Partie 3 : la place de la formation au sein de l’organisation du football en France

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De nos jours, les charges sociales représentent près des deux tiers des dépenses des clubs professionnels français de football, si l’on ajoute les frais liés aux transferts (amortissement indemnités de mutation, honoraires des agents de joueurs) on atteint un poids de 73% (annexes 3). Près de trois quarts du montant total des charges des équipes de Ligue 1 serait donc directement lié aux footballeurs. Sans grande surprise, les clubs sont donc des entreprises, qui utilisent de façon intensive le facteur travail. Cela permet ainsi de mieux se rendre compte de l’importance de la formation, capable de faire émerger de jeunes joueurs qui augmenteraient la productivité. Nous allons notamment analyser son utilisation par les clubs français compte tenu de l’organisation actuelle du football.

VI. L’organigramme général du football

12) Son fonctionnement

Actuellement la FFF délègue à la LFP (ligue professionnelle de football) l’organisation des compétitions professionnelles de ligue 1 et ligue 2. Cette délégation de pouvoir est pratiquée par de nombreux pays ayant des championnats professionnels. La nécessité de gérer des enjeux financiers très importants (droits télévisuels, coupes nationales…) et les règles juridiques spécifiques au football ont notamment justifié la création de structures relativement autonomes dédiées au monde professionnel. En France la LFP est une association de type « loi de 1901 ». Elle a le pouvoir de décider des modalités de promotion et de relégation et du nombre de clubs pouvant participer au championnat de Ligue 1 (entre 18 et 20) et de Ligue 2 (entre 16 et 22). Ces choix ont des conséquences directes sur le calendrier sportif de la saison et sur le partage des droits télévisuels entre les clubs. Car outre des compétences sportives, la LFP doit aussi négocier les contrats publicitaires, les droits TV et élaborer le mode leur redistribution. Du fait du poids économique devenu très important de ces deux données, la LFP joue un rôle essentiel sur la compétitivité des championnats professionnels français. Cette répartition des revenus donne aussi souvent lieu à des tensions entre clubs de 1ère division et ceux de niveau inférieur ce qui peut aboutir à de fortes tension voire même à la création de deux ligues distinctes comme en Angleterre ou en Italie.

S’il est difficile de parler de véritable modèle européen du football, du fait de l’histoire du développement de ce sport dans les différents pays, des choix qui ont été fait en matière d’organisation, de lois, des différences d’ordre économique, des récentes évolutions concernant des enjeux commerciaux de plus en plus importants… des caractéristiques communes peuvent toutefois être mise en avant afin d’expliquer les problématiques actuelles que connaissent les clubs français concernant le gestion de joueurs. « La pratique du football s’est, historiquement, développée, en France et en Europe, à partir d’un cadre amateur et associatif »… «qui, au moins pour une partie, façonne encore le cadre de fonctionnement du football, amateur ou professionnel. »(43)

Le mouvement sportif français ne pourrait se passer du bénévolat (qui représentait en 2006 4.4 milliards d’euros en valorisation horaire au SMIC selon une étude du CIO français) et le football n’échappe bien sûr pas à la règle. La métaphore souvent utilisée est celle d’un système pyramidal qui est d’ailleurs représenté sur le schéma du mouvement sportif français (première partie). A la base sont présent les clubs amateurs à but non lucratifs, soutenus par les collectivités et entreprises locales. A l’inverse des franchises américaines, les équipes sont liées territorialement à une ville.

Ce premier niveau repose est le véritable pilier du système, permettant d’implanter le football dans le tissu économique et social de la majeure partie du territoire français mais aussi fournissant un vivier de jeunes talents pour les ligues professionnelles. Puis au niveau supérieur sont présent des organismes décentralisés ayant des compétences à leur niveau géographique pour organiser championnats et compétitions. En France les districts ou comités ont la charge du niveau départemental, puis viennent ensuite les ligues régionales, les ligues intégrant plusieurs régions (CFA2 et CFA) et les ligues nationales amateurs (National) ou professionnelles (Ligue 1 et 2). Un système de promotion et de relégation continu permet au club de pouvoir monter jusqu’à la division la plus haute sauf restriction d’ordre financier et non sportif. Une représentation Olympique (organisme non gouvernemental) est faite à chaque niveau local et au niveau national. Au sommet de la hiérarchie nationale se situent la FFF (fédération française de football), association de type « loi de 1901 » qui possèdent un monopole, conféré par l’Etat, pour organiser la pratique d’un ou de plusieurs sports dans le pays. En cas de délégation de pouvoir comme cela est le cas pour les ligues professionnelles par exemple, la FFF a le devoir de tutelle afin de préserver l’unité du football français.

Des instances sont aussi présentes au niveau international avec l’UEFA (union européenne de football association), qui elle-même dépend de la FIFA (fédération internationale de football association). Ces fédérations reconduisent « le principe de monopole national, ne reconnaissant comme adhérent qu’une fédération nationale par sport et »… « maintiennent leurs prérogatives à travers l’organisation de compétitions européennes et le « pouvoir réglementaire » exercé sur les fédérations nationales. »(44). La FIFA possède aussi des liens avec le CIO (comité international olympique). Nous avons ainsi présenté les acteurs principaux de l’organigramme général du football ainsi que les liens qui les unissent. Par souci de clarté nous vous en présentons le schéma, qui permet aussi de faire le rapprochement avec le modèle du sport français:

Organigramme général du football (sources CDES)

13) Un modèle source de déséquilibre…

Les championnats européens sont qualifiés de ligues ouvertes, cela veut dire qu’un système de promotion et de relégation, basé sur les résultats sportifs comme nous l’avons évoqué auparavant, permet de monter et de descendre de division et de passer du statut de club amateur au professionnalisme en cas de passage du niveau National à la Ligue 2, ou encore à des clubs de divisions inférieures de pouvoir participer à des compétitions européennes en cas de victoire en coupe nationale. C’est ce que l’on appelle l’incertitude lié au sport ou l’aléa sportif qui est pratiqué au non d’une équité sportive, d’une volonté de concurrence parfaite ou d’équilibre compétitif (championnat où toutes les équipes auraient un niveau similaire). En effet, face à la possibilité d’être relégué en division inférieure qui conduirait à une forte baisse de ses revenus, et inversement celle de pouvoir être promu et bénéficier de revenus supplémentaires, les équipes sont encouragées à investir pour attirer les meilleurs joueurs ou pour former les talents de demain. On aurait alors un accroissement du niveau de chaque club, ce qui augmenterait la compétition, la concurrence. De plus l’intérêt des spectateurs n’en serait que renforcé du fait d’une incertitude sur le vainqueur de chaque match, sur le champion de la saison, sur les relégués…

Concrètement, une équipe étant en première division française pour l’année 2012-2013 peut très bien évoluer au 3ème niveau (National) deux ans plus tard et avoir été exclue des compétitions européennes (coupe UEFA et Ligue des Champions) si les résultats sportifs ne sont pas au rendez-vous. Cela aurait des conséquences catastrophiques pour l’équilibre du budget car lors du passage de Ligue 1 en Ligue 2 les recettes des droits télévisuels sont en moyenne divisés par 5, les recettes de billetterie s’amoindrissent,… alors que dans le même temps les charges salariales sont difficiles à baisser ce qui peut conduire à la vente au rabais de joueurs, voire au dépôt de bilan. Donc « l’objectif des clubs est plutôt de maximiser les victoires sous la contrainte du respect du budget ».(45) Mais selon l’analyse de Sloane réalisée en 1976, ce comportement de maximisation du profit privé risquerait de créer une rupture de l’équilibre compétitif. Une première contradiction apparait donc car le système d’organisation des compétitions de football encouragerait un type de comportement qui remettrait en cause son principe de fonctionnement. Dans les faits cette théorie est largement vérifiée.

Tout d’abord, le système de promotion-relégation incite à des comportements moins solidaires entre les équipes. Pour les droits télévisuels par exemple, dont nous avons déjà évoqué les montants colossaux, on assiste à un déséquilibre entre les ligues (les clubs de Ligue 1 ont obtenu en 2009-2010 90% du montant total des droits contre 81% en 2007-2008) mais aussi entre les clubs de Ligue 1 car le mode de répartition est le suivant : 50% égalitaire, 30% sportif et 20% notoriété. Ainsi, à la fin de la saison 2009-2010, le PSG, 13ème de Ligue 1, a obtenu 29.5 millions d’euros de la LFP alors que Valencienne, pourtant 10ème, n’a empoché que 19.2 millions d’euros(46). Les équipes ayant une puissance sportive, médiatique et financière sont donc incitées à faire pression sur la LFP pour obtenir des gains supplémentaires afin de pouvoir conserver leur rang. Avec 10 millions d’euros supplémentaire par rapport à une équipe qui a mieux réussit sa saison sur le plan sportif, le PSG pourra investir dans un joueur de très bon niveau.

Cette concentration des moyens financiers au sein de quelques clubs professionnels français, créée par le système même de ligue ouverte est à l’origine d’un profond déséquilibre compétitif. De plus ce phénomène se renforce automatiquement, d’autant plus si un « poids lourd » du championnat français termine premier plusieurs années de suite ou très régulièrement. Cela a été le cas récemment avec l’Olympique lyonnais, qui a survolé le championnat français pendant 7 ans. Outre procurer des revenus supplémentaires, les premières places de Ligue 1 et les victoires en Coupe nationale et Coupe de la ligue permettent aussi de pouvoir accéder aux compétitions européennes (Ligue des champions et Europa League).

Autrefois réservée aux vainqueurs des championnats nationaux et au tenant du titre, la Coupe des clubs champions est devenue la Ligue des champions. Le nombre de participants, qualifiés selon le classement UEFA (qui prend en compte les résultats des clubs d’un championnat des 5 années précédentes), est passé à 32 équipes et les dotations financières sont devenues très importantes grâce aux droits télévisuels négociés par l’UEFA. Selon cette instance, en 2009-2010 746 millions d’euros ont été répartis entre les 32 clubs. Suite à dix années de présence en Ligue des champions, l’OL a ainsi gagné 225.4 millions d’euros(47), le prix d’un stade de football. Cette manne financière accélère bien évidemment les inégalités entre les clubs du championnat de France : « d’un côté ceux appartenant à des petits marchés choisiront les championnats nationaux ; de l’autre, ceux appartenant à des grands marchés choisiront les compétitions européennes beaucoup plus lucratives. »(48)

Les équipes n’ayant peu ou pas accès aux compétitions européennes, ont de ce fait un classement moyen ou mauvais dans leur championnat et donc peu de ressources financières. N’ayant pas accès au marché des vedettes, les clubs optent souvent pour une politique de formation très active de façon à faire émerger de jeunes talents, ou du moins des joueurs moyens. Ils peuvent aussi choisir de recruter de très jeunes joueurs afin qu’ils se perfectionnent au sein du centre de formation. Au contraire les équipes françaises bénéficiant de forts revenus et devant faire face à une concurrence européenne peuvent être amenées à privilégier le recrutement de joueurs de talents via le marché des transferts. Seulement le prix de ces footballeurs, comme nous l’avons observé auparavant, est très élevé. Mais c’est justement le prix à payer pour acquérir rapidement un joueur que l’on aurait peu être d’ailleurs jamais pu former. Car dénicher la « perle rare » n’est pas aisé.

On peut noter toutefois une certaine spécificité française. Malgré la présence de clubs jouant régulièrement les compétitions européennes (OM, OL, LOSC), ceux-ci accordent toujours une place importante à la formation et adoptent des modèles de développement basé sur des joueurs recruté mais aussi des joueurs formés au club. Cela est dû à un système de formation à la française très performant, sur lequel peuvent s’appuyer les clubs professionnels, dont nous allons évoquer les réussites et les échecs.

VII. La formation en France

14) Un système très performant…

La formation d’un joueur de football peut commencer dès l’intégration d’une équipe mais ce n’est qu’à l’âge de 13 ans (jusqu’à 16 ans) que celui-ci peut entrer, suite à une détection, dans une structure spécifique appelée pôle espoir, structure fédérale gérée par la FFF. Ensuite, c’est à partir de 15 ans (jusqu’à 19 ans), que l’on peut intégrer un centre de formation d’un club professionnel. Ce sont de véritables centres de formation par apprentissages (CFA) dont le but est de permettre l’insertion professionnelle dans le monde du football. D’ailleurs, le premier contrat, signé à 15 ans est soit un contrat d’apprentissage de 2 ans, avec une formation en CFA, ou soit un contrat aspirant, d’une durée de 3 ans. Ensuite à 18 ans, le joueur signe un contrat de stagiaire pour 2 ans. Enfin, c’est à 20 ans que le footballeur obtiendra la consécration avec un contrat professionnel. Bien sûr il s’agit du scénario idéal car le taux de réussite des centres de formation est en moyenne en France de 20%, dont la moitié seulement évoluera en Ligue 1 selon l’UNFP et le Sénat.(49)

En France il existe 12 pôles espoirs (dont l’INF de Clairefontaine par exemple) qui permettent aux jeunes de ne pas être trop loin de leur région d’origine car cet éloignement est conduit à un pourcentage d’échec très élevé (95%). On dénombre ensuite 32 centres de formations qui bénéficient d’un agrément de la part de la convention collective nationale des métiers du football et sont soumis à des contrôles strictes de la part de la direction technique nationale (DTN) effectue des évaluations chaque année. Un classement ressort ensuite, où le Stade rennais est en tête depuis trois ans maintenant. Ainsi il peut octroyer davantage de contrats professionnels par rapport aux autres équipes, ce qui est un avantage compte tenu d’une limitation en vigueur en France.

Le système de formation français est reconnu et possède d’excellents résultats. Selon le Rapport Besson, « accroître la compétitivité des clubs de football professionnels français », novembre 2008, le championnat de France posséderait la plus faible proportion de joueurs étrangers sur les cinq championnats majeurs du continent. Le diagramme suivant permet aussi de mieux mesurer l’efficacité et le talent des footballeurs formé en France.

Nombre de joueurs évoluant en Ligue des Champions formés par pays

On s’aperçoit que la France est le deuxième pays au niveau de ma formation de joueur de talent, car ce sont les plus grands clubs d’Europe qui participent à la Ligue des Champions. Bastien Drut (« Economie du football professionnel »), par son analyse de la balance moyenne des transferts par saison, montre que la France est positive sur la période 2006-2010. Autrement dit, elle vend plus que ce qu’elle n’achète en termes de valeur de joueurs. Ainsi, c’est toute la politique de la Direction technique nationale qui semble fonctionner. Notamment dans le domaine de la détection : on estime que pour la génération ayant l’âge de 15 ans, près de 90% des bons joueurs ont déjà été repéré(50).

Mais comme nous l’avons déjà évoqué auparavant, seule une faible proportion de joueurs entrés dans les centres de formation réussissent à obtenir un contrat professionnel. C’est la raison du dispositif de formation scolaire assez poussé des centres français, destiné à assurer un autre avenir que le football en cas d’échec mais aussi permettant une future reconversion des sportifs de hauts niveau. (voir en annexes 5 l’organisation de deux centres agrée : Troyes et Sedan)(51) Les centres de formation possèdent donc un budget élevé (environ 2 millions d’euros) et bénéficient d’aides de la part des collectivités locales. Certains placent la réussite scolaire au même niveau que la réussite sportive : « leur subsistance future ne tiendra pas du football, il faut donc leur assurer quelques perspectives professionnelles »(52) (cadre technique du centre de formation de Troyes). Voici un schéma permettant de mieux comprendre le suivit des jeunes footballeurs :

Parcours synthétique du jeune footballeur en formation

La performance des centres de formation est aussi à mettre au crédit des clubs. Sur le marché des transferts plusieurs stratégies s’affrontent au niveau européen. Certains, très fortunés, comme Chelsea, Manchester City, le Real de Madrid n’achètent que des joueurs de grand talents mais au prix fort. D’autres, et la majorité des clubs français de niveau européen en font partie (à l’exception du PSG), choisissent, à la manière des traders sur les marchés, de jouer sur l’inefficience des marchés. Il s’agit en fait d’un manque d’information, qui conduit à sous-évaluer un footballeur. C’est le cas notamment des jeunes et ceux évoluant dans des championnats éloignés géographiquement (Argentine) ou peu médiatiques (Scandinavie). Pour les plus jeunes, on choisit alors de terminer sa formation au sein de son centre de formation. L’avantage est qu’en cas d’échec, les sommes investies n’ont pas été très importantes.

Mais cet intérêt des clubs pour la formation est aussi largement le fruit de contraintes. Il s’agit par exemple des du poids des charges salariales et de transferts. En formant des joueurs, il est toutefois possible de les faire baisser car un footballeur formé au club n’à pas le coût d’un transfert, ni la prétention salariales des joueurs plus expérimentés. Avec des revenus qui ne sont pas assuré, du fait du système de ligue ouverte, cette stratégie des charges est rationnelle. Le fort recours à la formation est aussi adopté par de petits clubs, qui sont cantonné au marché national et ses revenus moins importants. Ne pouvant pas recruter sur le marché des transferts, certains se spécialisent dans la formation comme le FC Sochaux Montbélliard. Ce phénomène est aussi visible au niveau des clubs français ayant accès au marché européen. Ils ne possèdent souvent pas la capacité financière de pouvoir recruter des joueurs de grand talent et sont donc contraint d’en former.

Cela est dû à des différences très profondes en matière de législation européenne qui créent une inégalité entre les clubs français et les clubs européens. En effet, en France, la DNCG (appel gendarme financier du football) opère chaque années des contrôles très strictes sur la comptabilité des équipes professionnelles françaises, notamment en ce qui concerne les déficits. De nombreux clubs ont déjà été relégués ou dissout suite à l’intervention de la DNCG (direction nationale de contrôle et de gestion). Cette instance est un outil efficace pour lutter contre les dérives financières du football. Mais en Europe, les lois en matière de contrôle des déficits sont beaucoup moins contraignantes et les grands clubs européens peuvent aisément s’endetter pour acheter à prix d’or les plus grands joueurs. En 2008, les clubs de Chelsea et Manchester avaient une dette respective de 792 millions d’euros et de 772 millions d’euros(53) alors que la dette cumulée des clubs de Ligue 1 représentait 114.1 millions d’euros en 2009-2010 (14.7 millions d’euros en 2008-2009).(54)

Les équipes françaises n’ont donc d’autres choix que de pratiquer une politique de formation plus active mais à trop vouloir utiliser cette méthode et surtout trop en attendre, des dérives peuvent se produire, avec des effets dévastateurs sur de jeunes personnes.

15) … Mais soumis à des dérives

Dans son rapport « Accroître la compétitivité du football français », Erice Besson évoque le fort taux de déperdition sur une classe d’âge en centre de formation qui est environ de 300 à 400 individus. La forte volonté de faire émerger des talents conduirait alors à des taux d’échec assez élevé, qui peuvent atteindre plus de 97% (PSG). De même, la politique de préformation est aussi soumise à critiques. Une enquête du Monde diplomatique sur les centres de formation évoque des « écoles de football » pour des enfants âgés de 6 à 12 ans(55). On peut facilement imaginer les conséquences psychologiques de échec (d’ailleurs fort probable statistiquement parlant) d’un joueur qui depuis l’âge de 6 ans est encensé et croit qu’il va vivre à la manière de Zidane. Car ce discours est souvent employé par les détecteurs de talents et peut convaincre des parents qui ne connaissent pas bien le monde du football par exemple. De plus, la présence en France de joueurs poursuivant une formation au haut niveau depuis le plus jeune âge attise les convoitises des clubs étrangers et des sélections nationales étrangères.

Avec La libre circulation des joueurs au sein de l’UE, les clubs étrangers attendent patiemment que le footballeur ait l’âge légal pour venir les faires venir dans leur équipe. Cela s’avère souvent un échec et les plus grands perdants sont le joueur et le club formateur. Le récent débat sur les joueurs à double nationalité a mis en lumière le fait que de plus en plus de footballeurs, conscient du peu de chance qu’ils ont de jouer en équipe de France ou « convaincus » par la fédération étrangère à l’aide d’arguments souvent d’ordre financier, acceptent d’entrer dans la sélection nationale de leur pays d’origine. Cette libre circulation des joueurs est aussi devenue un véritable fléau pour la formation française.

En effet, dans son ouvrage au titre évocateur « Le commerce et la traite des footballeurs africains et sud-américains en Europe », Evariste Tshimanga Bakadiababu dénonce les véritables trafics de joueurs des continents africains et sud-américains. Ce sont des clubs professionnels qui peuvent participer à ce trafic en trichant sur la nationalité de leur joueurs (affaire des faux passeports à Saint-Etienne), en trichant sur l’âge des footballeurs (affaire Di Nallo à Montpellier) ou encore en contournant la règle du nombre maximal de 4 joueurs extra communautaire ne proposant pas de contrat une période d’essai.(56) Ce sont les gains financiers qui motivent ces comportements car le recrutement de ces joueurs est peu couteux, les candidats potentiels sont très nombreux et la marge dégagé sur la valeur finale du footballeur est donc très importante. Le fait que certains agents de footballeurs échappent au contrôle des instances dirigeantes des ces continents est mène à de nombreux drames humains.

Récemment, les clubs professionnels ont fait pression pour ne plus être dans l’obligation d’avoir des centres de formation. Certains voudraient avoir recours à des prestataires extérieurs en matière de formation qui pourrait être beaucoup moins regardant sur la gestion des jeunes footballeurs. Ce serait aussi une manière de faire du « dumping » en délocalisant les centres de formation dans des pays aux législations plus avantageuses.

43 Le Sénat, rapport d’information n°336, Annexe au procès-verbal de la séance du 8 juin 2004, Par M. Yvon COLLIN, Sénateur
44 Le Sénat, rapport d’information n°336, Annexe au procès-verbal de la séance du 8 juin 2004, Par M. Yvon COLLIN, Sénateur
45 Le sport professionnel après l’arrêt Bosman, sous la direction de Jean-Jacques Gouguet, Pulim, 2004
46 Chiffres Drut Bastien, Economie du football professionnel, édition La Découverte, Paris, 2011
47 Rapport Besson, « accroître la compétitivité des clubs de football professionnels français », novembre 2008
48 Le sport professionnel après l’arrêt Bosman, sous la direction de Jean-Jacques Gouguet, Pulim, 2004
49 Le Sénat, rapport d’information n°336, Annexe au procès-verbal de la séance du 8 juin 2004, Par M. Yvon COLLIN, Sénateur
50 http://www.avenirfoot.com/devenirpro.htm
51 Source : « La professionnalisation des jeunes sportifs, analyse des centres de formation des clubs sportifs de la Région Champagne-Ardenne », Rapport commandité par le Conseil Régional de Champagne-Ardenne, 2005
52 Source : « La professionnalisation des jeunes sportifs, analyse des centres de formation des clubs sportifs de la Région Champagne-Ardenne », Rapport commandité par le Conseil Régional de Champagne-Ardenne, 2005
53 Rapport Besson, « accroître la compétitivité des clubs de football professionnels français », novembre 2008
54 http://www.lfp.fr/dncg/rapport_annuel_2009_2010/0910_rapport_lfp_6.pdf
55 http://www.monde-diplomatique.fr/2006/06/HARSCOET/13536
56 Chiffres Drut Bastien, Economie du football professionnel, édition La Découverte, Paris, 2011

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