1.1.CONTEXTE DE L’ETUDE

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Au regard de sa diversité géographique, climatique et écologique, le Cameroun est un pays doté d’un grand potentiel agricole, et économique. Malgré ses richesses naturelles, le Cameroun a depuis les années 1980, sombré dans une crise profonde marquée par des changements politiques et sociaux, mais aussi par une détérioration de la situation économique accentuée notamment par la baisse des prix des principaux produits d’exportation et des revenus pétroliers (Banque Mondiale,1995).

Parlant de changements économiques et financiers, Mbaye (2004) précise que le vide financier laissé par les banques classiques et commerciales après l’imposition des Programmes d’Ajustement Structurel (PAS), l’arrêt des subventions et la fin des prix garantis (Nations Unies,1991) par les institutions de Breton Wood aux pays africains ont permis l’éclosion des institutions de microfinance. Institutions qui se veulent être une formule intermédiaire entre les tontines traditionnelles et les banques classiques. Soutenue par les bailleurs de fonds, la microfinance s’est ainsi généralisée dans les pays pauvres après le succès de la Grameen Bank au Bangladesh qui a su s’imposer dans un contexte de grande pauvreté.

Malgré cette éclosion des établissements de microfinance, le potentiel agricole important dont dispose le Cameroun et l’autosuffisance alimentaire relative au plan national, la famine et la pauvreté demeurent des réalités manifestes dans certaines régions du Cameroun, notamment en milieu rural où vit plus de 70% de la population (Moulende, 2003).

Parmi les préoccupations ou stratégies jugées fondamentales pour vaincre le défi de la famine et de la pauvreté, figure en bonne place la question d’accès aux ressources. En effet, l’OCDE(2004) et le PNUD(1999) inspirés par les travaux d’Armatya (1995) sur la théorie du bien-être, appréhende la pauvreté comme étant une « absence de capacités (CAD, 1997) » voire une « absence de possibilités d’accès aux ressources » (PNUD, 1999). Quatre principaux types de ressources sont jugés essentiels pour élargir les possibilités d’accéder à un meilleur bien-être : le capital naturel ou physique, le capital humain, le capital social et le capital financier.

Selon Ribot et Peluso (2003), le capital naturel est le droit d’utilisation des ressources naturelles, et le capital humain est l’ensemble des connaissances, qualifications, compétences et caractéristiques individuelles qui facilitent la création du bien-être personnel, social et économique (OCDE, 2004). Et parlant du capital social, Bonnewitz (2002) le définit comme étant un ensemble de relations « socialement utiles » qui peuvent être mobilisées par les individus ou les groupes dans le cadre de leur trajectoire professionnelle et sociale. Par ailleurs Pineault (2002) inspiré par les travaux de Hilferding (1970) appréhende le capital financier comme l’ensemble des rapports sociaux qui bouleversent et restructurent des formes institutionnelles aussi fondamentales à l’économie capitaliste que sont la monnaie, le crédit ainsi que la propriété. Par conséquent le faible accès ou le non contrôle de l’un ou l’autre type de ces capitaux ou ressources détermine des poches ou niches d’incapacité et contribue à accentuer la pauvreté.

En effet, lutter contre cette criarde pauvreté des populations rurales, améliorer leur sécurité alimentaire et nutritionnelle, accroître leurs revenus et renforcer leur capacité de résistance, tel est le but du Fonds International de Développement Agricole (FIDA). Fonds qui par ailleurs se donne pour objectif au Cameroun de contribuer à l’allègement de la pauvreté à travers : (i) Le renforcement des institutions et organisations rurales impliquées dans la gestion des ressources naturelles, la finance rurale, la commercialisation et la transformation des produits agricoles et (ii) La promotion des partenariats durables entre les services techniques de l’Etat, le secteur privé et la société civile de même que les ONG et les organismes de base (FIDA, 2008).

C’est ainsi que le Projet d’Appui au Développement de la Microfinance Rurale (PADMIR) a été conçu comme instrument opérationnel de lutte contre la pauvreté et de promotion du développement rural grâce à l’appui du FIDA, pour améliorer l’environnement de la microfinance et faciliter l’accès des ruraux aux services financiers particulièrement les jeunes et les femmes.

Cependant, face aux garanties imposées par les institutions de microfinance pour accéder aux crédits, les femmes représentent un risque dans la mesure où elles ne disposent pas de ressources garantissant le remboursement (Duval, 2002) d’une part, et d’autre part, des études ont démontré que le crédit est moins accessible aux femmes qu’aux hommes lorsque les ONG prennent de la maturité et deviennent des institutions formelles (Etablissement de Microfinance) à but lucratif (Cheston, 2006; Lynch et Schneider-Moretto, 2008).

C’est donc suite à cette « exclusion » plus ou moins manifeste des femmes aux services financiers et au « processus de libéralisation de l’économie dans lequel s’est engagé le Cameroun dès 1992 pour essayer de juguler la crise économique (Belibi, 2002) ».C’est ainsi que certains bailleurs de fonds notamment le FIDA(2009) recommandent aux réseaux d’établissements de microfinance partenaires d’être sensibles aux préoccupations des femmes en ce qui concerne les offres de leurs services.

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