9.1. Woody

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Ainsi Woody parle de solitude, de souffrance, de frustration, de colère, de violence, et de solidarité.

Nous pouvons observer, avec les dires de Woody que dès le troisième jour de détention, une solitude s’installe. En effet, il commence par nous raconter sa première visite chez le médecin en recevant une petite boite à pharmacie contenant également des préservatifs. Et là, il se dit : « (…) voilà, ils sont conscients qu’on nous coupe de toutes relations, de tous contacts, de toute affectivité, ils le savent pertinemment, ils savent aussi pertinemment qu’on en a besoin et ils s’en fichent totalement et ils nous disent débrouillez-vous, (…) ».

Puis, quand les amis de Woody sont libérés ou transférés, il semble que cela provoque également chez Woody un sentiment de solitude puisqu’il dit : « (…) Il y a des gens qui partent pis on garde le contact pendant deux, je ne sais pas, et puis après ça se perd un petit peu. (…) ».

Dans la suite du récit de Woody, il raconte sa souffrance face à sa privation de liberté, à la surveillance et au règlement qui sont perpétuels. Il dit : « je crois que c’est l’une des pires choses qui peut arriver à un être humain, c’est d’être privé de sa liberté. (…) vous avez des barreaux à la fenêtre, quand on vous dicte à quelle heure il faut se lever, à quelle heure il faut fermer, à quelle heure il faut prendre la douche, à quelle heure on mange, (…) les visites et tout ça, c’est vraiment très, très réglementé et pis ça coupe notre liberté, c’est sûr, on peut pas faire comme on veut. »

Pour en revenir à l’expression où Woody dit : « heureusement j’étais seul dans une cellule », nous rappelons, en effet, que la solitude peut être très bien vécue.

Cependant, Woody illustre aussi que d’être en contact avec soi peut amener de l’isolement puisqu’il dit qu’il était en bas lors de la visite de proche et qu’il n’en a jamais parlé au personnel pénitencier, ni à d’autres personnes, il est resté « avec » pendant toute sa détention.
Woody nomme l’attente perpétuelle par exemple d’attendre devant une cabine téléphonique, remplir des papiers, rencontrer l’avocat sans savoir quand il va venir etc. comme frustrant.

Il ressent aussi de la frustration lorsque les psychologues changent tous les six mois. En effet, il doit à chaque fois raconter son histoire, ce qui sous-entend que la confiance est à chaque fois à reconquérir.

Les psychologues selon Woody s’attardent trop sur son passé alors que lui aimerait qu’ils travaillent sur ce qu’il vit sur le moment. Nous rejoignons Binswanger qui voulait accueillir le patient dans l’instant présent sans porter de jugement, ni d’interprétation. Peut-être que Woody se sentait à chaque fois jugé et qu’il voulait simplement être accueilli pour ce qu’il était.

Nous avons également parlé de parloirs intimes avec Woody. Il raconte sa frustration quant à la possibilité pour d’autres d’avoir accès au parloir intime et pas lui, puisqu’il dit « (…) bon moi je n’en ai pas profité, j’ai trouvé cela un peu frustrant que certaines personnes puissent en profiter et d’autres pas (…) ». Lorsque Woody raconte ce passage, nous avons entendu également de la souffrance dans sa voix même en parlant calmement.

Comme mentionné plus haut, Woody énumère différents actes (injures, insultes, racisme, bagarres) qui créent une ambiance violente selon lui.
« (…) le reste c’est de la souffrance, de la violence, c’est des sacrifices, des hauts et des bas. Il y a eu des moments très difficiles ».
Par ses mots de bas et de haut Woody dévoile son espace thymique.

De par ses termes utilisés pour qualifier certains gardiens, nous pouvons supposer qu’il était en colère contre eux. En effet, il dit : (…) puis d’autres disons, c’est vraiment des gros cons, des emmerdeurs, je sais pas (…).

Woody introduit la notion de violence lorsqu’il parle d’affectivité en disant : « (…) Mais c’est vrai qu’au niveau affectif, de tendresse, il n’y a rien, rien, rien, rien. Et c’est là que disons que, cette violence, ces gens qui sont vraiment…, qui ont les nerfs à fleur de peau, qui pètent un plomb pour rien, ils sont comme ça. Justement parce qu’il leur manque des caresses. Il leur manque l’affectif, il leur manque une femme avec qu’ils peuvent… pas forcément un contact physique, disons pas une relation physique mais une simple affectivité. Et ça les calmerait tellement, cela les rendrait tellement plus cools, plus relaxs et tout, et non, et non ça n’est pas possible. Moi personnellement, j’étais extrêmement tendu, et c’est quelque chose qui me manque parce que … on peut pas et ça c’était… Les gens, les gars, ils sont tellement machos déjà dehors euh quand on voit les relations qu’ils ont avec les filles, ils jouent au coq mais ils arrivent à séduire et ça doit les calmer à quelque part. Tandis que là en taule, ben ces gens ils sont toujours aussi machos mais ils ont plus personne à séduire, alors ça se transforme en guerrier, en caïd, ça veut jouer les bras(…). Un contact humain avec une femme leur ferait du bien (…) ça calmerait vraiment le jeu et…».

Woody parle généralement des autres. Mais, de temps en temps, il glisse une phrase le concernant. Nous pouvons nous demander s’il a souffert du machisme des autres ou les comportements des autres ont peut-être provoqué de la colère chez lui ? Nous ne le savons pas, ce sujet n’a pas été abordé avec lui.

Pour finir, Woody trouve important de pouvoir rencontrer des femmes pour ainsi diminuer la frustration et donc la violence. Même si c’est sans rapport sexuel mais juste pour recevoir de l’affection.

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