INTRODUCTION :

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Les questions liées au rapport de l’homme à son patrimoine se sont toujours posées depuis toujours ; quelle que soit la nature de ce patrimoine, il possède indéniablement une valeur à un moment donné, ce qui implique des réflexions sur sa protection et sa transmission. Ainsi toutes les interventions qui touchent à ce bien commun sont sujets à réflexion, où chacun -spécialistes et citoyens lambda- a son mot à dire sur la manière de traiter le patrimoine.

Dans cette sphère, le patrimoine religieux occupe une place importante, puisque une grande partie des biens culturels classés et considérés comme patrimoine sont de nature religieuse, ceci peut être expliqué par le développement même de la notion de patrimoine comme on l’a connait aujourd’hui, une notion qui puise ses racines dans le concept religieux -essentiellement chrétien- du culte des objets sacrés (reliques, icones,…), cette vénération étant un des fondements de la notion de patrimoine(1).

La spécificité du patrimoine religieux réside dans le fait qu’en plus de la valeur d’ancienneté et la valeur d’usage, les objets religieux ont des valeurs liées aux croyances des fidèles et à une sacralité qui suscite la vénération ; Cette spécificité implique la prise en compte des valeurs liées à ce type de patrimoine dans toute intervention.

Et c’est à travers une intervention particulière sur le patrimoine religieux, qu’est la conversion des lieux de culte, que je vais essayer à travers ce mémoire de contribuer à la compréhension des rapports entre la société et son patrimoine religieux, en analysant le déroulement et la réception des opérations de conversions , et cela en prenant comme cas d’étude l’actuelle mosquée Ketchaoua à Alger –ancienne cathédrale Saint Philipe-, un édifice religieux qui a subi une première conversion en église en 1832, puis une reconversion en mosquée en 1962. Ces opérations se sont déroulé chacune dans un contexte bien défini et en suivant des logiques propre à chaque époque.

En un moment ou l’héritage de la période de la colonisation française en Algérie n’est toujours pas intégré à part entière comme faisant partie du patrimoine de la société algérienne, il est essentiel de traiter les questions liées au patrimoine de cette période sans se limiter à ses valeurs positives (le vrai, le beau et le bon!), mais en prenant en compte son caractère conflictuel(2).

Dans des contextes particuliers, en l’occurrence l’occupation française de l’Algérie et la période d’après l’indépendance algérienne, les enjeux liés à l’’appropriation des lieux de culte font partie des processus de colonisation/décolonisation, cette appropriation qu’elle soit physique ou idéologique suit une logique de légitimation/transformation qui finit par assimiler un lieu de culte à une autre religion.

La réception de ces opérations de conversions nous renseigne sur le rapport qu’entretiennent les différentes communautés avec ces lieux de culte qui par leurs cachets architecturales, leur caractère sacré et leur pérennité représentent bien plus que des espaces dédiés à la prière, ces conversions s’inscrivent dans un processus de rupture malgré que la continuité de l’usage cultuelle des lieux.

Le processus de conversion de par sa nature conflictuelle est difficile à appréhender en se basant sur les sources historiques, puisque dans la plupart des cas les versions relatant les faits sont contradictoires selon leurs origines, et par le fait que les auteurs sont souvent engagés dans ce processus de conversion. En parallèle aux sources historiques, l’objet architectural en lui-même constitue une source d’information incontournable, puisqu’il représente le résultat de toutes les interventions sur l’édifice depuis sa construction, parmi lesquelles les transformations architecturales liées au processus de conversion ; Ces transformations laissent des traces sur le corps du bâtiment.

C’est dans ce sens que j’ai choisi d’organiser le mémoire en partons d’une introduction de la question patrimoniale en générale pour resserrer l’analyse sur le patrimoine religieux et aborder ensuite la question de la conversion des lieux de cultes. En deuxième partie, je vais aborder l’évolution de l’édifice cas d’étude, la mosquée/cathédrale de Ketchaoua à Alger, à travers les différentes séquences qu’a traversées ce monument dans la dualité : affectation religieuse et aspect architectural. A partir de là, je pourrai procéder à une analyse du processus de conversion dans ces différentes étapes, et à travers ces différents aspects qui touchent autant à la matérialité du bâtiment qu’aux valeurs immatériels qu’il incarne ; pour après faire un état des lieux sur la transmission de cet édifice.

1 BABELON Jean-Pierre, CHASTEL André, la notion de patrimoine. Paris, Ed Liana Levi, 1994.
2 GABI Dolff-Bonekämper, « Patrimoine européen des frontières – Points de rupture, espaces partagés », Direction de la culture et du patrimoine culturel et naturel, Projet intégré «Réponses à la violence quotidienne dans une société démocratique», Editions du Conseil de l’Europe, imprimé en Allemagne, décembre 2004.

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