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3) Le cas du basque et du breton

Musique contestataire par excellence, le punk/hardcore a trouvé chez les militants indépendantistes
de France un terrain fertile, et certains n’hésitent pas à le mélanger à la musique traditionnelle pour
rajouter au côté régional et identitaire. Instauré par les irlandais The Pogues, le « Celtic punk »
(mélange de rock et de musique traditionnelle) a fait des émules d’abord aux Etats-Unis puis en
Europe. C’est notamment le cas en Bretagne.

Il existe un grand nombre de groupes bretons, grâce notamment à la présence de deux des plus
grands labels français en la matière : Mass Productions (depuis 1996) et Enragé Productions (depuis
1995), mais la plupart chantent en anglais (Mass Murderers, Burn at all, Nevrotic Explosion…) ou
en français (Tagada Jones, Core Y Gang, La Zone…). Toutefois quelques uns ont choisi de
s’exprimer en breton quand la cause régionaliste leur semble importante. Le plus connu de ces
groupes est : les Ramoneurs de Menhirs, grâce à la présence du Loran, ex-guitariste de Bérurier
Noir.

On peut également citer Trouz An Noz, Tri Bleiz Die…

La Bretagne est donc une région particulièrement fournie en formations de punk/hardcore, mais la
cause bretonne reste marginale dans l’ensemble du mouvement, même si l’avènement des
Ramoneurs de Menhir a ramené le débat sur le devant de la scène, au propre comme au figuré.

Le punk basque a choisi de marquer sa différence en nommant (puisque « nommer c’est faire
exister ») ce style « le rock radical basque ». Principaux groupes : Kortatu, Eskorbuto, Skunk, Negu
Gorriak, Berri Txarrak… (NB : on ne fait pas de différence entre les groupes basques côté français et
ceux du côté espagnol, tout simplement parce qu’il est parfois impossible de le savoir !). Certains
d’entre eux ont connu un grand succès à l’international (et pas seulement au Pays Basque, en France
et en Espagne).

Voici d’ailleurs un extrait d’article du magazine Punk Rawk n° 34 à propos de Berri Txarrak:
« Quand on est basque signé sur un petit label, et que l’on défend la langue d’Euskadi, difficile
d’imaginer que l’on partira un jour à travers l’Europe avec un groupe de la stature de Rise Against
(célèbre groupe américain, ndr).. […] « Les premiers groupes que j’ai aimés gamin étaient Negu
Gorriak et Kortatu car ils chantaient dans notre langue » se souvient le chanteur guitariste Gorka.

« Je suis fier d’effectuer cette tournée européenne avec Rise Aigainst en chantant en basque. On
nous dit souvent que si on chantait en anglais, nous aurions plus d’ampleur. C’est peut être vrai
mais le basque est le fondement de Berri Txarrak (Mauvaises Nouvelles en VF). Notre action dans
ce sens est militante. »

Adeline Nguefak de l’université de Yaoundé a étudié linguistiquement la chanson camerounaise et
la place du français dans celle-ci, au milieu des nombreuses langues nationales présentes dans ce
pays. Et voici ce qu’elle nous dit : « Lorsque les chansonniers sont compétents dans leur langues
locales et qu’ils les utilisent dans leurs chansons, le choix de celles-ci répond alors à deux logiques.

La première est d’ordre identitaire. Elle conduit les auteurs à affirmer leur identité ethnique ou
nationale en préférant les langues nationales véhiculaires ou en leur accordant une place notable
dans le répertoire. […] Leur usage permet au chansonnier d’affirmer son identité par rapport aux
groupes sociaux en présence, d’impliquer d’avantage les membres de ce(s) groupe(s) dans le
combat qui doit être mené dans et hors de la chanson. […] La deuxième logique est commerciale : il
s’agit d’utiliser le français ou l’anglais exclusivement, davantage ou au moins autant que les
langues nationales véhiculaires pour s’adresser à un public international et inscrire ses productions
dans une perspective de carrière professionnelle »

Ces deux logiques peuvent également s’appliquer au rock basque, et la deuxième démarche, celle
d’ordre commercial qui vise à toucher un public international, peut même s’appliquer aux groupes
francophones chantant en anglais, comme on a pu le constater dans les interviews :
Heyoka :

« Donc pour toi c’est un argument défendable d’écrire en anglais parce que ça sonne mieux sur la
musique ?

Défendable, si tu vas jouer à l’étranger. »

Pour revenir aux langues basque et bretonne, on a là une analogie frappante avec ce que dit Adeline
Nguefak des chansonniers camerounais.

Pour conclure ce sujet, on peut dire que ces groupes de langue régionale ont compris l’intérêt du
fonctionnement punk pour diffuser leur message via leur propre langue : possibilité accrue de
tourner plus que localement, public réceptif à un message anti-autorité et pro-minorités.

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