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2) Politique linguistique, politique culturelle et punk/hardcore

Les politiques culturelles menées depuis André Malraux dans les années 60 et surtout après mai 68
visent, dans l’ensemble (et bien sûr avec des divergences de points de vue, de méthode et d’efficacité
selon les ministres et les époques) à rendre la culture accessible au plus grand nombre, à la
démocratiser, et à réduire « la fracture sociale » que constituait l’accès à la culture (Philippe
Douste-Blazy, ministre de la culture sous Jaques Chirac en 1995, disait que la politique culturelle se
doit d’être « l’élément essentiel de la réduction de la fracture sociale. »). Jean Caune, dans « La
démocratisation culturelle » (PUG 2006) : « Depuis les années 70, en matière d’art et de culture, les
responsables politiques suivent la logique initiée par André Malraux : favoriser l’accès aux biens
culturels grâce à une politique d’offre et de conservation du patrimoine. » et le préambule de la
Constitution française affirme que « la nation garantit l’égal accès de l’enfant, de l’adulte, à
l’instruction, à la formation professionnelle et à la culture. »

Ainsi le Ministère de la Culture se fixe-t-il pour objectif de faire en sorte que la culture au sens
large (musique, littérature, cinéma, théâtre…) ne soit pas réservée à une élite. Mais de quelle culture
s’agit-il et comment s’emploie-t-on à atteindre ce but ?

Nous avons vu que l’immense majorité de structures d’accès à la culture (opéras, théâtres,
bibliothèques) vivent ou survivent sous perfusion de l’Etat ou des collectivités locales. En 2010, le
budget du ministère de la culture n’avait jamais été aussi élevé avec 3 079 millions d’euros, soit
environ 1% du budget de l’Etat, mais il faut ajouter à cela une part non négligeable de subventions
plus locales et d’autres ministères (comme Jeunesse et Sports). Et pourtant, les professionnels de la
culture ne se sont jamais autant plaint du manque de moyen auquel ils doivent faire face (cf les
grèves des intermittents du spectacle en 2003 notamment). Le fait est que certaines structures « de
prestige » comme l’opéra de Paris abusent du caractère automatique des subventions, diminuant
d’autant la part des recettes propres à leur budget, empiétant d’autant sur le fonctionnement des
petites structures.

Ainsi, le site de l’opéra de Paris affiche pour 2009 le budget suivant : 58% des recettes en provenan
ce de l’Etat, soit 104,6 millions d’euros HT, les recettes de billetterie à 48,3 M€ (27%) , le mécénat à
6,4 M€ (4%) et les autres recettes à 22 M€… sachant que « L’Opéra national de Paris investit
chaque année 14 M€ au titre de la rénovation de ses espaces scéniques, de ses bâtiments et de la
maintenance de ses infrastructures. »

En ce qui concerne la diffusion audiovisuelle, on sait que la France tient à son « exception
culturelle » à travers des quotas de chanson en français à passer à la radio, s’élevant à 40% des
diffusions. Cette loi semble en tout cas efficace en terme de ventes puisque « la part de la chanson
française dans les ventes de disques est passée de 44,7% en 1993 à 62% en 2002, et 56% en 2009 »
(Benhamou 2011).

Le seul problème de cette tradition républicaine de diffusion de la culture et de la chanson
francophone tient au fait que le public n’a pas son mot à dire dans le type de culture qui lui est
proposé, d’ailleurs comme le dit le bassiste d’Heyoka dans son interview : « on en discutait avec les
Tagada Jones qui eux, maintenant tournent un peu partout, ils nous disaient qu’en Russie ou en
Corée du Sud, les gens trouvaient des radios rocks. C’est à dire que nous par exemple ce qu’on fait,
ça pourrait être diffusé sur des radios nationales. Ils ont une espèce de culture de la musique que l’
on n’a pas ici de manière populaire, ça reste un truc très sectaire. Ça c’est dommage. Je pense qu’on
est un des rares pays au monde à avoir ce problème là. »

Ces quotas de chanson en français n’ont pas seulement à voir avec la question culturelle mais aussi
évidemment avec la question linguistique.

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