Conclusion : Quand faire, c’est dire

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L’art public, pour tous et par tous : un art de vivre la ville comme réalisation collective. Un art de l’équilibre, entre art et vandalisme, art et publicité, art et spectacle ; un art du franchissement, de l’individuel au collectif et du privé au public.

Le foisonnement de l’art dans la rue n’est-il qu’une mode passagère, déjà vidé de son sens par la récupération publicitaire et institutionnelle, ou le symptôme d’un changement plus profond et plus durable ? Dans le lieu et le temps qui lui sont propres, la ville au quotidien, c’est un art qui transforme la rue non pas tant en galerie qu’en atelier toujours ouvert aux visiteurs et amateurs. Dans une société où tout a un prix et où exister, c’est posséder, que faire d’un art qui ne peut être ni acheté ni échangé, puisqu’il ne peut être arraché à son contexte ? Que faire de ce trop-plein d’expression qui déborde des limites convenues du monde de l’art et des canaux existants de communication dans l’espace public ?

C’est un art performatif, qui transforme le faire en dire : par son passage à l’acte, sa performance dans l’espace public, l’artiste donne de la voix, une voix individuelle qui démontre la possibilité de parler en son nom propre. Plus un problème qu’une solution, l’art dans la rue est peut-être une forme de citoyenneté en action ; question plutôt qu’affirmation, c’est un art qui invite au dialogue sur l’espace public et l’avenir de la ville, sur le rôle de la culture, sur le don et la gratuité.

Voici peut-être donc un nouveau rôle pour l’art : libéré des murs de la galerie et des critères esthétiques complexes qui en limitent l’accès, mis dans les mains d’individus aux pulsions « agorétiques », l’art peut tisser le décor urbain « éducateur » que Giraudoux appelait de ses vœux. En franchissant, parfois à peine, les limites de la loi, il en montre l’arbitraire. Par le simple fait d’être là, d’avoir été créé, pour rien, par une personne inconnue, il nous rappelle que nous vivons en communauté, que les rues appartiennent à tous et que chacun en est donc responsable. Avec des moyens simples, il peut faire sourire ou réfléchir, et parce qu’il est éphémère, il est destiné à être renouvelé et sans cesse amélioré, pour dessiner ensemble ce paysage urbain habitable, cet univers poétique où l’imagination peut se manifester.

Si l’art public urbain non officiel dont j’ai traité tout au long de ce mémoire est bien un outil, quel est donc l’ouvrage auquel il participe ? Pour John Dewey, l’art est une expérience à partager, et « les œuvres d’art qui ne sont pas séparées de la vie ordinaire, qui sont appréciées par toute une communauté, sont signes d’une vie collective harmonieuse. Mais elles sont également de fantastiques outils pour construire une telle vie (146)».

146 John Dewey, Art as experience, p. 84 (ma traduction)

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