Introduction

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Apparu en 2005, le web documentaire provoque, depuis l’an dernier une véritable effervescence. Symbole de cet intérêt, cette oeuvre d’un genre nouveau qui utilise les possibilités nouvelles offertes par le web a été primée, pour la première fois, au festival « Visa pour l’image » consacré au photojournalisme. Depuis, nombre de festivals ouvrent leur sélection au web documentaire ou se créent autour des nouvelles productions sur le web, à l’image du web tv Festival de La Rochelle qui s’est tenu en mai 2010 et qui a fait la part belle à ce nouveau format.

Par le néologisme web documentaire, on désigne les documentaires dont la conception, l’écriture et la réalisation ont été pensées pour le web et qui sont diffusés sur le web. Leur caractéristique : ils impliquent une participation active de l’internaute à des degrés plus ou moins importants en fonction des productions, ce qui nécessite une nouvelle écriture. Multimédia par nature, interactif, participatif parfois, ce nouveau type d’oeuvres est encore au stade de l’expérimentation ce qui explique qu’il n’obéisse pour l’instant à aucune règle.

Le format renouvelle l’écriture documentaire, remet en question les codes du genre et lui offre de nouvelles perspectives. Il implique des nouveaux modes de production, des nouvelles relations entre des acteurs issus de secteurs différents: des journalistes presse aux chaînes de télévision en passant par les techniciens du web. Le web documentaire invite à repenser le rapport avec le public, le différenciant ainsi d’autres types de supports. De ce fait, il illustre la remise en cause des frontières qui semblaient établies dans l’audiovisuel dans le contexte plus général des bouleversements provoqués par internet. C’est ainsi un sujet qui nous semble suffisamment transversal pour aborder des questions fondamentales sur le secteur aujourd’hui.

Ce secteur, en pleine émergence, comporte, de fait, un réel intérêt d’étude.

Nous sommes partis du constat qu’il existait une demande de la part des diffuseurs qui avait du mal à être satisfaite du fait d’un manque d’acteurs en capacité de porter des projets conséquents et ambitieux : « Nous avons des difficultés à trouver des auteurs et des producteurs. Il n’existe pas d’industrie de la production audiovisuelle en ligne. On doit donc susciter un savoir faire(1) », estime Joël Ronez, responsable du pôle web d’Arte France. Même si nous serons amenés à nuancer cette affirmation, nous avons décidé de saisir cette opportunité pour réfléchir à la création d’une société spécialisée dans la production de web documentaire, qui correspond par ailleurs à des centres d’intérêt qui nous étaient communs.

L’évidence s’impose : il n’existe pas une définition du web documentaire et le mot recense des réalités très différentes. Il nous a donc semblé nécessaire dès le départ de faire un état des lieux de la production existante afin de tenter d’identifier des tendances convergentes. Nous avons choisi de nous limiter aux oeuvres françaises mises en ligne avant mai 2010 afin de circonscrire le marché sur lequel nous allons nous positionner. A cet effet, nous avons visionné les web documentaires existants pour recenser ceux correspondant à un certain nombre de critères qui, à nos yeux, étaient nécessaires pour entrer dans notre conception du web documentaire : un minimum d’interactivité et l’exploitation de plusieurs média différents (texte, vidéo, photos, son, graphisme…).

Il nous a semblé utile de les comparer au regard de leur contenu, de leurs auteurs, de leurs moyens de production et de diffusion. De cette matière, rassemblée dans un tableau(2), nous avons pu élaborer une typologie qui identifie trois familles d’oeuvres : le visuel interactif, le récit interactif, et le récit participatif et/ou contributif. Au delà de cette classification des oeuvres, nous avons pu, grâce à ce travail, identifier les principaux acteurs du secteur français. Il reste que, partout dans le monde, des projets de web documentaire se développent et que nous avons bien conscience de cette dimension internationale. Sur le plan théorique, le web documentaire est un format encore très jeune qui reste donc à défricher. Nous avons consulté les articles de presse de plus en plus nombreux consacrés au sujet mais qui ont l’inconvénient de se recouper souvent. Les ressources internet sont en revanche nombreuses : blogs spécialisés, débats filmés, sites personnels des auteurs… Quels que soient les supports, ce sont cependant souvent les mêmes intervenants qui s’expriment. Aussi, pour enrichir cette recherche, nous avons contacté différents professionnels qui nous semblaient pouvoir apporter un éclairage complémentaire.

Dans une première partie, nous vous présenterons la typologie proposée. Nous enchaînerons par une présentation des acteurs du secteur. Enfin, dans une troisième partie, nous exposerons notre projet de création de société dédiée au web documentaire.

1 In Le Film Français n°3331
2 Cf. Annexe n°1

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