Annexe 5 : Courrier international

Non classé

ALLEMAGNE • Un abri pour les homosexuels âgés (article)

Passé un certain âge, les gays et lesbiennes se trouvent de plus en plus marginalisés. Berlin veut casser ce
phénomène d’exclusion qui frappe surtout les retraités.

18.02.2011 | Markus Bernhardt | Junge Welt

Peut-on respecter l’identité communautaire de tous les résidents d’EHPAD sans dérive communautariste 3

A l’instar d’autres pays industrialisés, la pyramide des âges a changé en Allemagne
au point que la classe des seniors y est désormais la mieux représentée. D’après les
chiffres officiels, près de 10 % des Allemands se déclarent gay ou lesbienne,
pourtant les offres de service manquent pour ces populations qui vieillissent aussi.

Début 2012, Berlin devrait accueillir le premier projet européen destiné aux gays et
lesbiennes âgés. Les travaux actuellement en cours dans une maison de la Niebuhrstrasse,
dans le quartier de Charlottenburg, permettront de leur offrir 24 chambres, simples ou doubles, allant de 33 à
100 m2, ainsi qu’une bibliothèque et un café – le Wilde Oscar [jeu de mots se référant à l’écrivain
britannique et au mot allemand wild, “sauvage”] – comme lieu de rencontre au rez-de-chaussée. D’autre part,
cinq appartements devraient être loués à de jeunes homosexuels afin de rapprocher différentes générations.

Ce projet uniquesuscite un énorme intérêt et plus de 180 personnes sont déjà sur liste d’attente pour y
participer. En raison des nombreux problèmes de discrimination liés à leur orientation sexuelle, le débat
public a rarement porté sur les soins réservés à ces catégories sociales ces dernières années.

Outre les difficultés légales et la discrimination sociale, qui influent sur la façon dont sont traités les
homosexuels âgés, ces personnes se voient également marginalisées au sein même de leur communauté, où
l’on préfère nettement la jeunesse, la consommation et la mode. Dans leur étude sur “l’homosexuel moyen”,
les chercheurs Martin Dannecker et Reimut Reiche se sont demandé jusqu’à quel âge “les homosexuels
[pouvaient] se dire jeunes”. D’après les normes en vigueur dans la communauté, on peut se dire jeune
jusqu’à 30 ans. S’ensuit alors une courte période transitoire avant la “vieillesse”, un cap franchi en général à
35 ans.

Ce sont surtout les vrais vieux homosexuels, ceux qui sont âgés, qui en font les frais. Les bars et les lieux de
rencontre comme les parcs, les cinémas pornos et les aires d’autoroute leur assurent l’anonymat. Alors que
les hétérosexuels peuvent trouver des partenaires dans presque toutes les circonstances, il n’en va pas de
même pour les homosexuels. En dépit d’une plus grande tolérance de la société, ils ne peuvent considérer
leur interlocuteur comme un partenaire potentiel ou partageant les mêmes idées qu’eux. “Les homos ont
autant de mal à éviter cette tendance que les hétéros le mariage. Ils peuvent à peine survivre sans un soutien
et une protection”, explique le sociologue Michael Bochow dans son livre Ich bin doch schwul und will das
immer bleiben [Je suis gay et je veux toujours le rester, inédit en français], paru en 2005.

Dès lors, on comprend mieux pourquoi les gays et les lesbiennes âgés voudraient passer leurs soirées avec des gens partageant leurs conceptions.
Michael Bochow souligne également la peur que ressentent ces personnes lorsqu’elles doivent être placées dans des institutions où elles craignent
souvent d’être rejetées par les autres pensionnaires ou le personnel soignant si elles affichent leurs préférences sexuelles. Elles redoutent de céder à la
pression sociale et de devoir renoncer à une identité homosexuelle chèrement acquise. Espérons en tout cas que, dans cette pension berlinoise, le maximum
de gays et de lesbiennes parviendront à échapper aux discriminations sociales, sexuelles ou liées à la maladie et vivront sous le même toit, toutes
générations confondues. Cette forme de vie en collectivité réduit au moins le risque de passer une soirée dans la solitude, le dénuement et l’exclusion.

Peut-on respecter l’identité communautaire de tous les résidents d’EHPAD sans dérive communautariste 4

Peut-on respecter l’identité communautaire de tous les résidents d’EHPAD sans dérive communautariste 5

DROIT L’homosexualité en Allemagne

La persécution des gays et lesbiennes en Allemagne s’est fondée sur le paragraphe 175 du Code pénal, instauré en 1871 en Prusse, qui criminalise
les rapports homosexuels. Le régime nazi a durci les peines encourues et les personnes homosexuelles ont été arrêtées et déportées dans des camps de
concentration. Le paragraphe 175 est demeuré jusqu’en 1969 en RFA sous sa forme adoptée par l’Allemagne nazie. Après 1945 en RFA, comme dans beaucoup d’autres pays, les gays et lesbiennes ont été exposés à la persécution, l’oppression et la discrimination. Près de 140 000 personnes ont été victimes de ce paragraphe, qui fut supprimé en RDA en 1988 et définitivement abrogé en 1994 sous l’Allemagne réunifiée.

Page suivante : Annexe 6 : Charte diffusée auprès des établissements Québécois (Août 2011)

Retour au menu : Peut-on respecter l’identité communautaire de tous les résidents d’EHPAD sans dérive communautariste ?