3) Théorie de l’esprit

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L’humain acquiert notamment des connaissances grâce au développement de la notion d’état mental. La théorie de l’esprit entre en compte dans le développement de la communication et du langage chez l’enfant. Elle concerne les processus cognitifs à l’origine des états mentaux qui expriment nos croyances et perception au-delà des comportements directement observables. Pour connaître les objets, les êtres humains et leurs relations, il faut être capable de distinguer le « semblant » et le « pour de vrai », entre l’apparence et la réalité, c’est-à-dire entre la réalisation mentale et la réalisation effective.

La théorie de l’esprit désigne ainsi la capacité de se mettre à la place d’autrui : l’enfant prend conscience de ses propres états mentaux et d’autre part, il prend conscience qu’autrui n’a pas toujours le même point de vue que le sien. Il comprend que les connaissances, c’est-à-dire les croyances de chacun peuvent être exactes ou fausses. L’attribution d’états mentaux de type intentionnel, émotionnel et épistémique permet de faire des prédictions et de comprendre les comportements observables.

Il existe deux niveaux de représentations dans la théorie de l’esprit : un niveau simple quand on attribue des intentions (du type « il veut/il ne veut pas »), ou des états de connaissance (du type « il sait/il ne sait pas »). Ces attributions de niveau simple impliquent des raisonnements inférentiels qui permettent de dire « Il n’a pas vu donc il ne sait pas ». Les représentations sont de deuxième degré lorsqu’elles mettent en jeu des intentions et/ou des croyances (du type » A croit que B à l’intention de faire X »).

Pour Houdé et Pidinielli, la théorie de l’esprit concerne les connaissances et expériences métacognitives, liées aux activités cognitives qui peuvent être plus ou moins conscientes. Ces capacités cognitives relèvent d’un processus de développement au niveau phylogénétique et ontogénique. A partir de 2 ans, au niveau ontogénétique, les enfants peuvent attribuer des désirs à autrui. C’est à 4 ans qu’ils attribuent des fausses et vraies croyances à autrui. Les croyances du second ordre tel que « X croit que Z croit » apparaît seulement vers 6 ans. Bassano affirme que cette évolution est prouvée par l’utilisation des verbes croire et savoir.

La construction de la théorie de l’esprit se fait grâce aux interactions sociales. Elle est essentielle pour la communication verbale et non-verbale, et pour la construction cognitive et sociale, car l’enfant se découvre en découvrant simultanément les autres.

Selon Forguson et Gopnik, il existe un réalisme de sens commun qui se développe entre 18 mois et 5 ans. Il permet de reconnaître qu’il existe un monde commun à tous et indépendant de nos pensées et expériences. L’enfant tente de comprendre que ce qu’il connaît de ce monde, n’est pas nécessairement ce qu’en connaît autrui. Une étape est d’acquérir les représentations mentales de second ordre où l’on prend conscience de nos représentations mentales personnelles et de celles, différentes, d’autrui. On comprend que le monde n’est pas tel qu’il apparaît puisque chacun en a une perception, une représentation différente.

L’enfant doit comprendre la grande diversité possible des représentations mentales chez lui et surtout chez autrui pour parvenir à attribuer des fausses croyances à autrui. Les enfants de 3 ans distinguent les rêves, images, pensées et objets réels entre eux, ils ont donc la capacité de former et comprendre des représentations de second ordre, ils distinguent donc les représentations et la réalité.

Pour Tomasello, le début de la construction des états mentaux débute quand l’enfant se rend compte qu’autrui peut avoir une intentionnalité différente de la sienne. Il distingue 3 étapes dans le développement de l’enfant : tout d’abord, jusqu’à 9 mois, l’enfant développe l’attention visuelle. Entre 9 et 18 mois, il développe la compréhension d’autrui ; les personnes peuvent avoir une perception différente de la sienne. Puis, entre 18 et 24 mois, le langage de l’enfant varie selon ses interlocuteurs, ce qui prouve qu’il distingue l’autre comme une personne singulière, ayant des intentions et des croyances.

Pour tester la théorie de l’esprit chez les enfants, S.Baron-Cohen, A.M. Leslie et U.Frith (1985) ont inventé le test de Sally et Anne. Il consiste à présenter à l’enfant deux poupées prénommées Sally et Anne. On construit un scénario où Sally et Anne se trouvent dans une pièce. Sally cache une bille dans une boîte, puis elle sort de la pièce pour partir se promener. Pendant ce temps, Anne prend la bille dans la boîte et va la cacher dans un panier. Quand Sally revient de sa promenade, on demande alors à l’enfant ce qu’il a compris.

Dans cette expérience, les enfants de trois ans pensent que Sally sait que la bille a été transférée de la boîte dans le panier. Les enfants de deux à quatre ans n’arrivent pas à attribuer à autrui des fausses croyances. Ils parviennent pourtant à comprendre la simulation, notamment dans l’expérience des Smarties (A.Gopnik et J.W. Astington,1988). Ici, on présente à l’enfant une boîte de smarties, on lui demande s’il reconnaît cette boîte et ce qu’elle contient. Il répond « des smarties ». On lui montre que la boîte contient des crayons.

On lui demande ensuite « si un copain à toi arrive et qu’il voit la boîte, qu’est ce qu’il va penser qu’il y a dedans ? ». Les enfants de trois ans pensent que leur camarade absent est lui aussi informé de la présence des crayons dans la boîte. Ils attachent la croyance que la boîte est une boîte de crayons à tout le monde. Alors qu’à partir de quatre ans ils comprennent que l’enfant absent n’a pu voir le subterfuge.

L’enfant de trois ans attribue donc la fausse croyance à sa situation mais n’arrive pas à l’attribuer à celle d’autrui, car il ne fait pas de relation entre les croyances et leurs causes, ni entre les états mentaux et l’environnement. L’enfant qui acquiert la théorie de l’esprit acquiert donc la capacité à se décentrer et comprend que la vision d’autrui d’une situation dépend de sa position dans le contexte et fait la différence entre l’action et l’intention. Les enfants de 4 ans comprennent leurs fausses croyances et celles des autres. Leurs performances corrèlent avec leur compréhension des termes « penser » et « savoir ». Pour Flavell, les enfants acquièrent ces connaissances à la même période. A 2/3 ans, l’enfant comprend que l’esprit contient des entités mentales invisibles (pensées).A 4 ans il comprend l’activité mentale lorsqu’il acquiert une théorie représentationnelle de l’esprit. Il comprend alors qu’il faut analyser et interpréter les situations et que c’est pour cela que chaque individu a sa propre réalité construite par des représentations dans son esprit.

Il existe un lien très fort entre la théorie de l’esprit et le développement des capacités communicatives et langagières (Veneziano, 2010). Assurément, l’enfant doit avoir la capacité d’attribuer à ses locuteurs des intentions communicatives pour être compétent dans ses échanges. Veneziano explique qu’il doit savoir attribuer croyances et connaissances à l’interlocuteur pour comprendre le sens des énoncés, et adapter ses énoncés propres en fonction de ces attributions.

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