Annexe 24 : typologie des web-documentaires

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Corpus :

● 17.10.61 publié sur le site Politis.fr. Réalisé par le comité Raspouteam. Disponible en ligne : http://www.politis.fr/17octobre1961/
● Algérie 1954/1962, la dernière guerre d’appelés publié le 01-03-2012 sur le site de France Inter. Réalisé par Thibault Lefèvre et Mariel Bluteau.
Disponible en ligne : http://www.franceinter.fr/dossier-algerie-1954-1962-la-derniereguerre-d-appeles
● Indépendance Chacha publié le 08-10-2010 sur le site du Monde. Réalisé par Antoine Strobel-dahan.
Disponible en ligne : http://www.lemonde.fr/societe/visuel/2010/10/08/
independance-chacha-une-histoire-de-la-decolonisation-francaise_1420868_3224.html#xtor=RSS-3208?utm_source=twitterfeed&utm_medium=twitter
● La nuit oubliée publié le 17-10-2011 sur le site du Monde. Réalisé par Olivier Lambert et Thomas Salva.
Disponible en ligne : http://www.lemonde.fr/societe/visuel/2011/10/17/la-nuitoubliee_1587567_3224.html
● Berlin 1989 : souvenirs d’un monde d’hier publié le 05-11-2009 sur le site du Monde. Réalisé par l’équipe du monde.fr
Disponible en ligne : http://www.lemonde.fr/europe/visuel/2009/11/05/berlin-1989-souvenirs-du-monde-d-hier_1263388_3214.html
● Génération Tian Anmen : avoir vingt ans en Chine publié le 25-05-2009 sur le site du Monde. Réalisé par Patrick Zachmann.
Disponible en ligne : http://www.lemonde.fr/asie-pacifique/visuel/2009/05/25/generationtian-anmen-avoir-vingt-ans-en-chine_1195170_3216.html
● Les combattants de l’ombre publié sur le site d’Arte. Réalisé par Bernard George.
Disponible en ligne : http://lescombattantsdelombre.arte.tv/
● Les Halles de Paris publié sur francetv.fr. Réalisé par Vladimir Vasak. Disponible en ligne : http://www.francetv.fr/doisneau/
● Adieu Camarades publié le 24-01-2012 sur le site d’Arte. Réalisé par Andrei Nekrasov.
Disponible en ligne : http://www.arte.tv/fr/Adieu-Camarades-_21—Le-webdocumentaire/4314104,CmC=4314212.html
● François Duprat, une histoire de l’extrême droite : publié le 08-04-2011 sur le site du Monde. Réalisés par Joseph Beauregard.

Disponible en ligne : http://s1.lemde.fr/webdocs_contenu/fichiers/duprat/duprat.html

Critères de la typologie

– L’interactivité et sa nature
– L’aspect quantitatif du contenu disponible sur le web-documentaire
– La situation d’énonciation du web-documentaire historique
– Le type de narration proposé au sein du webdoc

a- La question du contenu médiatique : sa nature et l’interactivité entre ces mêmes contenus

Questions possibles : sur quel type de contenu médiatique se construit majoritairement le web documentaire historique. Quel type de contenu est davantage mis en avant ? Y a t-il des portes d’entrée différentes à l’ensembles des contenus ? Comment est structurée le passage entre contenus ? Interactivité des contenus ?

Type 1 : Forte séparation entre les différents contenus. Structure plate qui propose peu ou pas de variété de contenus. Une seule possibilité d’accès aux contenus car les passages entre ces derniers sont limités.

– Berlin 1989 : le web documentaire sur l’histoire du mur de Berlin fait la part belle à la vidéo : les vidéos d’archive et les interviews. Deux temps se côtoient mais dans des rubriques différentes. Il y a d’un côté les témoignages (qui sont d’ailleurs relégués dans le coin bas droit de la page quand on clique sur la frise : cette distinction se matérialise à travers l’ergonomie du site) et de l’autre, il y a la frise qui donne accès à des documents d’archives : souvent des vidéos d’actualité et parfois des photos de journaux que l’internaute ne peut presque pas lire. Autre élément : les animations qui ont un rôle symbolique et esthétique. D’un point de vue générale, il n’en reste pas moins que la vidéo prédomine le tout. Ce sont des vidéos courtes: le rythme de lecture est assez rapide. Et puis absence d’interaction entre les contenus puisqu’il y a une claire distinction entre les images d’archives et les interviews.

– TianAnmen : prédominance de l’image sous seulement deux formes : la vidéo et la photographie. Il y a cependant deux temporalités distinctes : le passé (temps court : un événement) et le présent. Le texte est peu présent si ce n’est pour les titres. Seul la rubrique « à propos » propose du texte avec contextualisation mais elle mène désormais vers une page erreur

– Les halles de Paris : faible diversité pq il s’agit d’un webdoc fondé à partir d’une expo photo : donc prédominance des photos. Organisation de contenus classique si ce n’est le système de chapitre. Le webdoc est vraiment un espace d’exposition. Type 2 : Prédominance du duo vidéo et le texte sous forme de légende. Contenu structuré en réseau qui permet à l’internaute d’accéder à des contenus par diverses manières. Il y a une certaine interactivité des contenus qui sont liés au sein de la structure.

– Adieu Camarades : ce webdoc propose une structure thématique extrêmement visible (indications textuelles, couleurs, liens etc) Multiplication des entrées possibles aux contenus : liens liés, par date avec la frise, les cartes postales liées. Homogénéité de la nature des contenus. Forte présence de texte et d’images (vidéo + photo)

– Les combattants de l’ombre: une fois encore, la vidéo est primordial dans ce web doc. Mis à part quelques cartes et quelques définitions, on peut constater une faible diversité des différents contenus médiatiques mis à disposition de l’internaute. La Vidéo prédomine et notamment la vidéo d’interviews. Ce sont les témoignages qui sont présentés ici. Absence d’images d’archive. Néanmoins, les contenus proposés sont accessibles par le biais de différents moyens. L’internaute peut accéder aux contenus selon soit une logique tabulaire (notamment grâce à la carte des récits) soit une logique linéaire (grâce à la frise des récits situées au bas de la vidéo)

– 17.10.61 : Le web-documentaire du comité Raspouteam est le second sur le thème des massacres d’Algériens à Paris après celui de la La nuit oubliée. Il présente une grande diversité de contenus : vidéos d’archive, photos d’archive, vidéo de témoignage de spécialistes, portrait des acteurs, carte de Paris, rapports, etc. L’organisation des contenus est telle que l’internet peut y accéder selon deux moyens différents. D’une part les portraits situés au haut de la page. D’autre part, la carte de Paris, située au cœur de la page, qui met en évidence certains lieux marquants de cette fameuse et sombre journée de 1961. Il existe donc deux entrées possibles : l’une incarnée par un personnage, l’autre spatiale. Ensuite le contenu se déroule de la droite vers la gauche selon une ergonomie simple et fluide. Les contenus sont à la fois séparés et liés, ce qui hache la lecture. ype 3: Diversité de contenu mais structure peu interactive.

– François Duprat : Forte domination du condominium texte-vidéo. Cependant il y a ne certaine diversité : frise, des photos. La grande nouveauté par rapport aux autres web docs s’incarne dans l’intervention de spécialiste : il s’agit d’un contenu de nature différente même si c’est une vidéo. Alternance images d’archive, interview spécialistes + voix du journaliste. Cependant faible interaction entre les contenus : il n’y a aucun lien ”technique” qui lie les contenus. C’est l’internaute qui doit faire ce lien (technique et intellectuel) entre les documents. Chaque document (vidéo ou texte) n’ouvre pas sur d’autres contenus liés soit thématique ment, soit structurellement, soit géographiquement ou temporellement. La seule porte d’accès est celle qu’empreinte l’internaute, celle imposée ou suggérée par la structure mm du web doc.

– Indépendance Chacha : une extrême diversité des formes de contenus : image : vidéos, photos, portraits, textes à télécharger (journaux, communiqués etc), cartes ; musique ; textes (légendes etc) Diversité sémiotisée par les différentes icônes. Néanmoins peu de contenus associés. L’entrée aux contenus se fait par un seul critère : la date avec les documents qui y sont associés. Par exemple si on clique sur un portrait, absence de liens passeurs vers les documents associés. C’est l’internaute qui doit associer dans sa tête. Par ailleurs, il faut souligner qu’il ne s’agit que d’images d’archives. Il n’y a aucun témoignage récent. On s’éloigne fortement du reportage. Du coup le lien avec le présent est coupé. On se rapproche du modèle du livre scolaire.

– La nuit oubliée : Diversité de contenus relativement importante : vidéos, photographies actuelles, cartes, la bd, le texte etc. Ces contenus sont très bien structurés néanmoins il y a peu de liens qui permettent de passer de contenus en contenus. Cela est due en particulier par l’organisation du contenu : tabulaire et linéaire. Les contenus sont regroupés par chapitre thématique. On aurait pu imaginer des liens qui complèteraient les témoignages menant vers les périodes évoquées (vers les images d’archive du chapitre 3 avec la frise chronologique) ou le lexique.

– Algérie, la dernière guerre d’appelés. Ce web documentaire réalisé par France inter présente la particularité d’être complètement inséré au sein de la page du site internet de France Inter. Nicolas Bole (article publié sur le blog documentaire le 09 avril 2012 : l’actu du web docu et des narrations web : le traitement de l’histoire dans le web doc) dénonce d’ailleurs cette organisation liée à des compétences techniques et des ressources financières manquantes : « Le programme souffre d’emblée d’un défaut d’affichage : il n’est visible qu’inséré dans une page de texte, sans mode plein d’écran disponible. » Diversité de contenus parce qu’il y a des bandes audio, des photos, des vidéos, du texte. Prédominance de la bande audio et du texte. Bien que dans le reste de l’article, le condominium vidéo texte est rétabli. Cependant l’accès aux contenus ne se fait que par la frise pour enchainer les témoignages ou les photos (que l’on retrouve dans la frise) et les contenus sont pas interactifs Si ce n’est cette structure qui sépare l’histoire et les histoires : chaque témoignage est couplé à des documents d’archive qui servent de contextualisation.

b- L’aspect quantitatif du contenu dévoilé ou caché ? Ce critère se fonde sur deux éléments : tout d’abord le jeu sur le caché-visible (il y a des web documentaires qui attirent ainsi l’attention de l’internaute) et d’autre part sur la profusion de contenus. On peut constater d’ors et déjà que le fait même qu’il y ait un réseau de contenus (avec multiplication des portes d’entrée aux contenus) génère une sensation d’infini. Type 1 : Contenu conséquent. Prétention à l’exhaustivité revendiquée et sur sémiotisée. Mise en avant de la dialectique du caché et matérialisation d’une structure profonde.

– Adieu Camarades : volonté de montrer beaucoup de choses. Prétention à couvrir l’ensemble des pays et l’ensemble de la période. De plus, sur la page centrale, il y a toutes les cartes postales qui s’affichent. Profusion sur sémiotisée mais extrêmement bien structurée. On retrouve une dimension de cette poétique du caché lorsque l’internaute peut cliquer sur une flèche ”plus” qui permet d’afficher davantage de textes : le texte se déroule. Ou encore quand on peut cliquer sur les numéros entourés pour passer à la suite : du contenu nouveau apparaît. Ou encore avec la frise. Forte poétique du caché dans le webdoc

– Les combattants de l’ombre : volonté d’exhaustivité qui est revendiquée dans la promesse éditoriale. Profusion de vidéos et absence de repères temporelles pour les vidéos. L’internaute ne peut pas en voir la fin. Aucune possibilité pour l’internaute de se repérer dans le temps du web documentaire si ce n’est la carte des témoignages avec les indications ”déjà vues”.

– 17.10.61 : Quantité importante de contenus divers. On peut parler d’une poétique du caché au sein de ce web-documentaire. Les différents contenus se ”cachent” en effet derrière des visages ou des lieux de Paris. Ce n’est qu’à partir du moment où l’on clique sur ces derniers que les vidéos s’affichent. Ensuite, les contenus se déroulent vers la droite implicitement. Seule une flèche nous donne un indice permettant de supposer cette présence. Type 2 : Contenu conséquent mais l’impression d’infini est limitée du fait d’une mise en visibilité complète.

– Berlin 1989 : dans ce web documentaire, il y a une ergonomie particulière (les portraits qui s’avancent). Cette organisation du contenu donne une impression d’infini revendiquée par l’instance énonciative. En effet, ils parlent de panorama interactif qui couvre l’ensemble d’une période. Ce jeu disparition-apparition crée une dynamique fondée sur la dialectique du caché-visible. Néanmoins, l’internaute comprend finalement qu’il s’agit des mêmes vidéos qui repassent. Par ailleurs, la frise chronologique remet un peu d’ordre dans tout ça et les durées des vidéos sont courtes et visibles.

– TianAnmen : le documentaire est structuré en trois chapitres dont le second est lui mm structurée en plusieurs sous-chapitres. Cette structure est matérialisée voire même sur-sémiotisée pour permettre à l’internaute de se faire une idée précise du temps qu’il peut passer devant ce web documentaire. D’autant plus que les temps apparaissent et sont courts.

– La nuit oubliée : Ce web documentaire présente un contenu conséquent notamment avec beaucoup de documents d’archive. Néanmoins cette présence est explicitée et l’internaute n’a pas besoin de chercher, de fureter pour trouver ce contenu. Tout est visibilité. Cela s’inscrit d’ailleurs dans un contexte particulier et se place à rebours du contexte politique de l’époque où tout a été fait pour dissimuler la réalité de cet événement. Le devoir de mémoire passe par cette mise en visibilité. Type 3 : Faible quantité de contenus. L’internaute peut se projeter au sein du web documentaire en apercevant la fin de son expérience. Il peut quantifier le temps qu’il va consacrer.

– Indépendance Chacha : la structure horizontale-verticale + la frise chronologique et l’absence d’un réseau de contenus = absence d’impression d’infini. Tout est quadrillé : le nombre de doc par date est visible avec les icônes/rétrécissement des docs + jeu sur le temps : ce dernier point est essentiel puisque ce sont que des images d’archives qui sont utilisées et notamment des images d’actualité : forcément courtes et puis y a des indications de la durée de la vidéo.

– François Duprat : La structure et l’organisation des contenus révèlent une volonté d’exhaustivité mais il y a une absence d’impression d’infini. La forme même du cube matérialise cet espace clos du web documentaire. Cette représentation entre un peu en contradiction avec les différents discours et imaginaires qui ont trait au web doc. La frise est également un espace clos alors que les seuls éléments qui ouvrent une brèche dans cet espace = pour aller plus loin : ouvre l’espace imaginaire (bibliographie) et l’espace technique (liens vers les archives de l’ina). Mais ce ne sont pas des ressources faisant partie intégrante du web doc. Les portraits et les documents d’archive présents sous la frise chronologique n’ouvrent pas sur d’autres espaces ou d’autres thématiques.

– Algérie, la dernière des appelés : Bien qu’il y ait un jeu sur la dialectique du caché visible : les histoires et l’histoire sont deux rubriques superposés et l’une est visible qu’à condition que l’autre s’efface. La flèche matérialise cette présence caché. Du point de vue esthétique, le webdoc est clos : structures carrées ou rectangulaires : espace clos. Les bandes audio sont d’une durée courte. L’internaute sait à peu près le temps qu’il peut passer devant le web doc. D’autant plus qu’il y a seulement 6 témoignages et que la période est relativement brève.

– Paris les Halles : Au sein de ce web-documentaire, il y a un jeu sur la spatialisation du contenus. La faiblesse de quantité de contenu ne nous permet toutefois pas de placer ce documentaire dans la première catégorie.

c- La situation d’énonciation : comment se matérialise l’auteur et les différentes instances énonciatives ainsi que le rapport au lecteur.

Rappel : le web documentaire, du fait même de sa nature documentaire, est un genre médiatique qui propose un point de vue d’auteur. Il n’est en aucun cas question de nier la présence d’un auteur. L’idée est simplement de focaliser une partie de l’analyse sur les moyens de matérialiser la présence ainsi que l’absence de l’auteur notamment en tant que guide de la lecture.
Type 1 : Effacement complet de l’auteur : l’internaute est laissé à lui-même. Seul un ou deux indices/balises guident la lecture (frise, flèches …)

– Indépendance Chacha : le ton est particulièrement didactique. Peu de référence sont faites à l’internaute qui garde donc une certaine distance à l’égard du web documentaire. D’où cette impression que ce web doc est calqué sur le modèle du livre scolaire. Par ailleurs, dans le contexte énonciatif : mettre en avant le fait que l’on puisse ou pas mettre en plein écran.

– Berlin 1989 : un des rares documentaires où la vidéo d’introduction est imposée à l’internaute bien qu’on puisse la passer au bout de quelques secondes. Il n’y a par ailleurs aucune injonction à entrer, découvrir etc. La relation entre l’internaute et le web documentaire est ici neutre. Position didactique de l’auteur qui présente un contenu. Paradoxalement, c’est sur cette absence -pesante- que se joue la liberté de l’internaute. Moins l’auteur se manifeste, moins l’internaute a l’impression d’être libre puisque les embrayeurs de cette liberté de parcours sont absents. La seule liberté de l’internaute : choix aléatoire des vidéos et des dates.

– Paris les halles : présence faible de l’auteur dans le fait qu’il y ait une structuration en chapitre. Mis à part cela, l’internaute est libre de déambuler dans cet espace : liberté de l’exposition. Importance toutefois de la légende sur les objets cliquables pour informer le lecteur : intervention toutefois donc de l’auteur.
Type 2 : La présence de l’auteur se manifeste à travers le dispositif par le biais de la voix : référence aux documentaires classiques. Intervention de spécialistes que l’on distingue des témoins. Idée que l’histoire est racontée par un spécialiste : position du professeur.

– TianAnmen : présence affirmée de l’auteur : d’une part par sa voix et le fait qu’il parle à la première personne. D’autre part, par la présence d’un contenu personnifié. Et enfin par la structure même du web documentaire : on sent qu’il nous prend par la main. Dès la fin de l’introduction, la vidéo du premier chapitre se lance automatiquement. Ainsi, la marche de manœuvre est très limitée pour l’internaute. D’autant plus que c’est également le cas après la seconde vidéo.

– François Duprat : affirmation de la présence de l’auteur notamment à travers la voix off du journaliste et à travers la structuration de l’espace clos. Il y a un véritable guide. Seule liberté accordée : celle d’approfondir ou pas en dehors du cadre, ce sont des documents complémentaires pour approfondir le sujet.

– La nuit oubliée : la trace de l’énonciation éditoriale est très visible. D’une part, la structure propose un balisage marqué. D’autre part, le discours direct, les injonctions, les conseils faits à l’internaute. Il y a des transitions BD faites pour s’adresser à l’internaute. Il s’agit d’un des web doc où la présence de l’auteur à travers le dispositif est la plus manifeste.

Type 3 : Tissu d’indices qui structure le parcours de l’internaute : le web documentaire est balisé (il n’y a pas seulement un élément qui balise la lecture)

– Adieu Camarades : discours neutre malgré les injonctions faites à l’internaute qui sont normales pour un web doc. C’est surtout la hiérarchisation du contenu qui joue le rôle de guide du webdoc ainsi que l’ergonomie du site (verticale). On peut souligner l’importance de l’esthétique : jeu sur l’image qui peut impacter le parcours de lecture. L’internaute peut se diriger vers les cartes postales dont l’esthétique l’attrait.

– Les combattants de l’ombre : certaine interactivité avec l’internaute notamment par les traces de lecture. La présence d’un auteur symbolique, d’un guide permet à l’internaute de se projeter au sein du web doc. De plus incarnation de cette figure de l’auteur par la voix de l’introduction. Les flèches sont également des signes de cette présence, elles jouent le rôle d’injonction.

– Algérie, la dernières des appelés : système est relativement simple : l’auteur se manifeste à travers l’organisation du contenu : la frise chronologique, les différentes flèches pour lancer ou faire apparaître le contenu. Ce sont autant d’appels à la lecture qui incarnent cette présence de l’auteur.

– 17.10.61 : La question de l’auteur est dans ce cas, plus complexe. En effet, il s’agit d’un web-documentaire historique qui accorde une certaine place à la fiction. Par ailleurs, il y a des vidéos de témoignages d’historiens. Il y a ainsi deux figures de l’auteur qui se côtoient : l’un à travers la fiction (récit des personnages qui font toutefois référence à des individus ayant vécu cet événement), l’autre à travers le regard objectif du spécialiste. Mais ces figures de l’auteur ne guident pas l’internaute dans sa lecture. Ce sont les indices du dispositif qui incarnent ce rôle. De par l’ergonomie et l’esthétique du site, l’internaute sait où il peut et doit cliquer. Par ailleurs, l’organisation selon un axe horizontal épouse l’habitus de lecture de l’internaute contemporain (de droite à gauche). Bien que cet habitus soit amené à évoluer notamment du fait du média internet qui institutionnalise un nouveau type de lecture.

d- Type de narration. Les web documentaires historiques proposent des types de narration distincts. Ces différences peuvent jouer un rôle important sur le parcours de lecture et sur l’intellectuation des informations présentées dans le webdoc et notamment sur la posture de l’internaute.

Type 1: narration directive : linéarité avec un seul parcours de lecture possible (un point de départ et un point d’arrivée avec un seul parcours de lecture possible) Idée que l’internaute est dans un sillage tracé par l’auteur et qu’il ne peut sortir du chemin :

– TianAnmen : absence de choix de parcours de lecture (si ce n’est le choix de thèmes) Départ et arrivée bien visible et compréhensible. Très peu de liberté pour l’internaute.

Type2 : narration aléatoire : absence d’une trame narrative (absence de véritable point de départ sachant que le point d’arrivée est la fin de la période. Ce genre de web documentaire ne place pas la notion de parcours au sein de sa démarche) Idée que l’internaute erre à travers le web documentaire

– Berlin 1989 : il semble complexe de schématiser le parcours de lecture type de ce web documentaire. Toute la lecture se fonde sur des variables aléatoires. En cela, il y a une grande liberté pour l’internaute de choisir tel ou tel portrait puisque ces témoignages sont entrainés dans un perpétuel mouvement. Cette mobilité donne une impression d’absence de hiérarchie entre les vidéos. La seule hiérarchie est temporelle et ne concerne que les documents d’archive. Néanmoins l’absence d’un véritable réseau de contenus ne permet pas une plongée véritable dans le web doc et donc rend impossible une exploration par l’internaute. Il n’y a pas de parcours de lectures possibles si ce n’est un parcours aléatoire. On est plus sur le modèle de l’errance : on traine sur le web doc.

– Les halls de paris : système de chapitre et de sous chapitres (les objets) dont la structure ne change pas. Néanmoins on se situe dans un système aléatoire où le regard peut se diriger vers n’importe quel objet et ainsi la lecture n’a pas de véritable point de départ.

– Algérie, la dernière des appelés : la narration est très linéaire avec un départ et un point d’arrivée (début et fin de la guerre). L’internaute ne se voit pas proposé différents parcours au contraire : il n’y en a qu’un : suivre la frise chronologique et à chaque témoignage, regarder ou pas la contextualisation historique.
Type 3 : narration incitative linéaire (ou semi-directive) (point d’arrivée et point de départ avec des parcours de lecture différents mais les repères et balises incitent à un parcours de lecture standard).

– Indépendance Chacha : une structure à la fois linéaire et tabulaire. Il y a un double mouvement qui commande la narration : horizontal et vertical. Ce double mouvement est lié à la représentation du temps. Le temps long est matérialisé par la frise chronologique : lecture horizontale. L’internaute se repère à travers cet axe dans le temps long qui est celui du web documentaire en question (en tout cas c’est le temps principal). Par ailleurs, il existe un temps court ou temps détemporalisé : celui de la date en question. On change de dimension temporelle et de représentation dans le web documentaire. En effet, quand l’internaute clique sur une date, une série de documents s’affichent à la verticale et la lecture se fait de manière séparée. (La déconstruction est sémiotisée par les couleurs et la structure)La nature des contenus médiatiques incitent à des re-lectures des autres documents pour comprendre et créer des liens entre ces documents.

L’internaute ne se voit pas proposé des parcours de lecture différents. La seule liberté qu’il a = double : d’une part il peut cliquer sur n’importe quelle date sur la frise, d’autre part il peut éviter de lire certains documents. Cependant il y a une logique temporelle et didactique qui le contrait à lire les doc et suivre a frise pour comprendre. On peut parler de liberté de parcours de lecture à partir du moment où les choix de l’internaute n’entrave pas le procès de compréhension et d’assimilation du contenu du web doc

– François Duprat : structure incitative dans le sens où l’organisation des contenus stimule un certain ordre des lecture (cube : symétrie des faces, l’organisation verticale avec une sorte de fil rouge : celui de la vie de l’individu, les documents en bas en complément) La logique est très simple : l’internaute n’est pas perdu.
Type 4 : Narration incitative tabulaire (structure tabulaire qui incite à aller de chapitre en sous-chapitres. Faible diversité des parcours de lecture)

– Adieu Camarade : si on détermine le schéma d’un parcours type au sein de web documentaire, il est facile de remarquer que sa structure propose un type de narration hybride. On constate tout d’abord que seuls les cartes postales sont des points de départ au parcours de lecture. Et deuxièmement que toute carte postale mène à une ou plusieurs autres cartes postales et ainsi de suite. Il y a certes une structure indéterministe puisqu’il y a toujours un point de départ.
Toutefois, les parcours sont déterminés et l’internaute a peu d’opportunités d’accéder aux contenus d’une manière différente. Les parcours sont limités. On peut établir une différence en ce sens avec le web doc Les Charbons. Et puis il n’y a pas de véritable fin comme dans le web doc des Charbons

– Guerre d’Algérie : 50 ans après : le type de narration est matérialisé par la structure même du web documentaire. Ce dernier présente un affichage particulier : chaque chapitre est un encadré avec un titre et une icône indiquant la nature du document. Les chapitres ne peuvent être lus de manière linéaire. Il s’agit du web documentaire qui matérialise le plus cette tabularité. Néanmoins, l’on revient à la linéarité au sein mm des vidéos (qui sont les chapitres) puisque plusieurs témoins et un historien interviennent pour chaque chapitre. On se trouve ici face au modèle du livre (et non du manuel scolaire).

– 17.10.61 : La structure de ce web-documentaire accorde peu de liberté aux internautes. Ces derniers sont soumis à une lecture tabulaire. Chaque récit, chaque portrait représente en quelques sortes un chapitre qui se déroule ensuite sur une ligne horizontal, de gauche à droite. On peut rapprocher ce web-documentaire du modèle du livre.
Type 5 : structure indéterministe (on va toujours d’un point de départ vers un point d’arrivée mais les parcours innombrables sont laissés au choix de l’internaute) Mélange entre tabularité et linéarité.

– Les combattants de l’ombre : ce doc mêle également structure linéaire et structure tabulaire (matérialisé à travers l’enchainement de vidéos et la carte des témoignages). Contrairement à Indépendance Chacha, il n’y aucune indication temporelle (absence de frise chronologique), mais il y a une logique thématique et géographique (multiples portes d’entrée aux contenus

– La nuit oubliée : le web documentaire est très bien balisé : l’accès au contenu peut se faire soit de manière tabulaire soit en poursuivant une lecture de type linéaire C’est le cas notamment avec les vidéos : le narrateur « recommande » de lire la vidéo proposée. L’internaute est plongée dans une certaine continuité.
Le parcours étant bien balisé, cela permet à l’internaute d’échapper à ce parcours standard et de s’aventurer au sein du web documentaire sans s’y perdre. En cela, les parcours sont démultipliés car chaque internaute peut aller directement consulter ce qu’il pense être intéressant. On peut dès lors souligner ce paradoxe : mieux le parcours est balisé, plus la liberté de l’internaute semble étendue. Par ailleurs, l’accès au contenu est aussi possible à partir de la carte de paris.

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