Introduction

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Lorsque l’on évoque les nouvelles technologies, apparait immédiatement toute une cohorte de questions, d’idées préconçues ou de préjugés : Y ont-elles leur place ? Quelle est leur utilité ? Pourquoi les utiliser ? A quoi cela va-t-il servir ? Comment les intégrer ? Autant de questions (et d’autres encore) ont émergé, lesquelles n’ont pas toutes, aujourd’hui encore, trouvé de réponses. En effet, ces questions, méritent que l’on y réfléchisse en profondeur dans la mesure où les décisions qui seront prises engageront des mutations importantes dans la manière d’aborder les savoirs, les connaissances et leur transmission.

Avant d’aller plus avant, je m’arrête sur un point de vocabulaire révélateur de ce qui est vécu dans les établissements : je veux parler de l’expression « nouvelles technologies ». En effet, l’acception « nouvelles technologies » évoque un concept qui n’est plus si nouveau que cela : Internet, les ordinateurs, les téléphones portables font depuis longtemps maintenant partie de notre quotidien. Quant aux tablettes numériques, ce ne sont que des ordinateurs portables desquels le clavier a été dématérialisé. En revanche, ce qui est nouveau, c’est l’utilisation que l’on peut faire de ces technologies. En ce cas, oui, nous pouvons parler de nouvelles manières d’utiliser une technologie. La question n’est donc pas tant de savoir utiliser, et encore moins d’apprendre aux élèves comment les utiliser, cela semble acquis, ces outils, mais bel et bien de trouver des situations dans lesquelles l’utilisation de ces technologies, puissent être pertinentes et apporter une plus-value dans les apprentissages.

Lors de mon écrit de fin de formation en 2007, je signalais qu’il n’était pas concevable que les nouvelles technologies restent aux portes des établissements. Aujourd’hui, nous n’en sommes plus à ce stade et chacun a bien pris conscience que ces outils font inévitablement de notre métier. L’évolution du monde scolaire est, depuis toujours, étroitement liée à celle de la société, de ses exigences, mais aussi liée à celle des techniques dont nous disposons ; c’est la raison pour laquelle il me paraît important de replacer ces changements dans une perspective historique. De fait, les technologies éducatives sont nées au moment même où est apparu le concept d’éducation(1). Depuis Socrate, les innovations techniques se sont succédées et ont permis l’émergence de nouvelles techniques d’apprentissages, elles-mêmes accompagnées par de nombreuses de techniques d’enseignements. Dès l’apparition de l’imprimerie, les avantages que l’on pouvait tirer de cette géniale invention ont été mis à profit pour l’école, l’enseignement et les transmissions des connaissances : livres, gravures, cartes topographiques ont permis la mise à disposition d’un savoir qui, jusqu’alors se transmettait sans support livresque. Par ailleurs, l’invention de l’imprimerie a eu l’avantage considérable de permettre la démultiplication de ce que j’appelle les « récepteurs de connaissances », autrement dit, les lecteurs. Cette démultiplication banalise mécaniquement l’accès aux livres (donc l’accès aux savoirs) et les rend plus accessibles financièrement. Donc, toute révolution technique s’accompagne nécessairement de la création de nouveaux outils, de nouvelles méthodes, de nouvelles pédagogies, de nouveaux champs de vigilance. Reste à savoir comment utiliser ces technologies pour qu’elles ne soient pas qu’un vecteur supplémentaire de la connaissance, au même titre que le livre.

Dans un premier temps, je me propose de balayer rapidement l’histoire des nouvelles technologies en France, puis d’effectuer un état des lieux de l’utilisation de ces technologies, que ce soit au plan scolaire, ou au plan sociétal. Dans la même veine, j’expliquerai le cadre de recherche dans lequel j’ai effectué mon enquête : enquête sur questionnaire réalisée auprès de 80 enseignants (qui tous n’ont pas répondu) et d’une classe de Terminale ES (Economique et Sociale). Le lieu de l’enquête est l’établissement dans lequel j’exerce mes fonctions de Cadre Educatif. Nous nous livrerons donc à une présentation de cet ensemble scolaire. Ensuite, nous analyserons les comportements d’utilisateurs des élèves que ce soit au plan personnel comme au plan scolaire. Enfin, nous insisterons sur les enseignants et l’utilisation qu’ils font de ces technologies. Nous tenterons d’identifier les freins qui peuvent gêner cette utilisation et envisagerons des solutions et des pistes de réflexion. Puis nous nous demanderons si ces nouvelles technologies ne seront pas le point de départ de modifications de la fonction enseignante. Je terminerai ces quelques lignes par une phrase qui, me semble-t-il illustre bien le propos que je souhaite tenir : « L’enjeu […] est de trouver la place efficace de cette technologie par rapport aux relations directes qu’il faudra nécessairement continuer à entretenir avec les élèves »(2).

1 Chaptal A., L’efficacité des technologies éducatives dans l’enseignement scolaire – Analyse critique des approches françaises et américaines, Paris, L’Harmattan, collection « Savoir et Formation », 2003.
2 Patrick Mendelsohn in Le Magazine de l’Académie de Rennes numéro 22.

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