II.3. Le devenir de l’individu concret : la notion de substance et d’accident

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Chez l’individu concret, le devenir est saisi de manière conscientielle. En appliquant à l’homme les constituants métaphysiques d’acte et de puissance, on aboutit à un sujet ayant une existence et des déterminations successives, que notre auteur s’accorde à appeler, selon la terminologie d’Aristote, du nom de substance pour la première et accidents pour les secondes. La substance, dans un sens premier, désigne « ce qui n’est ni affirmé d’un sujet, ni dans un sujet : par exemple, l’homme individuel ou le cheval individuel. (87)» Aristote distingue la substance première et les substances secondes. La première renvoie à l’individu concret, les secondes à l’universel, à l’espèce à laquelle cet individu appartient. Par contre « l’accident est ce qui (…) appartient cependant à la chose ; ou encore c’est ce qui peut appartenir ou ne pas appartenir à une seule et même chose, quelle qu’elle soit. (88)» Autrement dit, c’est ce qui n’appartient à une chose que de manière contingente, ce qui n’entre pas dans la définition de la chose et qui peut ou ne pas lui appartenir (89).

D’après J. de Finance, il est malaisé de distinguer clairement chez Aristote la substance et l’accident, d’autant plus que le souci de celui-ci était de montrer l’unité de l’être, qu’il n’y a pas d’un côté la substance et de l’autre, l’accident, dans deux univers séparés ; mais il voulait montrer que dans le même être se trouvent le sensible et l’intelligible. C’est cette même vision que notre auteur reconnait à Thomas d’Aquin (90).

L’être change donc, il diffère à chacun des états qui se succèdent en lui. Mais il ne devient cependant pas un autre être. L’identité de l’être n’est pas entamée par les divers changements qu’il subit. C’est le même être qui change. Le devenir est la première forme de multiplicité qui atteint l’être du dedans.

Venons-en maintenant au problème plus général de la multiplicité proprement dite. Commençons par la répétition d’une même essence en plusieurs individus.

87 ARISTOTE, Catégories, 5, 2a, 10 – 15.
88 IDEM, Topiques, I, 5, 102b, 4.
89 Ibid.
90 Cf. J. DE FINANCE, op. cit., p. 256.

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