Annexe 25 : l’étude de cas des fresques de l’Ina

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Notre démarche consiste en l’analyse d’une production médiatique qui s’apparente à ce que l’on appelle les web-documentaires historiques mais qui pourtant s’en distingue. Le cas de l’Ina est essentiel dans notre travail de mémoire à plusieurs titres. D’une part, la nature de son contenu et sa fonction en font un acteur incontournable dans la production et diffusion des web-documentaires. D’autre part, la proposition au cœur de son site de « fresques hypermédia » au sein d’une rubrique qui contient également les webdocumentaires soulève quelques interrogations à propos de la spécificité de l’un et de l’autre.

« Des grandes fresques historiques, interactives et thématiques pour comprendre et revivre en image l’histoire de notre temps. »

Telle est donc la promesse à laquelle d’emblée, l’internaute se confronte lorsqu’il décide d’ouvrir l’onglet « fresques multimédia ».

L’objectif de notre étude de cas sera d’identifier les différentes caractéristiques de cette proposition éditoriale de l’Ina. Cette étude sera menée par le biais d’une analyse de deux fresques multimédia : l’une concernant l’histoire du festival de Cannes, l’autre ayant trait aux différents discours de De Gaulle. Néanmoins, avant de débuter l’analyse de ces deux exemples, il semble intéressant de constater que ces fresques sont produites essentiellement par l’ina contrairement aux web-documentaires visibles sur le site qui sont seulement co-produits ou diffusés par l’ina.

Lorsque l’on décide de visionner ces fresques, une page différente s’ouvre. L’internaute est mené vers un espace différent. Chaque fresque est donc considérée comme un véritable site. Ce constat se confirme lorsque l’internaute est confronté à la page d’accueil de cette fresque qualifiée désormais d’interactive. Cette page d’accueil revêt la forme canonique d’une page internet classique. L’internaute retrouve les éléments majeurs tels que l’adresse url classique, le logo, les onglets principaux, la barre de recherche, la possibilité de partager et le découpage en rubriques distinctes du reste de la page d’accueil. De ce fait, la forme ne peut en aucun cas surprendre l’internaute. D’autant plus que les repères graphiques – les dégradés de couleur, le quadrillage de la page, l’insertion de différents logos – corroborent ces impressions. D’un point de vue éditorial, cette fresque interactive fait également écho aux repères de l’internaute puisque l’on peut observer la redondance entre la promesse des onglets et le contenu du cœur de la page d’accueil. Cette redondance, propre à la plupart des sites internet, permet de démultiplier les points de contact entre l’internaute et une rubrique.

Les pages sur le festival de Cannes et sur les discours du général De Gaulle proposent chacune quatre grandes rubriques :

– le media du jour
– la fresque chronologique
– la médiathèque
– les parcours médiatiques

En réalité ces quatre rubriques ne présentent pas de réelle différence quant au contenu mais sont davantage autant de manières d’accéder à un même contenu : une vidéo. A travers ces quatre modes d’accès, seule la contextualisation présente une particularité.

Le site offre deux types de contextualisation : temporelle et thématique. Tels sont les points de contact majeurs de ce site complétés par des sous-rubriques assignés au seul rôle de dupliquer ces points de contact premiers. Il ne faut cependant pas négliger ou omettre l’existence d’un dernier point de contact résidant en la possibilité de mener une recherche au sein du site par le biais de la barre de recherche.

A ces trois points de contact se surimposent deux modes de lecture distincts : la médiathèque et le parcours. La distinction entre ces deux modes de lecture repose essentiellement sur deux conceptions du savoir et de l’accès au savoir. D’une part, un savoir encyclopédique tabulaire sur le modèle de l’encyclopédie. Le mode de lecture « médiathèque » repose sur ce modèle qui fait écho à une conception scolaire du savoir ainsi qu’aux différents moyens d’accéder à ce savoir tels que le livre, l’encyclopédie ou le dictionnaire. D’autre part, existe un mode d’accès au savoir qui prend réellement l’internaute par la main. La constitution de dossiers selon les différentes époques du festival de Cannes recoupe une conception commune et profondément ancrée de l’histoire qui en fait une succession de périodes. Cette fragmentation chronologique permet de conférer une cohérence entre les différents contenus du site que le découpage thématique n’est pas en mesure d’apporter.

Il est alors intéressant d’analyser ces deux modes de contextualisation d’un contenu à caractère historique. Ces fresques sont un agglomérat d’images et vidéos d’archives contextualisées dans le but de proposer une lecture cohérente d’un événement ou d’un sujet historique à l’internaute. Cette cohérence résultant d’un acte énonciatif précis – dont nous allons parlé – permet d’établir des liens entre ce format et celui du web documentaire. Ces liens tissés avec le web documentaire vont nous permettre d’établir des différences fondamentales afin de saisir l’essence même du web documentaire. Bien que l’ina ne revendique pas le terme de documentaire, la promesse éditoriale d’une fresque multimédia et interactive inscrit en partie ce format dans la démarche du web documentaire.

Analyse de la médiathèque

La médiathèque est l’un des deux onglets principaux de la page des fresques. L’accès à cette rubrique est possible selon deux parcours : soit à partir de l’onglet situé en haut de la page d’accueil soit directement à partir de la page d’accueil. L’intérêt d’entrer dans la médiatique par le biais de l’onglet réside dans la mise en visibilité de l’arborescence de cette rubrique. Lorsque l’internaute clique sur l’onglet pour accéder à la médiathèque, un sous onglet « thème » lui propose une démultiplication des entrées possibles tout en lui laissant le choix d’entrer dans la médiathèque sans choisir nécessairement un thème particulier. La comparaison entre la page sur le festival de Cannes et celle sur les discours du général De Gaulle nous amène à souligner quelques différences qui témoignent de la relative souplesse des fresques multimédia. La médiathèque des discours de l’homme politique français propose trois entrées distinctes, soit deux de plus que celle du festival de Cannes : thèmes, lieux, types de parole. Ce supplément d’entrées possibles dans la médiathèque impacte la perception que le lecteur se fait de la médiathèque de chacune des pages. Celle concernant le général De Gaulle propose une arborescence plus importante que celle du festival de Cannes. Une telle sensation peut générer une sensation de profondeur moindre de la page sur le festival. Or cette sensation est erronée car la médiathèque des discours du général contient 202 médias alors que celle du festival en propose 348. Néanmoins il est signifiant d’établir ce rapport entre la richesse du contenu et les outils d’accès et d’appropriation du contenu. Plus les entrées à un même contenu sont démultipliées plus l’impression de profondeur du réseau d’archive sera grande. D’autant plus que les outils de recherche sont sur-sémiotisés. Les différents onglets et leur arborescence, la barre de recherche, les différents logos : carte, fresque, liste, thème qui permettent de trier les contenus.

Thème qui permettent de trier les contenus

A cette première phase de segmentation du contenu se superpose d’autres outils tels que la possibilité de trier par date lorsque l’on est dans la liste des vidéos ou bien celle d’affiner davantage sa recherche. Chacun de ces outils est sémiotisé par une image et un mot. Ici, es images ont moins une fonction épistémique que symbolique et esthétique puisqu’elles n’apportent aucune information supplémentaire par rapport au texte. Ces images remplissent toutefois une fonction phatique essentielle dans le rapport qui se tisse entre le texte et l’internaute. L’image est dans ce cas à la fois un point de contact, une matérialisation et un soutien à la promesse. Prenons l’exemple de la loupe associée à la fonction « affiner ». Cette loupe joue un rôle dans l’inconscient de l’internaute qui voit à travers cet objet une possibilité d’atteindre ou d’envisager l’infiniment petit. Or lorsque l’internaute clique sur cet onglet, il n’est qu’en partie surpris de l’étendu des possibilités d’affiner sa recherche qui lui sont proposées. Dans le cas de la page sur les discours de De Gaulle, l’internaute peut affiner en fonction des conditions de tournage ou même de la présence du public. La promesse sur-sémiotisée sur la page de la médiathèque est tenue.

Cette promesse éditoriale engendre trois conséquences par rapport à notre étude sur le web documentaire historique. D’une part, elle renforce l’idée d’une écriture en strates des réseaux et celle de profondeur. Une telle vision des réseaux permet d’envisager une approche multimédia associée au format web documentaire. En cela, le web documentaire et la fresque interactive trouvent un point commun. La seconde conséquence réside en cette volonté de démultiplier les entrées au contenu. Dans le cas des fresques interactives, cette volonté atteint une sorte d’apogée. Cependant elle caractérise également la démarche du web documentaire. Les discours des professionnels à propos du web documentaire sont imprégnés de l’idée que l’internaute peut choisir d’entrer par tel ou tel contenu et telle ou telle rubrique. C’est sur celle-ci d’ailleurs, que semble se fonder l’interactivité de ces formats. Nous auront l’occasion, plus en avant, de revenir sur cette question. Enfin, cette fresque hypermédia reflète à travers cette « médiathèque » la matérialité du contenu. Les analogies avec des lieux réels et naturalisés ne sont ni anodines ni arbitraires. Le terme « médiathèque » revêt un double sens. Ce terme renvoie d’abord à la définition même de ce qu’est une médiathèque à savoir un lieu où sont entreposés des documents de nature diverse que l’on peut consulter. Par ailleurs, une médiathèque est également un lieu que l’on traverse et que l’on parcourt. Ce terme évoque une double dimension : pratique ou fonctionnelle et imaginaire.

Ce jeu qui s’instaure ici entre le monde supposé virtuel d’internet et le monde réel trouve écho dans le web documentaire qui mobilise des repères et des imaginaires semblables. L’internaute est appelé à plonger, traverser, s’immerger dans l’histoire et notamment dans le temps et les lieux. La contextualisation des archives historiques qui est en jeu dans ces fresques de l’Ina, se fait en partie par le biais des cartes et des frises chronologiques. Cet enjeu se retrouve également dans le web documentaire.

Analyse des parcours

La notion même de parcours utilisé sur ce site constitue un lien avec la démarche du web documentaire. Démultiplier les entrées au contenu, c’est également démultiplier les parcours de lecture. En cela, ces différents parcours proposés recoupent l’initiative de la médiathèque puisque ce sont tous deux des onglets thématiques. Il s’agit d’un « parcours thématique » et d’une médiathèque qui regroupe « tous les thèmes ». Dès la page d’accueil ce rapport est construit. Dans le cas des deux pages étudiées, l’onglet « parcours » ne propose aucune arborescence et lorsque l’internaute ouvre cet onglet, il est dirigé vers une page dont l’organisation fait écho à la rubrique « parcours » de la page d’accueil. Deux différences existent entre ces deux modes d’accès à la même rubrique.

D’une part, une extension du contenu et d’autre part une présence exclusive de cette rubrique sur la page internet. Qu’il s’agisse de la page sur le festival de Cannes ou celle sur les discours du général De Gaulle, les parcours proposés reposent sur une sélection certes thématique mais surtout temporelle. L’internaute peut accéder aux différentes époques du festival de Cannes. Il y a huit époques distinctes d’une dizaine d’années. Ces époques sont toutefois associées à des grands moments du festival qui marquent ces époques et en font des périodes singulières. La dimension temporelle des parcours des différents discours du général De Gaulle est moins évidente. Chaque parcours invite l’internaute à plonger au cœur d’épisodes brefs ou de relations avec d’autres états tels que les Etats-Unis ou les états africains. La dimension spatiale des parcours et de l’histoire est donc davantage suggérée dans cette page.

En cette double dimension, nous pouvons d’ors et déjà y déceler un rapport avec le web documentaire historique. Ce n’est pas tant le fait que cette double dimension soit présente qui nous paraît essentiel. Les sujets traités étant historique, l’espace et le temps en sont l’essence même. Il s’agit ici de mettre en exergue l’importance accordée aux outils de spatialisation et de représentation de la temporalité. La frise chronologique et la carte se sont changées en outil de l’interactivité. A leurs fonctions de représentation et de schématisation – que l’on peut qualifier de scolaires – s’ajoute une double fonction. D’une part une fonction phatique puisque la frise et la carte sont pensées pour stimuler une sensation de plonger de l’internaute à travers le contenu. Cet imaginaire génère un contact que recherche le web documentaire et les fresques thématiques. D’autre part, ces outils de la représentation assurent une fonction technique. Les frises et les cartes sont désormais des supports des différents contenus. Ils sont des portes d’accès à ces contenus. Dans certains cas, les fonctions de représentation et schématisation s’effacent et ces outils perdent leur intérêt premier. La carte proposée pour les discours du général
De Gaulle illustrent cet effacement de la fonction première bien qu’il y a une dimension représentative dans ce cas.

La différence entre la médiathèque et le parcours réside principalement dans la contextualisation des contenus proposées. La médiathèque propose des contenus sans réelle contextualisation historique puisqu’elle met en exergue la sélection thématique et sa promesse de trouver le contenu précis que l’on cherche sans visionner toute l’histoire. Les parcours proposent une certaine cohérence historique. Cet onglet propose une contextualisation historique absente de la médiathèque – excepté lorsque l’on lance la vidéo. Au lien thématique entre les vidéos, s’ajoute un lien chronologique. Ces deux liens forment un ensemble de vidéos qui revendiquent une certaine singularité. Chaque parcours est une entité légitime pour raconter un épisode de l’histoire. Le cas des parcours de la page sur les discours de De Gaulle est extrêmement intéressant. Tout d’abord, il semble essentiel de constater que de la temporalité est réinjectée dans ces parcours. Elle rythme tout parcours en proposant des chapitres chronologiques. Cette démarche est similaire à une démarche de rédaction scolaire. Néanmoins elle stimule une logique interne qui est signifiante. La différence majeure repose toutefois sur un nouveau rapport de force entre les médias qui jalonnent ce parcours. Alors que les graphes, les cartes, les images et les vidéos prédominent au cœur de l’espace de la médiathèque, le texte retrouve une place essentielle dans le dispositif du parcours. Il semble être le seul média légitime à la contextualisation historique tant son omnipotence est forte au cœur de ce dispositif. Le texte participe ici à une triple contextualisation : périodique, épisodique et médiatique. Cette dernière nous semble particulièrement évidente. Au cœur de chaque parcours, toutes les vidéos des discours sont accompagnées d’un texte résumant le contenu de ce discours. Par ailleurs, l’internaute a l’opportunité d’agir sur la vidéo et sa temporalité par le texte. Cette possibilité est accordée par le biais du dispositif de transcription du discours. L’internaute peut cliquer sur le texte du discours pour naviguer au sein de la vidéo. La présence du texte est sur sémiotisée et ce dernier a une emprise telle sur le parcours que la vidéo est reléguée à un rôle secondaire voire inutile.

Un internaute peut traverser cette époque, suivre ce parcours sans jamais ressentir le besoin de lire la vidéo pour être instruit de ces évènements alors même qu’il s’agit de l’essence même de cette fresque interactive dont le sujet est les discours du général.

Du point de vue de la promesse éditoriale, ces parcours sont signifiés comme de multiples dossiers que l’on ouvre. Ce choix graphique mobilise des imaginaires particuliers et notamment celui des dossiers d’archive dans lesquels on retrouve des choses inédites ou inespérées. Par ailleurs, chaque dossier constitue une entité et contrairement au web documentaire, l’auteur de cette fresque ne cherche pas à créer des passerelles entre ces parcours. Seul le sujet historique de la fresque revêt cette fonction de lien. Un tel type d’organisation des contenus atténue la sensation de profondeur revendiquée dans les web documentaires. Il n’y a pas de réel parcours entre dossiers.

Cette impression trouve écho également au sein même des parcours. Les choix éditoriaux ne génèrent pas cet imaginaire de la profondeur. Le parcours s’organise en plusieurs pages dont une d’introduction avec la possibilité de défiler de manière verticale. Chaque contenu, texte ou vidéo et texte, est encadré car surimposé sur un fond de couleur différent de celui de la page. Cette séparation des contenus contribue à réduire la dimension de parcours car ces encadrés sont autant d’obstacle à la fluidité et au liant de cette fresque. Au bas de chaque page, sur fond vert, deux boutons passeur, l’un à droite l’autre à gauche, nous indiquent respectivement « suivant » et « précédent ». Ces deux liens passeur participent d’un autre imaginaire qu’est celui du livre. « Tourner la page », en avant ou en arrière, est le véritable sens de ces boutons. Or nous sommes confrontés à un contenu historique sur un site institutionnel. Il est dés lors compliqué d’éviter de tisser un lien avec le manuel scolaire. Un tel imaginaire éloigne la fresque multimédia du format web documentaire. Deux éléments corroborent ce constat. Tout d’abord les boutons verts dont « voir le média » suppriment toute dimension intuitive dans le parcours de cette fresque. Toute action sur le site est explicitée par des signes dénués d’ambiguité. Cette manière explicite d’envisager la navigation à travers la fresque laisse peu place à l’initiative, au doute, à une réflexion sur le support même du savoir présenté.

D’autant plus la visibilité de ces boutons – verts sur fond blanc – contribue davantage à imposer une action à l’internaute qu’à lui proposer un choix de parcours. La fresque se donne davantage à voir comme un manuel scolaire qu’un récit dans lequel l’internaute pourrait s’immerger. Un second élément contribue à cette forme éditoriale : le graphisme.

La simplicité du graphisme de cette fresque est un choix éditorial qui témoigne d’une volonté de préserver l’internaute de toute fioriture graphique. Au-delà de la nature du contenu de cette fresque, le graphisme participe de cette objectivité historique. La sobriété graphique, la place importante accordée au texte, la nature du propos que nous traiterons, sont autant d’éléments qui soulignent cette volonté d’objectivité.

Nous ne pouvons pas prolonger la réflexion au point d’affirmer une absence de point de vue d’auteur. Toute création propose un point de vue. Néanmoins, à travers ces fresques multimédias, c’est une institution, en l’occurrence l’ina, qui s’adresse aux internautes. Or cette institution prône une certaine objectivité. Cette objectivité est prégnante également à travers la lecture des contenus.

Analyse des contenus

Tel que nous l’avons souligné précédemment, ces parcours accordent une place au texte écrit qui a le mérite d’ouvrir une réflexion sur le rôle de celui-ci. Alors que certains auteurs voient en un internet un danger pour le texte, ces parcours interactifs le placent au cœur de son dispositif en faisant un contenu central et prédominant. Cela est d’autant plus surprenant que l’Ina mène une politique de rajeunissement de son audience. Mais ce n’est guère ce constat qui nous importe dans cette analyse. Il s’agit davantage d’interroger la fonction du texte dans le processus de transmission du savoir. Car l’ensemble des fresques interactives crées et diffusées par l’ina proposent des contenus divers sur des sujets différents qui constituent un savoir historique. Auparavant, nous avons parlé d’une organisation d’un savoir encyclopédique. La prédominance du texte corrobore ce constat.

L’évolution anthropologique et historique des médias et de leur utilisation a généré des imaginaires et des représentations que l’on ne peut ignorer. Les paragraphes que l’on retrouve dans les différents parcours de ces fresques convoquent des références moins liées aux nouveaux médias qu’à l’encyclopédie, le dictionnaire ou le manuel scolaire. Ces derniers sont les gardiens ou représentants de ce que l’on peut nommer le savoir classique ou académique. Ces médias impliquent un modèle de transmission de savoir qui leur est propre car chacun d’entre eux convoquent une activité cognitive particulière.

C’est dans cette logique que s’inscrivent deux constats. D’une part, l’énonciateur est l’institut national de l’audiovisuel, soit une institution nationale censée préserver et diffuser un patrimoine. Par conséquent le devoir de réserve et d’objectivité limite les possibilités énonciatives au même titre que les représentations de ce que doit être la transmission du savoir impactent ce projet. De ce premier constat découle le second, à savoir une énonciation dépourvue d’un point de vue d’auteur. Le seul auteur de cette fresque et de ces parcours, est celui ou celle à qui est donnée la parole dans les interviews, les discours, les allocutions etc. Dans le cas de la fresque sur le général De Gaulle, ce dernier représente la seule source énonciative car l’auteur de ces parcours s’efface derrière un discours objectif imposé par le statut et la fonction du site. L’auteur est une sorte de guide qui se garde de tout commentaire. Il incarne la position du professeur ayant un devoir de réserve racontant l’histoire d’un seul homme, en l’occurrence celle du premier président de la cinquième République.

Dans le cas de la fresque sur le festival de Cannes, la polyphonie énonciative ne contredit toutefois pas l’assertion précédente. Cette polyphonie nous amène cependant à s’interroger sur une différence fondamentale entre le web documentaire et ces fresques interactives. Ces dernières ne proposent aucun contenu « actuel » si ce n’est le texte.

Chacune des vidéos ou bandes sonores sont des archives. La seule actualisation de leur existence réside dans le texte dont on a souligné son objectivité. Ces fresques donnent à voir des archives alors que les web documentaires donnent à les interpréter. Deux raisons fondamentales expliquent cette distinction. D’une part, les fresques proposent des contenus sans une contextualisation dans le présent. Le texte permet de recréer le contexte de l’époque afin de comprendre ces différents contenus mais à aucun moment n’est tissé un lien avec le présent si ce n’est celui de la continuité historique dans laquelle nous nous inscrivons. La présence de ces archives est une présence en soi. Elles n’existent que par elle-même et pour elle-même. Preuve en est faite puisque l’internaute pourrait parfaitement se passer des vidéos ou bandes sonores tant le texte apporte d’information. Les choix graphiques et ergonomiques accentuent cette réalité puisque lorsque l’internaute clique sur « voir le média », une fenêtre réduite s’ouvre en s’avançant vers l’internaute comme si la vidéo se détachait du support premier. Elle s’autonomise par rapport aux autres vidéos. Il n’y a aucun regard du présent posé sur ce passé. La seconde raison réside en cette absence même de point de vue d’auteur dans la création des fresques. L’objectivité assumée de ces fresques les détache quelque peu du contexte d’énonciation bien qu’elles fournissent un contenu qui nourrit une réflexion sur les enjeux présents.

Cette étude de cas aura eu donc le mérite de s’intéresser à des productions médiatiques différentes de celles du type web-documentaire. L’analyse nous a permis de constater des similitudes entre les fresques de l’Ina et les web-documentaires historiques ainsi que d’observer les différences qui existent également. Une telle démarche peut nous amener à mettre en évidence les caractéristiques propres aux web-documentaires historiques.

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