VIII – Conclusion et perspectives

ADIAL

Au terme de cette étude, nous pouvons conclure que le centre du Maroc est le plus touché par les piqûres et les envenimations scorpioniques, principalement Marrakech- Tensift- AlHaouz, Doukala- Abda, Chaouia- Ouardigha,Tadla- Azilal et une grande partie du Souss- Massa-Draâ. KHOURIBGA fait donc partie des provinces du royaume les plus concernés par cette intoxication accidentelle qui est l’envenimation scorpionique, responsable d’un taux d’envenimation de 8.1% avec un taux de létalité de 0,6%.

Le taux d’envenimation moyen au niveau national est de 9.03% et le taux de létalité moyen de 0. 34%.

La répartition de quelques espèces scorpioniques montre un foyer important au centre du Maroc constitué essentiellement par l’Androctonus mauretanicus, l’Androctonus maroccanus, Hottentota franzwerneri, Butheloides marocanus et Buthus occitanus. Ce foyer correspond aux provinces les plus concernées par l’envenimation scorpionique et où la mortalité est très importante.

Les piqûres et les envenimations scorpioniques ont lieu principalement les mois les plus chauds (l’été) avec un pic en juillet ou août et surtout le soir entre 18 et 24 heures.

L’âge, la classe d’admission et le délai d’arrivée aux structures sanitaires sont déterminants dans l’évolution des cas de piqûres et d’envenimations scorpioniques. En effet, le taux de létalité diminue avec l’âge et les enfants d’âge inférieur ou égal à 10 ans sont les plus vulnérables. De plus, on note que aussi bien au niveau national que régional à peu près 1/3 des piqués sont des enfants d’âge ≤15 ans.

Les patients arrivés en classe de gravité II et III à l’admission c’est à dire les envenimés ont plus tendance à évoluer vers un décès et cette tendance augmente avec classe de gravité (classe II à III). Le cas de notre étude à partir du registre de Khouribga fait l’exception car l’effectif de la classe III est très faible : deux patients qui ont eu la chance d’être sauvés par le personnel médical.

Plus le délai d’arriver à la structure sanitaire est élevé et plus l’évolution vers un décès est importante. En effet, les patients arrivés dans un délai inférieur à une heure ont plus de chance d’être sauvés. Les référés ont aussi 3.5 fois plus de malchance d’évoluer vers un décès puisque leur délai d’arriver à la structure de référence est plus élevé et les conditions de leur transfert sont souvent lamentables.

L’évaluation de la stratégie de lutte contre les piqûres et les envenimations scorpioniques a montré une nette amélioration de la conduite à tenir par le personnel médical et une importante sensibilisation de la population.

En effet, au niveau national, la comparaison du nombre de régions et de provinces ayant déclaré les piqûres et envenimations scorpioniques a révélé une augmentation d’année en année principalement après la campagne et parallèlement une augmentation du nombre de déclarations.

Le taux d’envenimations au cours des années a soit diminué, soit augmenté selon les régions, ceci est du à une meilleure distinction des cas envenimés grâce à la conduite à tenir claire et précise élaborée par le CAPM. Le taux d’hospitalisation qui était élevé par rapport à celui des envenimations et qui a diminué confirme l’explication précédente.

Au niveau de Khouribga, l’optimisation du recueil des cas et la diminution du temps post piqûre entre les cinq années révèlent une population de mieux en mieux informée sur les piqûres et les envenimations scorpioniques et sur les moyens thérapeutiques grâce aux séances de sensibilisation et d’information réalisées par le CAPM. L’augmentation des patients référés vers des structures plus performantes, la diminution de ceux nécessitant un traitement et la nette diminution du taux de létalité, sont la preuve de l’amélioration de la conduite à tenir par le personnel médical.

Notre étude a démontré que la stratégie de lutte contre les piqûres et les envenimations scorpioniques est d’une efficacité exemplaire. Cependant, encore plus d’efforts sont nécessaires afin d’annuler, sinon presque, le taux de létalité et de mortalité par piqûres et envenimations scorpioniques et de minimiser les dépenses et les hospitalisations.

L’intérêt de cette étude épidémiologique est de définir les facteurs risques (âge, TPP, classe à l’admission), de déterminer et situer sur une carte les zones à risque ou foyers du scorpionisme afin de cibler la formation et l’information et de faire la comparaison entre ces zones à risque et la cartographie régionale rigoureuse de la répartition scorpionique afin de déterminer les espèces scorpioniques mortelles.

Une étude de la répartition de la faune scorpionique récente et rigoureuse englobant tout le Maroc doit continuer, ainsi que l’extension de l’analyse épidémiologique. Une autre étude concernant le problème de la distance entre les localités à risque et les structures sanitaires les plus proches semble nécessaire. L’aménagement de structures sanitaires au niveau des localités à haut risque ayant les moyens nécessaires pour l’hospitalisation sur place des envenimés serait aussi intéressant.

Les conséquences économiques et sociales sont encore loin d’être négligeables et méritent plus d’attention des responsables de la santé dans notre pays.

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