2.9. La psychologie des plagiaires

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Au moment où le plagiat alimente la rumeur et fait les choux gras des presses universitaires, Vichyn (1993 p. 82) le présente comme une forme assez banale de maladie mentale. Il rappelle que si étymologiquement le plagiat réfère au vol d’esclaves, « […] en psychanalyse, hélas, c’est à des esclaves du vol que nous avons affaire »

Ainsi selon Schneider (1985, 351), le plagiat serait une forme bégnine d’incompétence psychologique. « Les plagiaires sont des envieux » qui présenteraient les symptômes d’un traumatisme œdipien pouvant aboutir à une névrose ou psychose. Chez le plagiaire, « […] la structure identificatoire est tellement exacerbée que sa propre écriture est introuvable. ».(ibid., p.175) Il est tellement envahi par l’image du père qu’il cherche par tous les moyens possibles à la cacher. Son comportement plagiaire est révélateur d’ « […] une faille dans la structure œdipienne »(29) (ibid., p.283)

Pour Shaw (2006), le plagiaire, ressemble au cleptomane sur deux point : le non besoin de l’objet volé et le désire d’être démasqué, quoi que le premier point soit beaucoup plus central pour le cleptomane que pour le plagiaire. Les deux affichent des élans autodestructeurs et les deux « inspirent compréhension et sympathie » (ibid., p.146)

Le plagiaire vole et laisse des traces parce que le plagiat dans ce cas, « est toujours calculé pour qu’il soit surtout détecté ». (ibid., 145) Cette envie de danger serait révélatrice en quelque sorte d’une culpabilité inconsciente qui se satisfait par le truchement de l’acte plagiaire.

En empruntant le modèle psychanalytique, Vichyn (op.cit.), argue que si toute création est quelque part une espèce d’exhibitionnisme, le cas du plagiat est typique. En effet, l’élément essentiel de l’exhibitionnisme qui est le danger, se réalise dans l’acte plagiaire. Le désir irrépressible de s’exhiber, le plagiaire le satisfait « […] lorsque, sous une contrainte intérieure qui lui est inconnue, il ignore cette honte d’être découvert, et dont la seule évocation suffit normalement à empêcher l’acte ». (ibid., p.84)

Bien que l’amour du danger soit une constance chez le plagiaire, c’est plutôt l’admiration du plagié qui le pousserait à affronter l’opprobre d’être démasqué. Et le vol intellectuel dans ce cas, serait « […] preuve de l’existence d’un surmoi sadique et désérotisé. » (ibid., p.91) Par ailleurs, comme le complexe de castration se trouve être le soubassement l’exhibitionnisme, le plagiaire s’accaparerait et montrerait la pensée ou l’idée de l’Autre comme « une invite à des attouchements textuels » (ibid., p.94). Dans l’autre cas de figure, le plagiaire agirait de la sorte pour que « la pensée de l’autre soit coupée » (ibidem.) c-à-d vilipendée, critiquée ou tout simplement niée.

Pour Henning (1997, p.42), le plagiaire est un sadique mégalomaniaque, pour qui le plagiat n’est intéressante qu’en tant qu’elle lui permet de faire « […] démonstration des capacités d’invention et de virtuosité ». La jouissance qu’il peut tirer du vol d’autrui est telle qu’il fait de l’acte plagiaire un art, car au fond « […] rêvant au crime parfait et jouissant de son impunité » (ibidem.)

Howells (2008) pour sa part présente les plagiaires dans les cas les plus graves, comme des personnes présentant un désordre bipolaire (maniaco-dépressif) et, bien qu’étant conscient de l’inéluctabilité de leur détection, « […] leur témérité et leur timidité [qui] sont des choses presque irréconciliables », (ibid., p.251) font qu’ils clament courageusement mais aussi mensongèrement la propriété de ce qu’ils ont volé.

29 La structure OEdipienne : Elle opère une jonction entre la question de la différence des sexes (être garçon ou fille) et la question de la différence générationnelle (d’un père et une mère). L’identité et la structuration du sujet se forge « […] au croisement, au chiasme des deux, dans l’articulation de ces deux différences » (Roussillon, 2007, p.157) Cette structure a valeur universelle, nul n’y échappe parce que toute construction d’identité se fait par rapport aux deux questions susmentionnées. Tout se joue entre le père, la mère et l’enfant. La structuration du sujet participe d’une internalisation des préceptes et idéaux sociaux (l’enfant intègre l’ordre symbolique culturel et langagier) et, la famille assume la responsabilité de médiateur entre la loi culturelle, le sujet et la jouissance. (Berger, 2005) En d’autres termes, le complexe d’Œdipe est universel, mais « […] les propositions visant à sa résolution peuvent varier en fonction de l’environnement socioculturel, selon les codes et les normes culturelles ». (Gans-Guinoune, 2005, p.67) La transmission du processus culturel qui se fait par rapport à la matrice de sens et génération au sein du triangle père-mère-enfant, ne manque pas d’engendrer des conflits chez le sujet. En effet comme l’explique Rousillon (2007, 159), lors de la crise d’Œdipe, « […] certains sujets… aboutissent à une sorte d’impasse, c’est-à-dire qu’ils n’arrivent pas à s’organiser dans cette crise et n’arrive pas à organiser la crise Œdipienne, qui prend alors un caractère traumatique ».

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