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Section 1 : L’accroissement de la volatilité du cours des matières premières

§1 : L’évolution de la politique agricole commune

La volatilité correspond à des variations de prix brusques et de forte amplitude.

La PAC avait pour vocation de départ de stabiliser les marchés et de garantir aux agriculteurs des prix stables et rémunérateurs. En 1962, l’Union Européenne a mis en place des Organisations Communes de Marché (OCM) dans le but de garantir une stabilité des prix agricoles. Le modèle productiviste de la PAC a généré une production agricole excessive que le marché ne pouvait plus absorber. L’Union Européenne a alors encouragé les exportations hors UE par l’attribution d’aides aux agriculteurs, pour écouler leurs produits selon le cours des produits mondiaux (moins chers qu’en Europe). Face aux critiques de l’OMC sur les distorsions de concurrence créées par la PAC, des aides directes aux agriculteurs ont été distribuées afin de limiter la surproduction et de compenser la baisse des prix garantis.

La nouvelle réforme de la PAC en 2013 prévoit une nouvelle répartition des aides dans le but de libéraliser totalement le marché agricole européen. La stabilité des prix n’est plus un objectif de la Politique Agricole Commune, constat illustré par l’Organisation Commune de Marché représentant 93% du budget de la PAC avant 1992 et seulement 7% en 2010. Les prix agricoles européens sont maintenant alignés sur les cours mondiaux, ils sont soumis à une spéculation étant donné la forte fluctuation des cours du marché agricole. Par conséquent, la volatilité des prix agricoles est aujourd’hui très forte.

§2 : Les conséquences visibles dans les secteurs agricoles

L’instabilité des prix est due principalement à la dépendance des rendements aux conditions climatiques faisant varier les quantités produites. La multiplication des crises agricoles a révélé une volatilité structurelle des prix c’est-à-dire lié aux variations constantes de production.

De 2006 à 2008, la flambée des cours agricoles(38) a eu des effets néfastes pour les consommateurs, provoquant même des « émeutes de la faim » dans certains pays d’Afrique, et aussi pour certains professionnels de l’agriculture. En 2009, les prix des céréales ont chuté mais subissent une forte augmentation depuis 2010. La hausse actuelle des prix s’explique par une sécheresse aux Etats-Unis qui compromet les récoltes de maïs. Le cours du blé a également explosé en raison d’une sécheresse ayant sévie en Ukraine et en Russie. Ces pays exportateurs de céréales pèsent sur le marché. La diminution de la production mondiale ne peut qu’induire un accroissement des prix. En France, cette situation se traduit par la hausse du cours du blé de 28% depuis le mois de juin 2012.

A part les consommateurs, les éleveurs souffrent également de l’envolée du prix des matières premières. En effet, le coût de l’alimentation animale a subi une forte hausse mais les agriculteurs ne peuvent pas répercuter comme ils le souhaitent la hausse de leur coût de production en aval, c’est-à-dire sur le prix de vente de la viande. Le prix des animaux d’élevage est déterminé selon des cotations nationales et leur cours se négocie sur les marchés agricoles.

Pour limiter les conséquences de la volatilité des prix agricoles, les pouvoirs publics souhaitent réguler les marchés, notamment par la création d’une base de données de l’état des stocks de matières premières disponibles dans le monde. Telle est la conclusion du rapport d’étape du 22 septembre 2010 « prévenir et gérer l’instabilité des marchés agricoles » rendu au ministre de l’agriculture par M. Jouyet, M. De Boissieu et M. Guillon. Ce rapport souligne les dangers de la libéralisation des échanges par l’intermédiaire de marchés financiers non régulés dans lesquels la spéculation intensifie la volatilité des prix agricoles.

38 Le cours du maïs a augmenté de 175% et celui du blé de 120%.

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