2.5. Le plagiat électronique : C’est quoi au juste ?

Non classé

Disons-le de prime abord, depuis l’avènement de l’école et bien au-delà, le plagiat existe. Que ce soit dans le monde professionnel ou en classe, il est partout. « […] il s’attaque…aux idées émises en toutes choses, aux enseignes, aux annonces, aux entreprises industrielles, etc. Il a même l’audace d’envahir la politique. » (Chesnel et Migne, 1833, p.888) et, selon les experts, il va crescendo notamment sous sa forme électronique. (March, 2007 ; Jabs, 2002 ; Goodman et Swann, 2003). Les implications de la technologie ont littéralement changé la forme du plagiat et redimensionné ses définitions tellement protéiformes.

Il est avant tout « peut être la forme de triche high tech la plus commune » (Koch, 2010, p.228) et, même « […] en étant incapable d’articler une définition précise, beaucoup de gens avouent pouvoir reconnaître le plagiat électronique aisément- telle de la pornographie, ils la reconnaissent quand ils la voient » (Stearns, 1999, p.7).

Or, en réalité la chose est toute autre, puisque toute institution développe sa propre définition du plagiat électronique et que même au sein d’une même institution peuvent coexister plusieurs interprétations de ce qui doit être ou non considéré comme plagiat électronique (Neville, 2007).En d’autres termes, le plagiat peut signifier différentes choses pour différentes personnes dans différents contextes. (Maruca, 2006). D’autre part, ces institutions varient en termes de type et de sévérité de la punition, d’autant plus que même leurs staffs sont divisés quant à la sériosité du plagiat électronique et la manière de le traiter. (Bryman et Bell, 2007)

Pour Trout (2007, p.64), le plagiat électronique consiste à « faire passer les idées d’autrui pour les notre ou d’omettre de les authentifier ».

Pour Neville (ibid.), il y’a trois grandes forme de plagiat électronique : Le copiage via outil informatique du travail d’une autre personne, y compris un autre étudiant (avec ou sans son consentement) et prétendre que c’est le nôtre, présentation d’un travail où on y mélange nos propres mots avec un pourcentage assez significatifs de mots copiés d’un autre auteur sans y faire référence et la paraphrase du travail d’une autre personne, y compris un site web, sans la mentionner.

Howard (1995) quant à elle, a recensé trois formes de plagiat électronique : la triche et fabrication de données, la non attribution et le bricolage (pachwriting), qui est un assemblage de textes disparates et copiés.

McMurtry (2001) référence trois méthodes de plagiat électronique. La première, de loin la plus facile, consiste à localiser le site adéquat par le biais d’un moteur de recherche, copier les textes voulus et les coller dans un essai. La seconde consiste à recevoir des travaux tout faits des amis ou autres étudiants d’autres universités via les communications en ligne telles que les courriels ou les forums. La troisième, la plus grave d’entre toutes, est de télécharger des essais des sites de triche en ligne soit gratuitement soit en payant.

Pour Johnston et Roark (1996), le plagiat électronique qu’ils appellent plagiat assisté par ordinateur, est l’acte de :

– Copier un fichier contenant le travail d’une autre personne et le soumettre comme étant le nôtre ;
– Copier un fichier contenant le travail d’une autre personne et le prendre comme modèle pour réaliser le nôtre sans le citer ;
– Travailler en groupe en partageant des fichier ou des programmes pour accomplir un devoir et, puis soumettre la copie du devoir sous notre nom personnel ;
– Permettre sciemment à un autre étudiant de copier nos fichiers et de les soumettre, tels quels ou modifiés, comme étant les siens.

Lathrop et Foss (2002, p.18), le définissent comme « […] le nouveau terme pour désigner le copiage auquel s’adonnent les étudiants moyennant les différents sites web en ligne qui offrent des milliers de rapports, bulletins et enquêtes sur pratiquement n’importe quel sujet. » (Notre traduction).

Ainsi, les étudiants peuvent télécharger à volonté des analyses de livre, films, pièces de théâtre et articles qu’ils peuvent soit retoucher ou carrément prendre tels quels et se les faire passer pour les leurs (Dochartaigh, 2002). Les étudiants les plus retors ou les plus prudents, « téléchargent le papier sous Word, massent le texte, en utilisant peut être un thesaurus pour remplacer les mots ou les phrases que l’enseignant pourrait reconnaître dépassant les capacités scripturales ou stylistique de l’étudiants » (Notre traduction) (Lathrop et Foss, op.cit., p.19)

Pour Perreault (2009, p.15), le plagiat électronique se distingue avec la facilité avec laquelle il peut être commis. Il peut être question de :

– Recopier textuellement une phrase, un paragraphe ou une page entière provenant d’une source électronique (ex. page web, blog, forum, courriel, fichier
Word, fichier Power point, cédérom, etc.) Sans placer le texte entre guillemets et sans mentionner la source.
– D’insérer des images, des graphiques, ou des données (ex. fichier Excel, base de données en ligne) sans en indiquer la source ;
– de traduire partiellement ou totalement un texte, et de copier la traduction sans en mentionner la provenance.

Dans le même ordre d’idées, la traduction selon (Lathrop et Foss, op.cit.) peut tout aussi bien prendre une autre tournure : un document en anglais traduit en français puis retraduit en anglais fait que retracer les mots clés du texte original en anglais relève presque de l’impossible. Par ailleurs, le plagiat électronique peut prendre la forme d’une réutilisation de produits électroniques antérieurement rédigés ou venant de personnes tierces (Dochartaigh, 2002 ; Gurak, 2005), d’achat de travaux scolaires en ligne ou rédaction de travaux par sites web interposés. (Perreault, 2009 ; Larthrop et Foss, 2000 ; Hird, 2000 ; Rozakis, 2007)

Roberts (2008, p.2) trouve justement que :

Sur une échelle de gravité, vient en premier lieu, l’achat d’un essai ou d’un travail sur l’un des sites de triche dont Internet regorge. A l’autre bout de l’échelle, moins grave, figurent, l’usage d’une phrase incorrectement référencée ou carrément l’absence de référence. (Notre traduction)

En somme, la gamme des pratiques déshonnêtes n’est limitée que par les limites de l’ingéniosité des étudiants à utiliser la technologie. (Underwood et szabo, 2003)

Il ressort de toutes ces définitions, tantôt générales tantôt circonstanciées, qu’elles ont en commun deux idées forces. La première est que la plagiat électronique, quelle qu’en soit sa forme, est l’appropriation délibérée et irresponsable des mots, idées ou pensées d’autrui sans en désigner les auteurs et ce, pour soumission d’un travail académique soit-il noté ou pas. (Instrument Of Student Governace, 2009). Le second est que le plagiat électronique se fait par le truchement de l’outil informatique et Internet, bel et si bien que le phénomène a « quadruplé durant les six dernières années ». (Gregson, 2008, p.29)

Cette synthèse représentant la base du processus plagiaire peut être schématisée de la sorte :

Figure 2.1. Le processus plagiaire

Le processus plagiaire

Le processus du plagiat (Notre traduction)
Source : Yeo (2006)(18)

Au centre du processus se trouve l’étudiant plagiaire. Les éléments clés du plagiat sont en italique : l’usage ou le copiage, délibérément ou accidentellement pour tromper sur la paternité du travail. (Yeo, 2006)

Et pourtant, le plagiat électronique demeure un sujet glissant car il prend des significations culturelles différentes en fonction de nombre de variables locales contingentesle régime socio-économique, le climat politico-culturel, la technologie disponible, le genreémergeant à des moments historiques différents. Par ailleurs, il soulève une foule de questions ayant trait à la propriété intellectuelle, la paternité (authorship), la loi, l’éducation, la technologie, les codes éthiques et les normes sociales.

Pour Bloom (2008), la controverse sur le plagiat électronique trouve ses racines dans les conceptions qu’on se fait de l’imitation et de l’originalité, et que la manière de considérer cette dichotomie façonne la manière de voir nos étudiants et leur problème à négocier les limites du plagiat.

Les aphorismes tels que « le plagiat n’est jamais que l’art de l’anamorphose » (Henning, 1997, pp.13.19), « immature poets imitate, mature poets steal »(19) (Eliot.et Kermode, 2003, p.xiv), « copier d’une personne c’est du plagiat, copier de plusieurs c’est de la recherche » (Mizner cité par Stebbins, 2006,p.153), sont une évidence s’il en est, que le plagiat sous sa mouture classique et électronique est après tout une question d’opinion et, en tant que tel, il existera ou n’existera pas selon que l’opinion la plus dominante le reconnaisse comme tel ou non.( Randall, 2001). Aussi, toute tentative de cerner ce phénomène ne doit-elle pas nous faire tomber dans une espèce d’ « absolutisme morale » (March, 2007, p.3) ou « […] d’ethnocentrisme…considérant qu’il n’y a de par le monde qu’une seule pratique universitaire » (Pennycook, 1994, cité par Chen et Teresa Ku, 2008, p.80) à l’endroit du plagiat électronique.

Par contre, quand il s’agit de désigner la cause première de cette prolifération endémique du plagiat électronique (Strangelove, 2005), il y’a « une croyance presque universelle » (Howard, 2007, p.4) que c’est Internet, même si une minorité semble revendiquer « […] qu’il n’y a aucune évidence que le plagiat électronique est plus répandu que le plagiat classique » (Gerrard, 2003, p.496)

Ainsi, Underwood et Szabo (op.cit.), au terme de leur recherche investiguant l’étendue de la participation des étudiants britanniques dans des pratiques plagiaires via Internet sur un échantillon de 291 étudiants, ont révélé que 94% de la cohorte est suffisamment qualifiée en informatique pour plagier, et que ceux fréquemment fréquentant Internet ont tendance à plagier beaucoup plus que les autres.

Thomas (2006) spécifie lui aussi que lors d’une étude réalisée en 2003 par The Rutgers’University Center For Academic Integrity sur 11.000 étudiants de l’enseignement supérieur, 58% des répondants admettent qu’Internet leur permet le copiage pour réaliser leurs compositions.

Sur le même registre, Six degrés, compilatio.net et Sphinx Développement (2008), révèlent, suite à une enquête réalisée aux universités de Barcelone et Saragosse, que neuf étudiants sur dix utilisent Internet pour se documenter et 93.9% reconnaissent faire du « copier-coller ».

Et, on pourrait encore recenser les études qui ont stigmatisé Internet. Le plagiat électronique est « […] répétitivement décrit comme une « épidémie ». (Howard et Carrick, 2006, p.249) et certes, la communauté éducative n’en est que scandalisée, mais en fait, le problème est si alambiqué que nous ne devons pas incriminer Internet et faire de ce « […] système global de communication et de partage de connaissance un bouc émissaire. »(Tapscott, 2009, p.291). Le fait est que le plagiat électronique est un jugement. Il ne dépend ni des actions ni des intentions du copieur, mais dépend plutôt du lecteurrécepteur, ou ce que (Randall, op.cit., p.vii) nomme « The eye of the beholder »(20).

18 YEO, S. (2006). Science And Engineering Students’ Beliefs About Plagiarism: It’s Only An Assignment, Proceedings of The Assessment In Science Teaching And Learning symposium, The University of Sydney, p.140
19 Nous traduisons : Les poètes immatures imitent, les grands poètes volent.
20 Nous traduison : l’oeil du spectateur

Page suivante : 2.6. Le plagiat électronique : faut-il incriminer Internet ?

Retour au menu : LE PLAGIAT ẾLECTRONIQUE AU NIVEAU DE L’ENSEIGNEMENT SUPERIEUR UNIVERSITAIRE PUBLIC : ETAT DES LIEUX, PROPOSITIONS DE PISTES DE PRẾVENTION ET DẾTECTION CAS DE L’UNIVERSITẾ SULTAN MOULAY SLIMANE DE BENI MELLAL