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Chapitre II : L’analyse des flux des IDE en Tunisie

L’intégration dans les flux des échanges mondiaux est un objectif fondamental pour la Tunisie depuis 1986, elle a adapté le plan d’ajustement structurel de 1986 à1994 qui a pour objectif la création de la stabilité macroéconomie interne et externe du pays. Ensuite, elle a appliqué les accords de l’Uruguay Round qui règlent tous les différentes opérations des échanges à l’échelle internationale.

Ces actes ont renforcé la place de la Tunisie à l’échelle mondiale et la rend une destination d’investissement aux yeux des étrangers. Nous allons traiter donc dans cette partie, l’évolution des IDE, leurs repartions géographiques ainsi que leur cadre réglementaire (section 1) et nous abordions par la suite l’importance de ces flux sur l’économie Tunisienne (section 2).

Section 1 : Analyse des flux des IDE en Tunisie :

2.1.1. L’évolution des IDE en Tunisie :

Grâce à ses différents avantages (proximité de l’Europe, stabilité politique, main d’oeuvre qualifiée et compétitive, francophonie, et fiscalité privilégiée), la Tunisie, constitue un site attractif pour les investisseurs étrangers, et notamment français(22) . Elle se caractérise par une taille de marché modeste qui compte 10 ,4 millions de consommateurs qui ont doté d’un pouvoir d’achat élevé.

Depuis le début des années 70, la Tunisie a donné une importance décisive aux Investissements directs étrangers (IDE) comme étant un moyen de financement extérieur. La stabilité économique et politique, a encouragé les investisseurs étrangers à investir en Tunisie .Ils ont enregistrés un doublement des investissements directs étrangers (IDE) passant de 402,9 M TND en 1997 à 1015,7 M TND en 2005, soit une augmentation de 152%.

Un taux de 0,6% en 1990 de la croissance de (IDE/PIB), a évolué en 2006 et 2008 pour atteindre respectivement 9,42% et 5,89.

Graphique 1: L’évolution des IDE en Tunisie :

Source : A partir de données de la banque mondiale

Malgré cette évolution, cet avantage est en train de perdre leur importance étant donné la succession des crises externes et internes et la révolution technologique sur les activités traditionnelles. La Tunisie est un pays ouvert à l’extérieur, toutes fluctuations des agrégats macro-économiques et politiques à l’échelle mondiale vont affecter leur stabilité macro économique.

A partir de l’année 2008, la Tunisie a supporté l’influence de deux crises différentes et successives (Nous allons voir leur effet sur les flux des IDE dans le chapitre 3), le premier est celui de « la crise subprimes » qui a été commencé en 2008, alors que la deuxième est une crise interne «politique » qui a été déclenché à cause des troubles sociales .

La crise de la dette « crise subprimes » qui a été apparu en Octobre 2008 est une crise grave après la récession des années trente. Ses incidences se sont régressivement diffusées à l’échelle réelle des pays développées, aussi bien que des PED.

La fragilité de leur économie et la faible capacité d’absorption des chocs externes, explique la baisse de 2,36% de flux des IDE en Tunisie, soit, 3,53% de flux de IDE /PIB en2009. Mais malgré cette diminution, les agences de notation ont attribué des notes qui reflètent la stabilité macroéconomiques de la Tunisie et affirment le faible risque de l’économie tunisien. (Voir annexe1).

En ce qui concerne la crise politique, la Tunisie a connu des troubles sociales qui ont commencé en décembre 2010 et qui sont guidé par le slogan « démocratie et liberté ». Cette révolution a affecté négativement la stabilité politique et économique du pays. Selon Bénédict de Saint –Laurent, Conseiller scientifique d’ANIMA « Toutes les recettes extérieures baissent -tourisme, envois des migrants, investissements étrangers. L’activité est souvent perturbée par un climat politique et syndical très revendicatif(23) ». (Voir annexe 2)

Selon les statistiques d’Investi in Tunisia(24) en 2012, les flux des IDE enregistrés au cours de l’année 2011 ont été marqués par une baisse de 25,7% par rapport de l’année 2010. ce qui engendre une cessation d’activité de 182 entreprises étrangères dont 64 entreprises Italiennes, 61 Françaises et 10 Allemandes entrainant une perte de 10930 poste d’emploi. L’enquête récente menée par «TBC Partner » à travers un questionnaire électronique auto administré auprès d’un échantillon composé de 1383 internautes a montré que l’économie Tunisienne est entrain de payer très cher la facture de cette révolution. L’inflation et la baisse du pouvoir d’achat diminution des flux des IDE, la détérioration de la situation représentent ainsi les principaux revers d’une révolution loin d’être bénéfique à une économie déjà fragilisée par les abus et la corruption(25). L’étude de l’évolution des flux des IDE montre que l’instabilité économique et politique ont un impact négatif sur les entrés des IDE en Tunisie. Toutes fluctuations de ces deux facteurs entrainent une diminution de ces flux. Une étude empirique (chapitre3) va tester la validité de cette affirmation. Nous passerons par la suite à déterminer la géographie des IDE en Tunisie.

2.1.2. Géographie des IDE en Tunisie par secteur :

L’analyse des IDE en Tunisie par secteur, nous permettons de constater que l’investissement étranger a évolué dans les secteurs à fort contenu de valeur ajoutée dont lesquels, la Tunisie dispose d’un avantage comparatif significatif.

Le constat de tableau ci-dessous, nous révèle que le secteur Energie est en première position avec 1063,4 millions de TND, soit 65,80% de total des IDE en 2011 suivi par 20,45% pour les industries manufacturés, 12,17% pour l’Agriculture 1 ,41 % en terme de services et autres et 1,15% pour le tourisme et immobilier .

Tableau 4: Repartions des IDE par secteur(26)

Source : Rapport sur les IDE en TUNISIE Décembre 2011.

Comme il était le premier secteur de l’entré des flux des IDE, nous allons traiter les principaux pays qui investissent au sein de ce secteur.

Une répartition des IDE par pays d’origine (tableau 5) montre une prédominance de la Grande Bretagne entre 2006 et 2010 qui enregistrent un taux de croissance de 63,03% pour un volume globale 2341,5 millions de TND. Concernant les pays Arabes, l’Emirats Arabes Unis prend la première place avec un taux de croissance de 10,86%.

Le ministre Bettaieb a déclaré dans une interview(27) que la Tunisie a enregistré un taux d’intégration très important avec l’Europe presque 80% alors qu’au niveau Magrébin il est estimé entre 2% et 3%. Donc, il faut mentionner ici que la diversification de partenaire est l’un de solution pour garantir les entrés des IDE. L’évolution de ces flux dans un pays dépend de certains facteurs aussi bien économiques et politiques du pays d’accueil que du pays hôte. Pour garantir un cadre institutionnel et réglementaire adéquat et fiable pour attirer ces flux, la Tunisie procède à une certaine réglementation à travers le code d’investissement.

Le paragraphe suivant sera réservé à la détermination du cadre réglementaire des IDE en Tunisie.

Tableau 5: Répartition des IDE dans le secteur Energie selon les principales répartitions par pays d’origine

Source : Agence de promotion de l’investissement extérieur

2.1.3. Le cadre règlementaire des IDE en Tunisie :

La Tunisie est un pays en développement, leur financement interne ne suffit pas pour assurer une croissance suffisante pour une génération présente et future. Donc des politiques sont menées par l’autorité tunisienne pour renforcer leur attractivité vis-à-vis aux flux des IDE.

A. Les politiques d’incitations à l’investissement direct étrangers en Tunisie :

La Tunisie a opté des politiques d’incitations qui orientent les décisions d’investisseurs étrangers et qui les encouragent à investir en Tunisie. Le code d’incitations à l’investissement est « Promulgué par la loi n°93-120 du 27 décembre 1993, renferme un ensemble d’avantages financiers et fiscaux qui tiennent compte des priorités horizontales retenues dans le cadre de la stratégie du développement du pays et qui vise notamment l’accélération du rythme de la croissance et des créations d’emplois(28)». Ces incitations peuvent être soit des incitations communes ou bien spécifiques. Ce code a illustré les conditions d’exercice de l’activité de l’investissement sous réserve de la loi. Il donne les investisseurs tunisiens ou étrangers un ensemble des avantages accordés par l’autorité tunisienne. La création de l’Agence de Promotion de l’investissement Extérieur (FIPA) et le guichet unique en 1995 a donné le soutien à l’investisseur. Elle a pour mission principal « la promotion et attraction des investissements directs étrangers, l’information et sensibilisation des milieux d’affaires étrangers, accueil et assistance des investisseurs étrangers(29) ».

B. flexibilité de système administratif :

Solon Morisset et Neso (2002), le nombre des procédures et sa complexité décourage l’être des IDE. Une fois la décision de l’investisseur est prise pour investir, la première étape qu’il va la procéder sera de déterminer l’aspect administratif pour la création de son projet. Donc, le tardivement et la difficulté d’achever cette étape, repousse l’investisseur à changer la destination de son implantation en cherchant celle qui lui offre la flexibilité et la souplesse des procédures à accomplir.

Le tableau ci-dessous donne une idée sur le nombre de procédure à accomplir pour investir dans les pays Méditerranéen.

Tableau 6: Les procédures à suivre dans les pays Méditerranéen(30)

L’examen de ce tableau montre que la Tunisie est un pays attractif en matière de procédure pour la cration d’une société , avec 8 de procédure et une quatrième place après la Turquie ,elle devienne capable à attirer par la flexibilité de leurs administations les flux des IDE. Après avoir déterminé quelques efforts et réglementations que la Tunisie les prennent pour encourager les investisseurs étrangers, la question qui se pose par la suite : quel est l’impact de ces investissements sur l’économie Tunisienne ? Cette interrogation sera traitée dans la section suivante.

Section 2 : l’importance des IDE sur l’économie Tunisienne :

Après l’indépendance du pays en 1956, l’économie Tunisienne se trouve en face de problèmes de croissance qui demeure à un taux de 2,8%. Pour sortir de cette situation, les autorités Tunisiennes ont s’ intégrés dans l’économie de marché au début des années 70 et un taux de 8% de croissance de PIB a été réalisé.
Mais l’augmentation de la population et le manque de l’épargne interne, ont amené la Tunisie a s’endettée auprès du pays développées. Selon Zouari.S et Sboui. : « Il est vrai que l’endettement peut constituer un atout au processus de développement en permettant surtout de l’accélérer, à condition qu’il soit utilisé à bon escient et canalisé vers des activités productives, toute perte en ligne faisant de lui une charge socialement et économiquement difficile à supporter(31)».

Donc, la recherche d’une autre source de financement et qui ne contribue pas à une charge est devenu une nécessitée. Le développement des flux des IDE à partir de l’année 1985, a poussé les autorités Tunisiennes à chercher les facteurs qui stimulent ces flux. Les théories qui ont étudié le phénomène des IDE, ont affirmé que ce dernier a des effets sur l’économie du pays d’acceuil..

En premier lieu, une étude de l’économie Tunisienne a montré que l’investissement est un facteur important en matière de croissance de PIB, selon Christian Morrisson et al (1996), « il n’en reste pas moins vrai que le premier facteur de croissance a été l’investissement, puisque la contribution de l’accumulation du capital explique au moins la moitié de la croissance tandis que l’autre moitié est due, pour part égal, à l’augmentation de nombre d’actifs(32) ».
L’effet de ces flux n’ont pas un impact sur la croissance nationale mais aussi au niveau régional. L’un de résultat tiré par les conclusions de l’étude de Zouhour Karray et Slim Driss (2009), est que : « la croissance des IDE (dont le coefficient est faiblement significatif) et la croissance de l’emploi créé par les IDE (avec un coefficient fortement significatif) exercent un net effet sur la croissance régionale (33)».

En outre à coté de la croissance, une étude empirique(34) des données de panel de 9 branches d’activité Tunisienne entre 1990-2002, montre qu’il existe un effet significatif des IDE sur le progrès technique en moyennant un capital humain qualifié et polyvalent dans le secteur industriel.

D’après l’atelier sur l’environnement des affaires en Tunisie(35) qui a été organisé en 2008, Mr Nourdinne Zekri le directeur Générale de l’investissement extérieur, a montré que presque 271 nouvelles entreprises étrangères ont implanté en Tunisie en 2007 et une création de 24% d’emploi a été enregistré.

Malgré le manque des études sur les effets des IDE sur l’économie Tunisienne et le climat d’affaire, nous pouvons constater à partir de ces petites études que ces flux jouent un rôle important sur l’économie Tunisienne. Conclusion L’évolution des flux des IDE est progressée en Tunisie à partir des années 90.L’ énergie est le premier secteur des entrés de ces flux. La répartition géographique montre que la Grande Bretagne et l’Emirats Arabes Unis ont dominé ce secteur. Cette évolution est dû à une certaine réglementation et lois qui réagissent les IDE et encouragent leur entrés. Ces derniers sont la conséquence de la conscience de la Tunisie comme étant un pays en développement de l’importance de ces flux au sein de leu économie. D’après un questionnaire destiné à la filiale STEDIM, cette dernière a réclamé que son choix de lancer son projet en Tunisie est dû à un certain facteur, dont nous citons : « Stabilité et visibilité politique, sociale et économique, Incitations fiscales significatives, Proximité géographique, 48 heures de site à site, pour une desserte fluide et peu onéreuse (port de Tunis / port de Marseille …(36)».

Comme cette filiale, toute autre firme multinationale procède à une comparaison des facteurs proposés par chaque pays qui encouragent les entrés des flux des IDE et elle choisisse celle qui lui offre un climat favorable à son implantation.

Dans le chapitre suivant, à l’aide d’une analyse empirique nous déterminerons les facteurs significatifs en termes de la stimulation de ces flux en Tunisie.

22 Ambassade de France en Tunisie -mission économique : « IDE en Tunisie et présence en 2005 », fiche de synthèse le 03 /06/2006.
23 http://lecercle.lesechos.fr
24 www.investintunisia.tn
25 http://nawaat.org
26 www.investintunisia.tn
27 http://www.africanmanager.com
28 http://www.investissement.tni
29 http://www.tunisieindustrie.nat.tn
30 Alaya M. Nicet-Cheneaf D. et Rougier E. « politique d’attractivité des IDE et dynamique de croissance et de convergence dans les Pays de Sud Est de la Médeterranée », Cahier du groue de recherches Economiques et Sociales ,cahier N°2007-13 , Juin 2007
31 Zouari S. et Sboui F. « Investissements directs étrangers et processus de désendettement dans le contexte de mondialisation : le cas de la Tunisie ». http://ged.u-bordeaux4.fr
32 Morrisson C. et Talbi B. « la croissance de l’économie Tunisienne en longue période», étude de recherche et développement, OCDE1996.
33 Karray Z. et Driss S. « Structure industrielle, économies d’agglomération, ouverture et croissance régionale en Tunisie », Région et Développement, n°29-2009.
34 Ayachi F. « Progrès technologique, IDE et climat des affaires : le cas de l’industrie tunisienne », Université de Tunis El Manar.
35 Zekri N. « IDE et nouvelles mesures d’amélioration de l’environnement des affaires en Tunisie », atelier su l’environnement des affaires en Tunisie, 10-10 avril 2008
36 http://www.investintunisia.tn

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