2.6. Le plagiat électronique : faut-il incriminer Internet ?

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Le cyber-plagiat, le copier-coller, la cyber-triche, la triche hight tech, vol de propriété intellectuelle, sont autant de termes pour désigner les atours que prend l’usage de mots et idées d’autrui sans citation de sources. (Pearson, 2005). Ainsi l’utilisation d’Internet par les étudiants ressemblerait en quelque sorte à :

[…] un grand groupe d’étude avec une gigantesque archive de composants d’essais copiés-collés, où la possibilité de piquer une épave flottante de ce vaste océan qu’est Internet, n’est pas aussi abominable que de chaparder un passage d’un livre de bibliothèque.(Notre traduction) ( Fritz,M, cité par Lathrope et Foss, op.cit., p.18)

Décomplexés donc et sans vergogne, les étudiants continuent à concevoir positivement Internet, que ce soit dans la préparation de leur cours ou leur employabilité à long terme. (Hannafin et Hill, 2008), et dans la foulée, continuent à faire du plagiat, ce que les institutions d’enseignement considèrent comme de la tricherie « […] ou en langage universitaire, « un manque d’intégrité académique ». (Neville, 2007, p.18). Aussi, les récriminations contre Internet ne se font pas rares.

Internet pour Dorchartaig (2002, p.249) a « […] changé la nature du plagiat pour toujours…et le rend plus facile que jamais ». Les plagiaires d’antan devaient trimer pour pouvoir copier des passages des livres. Or, avec Internet ce n’est plus le cas.

Ainsi, Ryan (1998), trouve que la prolifération des pages web et les publications électroniques rendent le plagiat facilement faisable et ardûment détectable. Le plus dangereux selon Laird (2001) c’est que les étudiants le font étourdiment :

[…] Students have now reached the food table. They are taking what is there, without regard for whether they can handle it, whether they need it, whether they even know what it is. They are copying, pasting, wallpapering, and MP3-ing their academic exisences. (ibidem.)(21)

Pour Murray (2002), si le département de psychologie de Emporia State University avait l’habitude de rencontrer un cas ou deux de plagiat, avec le ras de marré Internet, le nombre s’est vu multiplier par 20. Une augmentation qui ne semble pas s’essouffler et, Kennedy (2004), la met sur le compte des diverses tentations en ligne, la masse énorme d’informations disponibles, les commandes copier-coller, mais aussi le mythe que toute chose sur Internet est libre.

Cette assertion ne semble pas être partagée par Underwood et szabo (2003, p.467) qui ne cachent pas leur scepticisme quant au fait que ce sont les technologies de l’information et de la communication notamment Internet et « The World Wide Web (WWW)(22) » qui ont facilité et éperonné le plagiat électronique.

Il est vrai reconnaissent Scanlon et Neumann (2002), que l’accès presque universel à Internet a toujours été cité comme la raison essentiel du déclin de l’intégrité académique et la montée du plagiat, mais ils arguent que l’impact d’Internet sur le plagiat des étudiants, si impact il y’a, est une conjecture qui n’a pas encore été étudiée suffisamment et systématiquement. Et justement leur étude sur le plagiat électronique réalisée sur 698 étudiants de neuf collèges et universités durant quatre ans, a révélé que seulement 16.5% des répondants reconnaissent copier-coller quelquefois des textes sans citer les sources et 8.0% le font souvent ou très souvent. Par contre le plagiat conventionnel semble prédominant.

Internet est sans conteste, l’espace de travail des étudiants, notamment ceux de la « Net Generation(23) », (Hricko, 2008, p.616) qui le considèrent en effet comme leur principale source d’information et ressource de communication. Selon Hird (2002, p. 110), et ce n’est pas leur conduite en ligne qui est la cause de cette « phobie Internet » des adultes, mais plutôt l’inexpérience de ces derniers de ce medium.

Par ailleurs, cette diabolisation infondée d’Internet, Duggan (2002, p.64), la récuse, puisque selon lui, « devenu le croque-mitaine du milieu universitaire, la plagiat est traité comme s’il venait d’être inventé soudainement par Internet », et l’on oublie souvent que c’est grâce à Internet que l’on a pu démasquer et prouver des cas de plagiat de masters et de dissertations doctorales qui n’auraient jamais été débusqués autrement. La difficulté selon lui est que les universitaires, au lieu de maintenir une approche critique de ses usages et applications, focalisent obstinément sur la technologie en elle-même. Aussi en appelle-t-il à une littératie(24) d’Internet, bel et si bien que, séparés selon lui, ces deux mots deviennent volatiles. Il est convaincu que « […] les mécanismes permettant d’éviter le plagiat dans cette culture du copier-coller est relativement simple : il requiert simplement que les enseignants soient éclectiques et rigoureux dans la mise à jour dans leurs cours. ».(Notre traduction)(ibidem.).

Or, il parait que les standards académiques du plagiat n’ont pas été mis au diapason des réalités de la technologie et, au lieu de composer avec les complexités inhérentes à cette technologie, les enseignants préfèrent adopter la politique de l’autruche et s’en prennent à Internet. (Gurak, 2005)

D’autre part, l’expansion d’Internet a seulement enclenché une sensibilisation au plagiat électronique, mais éthiquement parlant, les objections à l’encontre du plagiat sont les mêmes, que le document plagié soit de sources électroniques ou conventionnelles. (Richards, 2005)

Sans nier la dimension éthique sous-jacente au plagiat électronique et le dilemme académique qu’il représente- « C’est le nouveau dilemme par excellence du millénaire » (Maruka, 2006, p.242)- le phénomène doit être mis en contexte, puisque au-delà de la simple accusation d’Internet, il interpelle les mœurs culturelles, les canons académiques, les processus d’apprentissage, la nature et la valeur de l’éducation elle-même. La contextualisation est d’autant plus salutaire que les statistiques sur l’omniprésence du plagiat électronique tendent à compliquer le problème plutôt que de le clarifier, eu égard à l’élasticité définitionnelle du phénomène. (ibidem.).

D’un autre point de vue, le plagiat électronique ne serait-il pas révélateur, à plus forte raison, de « […] l’émergence d’une nouvelle manière de se rapporter aux connaissances et aux savoir ?…un remplacement d’un paradigme ancien par un nouveau ? » (Raes, 2009, p.102)

Bergadaà (2009, p.29), semble probablement abonder en ce sens, quand elle explique qu’au moment où Internet modifie littéralement notre manière de nous approprier la connaissance, la créer et la diffuser, les enseignants paraissent se complaire d’une paresse à « […] remettre en question leur métier en mutation »

Néanmoins, le plus palpable pour le moment, c’est que les professionnels de l’éducation jettent l’anathème sur la technologie alors que, la manière avec laquelle les étudiants plagient et les moyens qu’ils y mettent, sont d’ordre contextuel. Le point nodal est comment les enseignants y répondent. Les technologies et leurs usages sont un construit social et en tant que tel, ce n’est pas Internet qui devrait être tenu pour coupable mais plutôt le corps enseignant et la société en générale.(Harwood et Asal, 2007).

Ceci étant, les étudiants, comme le précise Bergadaà (2006), adoptent certes une posture accusatoire à l’égard des enseignants et de l’institution qu’ils décrivent être en déphasage avec la culture informatique technologique qui est la leur, mais ils le font non pas tant par manque d’estime à leur endroit que par le flou qu’ils ressentent envahir la relation

« […] académique entre le professeur qui prodigue des connaissances, l’évaluation des connaissances acquises et le contrôle et l’application de sanctions »(ibid., p.23)

21 Notre traduction du passage est la suivante : « La table à manger est maintenant à la portée des étudiants, ils y prennent ce qu’ils y trouvent sans même se demander s’ils peuvent le prendre, s’ils en ont besoin et même sans se demander ce que c’est que au juste. Leur existence universitaire s’écoule en copiage, collage, habillage et ‘téléchargeage’. »
22 WWW : (World Wide Web) ou W3: abusivement confondu avec Internet, c’est un système d’information hypermédia sur Internet. Il est en fait une application prenant appui sur Internet. Son principe est la navigation à travers les pages web par des liens hypertextes. Un lien hypertexte est « […] tout simplement une adresse indiquant l’endroit précis ou se situe l’ordinateur et le dossier ou le répertoire dans lequel se trouve la page recherchée…l’on peut ainsi consulte n’importe quelle page du W3 si l’on connaît son adresse web, aussi appelée URL (Uniform Resource Locator) » ( Helfrich, 1998, p.86) Il a été conçu par Tim Berners-Lee du Centre Européen de recherche Nucléaire de Genève en 1989. (Cotet, 1995)
23 Net Generation : appelée aussi “Net Gens”, “Generation Y”, “Google generation”, “Digital Natives” ou encore “Millennials”, est une appellation pour désigner les individus nés entre 1976 et 2001. C’est la dernière génération du XXe siècle et la première à grandir dans une culture Internet et un environnement multimédia. (Hricko, 2008)
24 Littératie d’Internet ou littératie informatique : « […] désigne une aptitude précise, à savoir comprendre l’enjeu et l’utilisation de l’information par les voix de multimédia, de l’informatique et de sa fine fleur, Internet, dans la vie courante, à la maison, au travail et dans la société de l’information, en vue d’atteindre des buts personnels ou professionnels et d’étendre ses compétences et ses capacités » (Meylani, 2004, p.100)
L’auteur souligne qu’une portion assez importante d’adultes, dont nombre d’universitaires sont touchés par une littératie informatique qui prend plusieurs formes telles que :
– Des lacunes d’écriture, de lecture et navigation et de communication par les TIC ;
– « un regard superficiel voire mythique de la machine (fascination), et une anthropologie naïve masquant les vrais enjeux (de connaissances, politiques, axiologiques) de l’utilisation de l’outil dans la société d’information » (Ibid., 2004, p.100)
– résistance au changement basée sur une critique plutôt techniciste ;
Or, dans la société de l’information, la littératie informatique est une exigence et, les lacunes accusées par nombre d’universitaires en matière de lecture, écriture et usage « intelligent et vigilent »de l’ordinateur et des ressources informatiques posent des difficultés aussi bien pour le système d’éducation que pour l’individu et la collectivité. Il est vrai qu’un niveau assez élevé de scolarité offre des chances à un usage meilleur de l’outil informatique et Internet, toutefois la corrélation n’est pas évidente. (Ibid.)

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