales. A titre illustratif, on peut citer la capacité de produire des actes juridiques internationaux (unilatéraux ou conventionnels), la capacité d’avoir imputé les faits illicites internationaux. C’est ici où l’Etat peut par exemple demander la réparation des conséquences dommageables d’un fait illicite commis par un Etat tiers. Il s’agit d’un fait qui affecte directement l’Etat ou l’un de ses ressortissants à l’égard du quel il peut exercer sa protection diplomatique.

Il y a de même la capacité d’accès aux procédures contentieuses internationales et aux organes de règlement des différends en l’occurrence les organes diplomatiques ou juridictionnels. Il faut ajouter la capacité de devenir membre et de participer pleinement à la vie des organisations intergouvernementales. Et enfin, il faut relever la capacité d’établir des relations diplomatiques et consulaires avec les autres Etats c’est-à-dire le droit de légation (22).

Toutefois, une des conséquences de la personnalité juridique internationale de l’Etat c’est qu’il peut agir dans le cadre des relations internationales à l’égard ou en relation avec d’autres sujets de droit.

Certes, le droit international confère à l’Etat des compétences définies comme les aptitudes légales à exercer certains pouvoirs à la fois sur le territoire et à l’égard des personnes et des biens rattachés à lui par le lien de nationalité.

L’on distingue classiquement deux compétences de l’Etat.

D’une part, les compétences territoriales et d’autre part, les compétences personnelles de l’Etat. Dans le cadre de ce travail, notre attention se focalise sur les compétences territoriales.

Bien entendu, c’est en rapport avec la double nature du territoire de l’Etat que l’on peut comprendre ses compétences territoriales. Le territoire d’un Etat est à la fois un objet et un espace habilité par une population. En tant qu’ objet, le territoire d’un Etat est un bien sur lequel l’Etat peut exercer des droits réels semblables aux droits d’un propriétaire prive d’un fonds.

En tant qu’un espace habité par une population, le gouvernement de cet Etat peut exercer son autorité. La plénitude ou la généralité de la compétence territoriale s’exerce à l’intérieur du territoire de l’Etat souverain comme autorité publique. Cette dernière assume toutes les fonctions nécessaires à l’organisation de la vie propre et à la collectivité humaine résidant sur ce territoire à savoir le pouvoir constitutionnel et l’administration publique (le pouvoir de police, la défense nationale etc).

Au demeurant, sous la pression des revendications des pays en voie de développement, un aspect de la souveraineté territoriale à été souligné. Il s’agit particulièrement de la souveraineté économique. Cette forme de souveraineté a été plusieurs fois affirmée par diverses résolutions de l’assemblée générale des Nations Unies qui se fondaient sur la souveraineté permanente ou sur les ressources naturelles. C’est cette forme de souveraineté qui sous-entend la maîtrise et la conduite de l’économie nationale selon les options choisies librement par le dit Etat.

Par ailleurs, la souveraineté généralité doit plutôt être considérée comme la souveraineté fonctionnelle. La souveraineté n’est plus perçue aujourd’hui comme absolue mais la généralité de la compétence territoriale doit fléchir devant (23) toute les obligations internationales quelle qu’en soit la source. Ce qui pose la question des limités légales à l’exercice de la souveraineté. Le cadre légal de limite à son exercice découle de deux éléments à savoir le respect des légalités souveraines des autres Etats et le respect de droit des peuples.

En ce qui concerne le respect des droits des Etats tiers, KANDONY pense que « c’est le simple principe de légalité souveraine des Etats qui est la base de l’obligation pour chacun des Etats de respecter les droits des autres Etats. L’égalité des Etats signifie que devant le droit, tous les Etats sont dans une situation identique. Le droit reconnaît aux Etats les mêmes aptitudes légales, les mêmes droits et les mêmes obligations. Mais, en réalité les rapports de forces entre les Etats dictés par leur poids réel font que les Etats sont inégaux. Le droit international s’efforce de contenir cette remise en question de l’égalité d’Etat. Donc, l’obligation de respecter les droits de tiers concerne d’abord le respect de l’intégrité du territoire des autres Etats. Elle implique aussi le respect des services publics étrangers placés sur le territoire national de chaque Etat. (24)» Précisons toutefois que « deux motifs sont généralement avancé pour justifier l’intervention et l’ingérence d’un Etat sur le territoire d’un autre Etat. A ces deux motifs s’ajoute le troisième : Le premier étant intermédiaire sollicité par les autorités légitimes ; le second l’intervention d’humanité et le troisième plus récent, le devoir d’ingérence humanitaire. (25)»

I.1.4. Présentation de la RDC

La République Démocratique du Congo est divisée en Onze entitées dont la dernière est la ville province de Kinshasa. Il s’agit de Bandundu, Bas Congo, Equateur, Kassaï-occidental, Kassaï-oriental, Katanga, Kinshasa, Maniema, Nord-Kivu, Oriental, Sud-Kivu. Kinshasa est sa capitale. Elle a acquis son indépendance le 30 juin 1960.

S’agissant du climat, elle a un climat tropical humide. Sa devise nationale entrée en vigueur le 18 février 2006, après l’adoption de la nouvelle constitution est « Paix, Justice et travail.»

Dans son économie, elle a le cobalt, bois, coltan, café, cuivre, diamant, or, pétrole, thé, caoutchouc, manganèse, uranium, cassitérite, charbon … Elle a comme population, le (la) « congolais(e).»

Elle comprend plus au moins 200groupes ethniques. Elle a comme principale ville Kinshasa, Kisangani, Kananga, Lubumbashi, Ilebo, Kamina, likasi, Mbujimaï (26).

I.1.4.1. Sur le plan géographique

Par sa position géographique située au centre-Est de l’Afrique avec accès sur l’océan Atlantique, la République Démocratique du Congo est un des plus grands du continent africain. Elle a une superficie de 2345000 Km² dont 60% de sa superficie est recouvert de forêts. Elle a des frontières avec la République du Congo, la République centrafricaine, le Soudan, l’Ouganda, le Rwanda, le Burundi, la Tanzanie, la Zambie et l’Angola (27).

Le fleuve Congo, long de 4 640 Km est le deuxième du monde après l’Amazonie par son débit. Ce dernier est exprimé à cinquante milles mètres cubes par seconde. Son bassin est de trente-huit milles Kilomètres carré. Ses plus grands affluents sont l’Oubangi (2 300 Km) à la rive droite et le Kassaï (2 000 Km) à la rive gauche.

Sur le plan linguistique, l’ancienne colonie belge est caractérisée par un multilinguisme. Ce pluralisme linguistique comprend trois grandes composantes dont les langues nationales, les langues locales et une langue officielle.

Quant à ce qui est des langues nationales, il s’agit du Kikongo, du Lingala, du Kiswahili et du Tsiluba. Ces langues connaissent une certaine expansion et un développement grâce aux médias, à la justice, à l’évangélisation, …

I.1.4.2. Sur le plan historique

La République Démocratique du Congo a connu quatre périodes au cour de son histoire. Mentionnons une première tentative de colonisation de la part de portugais. Puis la période de l’Etat indépendant sous la souveraineté personnelle de LEOPOLD II et ensuite la période du Congo belge ; et enfin celle du Congo indépendant à partir de 1960 (28).

a. La Période Précoloniale

Il sied de noter que la RDC a d’abord été habitée par les pygmées avant d’être touchée par la grande migration des peuples bantous. Ces derniers s’installèrent dans la zone côtière ainsi que sur les plateaux orientaux et méridionaux. En 1482, les portugais établirent un premier contact avec le royaume bantou du Congo. En 1489, une ambassade du royaume du Congo rendit visite au roi du Portugal. En 1490, des missionnaires assistants portugais s’installèrent dans la région. ALFONSO devint roi du Congo en 1507. Après s’être converti, il entreprit la voie de christianiser le royaume.

Cependant, le royaume déclina et s’effaça alors que, les portugais se tournaient vers le Sud, c’est-à-dire en Angola, où la traite des Noirs rencontrait moins de difficultés. Par ailleurs, pendant ce temps, d’autres européens et arabes de Zanzibar pratiquèrent l’esclavagisme dans la région du Congo sans être installés.

L’occupation européenne fut tardive. Elle ne commença qu’à la fin du XIXe Siècle lorsque l’explorateur britannique Henri MORTON STANLEY explora le fleuve Congo entre 1874-1877 (29). C’est ainsi qu’il créa des pôles d’échanges commerciaux avec la population bantoue. Au même moment, le roi LEOPOLDII de la Belgique réunit au palais de Bruxelles une conférence internationale composée des savants, des géographes et d’explorateurs. Cette conférence était axée sur la découverte de l’Afrique centrale.

En 1877, il sortira l’association internationale pour la civilisation centrale. En 1878, il créa, avec le concours de Stanley, le comité d’étude du haut Congo (CEHC). Ce dernier est transformé, en 1879, en association internationale du Congo dont l’objectif était « d’ouvrir l’Afrique à la civilisation et d’abolir la traite d’esclaves (30).»

Lorsque la France et le Portugal revendiquaient une partie du Congo, la conférence de Berlin de 1885 reconnut la souveraineté de LEOPOLDII sur le Congo qui devint « Etat indépendant du Congo.» EIC ou « Etat libre du Congo.» Ce fut une possession privée ou personnelle du souverain des belges ayant comme capitale, la ville de BOMA.

b. La période Léopoldienne : 1885-1908

Sans avoir jamais posé ses pieds au Congo, Léopold II, il y établit des fondations d’un ordre colonial qui dura soixante-quinze ans. Il créa, en 1888, une force publique destinée à protéger les travaux de construction du chemin de fer allant du Port de Matadi à Léopoldville. Cette ligne de 400Km fut inaugurée en 1898. Ce qui sembla donner un coup d’envoi du développement de Léopoldville.

Afin de faire fonctionner sa colonie et exploiter ses richesses énormes le roi s’appuya sur son armée, sur les missionnaires catholiques, sur les émissaires, ainsi que les banquiers Belges.

Par ailleurs, envue de récupérer les coûts de ses investissements Personnels dans son aventure coloniale, le roi concéda des territoires coloniaux à des compagnies privées qui lui versaient des redevances en échange de la : liberté d’extraction des richesses.

A partir de 1885, l’E.I.C fut soumis à l’exploitation des compagnies qui organisent la collecte de caoutchoucs. Certaines richesses accumulées servirent à construire des bâtiments prestigieux à Bruxelles, à Anvers et à Ostende.

En raison de travaux imposés aux congolais et des mutilations faites aux hommes, aux femmes et aux enfants (pieds, mains, et sexes coupés) qui ne respectaient pas le quatas de la production, l’œuvre civilisatrice de Léopold II fut remise en cause.

Ainsi, à l’époque, des atrocités commises au Congo soulevèrent l’indignation dans toute l’Europe. Et, en 1908, le parlement belge décida que l’on ne pouvait confier une colonie à la seule autorité du roi. Ce dernier céda ainsi l’E.I.C à la Belgique. Dès lors, l’E.I.C devint « Congo belge.»

c. La Période du Congo-Belge : 1908-1960

En 1908, la période fit officiellement de la RDC une colonie appelée « Congo belge.» Ses éléments essentiels reposent sur l’administration, les missions chrétiennes et les compagnies capitalistes ainsi que l’armée belge. C’est grâce à la production du cuivre et du diamant que la croissance économique du Congo belge se développa considérablement en fonction des intérêts coloniaux et du capital étranger et non pour répondre aux besoins des indigènes. L’exploitation et les travaux forcés se sont poursuivis comme à l’époque Léopoldienne.

En 1920, Léopoldville remplaça BOMA comme capitale du Congo belge. Ainsi, le français et le flamand furent deux langues officielles de la colonie.

Toutefois, le domaine de l’enseignement relevait des missions catholiques et protestantes. Mais, dans le but de ne pas déraciner les indigènes, c’est-à-dire les laisser sans aucune possibilité de se retourner contre le colon, ces missions ne voulaient guère l’apprentissage de ces deux langues par les indigènes.

C’est ainsi qu’au niveau primaire les enseignements pouvaient se dérouler en langues nationales. Cette situation n’a pas suscité d’élites administrative et politique au niveau local. Le Congo belge s’était trouvé dépourvu du personnel politique et technique prêt à prendre la relève à la fin de l’occupation, alors que les autres pays firent leurs premiers pas vers l’indépendance.

Dans le cadre d’un cheminement vers l’indépendance en 1955, l’institut colonial d’Anvers avait prévenu le gouvernement belge qu’une durée de trente ans serait nécessaire pour former une classe dirigeante capable d’assumer le pouvoir. Pourtant les premières revendications de l’indépendance se manifestèrent dès 1955. A cette année, des émeutes à Léopoldville avaient été signalées. Mais, les belges y répondirent par l’organisation de la table ronde. Cette dernière a réuni les principaux dirigeants congolais et gouvernement belge à Bruxelles. Ce gouvernement colonial annonça à cette occasion un programme visant à former les dirigeants congolais et à planifier les élections dans le pays. Cette formation avait été réalisée de façon accélérée à quelques mois de l’accession du Congo à l’indépendance. C’est juste après la conférence de table ronde tenue à Bruxelles du 20 Janvier au 20 Février 1960 que le pouvoir colonial décida de commencer l’initiation des congolais à l’exercice du pouvoir et conformément à l’une des résolutions de la table ronde (31).

En fait, la colonisation du Congo n’aurait été qu’une longue période d’exploitation de ses richesses. Tout était réalisé dans le sens de récolter plus de richesses possibles grâce à la main d’œuvre des indigènes (32).

En effet, le 30 Juin 1960, le Congo a accédé à l’indépendance et à la souveraineté internationale en « plein accord avec la Belgique, suivant, les formules même de la déclaration de l’indépendance (33).

Toutefois, avec la campagne électorale après l’indépendance, un clivage s’observa entre les tenants d’une solution confédérale avec la Belgique et les partisans d’un Congo indépendant, fort et centralisé. Ce dernier a été prôné par LUMUMBA lors de la création de MNC en 1958, avant même l’indépendance. Il revendiquait un Congo laïc et uni. Il a lutté pour une indépendance totale et inconditionnelle contre l’impérialisme et le néocolonialisme.

d. Le lendemain de l’indépendance de la RDC

En mai 1960, le MNC fut vainqueur des premières élections organisées au pays. Patrice LUMUMBA fut premier ministre et la présidence fut assurée par Joseph KASAVUBU dans un Congo indépendant. Mais très tôt, les violences se relevèrent et Katanga a revendiqué son indépendance avec à sa tête Moïse TSHOMBE. Des tentatives de sécessions et de morcellement se firent sentir même au Kasaï. Des mutineries sont signalées dans le rang de l’armée le 05 Juillet 1960.

Le 14 Septembre de la même année, MOBUTU tenta son premier coup d’Etat avec le soutien de la CIA (34), alors que LUMUMBA est assassiné le 17 Janvier 1961. Ce fut une déception collective profonde au sein de la population congolaise et une amertume générale dans toutes les régions du pays. C’est dans ce sens que la première République prit fin le 24 Novembre 1965 avec le coup d’Etat réussi du colonel MOBUTU qui était, alors, le chef de l’Etat major de l’armée. Il aurait été influencé par les américains pour réaliser le coup d’Etat contre un gouvernement légal, démocratique et populaire (35). Il restaura l’ordre par la force et instaura la dictature en appuyant sur le parti unique, parti-Etat, le MPR.

Ainsi, une série de reformes fut observée. Le 30 Juin 1966, Léopoldville, la capitale, change de nom, pour devenir KINSHASA.

Le 27 octobre 1971, la République Démocratique du Congo devient République du Zaïre. En 1972, la politique de l’authenticité amènera l’africanisation de tous les noms d’origine européenne.

En 1977 et 1978, de nouvelles tentatives de sécessions du Shaba, actuel Katanga, furent arrêtées par des forces marocaines et françaises sollicitées par MOBUTU (36).

Par ailleurs, notons qu’au début des années 1990, le vent de l’Est sous la Perestroïka et Glosnost, avec le démembrement de l’URSS et la chute du mur de Berlin, Marque la fin de la guerre froide. Il y a à cet effet la chute du totalitarisme communiste en Faveur de la démocratie. C’est ainsi qu’en cette année MOBUTU décrète la fin du Monopartisme et ouvre le pays à la démocratie et au multipartisme qui pouvait suivre. En 1991, le 7 Août, la conférence nationale souveraine fut organisée pour instaurer un nouvel ordre Politique au Zaïre.

Cependant, l’on a assisté à une longue période de transition et à un sabordage par MOBUTU des institutions et des décisions issues de la conférence nationale souveraine. Cette situation a constitué un alibi pour les meneurs de la guerre de libération de l’AFDL en 1996-1997, à partir de l’Est du pays, pour chasser MOBUTU du pouvoir.

Pendant trente-deux ans de règne de MOBUTU, le Congo a semblé perdre la connotation de son indépendance de 1960 à cause de multiples immixtions du monde occidental dans les affaires internes du pays. C’est pourquoi MAYOYO BITUMBA TIPO-TIPO écrit que « la recherche de la seconde indépendance a déclanché la deuxième guerre de l’occident contre le Congo (37), mais aussi la liquidation de son leader le 16 Janvier 2001.»

Cette disparité est assimilable à l’assassinat de LUMUMBA le 17 Janvier 1961.

Lorsque Laurent Désiré KABILA prend le pouvoir en 1997, le Zaïre change de nom pour devenir République Démocratique du Congo, RDC en sigle.

Néanmoins, après le gain du pouvoir par cet homme d’Etat, la volonté des alliés sera mise en mal par le nouveau régime quel’on croyait manipulable comme celui de MOBUTU, mais devenu de plus en plus incontrôlable. Ceci justifia la guerre d’occupation menée par le Rassemblement congolais pour la Démocratie (RDC) toujours à partir de l’Est, le 2 Août 1998.

Après l’assassinat de Laurent Désiré KABILA, JOSEPH KABILA prend le pouvoir. Il accepte l’organisation du dialogue inter congolais avec la participation des rebelles à SUN CITY, en Afrique du Sud. C’est ce dialogue inter congolais qui a conduit à la formation d’un gouvernement de transition de large union nationale avec la formule 1+4, c’est-à-dire un président plus quatre vices présidents. Ce sont les institutions de la transition qui ont conduit aux élections libres, démocratiques et transparentes l’année 2006. A l’issue de ces élections, Joseph KABILA est élu président de la République.

Eu égard de tout ce qui précède, la RDC a été, depuis son accession à l’indépendance, un otage des puissances occidentales.

Ces dernières jouent la carte pour placer au pouvoir des dirigeants qui leurs sont favorables pour promouvoir leurs intérêts. La lutte contre les nationalistes héros nationaux à l’instar d’Emery Patrice LUMUMBA et Laurent Désiré KABILA arrive à étayer cette situation. A cause de multiples interférences étrangères dans les affaires intérieures du pays, les dirigeants n’ont pas eu le temps d’organiser leur pays politiquement. Ils n’ont pas su répondre aux exigences d’intérêt national. Ainsi, la RDC est restée un pays très pauvre, pourtant, considérée comme puissance potentielle.

Elle n’a pas réussi à se tailler une place ou un rôle important par rapport à sa géopolitique sur l’échiquier international, cela surtout à cause de manque de décisions de politique interne et internationale prises de façon souveraine.

14 Mwayila TSHIYEMBE, Op.cit, p.25
15 Idem
16 G. KAKULE LUHI, la politique étrangère de la RDC face aux défis du commerce international, mémoire, FSSPA, RI, UOR/Butembo, 2010-2011. p.46
17 LABANA LASAY’ABAR, les relations internationales, Ed. Syrius, Kinshasa, 2004. p.265
18 Disponible sur http :/fr wikipedia.org/wiki/puissance/ Cité par MUHINDO VYALIRENDI, la compétition des puissances occidentales en Afrique centrale : cas des Anglo-Saxons et la France, 1990 à 2008, FSSPA, RI, UOR, 2007-2008, p.20
19 « Souveraineté » Dicos Encarta, microsoft 2009,p5.
20 VAN KLEFFENS, La notion de la souveraineté en droit international de la Haye, 1953, p.88
21 http://www.unidir.org/pdf/article. Pdf-art 1938 chapitre 1, le 18/04/2012.
22 K. KADONY NGUWAY, Droit international Public, éd. d’essai, Lubumbashi 2009, P.219
23 KADONY NGUWAY K Palaingu, Op.cit, p.22
24 Idem
25 KADONY NGUWAY KPalaingu, Op.cit, p. 239.
26 Htt://www.Lemonde.fr/idées/article/2011/11/30/la-guerre-civile-menace-en rdc 16110963232 htm consulté, le 18/04/2012
27 Idem
28 Incyclopédie Microsoft Encarta 2009, RDC, page historique
29 K. KAKULE MATUMO, Cours d’histoire politique du Congo, inédit, G1 RI, FSSPA, UOR/Butembo, 2006-2007. p.27
30 Idem, p.30
31 TSHIMANGA BAKADIABABU, L’occident pour ou contre la démocratie en Afrique, le cas du Zaïre, l’Harmattan, Paris, 2005, p.44.
32 E. KOTA JONAS ; « Pendant 50 ans, la RDC victime de ses élites » in forum des AS n°3548, Kinshasa, Février, 2010, p5
33 M. BITUMBA TIPO-TIPO, La deuxième guerre occidentale contre le Congo, offensive des médias et dessous des cartes, L’Harmattan, Paris, 2006, p.53
34 TSHIMANGA BAKADIABABU, Op.cit, p.53
35 JULES CHOMES, l’ascension de Mobutu, Ed complexe, Paris, 1975, p. 81
36 MAMADOU ALIOU BARRY, Guerre et trafic d’arme en Afrique, approche géostratégique, l’Harmattan, Paris, 2006, p. 187
37 MUYOYO BITUMBA TIPO-TIPO, Op.cit, p.13
38 Dictionnaire, Petit la Rousse, p. 1344

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