INTRODUCTION

Non classé

« Nothing is true. Everything is permitted. »(1)

Cette phrase culte de la Beat Generation, issue du roman de William Burroughs, « Minutes to Go » (1960), est l’expression même d’un rassemblement d’artistes ayant refusé le contrôle social. Si par nos actes, ancrés dans nos habitudes, nous pensons agir pour des causes qui nous sont soit singulières, soit communes, les auteurs de la Beat Generation ont voulu nous ouvrir les yeux sur l’endormissement des masses, et sur en quoi cela est plus subtil, mais aussi plus profond, qu’il n’y parait. Ils ont dès lors décidé de ne pas être de simples dénonciateurs de l’emprise du pouvoir sur nos vies, mais d’être des acteurs prolifiques d’une lutte contre le contrôle. Et quoi de plus malin pour contrôler les masses sans avoir recours à la violence que la culture. Ainsi, tout en leurs actions artistiques, et en leurs oeuvres qui en découlent, nous pousse à la libération et le cinéma, tout comme l’omniprésence de l’imagerie, moyens contemporains de maniements des masses par excellence, n’y échappent pas. Ils décidèrent d’entamer une véritable révolution à la fois poétique, mais aussi électronique.

Ce mémoire ne se veut pas être un historique exhaustif du mouvement de la Beat Generation dans le domaine du cinéma, ni une tentative infructueuse d’en délimiter les frontières tant l’interdisciplinarité et l’ouverture à un « ailleurs » en forment la substance première. Il propose par contre d’en analyser les mécanismes fondamentaux, et leur originalité par rapport au schéma narratif traditionnel issu du cinéma hollywoodien, afin de les mettre en relation avec ce que ces auteurs perçurent comme l’essence même de l’art : la liberté d’expression, la liberté de vie. À travers les différents films, nous essayerons de mettre en exergue cette vision « différente », cette autre « vérité », proposée par ce groupe d’artistes à la fois sur le plan social, politique et esthétique.

Pour ce faire, la première partie consistera en une brève explication des fondamentaux du mouvement beat et des raisons historiques et sociales pour lesquelles il est apparu depuis sa naissance en littérature jusqu’à son arrivée dans le domaine cinématographique. Ce mouvement de la Beat Generation est principalement incarné par Jack Kerouac, Allen Ginsberg et William Sedward Burroughs. Trois auteurs qui, intéressés par l’avant-garde cinématographique, vont rejoindre des réalisateurs afin de proposer leurs propres créations et de questionner à leur tour le langage cinématographique.

La deuxième partie proposera une analyse des films les plus représentatifs de cette idéologie à tous les différents niveaux qu’elle rencontre. Seront aussi bien abordés les thématiques proposées par les films, le jeu d’acteurs, le montage, le découpage, le traitement du son, la narration que la relation du cinéma au réel ou à la mécanique du hasard et de l’improvisation. Nous rencontrerons des auteurs tels qu’Alfred Leslie, Robert Frank, Jonas Mekas, Peter Whitehead, Conrad Rooks, Anthony Balch, Brion Gysin, Klaus Maeck. Ces auteurs ont été choisis car ils sont tous en relation directe avec les auteurs de la Beat Generation et vont aller jusqu’à travailler avec eux à l’intérieur même de leurs films. De cette relation ressortira le concept d’interdisciplinarité artistique qui relie non seulement la poésie beat au cinéma, mais aussi l’Homme aux multiples codes esthétiques et sociaux qui régissent son univers à travers le rapport de l’art au réel.

La troisième partie cherchera à établir un parallèle avec des films plus contemporains afin de dégager les possibilités toujours actuelles de ne pas céder aux schémas classiques et d’avoir la capacité continuelle de se remettre en question à une époque où les questions de la liberté individuelle, et de la liberté d’expression se posent toujours avec force. Nous ferons ce voyage avec des auteurs tels que Lars Von Trier, FJ Ossang, Gus Van Sant, David Cronenberg, Philippe Grandrieux. Ces réalisateurs ont été choisis pour trois raisons différentes inhérentes aux auteurs de la Beat Generation. Ils sont soit les auteurs d’adaptations d’oeuvres écrites issues de la Beat Generation, soit en relation directe avec ces mêmes auteurs, soit sur le chemin des mêmes expérimentations cinématographiques, leur volonté commune étant de proposer d’autres formes de langage cinématographique que celle proposée par Hollywood et ses dérivées. Ces auteurs livrent eux aussi, à leur manière, une révolution électronique pour la liberté d’expression à la fois sur le plan formel et sur le plan thématique.

La conclusion retracera finalement ce parcours des années de la Beat Generation à nos jours en délimitant la place que ces auteurs peuvent occuper dans le système de production et de diffusion cinématographique.

Il sera finalement question d’imaginer la jonction possible entre un cinéma qui m’est plus personnel et les diverses découvertes faites au travers des recherches qui caractérisent ce mémoire.

1 BURROUGHS W.,2005,p.829

Page suivante : CHAPITRE 1 : BEAT GENERATION ET CINEMA

Retour au menu : BEAT CINEMA : LA REVOLUTION ELECTRONIQUE : Ou comment aller à l’abordage du langage cinématographique classique