4) Langage non littéral

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Selon Sperber et Wilson, le discours non littéral est très fréquent. Un locuteur qui exprime sa pensée de façon indirecte produit « un énoncé qui exprime une proposition voisine de celle qui représente la pensée qu’il veut communiquer, mais qui offre suffisamment de ressemblance avec cette pensée pour avoir avec elle au moins une implication contextuelle commune. » (Bracops, p.128). Le locuteur qui choisit de s’exprimer par un acte indirect pense que c’est le moyen le plus adapté pour transmettre à l’interlocuteur sa pensée.

A) Ironie et sarcasme

L’ironie est définie comme étant « une raillerie consistant à ne pas donner aux mots leur valeur réelle » (Larousse, 2001). Bernicot (2001) explique qu’il y a dans l’ironie une différence entre forme et sens. Les capacités pragmatiques doivent alors être mises à l’œuvre pour comprendre le vrai sens d’un énoncé. Spearber et Wilson (1978 ; 1986) développent qu’il existe une dissociation entre les propos et les pensées des locuteurs, car le locuteur utilise en réalité des contenus auxquels il n’adhère pas. Pour pouvoir comprendre l’ironie, il faut donc reconnaitre à la fois la forme de l’énoncé et l’attitude. Laval et Ryckebush (2010) expliquent la différence entre l’ironie et sarcasme, où l’ironie n’a pas de cible déterminée, ce n’est pas intentionnel ; tandis que le sarcasme est intentionnellement dirigé vers l’auditeur. Selon Winner, Windmueller, Rosenblatt, Bosco, Best et Gardner (1987), le sarcasme est la forme d’ironie la plus facile à comprendre pour les enfants. Les études de ces auteurs montrent que la compréhension du sarcasme apparaît vers 5-6 ans.

Une étude d’Ackerman (1982) s’est intéressée au rôle de la nature du contexte (contradictoire ou non avec l’énoncé) et de sa position (antérieure ou postérieure à l’énoncé)

Les énoncés sont insérés dans des histoires que les enfants doivent interpréter. La compréhension du sarcasme dépendrait de l’âge et des éléments fournis par le contexte de production de l’énoncé. Les enfants les plus jeunes comprennent les sarcasmes seulement quand un contexte contradictoire adjacent est placé juste après l’énoncé, conduisant ainsi à une interprétation sarcastique. Les enfants de 8 ans interprètent correctement les sarcasmes quelle que soit la position du contexte, cependant leurs performances sont meilleures lorsque le contexte est adjacent et placé après l’énoncé.

Ackerman a aussi étudié le rôle de l’intonation utilisée dans la compréhension de l’ironie. Les résultats montrent que les plus jeunes utilisent beaucoup plus le contexte que l’intonation pour interpréter un énoncé sarcastique. Par contre, dés l’âge de 8 ans, l’intonation commence à jouer un rôle important pour comprendre un énoncé sarcastique.

Zufferey développe que le traitement de l’ironie relève du traitement non littéral du langage. Pour comprendre l’énoncé ironique, l’enfant doit se baser sur deux processus : d’un côté, il doit se baser sur le contexte et l’intonation, et de l’autre, il doit se baser sur sa théorie de l’esprit. Pour comprendre l’ironie, l’enfant peut utiliser soit ces deux processus à la fois, soit un seul.

B) Expressions idiomatiques

Bernicot (2000) explique que l’origine de la compréhension des expressions idiomatiques se trouve dans le contexte. Ackerman (1982) a étudié le rôle du contexte de production de l’énoncé et le rôle du caractère conventionnel de l’expression idiomatique chez des enfants de 6 à 10 ans. Il a ainsi montré que le contexte joue un rôle important dans la compréhension des expressions idiomatiques entre 6 et 10 ans. A partir de 10 ans, ils peuvent baser leur interprétation sur les caractéristiques linguistiques de l’énoncé. Le contexte joue donc un rôle très important jusqu’à ce que l’enfant soit familiarisé avec les expressions.

Gibbs (1997) a distingué deux types d’expressions idiomatiques selon leur degré de stéréotypie : celles dites « à degré de stéréotypie fort », comme par exemple l’expression « avoir un chat dans la gorge ». Elles ne peuvent pas être modifiées syntaxiquement sans perdre leur potentiel illocutoire. Les secondes sont celles à degré de stéréotypie plus faible, pouvant être éventuellement modifiées sans perdre leur potentiel illocutoire, comme par exemple l’expression « briser la glace ». Il les distingue notamment par leur transparence, à savoir qu’il existe des expressions dites « opaques », pour lesquelles la signification littérale n’a aucun rapport avec la signification idiomatique (exemple : « vendre la mèche »), et des expressions idiomatiques transparentes pour lesquelles la signification littérale entretient des relations avec la signification idiomatique (exemple : « marcher sur des œufs »).

Ackerman (1982) a réalisé une étude selon les différents types d’expressions idiomatiques (selon le degré de stéréotypie et la transparence). Cela aurait montré que lorsqu’il y a la présence d’un contexte, les enfants de 5 à 9 ans comprennent plus facilement les expressions idiomatiques à degré de stéréotypie fort. La stéréotypie n’aurait par contre que très peu d’effet chez les enfants les plus âgés. Les expressions idiomatiques transparentes restent mieux comprises que les expressions opaques à tout âge.

C) Analogies verbales

Milena Vezneva (2001) explique que l’analogie est un type particulier de raisonnement inductif. Elle permet la généralisation d’une situation pour pouvoir l’assimiler à une nouvelle situation, qui est proche de la précédente (par exemple : le nid est à l’oiseau ce que la niche est au chien). La capacité à faire des analogies dépendrait de la capacité de l’enfant à identifier la relation entre deux items.

Les opinions divergent quant à l’acquisition de l’analogie. Pour Piaget (1977), elle n’apparait que vers l’âge de 11-12 ans. Goswami et Brown (1989, 1990) pensent que dès 3 ans, les enfants sont capables de faire des analogies lorsqu’ils possèdent les connaissances nécessaires sur les relations impliquées dans l’analogie. Gelman & Markman (1987) ont également montré que les enfants de 3 ans et de 4 ans pouvaient raisonner par analogie.

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