1. Définition et historique

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1.1. Définition

Le mot « éreutophobie » est une dérive des termes désignant correctement cette phobie. En effet, la bonne orthographe du mot serait « éreuthophobie », il est alors plus facile de citer l’érythrophobie. Ces mots sont basés de racines grecques : érythros et ereuthos signifient « rouge » et phobos signifie évidemment la phobie, la peur. L’érythrophobie est donc une crainte obsédante de rougir en public, un trouble à la fois physique et psychique. Cette peur de rougir survient pour tout et n’importe quoi. Le sujet a peur de se retrouver dans des situations sociales qui le feront rougir, il craint que ses symptômes anxieux soit mal perçus par autrui. (1)

Les éreutophobes vivent très mal cette situation où ils se sentent sans cesse sous l’observation des autres. Cette crainte se manifeste au point de vue social, on l’appellera donc une « phobie sociale » qui n’est pas à confondre avec une phobie spécifique ou simple. L’anxiété sociale est aussi un terme pour classer l’éreutophobie. Cette phobie est causée par de nombreux facteurs qui sont très difficile à identifier clairement. Il suffit d’une simple pensée au rougissement pour que le visage de l’éreutophobe se transforme en tomate ou en fraise de Wépion, comme disent certains « non-éreutophobes ». Tout le monde rougit ; Seulement, chez les éreutophobes, les « flushs » peuvent survenir dix, vingt, trente fois par jour !

Mais il faut bien distinguer l’éreutophobie, qui est une éreuthose obsédante, d’une simple facilité extrême de rougir qui n’engendre pas de réel mal-être. L’éreutophobie est reprise dans la classification du DSM* (2) -III et du DSM-IV dans la catégorie des troubles anxieux comme phobie sociale. Le DSM (3) est un manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux publié par l’American Psychiatric Association.

Les causes de l’érythrophobie sont psychologiques, physiques mais peut aussi être génétiques. Les conséquences, quant à elles, montrent une dépression, un mal-être qui peut se transformer en véritable cercle vicieux et mener à un trouble encore plus profond. Les traitements sont divers : thérapies, médicaments, hypnose et même la chirurgie ! (4) Tout ceci sera plus détaillé dans les chapitres suivants.

L’éreutophobie est très mal connue dans le monde et même par les spécialistes comme certains psychiatres, psychologues,…Mais de plus en plus, cette obsession à la rougeur attire l’attention et fait l’objet de nombreuses recherches.

1.2. Historique

L’éreutophobie est un mal-être psychologique marquée par une sorte de soumission, de rabaissement face à une personne qui exerce une certaine domination. Ce sentiment de soumission existe depuis la préhistoire. Mais est-ce que l’érythrophobie existe depuis toujours ? Il est très difficile de le savoir. Si nous nous référons aux animaux, le rougissement pourrait interpréter un signe de dominance. En effet, chez les Diamants de Gould, qui sont une espèce de petits oiseaux, le mâle dominant est caractérisé par sa tête rouge alors que les jeunes ont une tête grise (5). Cependant, chez les grands singes qui sont l’espèce de mammifères la plus proche de la nôtre au niveau relationnel, l’individu inférieur doit baisser le regard face à l’être dominant pour montrer son infériorité et éviter un combat perdu d’avance. Il se peut que cette marque de soumission ait été conservée dans notre patrimoine génétique. Le rougissement est peut-être la trace de cette soumission car les flushs sont souvent associés à un sentiment de gêne, d’embarras, de honte, de culpabilité et d’infériorité (6).

Concernant de nombreuses de personnes, l’éreuthophobie a commencé à intéresser certains grands hommes. La plus ancienne description est celle d’Hippocrate*, même si il ne parlait pas directement d’éreutophobie. Mais ses propos se révèlent être très évocateurs lorsqu’il dit : « Il aimera vivre dans l’obscurité, ne pourra pas supporter la lumière ou les endroits éclairés. Son chapeau cachant toujours ses yeux, il ne pourra voir ou être regardé malgré sa bonne volonté. » . Il est clair qu’il s’agit d’un cas d’éreutophobie où le sujet craint la lumière, peur de révéler son rougissement et se dissimule derrière un chapeau craignant le regard des autres qui amplifierait son rougissement.

Le Moyen-Âge mérite bien son image barbare. En effet, à cette époque, on proposait des saignées du visage aux éreutophobes pour « éliminer » le sang trop important dans les joues. A la fin du XVIIème, le célèbre écrivain philosophe Jean-Jacques Rousseau* publie « Les Confessions ». On y retrouve la description d’un rougissement amplifié par l’embarras, la gêne et la honte (8).

Casper

Casper

http://www.kryminalistyka.fr.pl/crime_ludzie.php

C’est Johann Ludwig Casper, un médecin berlinois, qui sera le premier a identifié l’éreutophobie en 1846 en suivant un jeune homme atteint de crainte sociale majeure. Le XIXème siècle marque le début des travaux sur la phobie sociale. A la fin de ce siècle, les deux psychiatres aliénistes (= psychiatre spécialisé dans les troubles mentaux) français, Pitre et Régis, ont étudié l’obsession de la rougeur. De leur travail, il en ressort que l’on peut admettre trois degrés de la rougeur émotive. L’éreuthose simple, l’éreuthose émotive et l’obsédante. Cette dernière correspond à l’éreutophobie. Le neurologue et psychologue suisse, Claparède, à la même époque, publia une revue complète sur le sujet. Vient ensuite Pierre Janet, un célèbre psychologue, philosophe et médecin du XIXème-XXème siècles. Il publie en 1909 « Les Névroses* ». Il cite dans cet ouvrage : « Cette crainte constante à chaque instant réalisée devient pour l’individu un supplice de Tantale renversé ; du naturel peut-être le plus hardi et le plus sociable, il deviendra d’une timidité et d’une sauvagerie ridicules ; il évitera toutes les occasions de se produire, il recherchera la solitude ; les devoirs de société et quelques fois les devoirs professionnels lui deviendront horriblement pénibles ; sa vie sera littéralement brisée par une niaiserie » (9). Ces propos résument bien ce que ressentent les éreuthophobes.

Sigmund Freud* a également parlé de la névrose mais il n’a pas fait une description de la phobie sociale. La phobie est bien à distinguer de la névrose car la phobie est un symptôme de la névrose et la névrose est un syndrome. Il aurait pourtant discuté de l’éreutophobie dans un entretien avec le psychanalyste Adler, le fondateur de la psychologie individuelle, dans l’article « Un cas de rougissement compulsionnel ». La littérature montre un autre exemple d’éreutophobie que celui de Rousseau. Effectivement, Jean-Jacques Sempé, dessinateur et écrivain, raconte en 1969 l’histoire de Marcellin Caillou dont la vie est assez compliquée car il rougit sans aucune raison. Il se posait sans cesse la question : pourquoi je rougis ?

Marcellin Caillou de Sempé

Marcellin Caillou de Sempé

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Tous les enfants rougissent pour une bêtise qu’ils ont faite,… Mais Marcellin, lui, rougit lorsqu’il s’y attend le moins. En 1910, le sujet de la phobie sociale est traité par le docteur Paul Hartenberg avec la timidité où il ne parle pas d’éreutophobie mais de la phobie sociale en général. Dans les années 30, des termes désignant la névrose sociale apparaissent en Allemagne, en Angleterre et même au Japon. Le terme de « phobie sociale » est introduit par Marks, un psychiatre comportementaliste, vers le milieu du XXème (10). Après un grand vide d’intérêt pour la phobie sociale, c’est en 1980, que la troisième révision de la classification du DSM inclut la phobie sociale reprenant donc l’éreutophobie, l’agoraphobie*, … Dans les années 80 et 90, les échelles des psychiatres Liebowitz et Davidson permettront de mieux distinguer les troubles et d’étudier l’évolution des patients avant et après un traitement. Il reste cependant très difficile d’établir une échelle claire et précise car il y a de nombreuses situations et circonstances différentes. La psychanalyse créée par Freud dans les années 1900 permet un traitement par la parole. Le plus célèbre traitement, la thérapie cognitive-comportementale, existe depuis les années 90 et connait un grand essor dès 1995. En 1994, le DSM-IV, la version améliorée du DSM-III, reprendra toujours la phobie sociale (11).

L’éreutophobie existe donc depuis toujours. Elle est restée méconnue pendant très longtemps même si certains s’y sont intéressés. Il aura fallu attendre le XIXème siècle pour que l’érythrophobie fasse l’objet de recherches poussées.

1 André C., La peur des autres, p 53.
2 Les astérisques situés après les mots signifient que ces mots méritent des explications qui se trouvent dans le glossaire à partir de la page 69.
3 DSM : Manuel américain diagnostique et statistique des troubles mentaux.
4 Pelissolo A., Ne plus rougir et accepter le regard des autres, pp 169-180.
5 Valla J., La peur de rougir et ses traitements, p 11.
6 Pelissolo A., Ne plus rougir et accepter le regard des autres, pp 30-31.
7 André C., op. cit., p 53.
8 Valla J., La peur de rougir et ses traitements, p 8.
9 André C., op. cit., pp 53-59.
10 Deron J., La phobie sociale, PowerPoint.
11 Valla J., La peur de rougir et ses traitements, p 9.

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