CONCLUSION GENERALE

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Au terme de cette étude, nous avons essayé de montrer qu’au-delà des facteurs d’ordre économiques, financiers et socioculturels, la dynamique de la gouvernance locale apparait également comme un facteur déterminant de l’attractivité des entreprises dans la ville de Douala.

Dans le premier chapitre, à partir de l’analyse théorique du concept d’attractivité territoriale, nous avons expliqué comment dans un contexte de globalisation de plus en plus marqué par la volatilité des implantations des entreprises, les territoires se livrent à une concurrence acharnée sur le marché de localisation des activités économiques. Chacun y développe une panoplie d’instruments et de politiques afin d’attirer et de retenir le maximum d’entreprises. Du fait de la quête d’un meilleur positionnement des territoires sur le marché de l’implantation, certains responsables territoriaux font recours aux pratiques de marketing territoriale (pratiques qui jusqu’ici étaient jadis réservé au monde des entreprises) afin d’influencer en leur faveur les décisions de localisation des entreprises. Toutefois, si les politiques de marketing territoriale et autres instruments de politiques d’attraction permettent aux territoires de capter les flux d’investissements, l’élément crucial pour toute stratégie d’attraction des entreprises sur un territoire réside bien plus dans la dynamique de la gouvernance locale.

Ainsi dans le deuxième chapitre, après avoir passé en revue le cadre d’analyse théorique de la gouvernance locale, nous avons montré que, l’attractivité de la ville de Douala est la résultante non seulement d’un ensemble de facteurs d’ordres géographiques et socioéconomiques présent sur le territoire, mais aussi et surtout la résultante de ce que nous qualifions de construit socioéconomique de la ville et de la coordination des acteurs. En effet, La ville de Douala est engagée dans une démarche de développement sous l’impulsion des collectivités publiques et privées locales. Cette situation prouve à l’évidence la coordination et la coopération qui existe entre les acteurs publics et privés (« partenariat public-privé ») dans le processus non seulement de développement des entreprises mais aussi d’amélioration de l’environnement des affaires à Douala. La force de cette coordination traduit une gouvernance locale bien avancée dans la ville.

Les relations sociales, économiques et humaines tissées entre les acteurs à Douala, constituent des réseaux dans lesquels circulent de l’information et le savoir-faire.

A l’aune des développements théoriques et conceptuels effectué dans la première partie du mémoire, nous avons dans le troisième chapitre mis le point sur l’analyse de l’évolution des créations d’entreprises dans la ville de Douala. Il ressort de nos développements que la ville de Douala occupe une place de choix dans la localisation des entreprises au Cameroun. Elle concentre près de 35,1% des entreprises du pays. Cette situation illustre bien la position dominante de cette ville sur l’économie Camerounaise et la forte attraction qu’elle exerce sur les créateurs de richesse. Toutefois, la grande majorité des entreprises de Douala sont très jeunes, avec près de la moitié des unités de production crées durant les huit dernières années. Les entreprises installées il y a moins de 10 ans représentent 81% du total des entreprises de la ville, contre 0,5% pour celles créées avant 1960. Par ailleurs, l’indice de localisation calculé nous a permis de cerner l’inégale répartition des entreprises et le profil sectoriel des arrondissements de Douala. En effet, la répartition des entreprises par secteurs d’activités dans la ville de Douala confirme le poids dominant des arrondissements centraux (Douala 1er et Douala 2ème) avec une préférence pour les activités de commerces, les activités de Banques et assurances et les activités de transport. Par contre dans les arrondissements périphériques, les activités industrielles dominent.

Par la suite, nous avons présenté un ensemble de variables à la fois d’ordre institutionnelles et économiques susceptibles à notre avis d’influencer l’attractivité de la ville de Douala vis-à-vis des entreprises. Ainsi, le modèle économétrique regroupant cet ensemble de variables a été spécifié sur la période allant de 1996 à 2009. Après l’estimation économétrique effectué sur notre fonction d’attractivité à partir des moindres carrés ordinaires (MCO), y compris la mobilisation de certains tests économétriques visant à respecter la méthodologie en la matière et afin d’avoir des résultats valables, trois variables se distinguent par leur effet explicatif de l’attractivité des entreprises à Douala. Il s’agit des variables présence d’une agence de développement et autres structures de promotion des entreprises (PADEV) ; la croissance économique locale (TXPLB) qui traduit la bonne santé de l’économie locale; et la stabilité politique (STAB).

En réponse à la question posée au début de notre travail de recherche, à savoir : « dans quelle mesure la gouvernance locale influence-t-elle l’attractivité territoriale des entreprises? » nos développements théoriques et nos résultats empiriques montrent que l’existence d’un lien entre la dynamique de la gouvernance et l’attractivité territoriale des entreprises apparait relativement bien établie. Ces résultats qui se rapprochent de ceux obtenues par Sallez (1995, op.cit) et Pépin, Grosse, Guesnier (2002, op.cit), nous amène donc à confirmer nos hypothèses de recherche selon lesquelles :

• H1 : un cadre territorial favorable sur le plan institutionnel et économique favorise l’attractivité des entreprises.

• H2 : l’évolution des créations d’entreprises à Douala est liée positivement à la dynamique de la gouvernance locale dans cette ville.

En effet, l’organisation territoriale est plus ou moins favorable à la dynamique de la gouvernance d’un territoire. La combinaison de la coordination à l’intérieure de la sphère publique avec la coordination à l’intérieure de la sphère privée dans un partenariat élargi, constitue vraisemblablement le mode opératoire le plus efficace de la gouvernance locale bien comprise pour traiter les problèmes transversaux. Il semble bien que la trajectoire future de la ville de Douala dépend d’une organisation territoriale animée par une gouvernance mixte privée-publique partenariale. Et comme le rappelle Guesnier (2009)(45) il n’y a pas de territoires condamnés, il n’y a que des territoires sans projet, c’est-à-dire sans société locale capable de se mobiliser pour construire leur attractivité.

Par ailleurs, pour la ville de Douala, en raison de la poursuite du processus d’assainissement de l’environnement des affaires, il y a lieu d’espérer d’éventuelles opportunités d’implantations des entreprises et ce, moyennant encore de nombreuses reformes managériales et politicoéconomiques afin d’assurer l’attractivité durable de cette ville. Ces reformes devraient être rapides et centrée autour des actions de construction/réhabilitation des infrastructures, d’amélioration de la gouvernance urbaine, de lutte contre la corruption, de promotion des « jardins ou parcs d’entreprises », de réduction des tracasseries administratives, de promotion d’une politique de « l’immobilier d’entreprise » et de renforcement des relations de coopération et de partenariats entre les institutions publiques et privés locales.

En somme, nous pouvons prétendre avoir exploré sans toutefois épuiser notre champ de recherche en matière d’analyse des déterminants de l’attractivité des entreprises dans la ville de Douala. Nous n’avons pas également l’ambition de présenter les conclusions de nos analyses comme des certitudes et des vérités implacables. Dans son ensemble, la qualité de ce travail peut être affectée par les facteurs suivants :

o L’inexpérience du chercheur que nous sommes ;
o Le défaut de données sur certaines variables n’a pas permis une vérification empirique ;
o Les difficultés de mesure de certains indicateurs de la gouvernance locale ;
o Les difficultés d’obtention des données de certaines variables sur des périodes plus longue.

Les résultats de ce travail, aussi discutables qu’ils puissent être, sont pour autant des indicateurs de référence pour des politiques d’attraction des entreprises. Notons par ailleurs que ce travail n’est que le début d’un processus qui s’annonce long. En effet plusieurs pistes de recherche sont envisageables :

– Appliquer la même analyse au niveau des autres métropoles du Cameroun tout en étudiant la répartition intra régionale des entreprises dans le pays.
– Enrichir le travail par une analyse plus ciblée des déterminants de la localisation des entreprises dans la ville de Douala et dans les autres villes du Cameroun.

45 Bernard GUESNIER (2009) : « Dynamiques et gouvernance territoriale », colloque ATM 2009

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