2. Caractéristiques

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2.1. Qui ? Quand ? Quoi ?…(12)

L’éreutophobie touche environ 6% de la population à divers degrés. Si ce pourcentage est exact pour la Belgique ayant une population de onze millions d’habitants, il y aurait donc 660.000 éreutophobes en Belgique ! Et pourtant, le mot éreutophobie a plutôt une consonance extraterrestre. Tout le monde rougit (ou presque), c’est un phénomène normal. Mais l’intensité et la fréquence du rougissement diffèrent. La croyance populaire disant que les femmes rougissent plus que les hommes n’a nulle raison d’exister. En effet, dans un sondage réalisé auprès de cent éreutophobes, il n’y a qu’une légère prédominance féminine de 5%. Nombreux sont aussi ceux qui pensent que les blonds sont plus victimes des blushs que les autres personnes ayant une couleur de cheveux plus foncée. Cette idée est formée, sans doute, car la peau des personnes aux cheveux clairs est plus pâle et montre donc plus facilement la rougeur que les peaux plus mâtes. Il va de même pour la couleur de peau : Le psychologue Antoine Pelissolo explique : « Il est arrivé que des patients à peau noire se plaignent non pas de rougissement mais d’une sensation de chaleur des joues qui les gênait beaucoup dans leurs relations avec l’autre » (13).

L’érythrophobie survient généralement entre dix et vingt ans. L’adolescence est souvent une période difficile dans l’évolution d’une personne ; c’est le moment où l’enfant se cherche, se rend compte que les autres ne sont pas tous gentils, il essaye donc de plaire aux autres, il accorde de l’importance à son image. D’après un sondage, ce serait la fin de l’enseignement primaire et le milieu du secondaire qui marqueraient le plus les moments de l’apparition de l’éreuthophobie. Ce mal-être peut durer toute la vie, mais souvent l’intensité diminue avec l’âge car il se forme alors une réelle lassitude aux rougissements et une acceptation de ces rougeurs. Ou bien simplement, le mode de vie de la personne peut changer à un moment, ne provoquant plus de stress et d’anxiété sociale, la personne évolue donc en positif. Cependant, certains cas ne présentent plus de problèmes pendant une durée indéterminée mais replongent ensuite dans le cercle vicieux qu’est l’éreutophobie. L’enfant est rarement atteint par l’éreutophobie mais peut souffrir d’un autre trouble : il peut déjà présenter des symptômes de phobie sociale. Les réactions de l’enfant sont alors des pleurs, de la colère, des réactions d’inhibition,… (14) L’éreutophobe craint donc des situations sociales le faisant rougir. De nombreuses situations de la vie de tous les jours sont alors évitées :

• exposé devant un groupe de personnes
• rencontre des personnes connues au supermarché
• sentiment de honte ou de culpabilité
• situation devant un supérieur hiérarchique, un ami, un voisin, un membre de la famille, une personne du sexe opposé,…
• situation d’allusion sexuelle
• questionnement trop personnel
• …

2.2. Caractéristiques psychologiques (15)

Ce sont les situations que tous les éreutophobes redoutent le plus mais les flushs peuvent survenir à tout moment, dès que le sujet se dit : « Il ne faut pas que je rougisse maintenant ». Le simple fait d’y penser fait rougir l’éreutophobe. Et le fait de connaitre la personne qui est en face ne change rien. De manière générale, la phobie sociale peut être classée en deux parties : la phobie sociale généralisée et non généralisée. En effet, si une personne souffre de phobie généralisée, il craindra alors de nombreuses situations, presque toutes les situations le faisant rougir, pour l’éreutophobie. Une personne est dite victime de phobie sociale non généralisée s’il ne craint qu’une ou deux situations comme parler en public et prendre un dîner en famille. Mais cette dernière « classe » est rare, à moins que l’éreutophobe soit sur la voie de la guérison ou « en pleine formation de la phobie ». La situation allant se produire, l’éreutophobe est pris d’une anxiété qui peut parfois, dans les cas les plus intenses, se traduire par une attaque de panique. Malgré ce trouble psychologique, l’individu n’est pas pour autant un « malade mental », il est conscient de sa peur et admet qu’il a un trouble. L’éreutophobe, comme toute autre personne atteinte de phobie sociale, se rend compte de son problème. Personne n’a besoin de lui dire qu’il est éreutophobe, il le sait lui-même. (16) Il s’en tourmente tellement qu’il arrive à se poser des questions qui peuvent paraitre quelquefois idiotes : Pourquoi y a-t-il des personnes pâles ? Est-ce que le sang est plus éloigné dans la peau des autres ? Pourquoi ne suis-je pas comme tout le monde ? Ai-je trop de sang ? …

L’erreur souvent commise par les « non-éreutophobes » est de caractériser les éreutophobes de timides. En effet, un éreutophobe, contrairement au timide, a bien souvent une personnalité tournée vers la communication et l’échange. Il n’attend que de rencontrer des gens, se sentir bien avec ces personnes. Le blocage est simplement physique lié aux rougissements. Dans certains témoignages, des éreutophobes expliquent qu’il leur arrive de chercher à un moment le contact, de « déconner » en se montrant confiants et sûr d’eux. Et la plupart du temps, ils le regrettent par la suite car les flushs apparaissent.

Selon Freud, il y a quatre caractéristiques psychologiques essentielles de l’éreutophobie :

- le patient se retrouve pris de honte
- des souvenirs sexuels ou affectifs douloureux sont à l’origine du rougissement comme une scène de moquerie dans un groupe
- le patient se sent passif malgré lui
- le patient ressent de la rage intérieure

Certaines de ces caractéristiques confirment bien les propos avancés ci-dessus.

Mais l’éreutophobie est une phobie sociale, et comme toute autre phobie sociale, elle ne peut être évitée comme un arachnophobe évite une araignée. Comme le Docteur Valla le dit dans son livre : « Le patient se retrouve prisonnier de son corps qui le trahit » (17).

2.3. Caractéristiques physiologiques (18)

Après toutes ces caractéristiques psychologiques, il semble important de décrire l’érythrophobie sur le point de vue physiologique. Certaines études intéressantes sur l’éreutophobie ont révélé quelques coïncidences.

Tout d’abord, la rosacée (ou couperose) est bien souvent une pathologie liée à l’éreutophobie. La rosacée est une maladie cutanée incurable qui se décrit avec des taches de rougeur sur les joues, le nez mais aussi parfois sur le menton et le front. Quelques petits capillaires sont alors visibles sur les zones concernées. Quelques symptômes de rosacée correspondent à certains symptômes d’éreutophobie comme la sensation de brûlure et la facilité à rougir.

Ensuite, l’érythermalgie est également, dans certains, complémentaire à l’éreutophobie. Cette maladie est très rare et très mal connue. Il s’agit d’une forte sensation de chaleur dans les extrémités (mains et pieds le plus souvent) visible grâce à la rougeur soutenue. Les personnes qui en sont atteints se disent très soulagés par l’eau froide. Mais il se peut que cette maladie ne s’attaque pas qu’aux mains ou aux pieds, en effet, on appellera « érythermalgie de l’extrémité céphalique » cette maladie qui se limite au niveau de la tête. Dans ce cas, les patients n’ont pas d’autres choix que de rester la tête dans le congélateur pendant une ou deux minutes.

Certaines maladies plus ou moins graves peuvent causer et être liées au rougissement. En effet, la ménopause* cause des flushs de rougissement dus aux changements hormonaux des femmes âgées de la cinquantaine. L’hyperthyroïdie* qui est aussi un trouble hormonal provoque des rougissements. Mais encore d’autres maladies du pancréas ou d’autres glandes peuvent provoquer ce genre de réaction. Mais bien souvent, ces rougissements se présentent alors que la personne est au repos, tout seul chez lui,… A l’aide d’un médecin qui distingue les autres symptômes de la maladie en question, les rougissements sont donc rattachés à la maladie principale. Et il ne faut surtout pas oublier qu’un simple repas copieux ou une consommation d’alcool peut provoquer un rougissement puisqu’il dilate les vaisseaux sanguins.

L’hyperhidrose est une production de sueur excessive. Quand une personne est victime uniquement d’hyperhidrose (sans éreutophobie), cela peut le handicaper socialement et professionnellement. Cette pathologie est très dure à vivre dans les cas plus lourds. Mais quand elle est associée à l’éreutophobie, l’hyperhidrose devient la seconde préoccupation car le plus dur à supporter est naturellement l’érythrophobie. De nombreuses fois, le phénomène de Raynaud est également lié. Ce problème est dû le plus souvent par le froid. Les doigts deviennent blancs puis bleus,… Des picotements peuvent donc survenir et s’intensifier jusqu’à rendre les doigts douloureux. Toutes ces réactions sont contrôlées par le système sympathique. Et, comme par hasard, le rougissement aussi ! L’hypothèse d’une déficience du système sympathique (19) est donc émise.

2.4. Mécanisme (20)

Le rougissement est donc contrôlé par le système sympathique. Ce système est un système autonome (ou végétatif) avec le système parasympathique. Ces systèmes sont donc gérés par « réflexes », on ne peut les diriger. C’est le cerveau dit « inconscient » qui contrôle ces systèmes. Mais ils sont tous les deux différents : le système sympathique s’occupe des actions d’éveil, de stress. Par exemple, c’est lui qui gère la dilatation de la pupille selon l’intensité de la lumière ou encore accélérer le rythme cardiaque. Alors que le système parasympathique va justement ralentir le rythme cardiaque ou la stimulation de la digestion avec le contrôle de la sécrétion salivaire par exemple.

schéma anatomique de l'innervation végétative

Mauve A., http://www.francaise-bio-energetique.com/systeme-nerveux-veget.htm.

Ces réflexes sont bien incontrôlables : il est impossible de dilater sa pupille quand on le veut ! Comme indiqué en rouge sur le schéma ci-dessus, les nerfs sympathiques s’occupent bien des vaisseaux au niveau de la tête. De plus, le contrôle des vaisseaux sanguins est inconscient, le rougissement est par conséquent dirigé par ces nerfs autonomes. Et ce sont bien les nerfs sympathiques et non pas parasympathiques qui maitrisent le rougissement car c’est une réaction d’éveil et de stress et non pas de sommeil. Ce mécanisme est l’une des causes de l’éreutophobie. Il sera donc encore détaillé dans le chapitre suivant.

12 Valla J., La peur de rougir et ses traitements, p 6.
13 Pelissolo A., Ne plus rougir et accepter le regard des autres, p 23.
14 Deron J., op. cit., p 4.
15 Valla J., La peur de rougir et ses traitements, p 26.
16 Deron J., op. cit., p 4.
17 Valla J., http://infopatients.pagesperso-orange.fr/%E9reutophobie1.html.
18 Valla J., La peur de rougir et ses traitements, pp 21-22.
19 Voir schéma page 12.
20 Valla J., La peur de rougir et ses traitements, p 13-16.

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