Annexe 24 : Les TIC et la formation à distance au service de l’enseignement à Cuba

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I-Antécédents et contexte actuel

Antécédents

Les magnétophones et premiers laboratoires sont entrés dans les facultés de langues étrangères entre 1960 et 1970. Désormais, cinq autres générations de laboratoires de langue se sont succédées1. Pour le reste de matières étudiées dans tous les niveaux de l’éducation nationale, y compris l’éducation supérieure, l’insertion des TIC (télé, projecteur) a été beaucoup plus récente, vers 2000. Voyons comment l’insertion des TICE est apparue de la main de la mise à distance de l’éducation.

À partir de 1971, au milieu d’une aisance économique et d’une période de stabilité politique et sociale pour le gouvernement révolutionnaire, les premières manifestations d’éducation à distance sont apparues à Cuba. Plus tard, en 1979-1980 le Ministère de l’Éducation Supérieur (MES) crée l’université d’éducation à distance coïncidant avec son essor mondial. Cette nouvelle modalité d’enseignement a été destinée à la formation professionnelle massive, s’est appuyée sur des matériels didactiques écrits et a été complémentée avec des moyens audiovisuels tels que la télévision, la radio, des cassettes audio et la presse écrite. La FAD a été associée à l’éducation traditionnelle pour combiner et rationaliser les ressources humaines et matériels (Alfonso Sanchez, Iliana ; 2003), au milieu d’une société bouleversée par un processus politique complexe, qui demandait aux cubains d’accomplir beaucoup de tâches hors des journées de travail, qui étaient déjà surchargée d’heures supplémentaires. D’ailleurs, certains Ministères ont exigé des modules/heures de formation continue, qui ont été offerts à distance. De cette manière, l’éducation à distance est venue couvrir une contrainte de temps et de mobilité. D’autre part, elle a pallié la capacité d’accueil des centres universitaires, dépassée par la massivité de l’éducation. Ainsi, cette modalité a raccourci la distance qui avait entre les facultés et les foyers de tous les coins du pays.

À partir de l’implantation de cette nouvelle modalité, l’éducation supérieure, complètement gratuite, a été organisée ainsi : cours présentiels diurnes, du soir ; cours semiprésentiels avec des séances de regroupements en présentiel (présentiel réduit); et des cours « dirigés », complètement à distance avec un regroupement pour la passation des examens sur table. Plusieurs sièges, sous-sièges et des annexes ont été créés dans tout le pays. Le premier cours du système « dirigé », 1970-80, a offert 5 licences et les inscriptions sont arrivées à 34 666 étudiants inscrits tout au long du territoire national. Ce chiffre a évolué ultérieurement, en descendant à chaque fois qu’une crise économique traversait le pays. À partir du moment où le MES a établi des limites pour entrer à l’Université avec des examens d’accès, une hausse des inscriptions s’est produiet dans la modalité à distance. Depuis lors, le taux d’abandons est en moyenne d’un 60% -seulement 4 sur 10 étudiants restent actifs et renouvellent leurs inscription (Noa Silverio, Luisa ; 2004).

À l’instar de Noa Silverio (2004), l’incorporation des TIC à l’éducation à distance à Cuba peut être définie en trois étapes importantes:

1-Une première étape (depuis la création de la formation à distance à Cuba jusqu’aux années 90) correspondant à l’utilisation des MEDIAS (télévision, radio, presse écrite). Dans cette étape, une bonne partie des matériels auxiliaires sont imprimés et le travail se réalise dans les circuits fermés des programmes de télévision. Plus tard, les facultés d’éducation à distance deviennent les sièges où se développent les sessions de travail avec les TIC
2-Dans une deuxième étape qui coïncide avec la crise économique plus forte connue par le gouvernement révolutionnaire, 1990-1996, il y a une diminution de la conception et distribution de matériels écrits, et les audiovisuels sont remplacés par les cassettes audio. Les livres deviennent l’axe principal de la formation à distance en ce moment. Les manuels exigés dans les programmes des matières sont placés dans des bibliothèques (presque toutes publiques) car ils ne peuvent pas être distribués (gratuitement et de façon massive) à cause des contraintes économiques.
3- La troisième étape, à partir de 1996, est marquée par la récupération et redistribution du matériel écrit, la production de textes auxiliaires (guides d’étude), et la création d’un réseau interne d’ordinateurs (à l’intérieur des facultés d’éducation à distance les plus importantes du pays).

À partir de 2000, une quatrième étape pourrait être identifiée. Les cours télévisés portant sur une infinité de domaines, ayant comme objectif l’autoformation à la maison (incluant de programmes pour les enfants) se sont consolidés. Des conférences et des présentations de grands spécialistes cubains ont été enregistrées et distribuées (vidéocassettes), dans le réseau d’écoles (primaires, collègues, lycées) du système d’éducation nationale, pour être diffusées en salle de classe. Au moment du visionnement de ces matériels, les cours ne sont plus traditionnels et les professeurs (parfois très jeunes, avec peu d’expérience et presque toujours obligés d’assumer plusieurs matières en même temps) deviennent des conseillers, des guides et accomplissent une tâche de soutien et d’étayage. Plus récemment, les programmes éducatifs des écoles maternelles, des collèges et des lycées se sont articulés autour des « cours » télévisés abordant pas seulement les matières les plus traditionnelles mais aussi d’autres domaines de la vie tels que la sexualité, les relations interpersonnelles, la formation politique, etc. À la suite de Noa, je considère que les TIC et certains éléments de la formation à distance ont été insérés dans l’éducation, mais aucune des expériences n’a réussi (encore) à consolider l’insertion réelle et effective, comme une partie substantielle de ce model éducatif.

Contexte actuel

« L’État cubain se trouve immergé dans ce qui a été appelé “Informatisation de la société cubaine”, projet qui préconise l’implémentation des NTIC dans les différents secteurs de la société afin d’obtenir une majeure efficience et efficace en optimisant les ressources et en augmentant la productivité et la compétitivité (2)» (Farell Vazquez, Guillermo ; 2002).

Comme le montre (Collazo Delgado, R, 2004 ; Vecino, 2003) une expression de l’importance accordée à l’éducation à distance basée sur l’utilisation des TIC pour l’éducation supérieure cubaine se trouve dans le Programme d’Informatisation du Ministère de l’éducation supérieur (MES), qui « convoque à promouvoir, valider et contrôler le développement de l’éducation à distance et la future Université Virtuelle (MES, 1999: 7). D’après Hernandez Rabell, « Cuba » met actuellement en oeuvre des stratégies pour « introduire » les NTIC dans l’enseignement supérieur, ayant « une solide base académique et logistique ». Ce fait soumet le système à de nouveaux enjeux. Les professeurs cubains n’échappent pas aux défis que cela suppose. En effet, « leur niveau méthodologique, le temps consacrée à son métier, l’intégration entre système éducatif et politiques d’informatisation et la formation continue des enseignants » constitueraient « des avantages « permettant » de remplacer l’ampleur de bande […] et d’autres éléments de l’infrastructure matérielle nécessaires». Ainsi que l’affirme Rabell, ma place par rapport à ce sujet n’est pas aussi optimiste. Je pense en effet qu’il s’avère difficile pour les enseignants d’« introduire » les NTIC dans un contexte technologiquement contraignant, ils doivent faire face à des contraintes technologiques parfois insolites. D’ailleurs, leur attribuer la capacité et la responsabilité de « remplacer » tout ce qui manque pourrait contribuer à augmenter l’appréhension que la technologie cause chez certains enseignants car « une base académique solide » n’assure pas une totale aisance en manipulant la technologie. Or, je considère à la suite de cette auteure qu’une forte formation continue les aidera sans doute à trouver des solutions et à surmonter les difficultés.

Le Ministère cubain de la santé publique est un des organismes qui montre de meilleurs résultats en ce qui concerne l’implémentation de cours de formation continue basés sur l’utilisation des TICE, pour ses professionnels (ceux de la santé). Ils font partie du projet Université virtuelle et ont réussi à créer une importante coopération entre les centres qui intègrent le siège (CENAPEM, INFOMED et CECAM). De plus ils ont interconnecté les facultés de sciences de la médecine de tout le pays (Collazo, R, 2004).

L’Institut Supérieur Polytechnique « José Antonio Echeverría » (Cujae) a construit en 1998 le Centre multidisciplinaire de référence pour « l’éducation d’avancée » (CREA), ayant comme un des objectifs principaux le développement de l’éducation à distance avec les NTIC (MES, 1998). Cet Institut met en oeuvre plusieurs tentatives de production de cours à distance pour la formation continue de professeurs d’ingénierie informatique.

Toutefois, les deux efforts cités en dernier lieu comme étant les plus palpables en termes d’intégration des NTIC et de matérialisation de projets de formation à distance, sont surtout centrés sur l’éducation technique, des sciences. D’autre part, l’Université de La Havane (UH) (et d’autres facultés du pays(3)) utilisent aussi la plateforme Moodle pour complémenter à différents degrés (avec un présentiel augmenté et allégé), les cours présentiels d’études de premier, deuxième et troisième cycle. Les cours les plus fréquents et mieux articulés sont ceux de deuxième cycle. Le besoin des institutions éducatives universitaires d’insérer une FOAD n’est pas toujours celui de pouvoir faire face à un public croissant, avec chaque fois moins de ressources humaines et matérielles (professeurs, salles de classe, matériels, etc.). Le moteur promoteur des FOAD implémentées a été parfois la volonté manifeste de la direction du pays de mettre à jour son système éducatif, la résolution des institutions de former leurs enseignants dans le domaine de la FOAD, en même temps l’envie des enseignants de bénéficier des avantages des TICE, de tenter l’expérience de la FOAD. Certains cours du programme universitaire de premier cycle, augmentés avec des matériels hébergés sur Moodle, ont été créés dans le but d’autonomiser les étudiants, comme un exercice leur apprenant à prendre en charge leur formation.

II-Les NTIC et l’enseignement du FLE à Cuba

Le manque de matériel disponible actuellement en ligne sur les TICE et la FOAD au service du FLE à Cuba, donne des pistes sur l’état de lieux. Parler des NTIC dans l’enseignement du FLE à Cuba nous amène à parler à la limite de la faculté de langues étrangères de La Havane (FLEX), et principalement de l’Alliance française car elle est l’acteur de diffusion du français le plus solide en matière de budget. Sans jamais négliger les efforts du MINED, du MINES, ni les initiatives individuelles de directeurs et d’enseignants, hors l’AF, les établissements d’enseignement du FLE sont loin d’être à la pointe dans le domaine des TICE. Malheureusement, dans le pays il y a des écoles de langues et des universités où l’on ne compte pas de magnétophone ou de télé dans les salles de classe de français.

D’après une consultation faite à des professeurs et des étudiants, les professeurs de français de la FLEX peuvent se partager (avec les collègues) un rétroprojecteur et se servir de quelques peu d’ordinateurs. Le nombre de postes n’est jamais suffisant pour le travail avec le groupe-classe (même pas divisé par deux moitiés). Ces outils sont aussi à la disposition des apprenants, éventuellement. Le premier, est utilisé pour faire des présentations surtout évaluatives, les exposés des travaux finaux. Ils se servent des ordinateurs pour échanger avec d’autres étudiants ou leurs professeurs, des informations qui y ont été déposées. Les professeurs proposant aux apprenants des matériels consultables sur ces ordinateurs n’est pas significatif. Ils sont encore moins nombreux à envoyer à ses étudiants des matériels par courriel, et le cas échéant ce sera presque toujours des matériels supplémentaires, ou bien le même qu’ils ont utilisé en salle de classe. Néanmoins, certains étudiants s’intéressent à l’utilisation des TIC dans l’enseignement-apprentissage et font de ce domaine le thème de leurs travaux finaux de cours, de leurs mémoires. Pendant les deux dernières années, au moins 9 travaux sur les TICE, dont quelques multimédias, ont été réalisés : L’expression du temps, Le Mode Subjonctif, Les chansons pour enfants, Les faux amis, Belgipédia, Le langage SMS, La mise en relie(4)f. La plupart de ces travaux visent le renouvellement de l’enseignement didactique de la grammaire et/ ou du vocabulaire, et ne sont pas axés sur la perspective actionnelle, le travail collaboratif, la pédagogie du projet. Même dans le corpus théorique de ces travaux il n’a pas de panorama sur la situation à Cuba des TICE dans l’enseignement (du FLE) et ils ne font pas de références les uns aux autres. Très malheureusement, ces travaux restent un exercice académique sans application : ils ne sont mis en pratique ni dans la FLEX, ni sont proposés à l’Alliance française.

1 1975-1980, laboratoires audio actifs tchèques et hongrois ; 2001, laboratoires japonais ; 2004 et puis en 2010 des laboratoires chinois.
2 Traduit de son article en espagnol: El desafío de las nuevas tecnologías de la información y las comunicaciones para los docentes de la educación médica.
3 Voir l’exemple de l’Université de Las Tunas pour l’enseignement de l’anglais (travail de Pena Pérez, Y. ; Tellez Barba, M.) disponible sur : http://www.redalyc.org/src/inicio/ArtPdfRed.jsp?iCve=76619157008
4 Les références complètes de ces travaux apparaissent dans la Bibliographie de ce mémoire.

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