I– La mangrove : une source de biodiversité impressionnante

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Contrairement à une opinion diminutive voire péjorative communément admise, il ressort aujourd’hui à la suite de nombreuses études scientifiques que, loin d’être un milieu pauvre, la mangrove dont les populations de la zone côtière appellent communément «matanda » est un écosystème qui regorge une variété d’espèces tant floristiques, halieutiques que fauniques.

I.1-La richesse et la diversité floristique de la mangrove

Les transects écologiques de la région de Youpwe réalisés par nous, présentent un aperçu de la diversité floristique des zones à mangrove. La mangrove telle qu’elle se présente sur le transect laisse entrevoir nombreuses espèces. Ces différentes espèces se disposent par familles et suivant un ordre qui cadre un temps soit peu avec le type et la nature du sol.

C’est ainsi que le transect suivant (P. 33), perpendiculaire à la crique Docteur de direction Sud – Nord, représente quelques espèces végétales rencontrées à Youpwe. En effet l’on rencontre successivement, une forêt de Rhizophora racemosa (palétuvier rouge) sur la zone inondable soumise aux flux et reflux de la marée. Rhizophora racemosa peut être considéré comme l’espèce ligneuse la plus importance de la mangrove au regard de sa hauteur qui culmine jusqu’à 40 m. Son épaisseur varie entre 15 – 20 cm. Il est caractérisé par un enchevêtrement de racines échasses, des troncs plus ou moins droit et d’un feuillage touffu ou dense.

A la suite de Rhizophora racemosa nous avons Laguncularia racemosa. Il est presque identique à Rhizophora racemosa avec pour seule différence que sa taille est plus réduite que celle du Rhizophora racemosa. Il ne dépasse guère 20 m. Il forme des forêts mono-spécifiques au dessus du rempart sédimentaire qui surplombe de 0,5 à 1 m la périphérie des marais. Il affectionne le secteur à immersion courte.

En revanche sur les sols sableux plus ou moins humifères se développent d’autres formations comme Nypafructicans (sorte de palmiers) et Raphia palma pinus, les arbres à épineux, les fougères comme Acrostichum aureum. Avicennia germinans jouxte généralement la famille des Rhizophoraceae. Avicennia germinans est un arbre moyen tout autant que Guibourtia demeusei et laguncularia racemosa.

En plus de ces grands arbres qui peuplent la forêt de mangrove, on y rencontre aussi des épiphytes comme Angraecum birrimensis, Bulbophyllum falcipetalum. On y rencontre également des fougères à l’instar de Lygodium microphyllum R. BR, des herbacées telles que Cyrtosperma senegalense, et des lianes.

Ce que nous pouvons retenir d’une manière générale de la mangrove de Youpwe, c’est que la distribution de la végétation obéit au schéma classique défini par la mangrove de la zone équatoriale. En effet, Rhizophora racemosa se trouve en bordure du chenal, ensuite vient Rhizophora mangle. Avicennia occupe les paliers les plus élevées. La pelouse herbacée porte une maigre végétation de plantes halophiles.

Photo n°1 : Vue partielle de la forêt de mangrove le long d’un chenal à Youpwe

Vue partielle de la forêt de mangrove le long d’un chenal à Youpwe

Source : Cliché Moutila Béni luc, (Août 2009)

Nous observons au bord du chenal, une forêt de rhizophoracées qui a été victime malheureusement d’une coupe de jardinage il y a quelques mois. Le branchage mort qui gît au sol en dit long.

Fig. n°3: Transect de la végétation à Youpwe

Transect de la végétation à Youpwe

Source : Moutila Béni luc, (2007)

Ainsi le transect ci- dessus réalisé à Youpwe présente une distribution des espèces de la mangrove comme suit :

– Une zone large à Rhizophora mangle accompagnée d’Avicennia africana.
– Une zone herbacée composée essentiellement de graminées, de petits arbres, fougères.
– Une zone de transition formant des espèces cultivées et des espèces spontanées.

La mangrove n’est donc pas si homogène que cela puisse paraître au premier coup d’œil. Sa diversité est liée à la topographie du détail de la zone des marais.

D’ailleurs, une étude réalisée par Mbog Dieudonné sur le projet intitulé : « Identification des principales causes de dégradation des mangroves en vue de la mise en place d’un plan de gestion durable de cet écosystème dans l’estuaire du Wouri », retrace l’essentiel des espèces de mangroves rencontrées autour de Douala. Le tableau ci-après, outre les espèces rencontrées et les différentes familles auxquelles elles appartiennent, ressort aussi la morphologie de ces plantes.

Tableau n°3 : Répartition de la flore de la mangrove de l’estuaire du Cameroun

Lf, morphologie des plantes : e, épiphyte ; f, fougère ; g, herbacée ; I, liane ; s, Arbuste ; t, petit arbre ; T, arbre moyen et plus.

Répartition de la flore de la mangrove  de l’estuaire du Cameroun

 

Source: Dieudonné MBOG: Identification des principales causes de dégradation des mangroves en vue de la mise en place d’un plan de gestion durable dans cet écosystème dans l’estuaire du Wouri.

Après cette présentation des espèces floristiques de la mangrove de Youpwe, que pouvons-nous dire à propos de la faune et des espèces halieutiques de ce milieu.

I.2- La faune et les espèces halieutiques associées à la mangrove

La mangrove, contrairement à une opinion communément admise, est un réservoir de ressources et une résidence pour des espèces fauniques et halieutiques. La faune de la mangrove par exemple est très diversifiée. La mangrove est un lieu de repos des oiseaux d’eau migrateurs et endémiques. On y retrouve en outre des singes, des antilopes genre silafunga au pelage acajou : c’est l’antilope des marécages. L’on trouve également toutes sortes de reptiles dans la mangrove notamment les crocodiles, boas, pythons, varans, tortues, les mammifères aquatiques comme les lamantins.

Tableau n° 4 : Les espèces fauniques de la mangrove

Les espèces fauniques de la mangrove

Source : Enquêtes de terrain, (Août 2008)

Par ailleurs, l’on dénombre plus de quarante espèces de poissons et crevettes dans l’écosystème de mangrove. La faune ichtyologique montre une nette prédominance des espèces pélagiques (sardinelle, aloses) qui sont fortement capturées par la pêche artisanale à Youpwe ; leur production est estimée à 30 000 tonnes/an (Dieudonné Mbog op.cit). Les principales espèces de poissons capturées à Youpwe et dans l’estuaire du Wouri sont représentées dans le tableau suivant.

Tableau n° 5 : Familles et espèces de poissons capturés à Youpwe

Familles et espèces de poissons capturés à Youpwe

Source : D. Mbog, (1998).

Au regard de ce qui précède, il ressort que la mangrove est un écosystème riche qui regorge des ressources génétiques multiples, tant floristiques que fauniques. Toutefois, les groupes humains riverains des zones à mangrove compte tenu de leur hétérogénéité notamment à Youpwe ont chacun un projet et une perception particulière de cet espace.

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