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2)a. Graphisme

Bien que le style de dessin de Miyazaki soit clairement influencé par l’esthétique manga, il est différent d’autres « anime » (148) par sa fluidité d’animation et la qualité du dessin : clair, simple, sans exagérations des traits. Le style est plus réaliste que la plupart des dessins animés japonais que l’on peut voir sur les écrans de TV, reconnaissable entre tous : grands yeux brillants, petits visages, exagération des expressions faciales. Ces caractéristiques communes aux autres dessins animés ne se retrouvent pas dans le dessin de Miyazaki, bien qu’un style japonais s’y retrouve, clairement différent du dessin occidental typique des Disney. La qualité cinématographique y est pour beaucoup : le dessin est donc de haute qualité artistique, et la touche « miyazakienne » réside dans quelques éléments que nous allons analyser.

Il faut tout d’abord signaler que le style de Miyazaki a énormément évolué depuis Nausicaä, jusqu’à Ponyo sur la falaise. Si l’on compare les graphismes de ces deux films, que vingt-quatre ans séparent, l’évolution apparaît très nettement.

Nous pouvons en effet séparer, d’un point de vue stylistique tout d’abord, la période Nausicaä jusqu’à Princesse Mononoké.

Cependant, même au sein de ce cycle, le style a varié : les premiers films adoptent un style très « manga » : grands yeux, traits simplifiés, voire caricaturaux. On retrouve tout de même une qualité de dessin supérieure, avec de véritables jeux de regards, une mise en scène recherchée : des gros plans, des plans d’ensemble montrant des paysages détaillés. Ainsi la densité des paysages et la fluidité de l’animation laissent présager la magnificence de Princesse Mononoké : paysages détaillés, denses, aux couleurs douces, aux lumières contrastées. Les traits des visages des personnages s’affinent également, s’éloignant du style manga.

Les couleurs que choisit Miyazaki sont toujours assez sombres : les tonalités de Nausicaä, le Château dans le ciel et Mon Voisin Totoro en particulier, restent dans les tons de gris, marrons, vert foncé, bleu foncé. Les effets de lumière sont ainsi mieux mis en valeur lorsque le réalisateur cherche à créer un effet de surprise, de contraste, sur l’arrivée d’un élément important : Laputa, l’île flottante du Château dans le ciel par exemple, paraît ainsi à son apparition, radieuse, avec des tons de verts clairs et des couleurs vives. Les paysages verts dans Mon Voisin Totoro laissent alors transparaître la paix et la joie que ressentent les personnages. Ce choix d’une majorité de couleurs pastel, voire sombres, est particulièrement vrai lorsque l’on regarde cette première partie de la filmographie de Miyazaki.

Cette première unité stylistique trouve son apogée dans Princesse Mononoké : dès Nausicaä, on voit en effet dans les films une très grande attention du réalisateur aux détails : détails de couleurs, de contrastes ; détails dans les paysages ; détails dans les costumes portés par les personnages, toujours très recherchés ; détails dans les animaux fantastiques représentés, leur donnant presque un aspect réel.

Les paysages de Princesse Mononoké témoignent de l’évolution du graphisme : les forêts sont représentées de façon magnifique, contrastée. Les couleurs sont sombres, mais lorsque Miyazaki cherche à mettre en valeur des rayons de soleil passant dans les feuillages, l’image entière est baignée de lumière. Miyazaki joue énormément sur les contrastes : de Nausicaä à Princesse Mononoké, on retrouve la même alternance entre images sombres et images claires, lumières contrastées, scènes d’action rapides et scènes de calme serein (voir images 1 et 2).

Miyazaki travaille dans le détail : dans Princesse Mononoké particulièrement, les paysages sont recherchés, recrées dans un détail minutieux (rizières, villages) les vêtements historiques sont élaborés, chaque élément a été travaillé pour donner un aspect réaliste, historique. Les armes de l’époque sont également fidèlement redessinées.

Le style de Miyazaki, dans cette première partie de sa filmographie, réside principalement dans le foisonnement de détails dans les paysages : les contrastes d’ombres et de lumières sont minutieusement recréés, les couleurs de différents feuillages et troncs d’arbres choisis avec attention, les couleurs sont extrêmement réalistes.

A partir du Voyage de Chihiro, le graphisme des films rejoint celui de Princesse Mononoké, mais le style va encore évoluer. On constate surtout une rupture avec le cycle narratif précédent : on ne retrouve plus les scènes d’action, les combats et les mondes proches de la science-fiction ou futuristes que l’on avait dans Nausicaä ou le Château dans le ciel. La seconde partie de la filmographie est ainsi moins unifiée, plus libre : le graphisme de Princesse Mononoké annonce le style des suivants, bien que celui-ci continue à changer comme nous le verrons avec Ponyo. Quant aux scénarios, les thèmes exploités seront différents, ce que nous analyserons dans un second temps.

Dans Le Voyage de Chihiro, nous retrouvons un style très détaillé, un graphisme de personnages proche de Princesse Mononoké ; les couleurs restent dans des tons pastels, mais le monde dépeint dans Le Voyage de Chihiro est tout de même très coloré, la lumière y est vive : on y retrouve des maisons traditionnelles rouges, des ponts rouges, de la nourriture alléchante aux couleurs très vives ; l’univers est fantastique, proche du pays des Merveilles et donc totalement décalé, fou. Cette impression est bien redonnée par les couleurs et surtout le style de personnages, de créatures fantastiques.

Le Château ambulant marque une continuité dans ce graphisme détaillé et foisonnant, mais devient beaucoup plus vif et coloré, comme l’annonçait Le Voyage de Chihiro. Mais c’est Ponyo sur la falaise qui crée un grand contraste avec le style des premiers films : couleurs vives, paysages chamarrés, abondance de textures et traits fins mais simplistes, enfantins, avec un dessin réalisé avec des crayonnés et de l’aquarelle.

Sôsuke dans Ponyo sur la falaise : paysage de crayonnés et aquarelle, technique très différente des précédents styles

Elément important à noter, le graphisme de Ponyo assure un lien entre le graphisme des estampes traditionnelles japonaises et le manga, notamment grâce aux images de mers déchaînées, qui ne sont pas sans rappeler « La Grande vague » d’Hokusai.

148 Terme désignant la catégorie spécifique des dessins animés japonais.

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