CHAPITRE III : Les festivals de musiques actuelles : luxe ou véritable moteur de développement social et artistique ?

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Introduction : Une culture perçue comme un luxe ?

Sans rentrer dans une dissertation ou un débat d’ordre philosophique, il semble intéressant de dégager des réponses à cette question afin de nourrir notre prochaine analyse. Le sujet de ce mémoire tend à démontrer si les festivals de musiques actuelles sont de « simples fonctions culturelles » ou des vecteurs de développements. Cette « simple fonction » peut renvoyer à la question d’une culture parfois vue comme inutile au sein de notre société.

Afin d’introduire ce chapitre intitulé « festivals de musiques actuelles : luxe ou véritable moteur de développement social et artistique ? » nous allons ici dégager le paradoxe qu’elle comporte. Pourquoi assimile-t-elle les festivals au luxe ?

Outre les constats assez quantitatifs de notre étude, un festival culturel peut être perçu comme inutile. Tout au long de ce dernier chapitre, nous tâcherons de démontrer en quoi un festival s’avère utile d’après les territoires, leurs populations, les festivaliers et bien sûr leurs acteurs principaux, les artistes. Notre réflexion ayant été auparavant judicieusement alimentée par les constats plus théoriques des deux premiers chapitres, c’est par cette dernière approche que nous pourrons en venir à la conclusion générale et répondre à nos hypothèses principales.

– La culture

La culture est ici entendue dans son sens premier, soit l’ensemble des représentations, des manières de vivre et de penser, des techniques de la vie matérielles qui confèrent à un peuple sa place originale dans l’univers.

La culture au sein de notre société permet aux citoyens de s’évader, de s’ouvrir à autrui, d’oublier le temps, d’oublier les soucis quotidiens, de s’exprimer, de s’enrichir intellectuellement, de partager du plaisir et de se rassembler dans un fort esprit de convivialité. Certes la culture est souvent vue comme élitiste. Mais c’est pourtant bel et bien un moyen d’égalité sociale. Tout le monde peut avoir accès à la culture, sous n’importe quelle forme. La culture renvoie aussi à une richesse intellectuelle personnelle. Elle comprend le patrimoine collectif hérité de nos ancêtres et se compose de découvertes, de traditions.

En France nous avons par ailleurs la chance qu’elle soit considérée de manière positive par notre gouvernement. Ainsi elle ne peut être assimilée comme inutile, sinon le fait que les politiques tentent d’accroitre le rayonnement de la culture française face au reste du monde serait illogique. Si elle est prise autant en considération, c’est qu’il s’agit du symbole de notre identité nationale et des connaissances que nous avons acquises au fil du temps.

– Le luxe

Par luxe on entend le superflu, ce qui n’est pas vraiment nécessaire. Il renvoie indéniablement à la notion d’argent. Généralement il est assimilé à un mode de vie consistant à pratiquer des dépenses somptuaires et déraisonnées le plus souvent dans le but de s’entourer d’un raffinement fastueux. Il peut renvoyer au plaisir de la beauté.

Ainsi, nous pouvons affirmer que la culture est nécessaire par le fait qu’elle constitue la force d’une société humaine par sa richesse. Elle peut être considérée comme inutile dans le sens réducteur où elle n’est pas un outil de survie, pas un besoin capital (boire, manger, dormir, se reproduire).

De même elle peut renvoyer à la notion d’argent mais pas à la notion de somptuaire, d’extravagance. La culture a un coût certes mais comme toute chose. Les pratiques culturelles sont payantes car elles constituent un service et que dans la logique de notre société tout service mérite d’être récompensé voire dédommagé.

Par conséquent la culture ne peut être mise à égalité avec le luxe par le fait qu’elle fournit des valeurs essentielles fortement liées à l’intelligence, au raisonnement, à la communication et aux savoirs humains.

D’après cette réflexion nous pouvons constater qu’assimiler un festival culturel avec un luxe est paradoxal. Il peut être de manière réductrice perçu comme tel mais concrètement il renvoie à une notion de nécessité en contribuant à la démocratisation de la culture. L’emploi d’un terme aussi fort au sein de la question de l’intitulé du chapitre a pour but de conforter notre réflexion se dirigeant vers un constat plus subjectif ayant pour objectif de confirmer l’hypothèse qu’un festival soit un vecteur de développements. En plus d’être utiles d’après les différents points de vue que nous allons analyser, les festivals contribuent à diffuser les valeurs liées à la culture.

7/ Du point de vue des organisateurs et de la vie culturelle locale

L’appellation « vie culturelle locale » fait bien évidemment référence aux apports des festivals en termes d’animation locale.

Tout d’abord il faut savoir que dans les années 1980 est apparue une génération de « festivals d’animation locale ». Ce phénomène s’explique par deux changements sociologiques importants auxquels les collectivités territoriales devaient faire face.

Le premier concerne l’exclusion de parties de la population dites « en marges » de la société. Pour le milieu rural cela se traduisait par sa désertification qui continuait à s’étendre. Le deuxième changement est en rapport avec la hausse de scolarisation et du niveau de vie ainsi que des séjours touristiques qui étaient quant à eux de plus en plus raccourcis. Ces facteurs parmi de nombreux autres, ont engendré une plus forte demande d’offre culturelle.

Pour résumer, la dégradation du contexte social a conduit à de nouvelles pratiques de la consommation touristique et une plus forte attente des populations locales envers le milieu culturel. Pour les pouvoirs publics alors contraints par ce nouveau besoin social, l’organisation d’évènements tels que les festivals leurs est apparue comme une efficace solution.

En effet elle permet aussi bien de satisfaire les touristes que les populations « isolées ».

En milieu rural suite à la désertification les communes multipolarisées et hors influence des pôles urbains étaient souvent exclues aussi bien financièrement que géographiquement. Les petites communes rurales (moins de 2 000 habitants) n’ont souvent pas les ressources nécessaires pour financer une installation permanente, isolant ainsi d’une certaine manière leurs populations d’une offre culturelle (entres autres, cela impliquent d’autres domaines tels que le sport ou le divertissement).

Les festivals apportent à ce public des spectacles culturels auxquels ils n’ont pas accès. Cela rejoint notre précédente étude sur la démocratisation. Ainsi ce qu’il faut retenir ici c’est l’une des finalités principales de ces évènements : l’animation locale.

Cela nous amène à la question du domaine des évènements choisis par les collectivités pour animer leur localité. Comme nous venons de le voir, il peut aussi bien s’agir des arts, du sport que du divertissement. Concrètement cela dépend simplement des préférences des porteurs de projets ou des associations qui décident de s’investir et de contribuer aux demandes des collectivités.

7.1 Les avantages pour un acteur culturel d’organiser un festival de musiques actuelles

Un territoire peut être animé par plusieurs domaines. Les acteurs et autres associations s’investissant dans l’animation d’une localité peuvent être plus qualifiés dans un secteur que dans un autre.

Pour les acteurs culturels quels sont les intérêts et les avantages pour eux de se lancer dans l’organisation d’un festival de musiques actuelles en milieu rural en France?

Nous tenterons de répondre à cette question en citant trois avantages issus d’arguments eux-mêmes soutirés d’une théorie personnelle.

– Premier argument

Nous pouvons dans un premier temps aborder la question de la saturation du marché en ce qui concerne l’actuelle forte concentration de festivals de musiques actuelles en France. Cela nous amène à penser que l’organisation d’un tel évènement produit bien plus qu’un impact en termes de retombées économiques.

Le succès de ces festivals est dû à une association réussite entre les collectivités territoriales, les acteurs culturels et leurs publics.

Cet ensemble est indissociable par le fait que la plupart des subventions, des mises à dispositions et parfois des initiatives de ces évènements proviennent de l’intérêt et de l’implication des collectivités territoriales à leur égard. Les acteurs culturels étant ainsi, en règle générale, assez bien encouragés par les politiques culturelles et les territoires dans leurs projets. Et bien sûr par le fait que le résultat est concluant par le succès dont il dispose auprès des publics qui se manifestent comme enthousiasmés et reconnaissant par ces initiatives.

Outre la question de la saturation du marché sur laquelle nous nous pencherons plus en profondeur postérieurement (cf. p. 121), nous pouvons en conclure que pour les acteurs culturels les festivals de musiques actuelles disposent déjà comme principal atout une assurance en termes de succès et d’une adhérence auprès d’un public déjà conquis.

– Deuxième argument

Par ailleurs nous pouvons traiter de la spécificité des festivals de musiques actuelles.

Ce type de festival possède la faculté de pouvoir s’adapter plus facilement aux populations rurales grâce à sa programmation son projet artistique et sa programmation modulables. En effet comme nous l’avons vu dans la définition des termes l’appellation musiques actuelles renferme un très large éventail d’esthétiques musicales.

Comme le stipule Bastien Perez durant son entretien, en tant que programmateur il se doit de rediriger la programmation du festival Musicalarue en fonction des attentes des populations locales. Suite à la professionnalisation de l’association et par sa qualité artistique, Luxey a attiré de plus en plus de monde.

Les locaux se sont alors sentis dépossédés de la manifestation. Musicalarue y remédie depuis maintenant six ans. Bastien Perez propose une programmation qui s’adapte plus au milieu rural : sa ligne directrice est la chanson française, puis seulement après il s’ouvre à d’autres disciplines plus actuelles (rock, électro, etc.).

Cet exemple introductif prouve qu’une programmation d’un festival de musiques actuelles peut autant s’adapter à un festivalier lambda, aux touristes de passages qu’aux populations locales. Nous verrons chacun des publics ciblés en fonction des genres musicaux que les musiques actuelles comportent dans la partie suivante. (cf. partie 8)

Ce que l’on peut auparavant constater ici, c’est que contrairement aux autres spectacles d’arts vivants comme le théâtre ou la danse qui quant à eux requiert un public déjà « sensibilisé » la musique est un art remarquablement accessible. Le théâtre et la danse, toujours par exemple, demandent la possession d’un certain goût en matière d’esthétique, une première appréhension, afin d’être compris. Cela sans insinuer le fait que les populations rurales sont moins cultivées que les urbaines, loin de là. Mais la majorité n’ayant pas accès à des structures culturelles proposant ce genre de spectacles durant l’année, il leurs est plus difficile d’avoir une connaissance culturelle. Le théâtre et la danse ont certes à la base pour objectif de divertir le peuple. Mais aujourd’hui il faut tout de même reconnaitre que la majorité de leurs spectateurs sont constitués d’un public assez élitiste.

Le Théâtre National de Bordeaux en Aquitaine (TNBA) a remarqué durant la dernière édition du Festival Novart en 2010, que le public qui venait assister aux représentations était essentiellement des adhérents ou des étudiants, la tranche d’âge étant plutôt comprise en 35 à 50 ans*. De plus, cela se remarque dans les dépenses culturelles des ménages. D’une manière synthétique, les gens déboursent en premier dans le domaine du cinéma, puis la musique et enfin dans les spectacles d’arts vivants.

De plus, pour continuer de pousser notre réflexion sur le fait que la musique puisse s’avérer comme l’un des arts les plus accessibles aujourd’hui, nous pouvons nous pencher sur les cours artistiques enseignés à l’école.

Dès le primaire les enfants sont initiés à l’art par des cours de musiques et ce jusqu’à la fin du collège. Le théâtre et la danse se pratiquant plus en activités extra scolaires. Cela traduit bien le fait qu’il s’agit d’un art plus facile à appréhender.

Ainsi nous pouvons dire que la facilité d’adaptation et l’accessibilité de la musique est le second avantage pour un acteur culturel ayant pour but d’organiser un festival dans ce domaine.

– Troisième argument

Tout d’abord, revenons sur l’histoire du festival des Vieilles Charrues. Comme nous l’avons vu dans la dernière étude de cas, ce festival est l’oeuvre d’un petit groupe d’étudiants passionnés par la musique souhaitant animer leur fête étudiante qui prenait chaque année de plus en plus d’ampleur.

Comme pour tout domaine artistique, organiser un festival de musiques actuelles demande une connaissance de la discipline et une certaine passion. De manière générale un festival est souvent l’oeuvre d’une petite équipe de passionnés cherchant à partager leur amour pour un domaine auprès d’un public en animant un territoire. La musique est souvent le premier choix. Comme nous l’avons vu son marché tend aujourd’hui vers la saturation et elle fait preuve d’une certaine accessibilité.

Notre troisième argument s’adresse ainsi à un type d’acteur culturel particulier, démontrant un minimum de passion pour la musique.

Pour ces acteurs, l’organisation d’un concert s’avère gratifiante lorsque l’évènement aboutit à un public et des artistes satisfaits dans une ambiance conviviale assurée. La réussite de ce travail procure une reconnaissance incomparable. Organiser un festival, s’il respecte les objectifs du projet artistique de base, offre cette satisfaction personnelle de manière fortement amplifiée. Là il ne s’agit plus d’un évènement englobant un concert et sa première partie, ou d’une salle remplie de 400 à 600 personnes. Mais de tout un évènement, une foule de millier de personnes en osmose, partageant le même bonheur, vivant la même expérience.

La musique, contrairement par exemple au cinéma où l’on reste statique devant un écran, est un art qui se vit. Les artistes qui jouent sur scène ne font pas qu’exhiber leur dernière oeuvre ou montrer leur talent avec un instrument. Ils se doivent pour séduire le public de réaliser une véritable performance par un jeu scénique unique.

Un rassemblement de spectateurs devant une scène dansant en rythme sur les pulsations et la mélodie d’une chanson est une expérience unique dans l’art.

– Quatrième argument

Enfin, de l’organisation d’un festival de musiques actuelles, comme pour toute autre discipline, peut découler un grand nombre de possibilités en termes d’actions culturelles locales. Un festival permet d’engendrer un grand nombre de projets dans sa localité. Il peut amener à toucher à d’autres arts pour animer le lieu à l’année, en s’appuyant sur les ressources, la professionnalisation de l’association et sur le succès de la manifestation principale. Et c’est ce sur quoi nous allons maintenant nous pencher, en analysant tous les évènements pouvant se greffer au festival de musiques actuelles, en commençant par les activités culturelles possibles au sein de la localité. Puis en poussant notre réflexion jusqu’à l’action culturelle pédagogique.

7.2 L’impact de l’activité des festivals sur la croissance des actions culturelles locales

Nous l’avons constaté plusieurs fois les festivals présentent la spécificité de pallier l’absence de structures permanentes.

Afin d’illustrer cet argument, nous citerons des exemples significatifs de festivals proposant des actions culturelles tout au long de l’année en plus de leur évènement principal.

– Les Vieilles Charrues

Depuis 2004 l’association des Vieilles Charrues s’applique à développer sa politique de rencontres artistiques. Le festival a tout d’abord pris l’habitude de soutenir les artistes à travers des accueils en résidence* à l’Espace Glenmor de Carhaix. Par la suite, de nombreux autres projets ambitieux ont découlé du festival.

Les charrues dans la rue

De 2007 à 2009 en mars, les Charrues organisaient Les Charrues Remettent le Son, à Carhaix.

En 2010 le nom de cette manifestation annonçant le printemps et le retour des décibels changea pour les Charrues dans la Rue. Nouveau nom, nouvelle formule, cette fois le festival en collaboration avec le Centre National des Arts de la Rue le Fourneau propose tous les ans en mars un grand spectacle de rue unique et gratuit. La volonté de l’association est d’offrir aux carhaisiens dès l’arrivée des beaux jours un spectacle convivial, afin de retrouver avant le grand rendez-vous de l’été tout l’esprit et la magie des Vieilles Charrues. Placée sous le signe de la curiosité, cette manifestation s’adresse principalement au public local mais séduit quand même jusqu’à l’échelle régionale.

Le spectacle de Noël

Depuis 1995 l’association des Vieilles Charrues pensent aussi aux enfants locaux à l’occasion des vacances de Noël, en organisant un grand spectacle gratuit pour les petits carhaisiens en particulier et pour ceux du Centre Bretagne en général. La programmation des concerts s’adaptent aux enfants, comme par exemple lors de l’édition en 2010 avec le concert Chapi Chapo. Ce rendez-vous est ouvert à tous et offre l’occasion de se retrouver en famille. Comme l’énonce l’association dans la description de cet évènement : « Parce que depuis 20 ans que ça dure les Charrues, autant vous dire qu’il y en a qui ont eu le temps de devenir parents, voire même grands parents, et de transmettre aux nouvelles générations leur goût du spectacle ! »

Toujours en hivers il arrive aussi aux Vieilles Charrues d’organiser un spectacle de rue monumental en réinvitant par exemple l’une des compagnies la plus appréciée par les spectateurs durant le festival. Contribuant à promouvoir des artistes en devenir, elle contribue ainsi à respecter l’une de ses plus fidèles mission depuis ses origines.

Les Jeunes Charrues

Dans ce contexte l’association a créé en 1996 les Jeunes Charrues, un tremplin pour les artistes émergents de la région. Les Jeunes Charrues soutiennent et accompagnent ainsi les jeunes talents musicaux de Bretagne et de Basse Normandie. En dix-sept ans, plus de 5 000 groupes se sont inscrits pour participer à l’opération et plus de 400 ont accédé à la scène dans leur région d’origine devant plus de 55 000 spectateurs !

De plus, cette opération permet aux « jeunes charrues » de côtoyer les plus grands artistes lors du festival estival.

Ce développement, tiré par la vitalité de la scène musicale bretonne, a été rendu possible par l’investissement de nombreux bénévoles, au sein des Vieilles Charrues tout d’abord, puis dans l’ensemble des structures organisatrices des soirées concerts, associations et autres lieux de spectacles. Depuis 2007 les pôles musiques actuelles des différents territoires concernés ont rejoint le réseau et mettent leurs compétences au service des jeunes artistes.

Ainsi par le biais de ces nombreuses animations culturelles annuelles, que nous venons simplement de survoler, l’association s’applique à poursuivre sa mission d’animation en vue de remercier tous ceux qui la soutiennent et à qui elle doit son actuel succès.

Bien sûr il s’agit là d’un cas exemplaire. Mais même les festivals de plus petite ampleur et avec moins de ressources que les Vieilles Charrues peuvent proposer des animations à l’année sur l’ensemble de leur territoire, comme en démontre l’exemple suivant.

– Musicalarue

En plus de son évènement annuel en août, l’association Musicalarue contribue à animer son village et le territoire alentour tout au long de l’année.

Les weekends

Cette année l’association a proposé aux luxois Les Dimanches de Musicalarue, en collaboration avec l’association Chantons sous les pins. Le dimanche 18 mars 2012 le foyer municipal de Luxey a ainsi pu accueillir deux artistes, Mathieu Boogaerts, artiste de la chanson française et Serge Llado, humoriste, auteur et interprète.

De plus de mars à avril derniers ont eu lieu des Concerts chez l’habitant. Sur tout le territoire des Landes, seize concerts ont été organisé directement chez les habitants. Pour chaque weekend un artiste différent était programmé et se donnait en représentation du vendredi au dimanche. Cette action originale a été soutenue par la Fédération Départementale des Foyers Ruraux 40.

En mai, Le plateau

Le samedi 5 mai 2012 l’association Musicalarue avec le Collectif des opérateurs culturels aquitains profitent de l’arrivée du printemps pour organiser Le plateau. Cette manifestation gratuite se déroule dans la petite commune de Luxey. Elle accueille vingt-cinq groupes musicaux ainsi que trois spectacles pour jeunes publics.

Ainsi, tout comme les Vieilles Charrues, Musicalarue s’applique à animer son territoire en proposant des projets simples, originaux et très conviviaux.

Un festival de musiques actuelles permet à son association l’occasion d’animer leurs territoires d’implantations tout au long de l’année. Les possibilités sont nombreuses et les équipes permanentes font souvent preuves d’idées tout à fait pertinentes et très bien accueillies par les populations qui sont reconnaissantes de cette contribution au développement de leur vie culturelle locale.

7.3 Les possibilités de création d’action culturelle pédagogique

Tout comme nous venons de le voir dans la partie précédente, les associations responsables des musiques actuelles se sentent aussi concerner par le jeune public. Les manifestations principales sont en premier lieu destinées à un public adulte. Mais par le biais de leurs initiatives culturelles à l’année, les associations peuvent tout à fait s’impliquer dans des actions pédagogiques en faveur des jeunes locaux.

Les actions d’animation relèvent de logiques très proches de ce qui est aujourd’hui demandé aux institutions assumant une action au long de l’année : action hors-les-murs, interventions auprès de publics empêchés, recherche de nouveaux publics. Les festivals sont tout autant considérés comme « responsable » de l’action culturelle locale qu’une institution, étant impliqués dans le processus de démocratisation de la culture.

« Lorsque l’on interroge les festivals sur leur pratique de la gratuité, il est assez fréquent que leurs responsables évoquent spontanément le volume d’actions pédagogiques et d’animation qu’ils mettent en place. Ce lien faut entre les deux est souvent une manière de limiter, voire d’expliquer l’absence d’organisation de spectacles gratuits. »

Suite à cet extrait tiré de l’ouvrage Les Nouveaux territoires des Festivals d’Emmanuel Négrier, nous pouvons constater que les actions d’animations locales résultent d’une réponse à la pratique de la gratuité. Pour autant il faut savoir que biens qu’elles soient liées par des questions purement stratégiques, les actions pédagogiques ne sont pas tout à fait de la même nature que les initiatives d’animations culturelles.

Les actions pédagogiques englobent l’accompagnement des artistes amateurs et émergents issus de la région mais aussi des stages, des ateliers d’initiations destinés à un jeune public. Il peut très bien s’agir de promotion d’activités extrascolaires et culturelles, que de favoriser l’éveil des enfants en les habitants à voir des spectacles en dehors du cadre scolaire, etc. Cela rentre dans la capacité des festivals à toucher un public traditionnellement exclu.

– Jazz in Marciac : du jazz au collège

L’exemple le plus marquant à ce sujet est très certainement le festival de Jazz in Marciac. Son responsable étant un ancien professeur du collège de la commune et aujourd’hui directeur de l’établissement, l’association du festival est ainsi logiquement très impliquée dans l’accessibilité de la culture auprès des jeunes locaux.

En 1993, le collège de Marciac a ouvert un atelier d’initiation à la musique de jazz qui couvre le cursus complet de la sixième à la troisième. Le festival de Jazz in Marciac est désormais internationalement reconnu mais on ignore généralement les prolongements humains et culturels qui découlent de ce genre musical.
L’idée du jazz au collège invite les jeunes à s’exprimer librement et propose à chacun de trouver son épanouissement personnel susceptible de l’aider dans les études générales.

Le jazz, expression essentielle de la musique du XXème siècle, s’avère un exceptionnel instrument pédagogique et culturel. Les constats de cette initiative sont que la musique contribue à éduquer et à construire l’enfant par son groupe musical qui forme et structure son expression et sa personnalité.

Concrètement, l’atelier est organisé en cinq à quatre heures hebdomadaires en fonction des niveaux scolaires. Il est enrichit par un module facultatif de pratique instrumentale animé par des intervenants de grande notoriété.

Dans le cadre du festival Jazz in Marciac, des ateliers permettent aux élèves de s’exprimer en public sous le parrainage de musiciens prestigieux. De plus, des rencontres avec des jazzmen célèbres, des concerts et des auditions régulières sont organisés tout au long de l’année.

Ainsi l’idée de la création d’espaces culturels ruraux en relation avec le monde pédagogique est parfaitement comprise et employée dans cette action du collège de Marciac.

– Musicalarue : les Jeunes Artistes

Évidemment d’autres festivals se consacrent aussi à l’action pédagogique, comme Musicalarue qui propose quant à lui des ateliers d’initiation aux arts du cirque pour les jeunes locaux. L’association Musicalarue a ainsi organisé en avril dernier des stages « Jeunes Artistes » pour les enfants et adolescents de 5 à 12 ans, se déroulant dans la Maison des Associations de Luxey. Ce projet est mené autour du thème et des techniques du cirque, proposant différentes activités encadrées par des animateurs professionnels spécialisés.

Le projet pour les petits s’intitule « Le monde du cirque » et propose un parcours de motricité avec des objets de cirque, un atelier « Baby-Gym » avec des structures en mousse modulables, des jeux d’adresse et de danse avec du matériel ainsi que des activités manuelles et artistiques.

Pour les plus grands est proposée une « Initiation et perfectionnement aux arts du cirque », comportant des activités de jongleries, d’équilibre sur objet, d’acrobaties et une mise en place de numéros.

Tout comme les animations culturelles, les actions pédagogiques sont nombreuses et présentent d’énormes possibilités. Elles sont très appréciées par les communes et surtout par les familles rurales qui peuvent ainsi offrir à leurs enfants la chance de s’ouvrir à l’art et à la culture en générale malgré l’absence de structures permanentes sur leur territoire.

8/ Du point de vue des publics

Étudier le point de vue les publics peut paraitre illogique au premier abord étant donné que ce mémoire traite de la question de l’intérêt du développement des festivals de musiques actuelles. Notre réflexion étant basée sur l’hypothèse que les festivals sont bien plus qu’une simple fonction culturelle par leurs nombreux apports aux territoires. Alors pourquoi cet intérêt pour les publics ? Tout d’abord ils sont aux centres des enjeux des festivals. Ils présentent autant de qualités que de faiblesses que nous allons étudier par la suite. Dans la logique d’une organisation il est impensable de ne pas se soucier des publics ciblés, il est ainsi obligatoire de devoir étudier les publics. Les motivations des festivaliers sont au coeur de l’impact que peuvent avoir les festivals sur les territoires. Sans eux les retombées économiques seraient moindres. De même, il convient de rappeler l’objectif de la démocratisation culturelle, qui s’adresse bien évidemment aux populations. Par ailleurs il est intéressant de comprendre les relations entre les festivals et leurs publics.

Dans notre cas nous pourrons mieux cerner les limites que comporte l’implantation d’un festival de musiques actuelles en milieu rural comme nous les avons mentionnées dans la partie 3.1. Enfin, l’intérêt du développement et l’avenir des festivals reposent sur leur fréquentation. Par conséquent, étudier le point de vue des publics semble capital pour nourrir notre réflexion et ainsi continuer notre cheminement vers la réponse à l’intitulé de ce chapitre : les festivals de musiques actuelles : luxe ou véritable moteur de développement social et artistique ?

8.1 Public non-sensibilisé et public averti : étude sociologique des pratiques des publics

Dans un premier temps il convient de mieux cerner le terme « public ». On entend ici un rassemblement d’individus qui ont chacun leur histoire, leurs références et des apprentissages bien différents. C’est de là qu’est issue la difficulté d’un festival : s’adresser à des publics hétérogènes par la diversité de leur rapport à l’art. Les organisateurs doivent assumer des missions assez contradictoires. Ils doivent être attentifs au tissu culturel local, tout en restant ouvert quant à leur image nationale voire internationale. Ils sont amenés à devoir penser à la fidélisation de leur public mais aussi à son renouvellement. Leur projet artistique doit être cohérent, rigoureux mais en même temps il doit promouvoir un esprit festif, convivial et bien sûr être divertissant. Enfin il faut discerner la population du public. La notion de population dépasse celle de public qui lui renvoie à des pratiques culturelles acquises. Une population n’est qu’un public potentiel. Ce qui est important de comprendre car population ne signifie pas public acquis.

– Une meilleure connaissance des publics : profil socio-économique

« L’essor, ces dernières années, des activités culturelles et de loisirs a poussé les responsables des festivals à accroître les actions de promotion en lançant, des études de publics. »

« La connaissance du profil socio-économique, du lieu de résidence et des motivations du public festivalier sont indispensables pour l’établissement de campagnes de promotion efficaces et de supports de communication pertinents. »

D’après ces extraits issus de l’ouvrage Les Festivals en France, marchés, enjeux et alchimie de Luc Bénito, nous amène au constat de l’importance d’une meilleure connaissance des publics. Pour cela nous allons survoler le profil socio-économique des publics afin de mieux les cerner et comprendre les enjeux qu’ils représentent auprès des organisateurs de festivals.

L’âge

Pour les festivals de musiques actuelles, le public se divise en deux tranches. Le public de tranche d’âge « moyenne », comme par exemple le festival de Jazz in Marciac. 27 % de ses festivaliers se situent entre 36 et 45 ans. Les publics des festivals des musiques amplifiées sont en général encore plus jeunes, surtout s’il s’agit d’un festival à la programmation plutôt axée sur le rock. Ainsi la deuxième tranche de public est dite « basse », comme par exemple pour le festival des Eurockéennes de Belfort dont la catégorie 21-24 ans domine avec une part de 35% suivit des 18-20 ans avec près de 25 % de ses spectateurs.

Citons par ailleurs les festivals pluridisciplinaires qui nous intéresserons par la suite. La catégorie prédominante pour ce type d’évènement est de 25 à 40 ans soit près de 35%, suivi par les 18-24 ans avec quant à eux 25 % de l’âge moyen des publics.

On peut ici noter que plus la tarification est basse plus la tranche d’âge moyenne diminue. Les classes d’âges « supérieurs » sont prédominantes dans les festivals de musique classique. Cette fréquentation s’explique par le fait qu’il s’agisse en général d’un public d’amateurs fidèles.

Outre les préférences des jeunes pour les styles de musiques actuelles, ils semblent en moyenne attirés par tous les thèmes, autres que le classique

Le niveau d’éducation

Sur ce point peu d’études s’y sont consacrées. En moyenne d’après les rares recensements, 24% des festivaliers sortent de l’enseignement secondaire, seulement 3,6% d’un enseignement primaire et 11% n’ont qu’une formation technique. *

D’après ces chiffres il semblerait que les festivals soient fréquentés par un public plutôt « instruit ». Évidemment on peut émettre des doutes et des réserves par cette généralisation. Néanmoins l’écart entre les niveaux d’éducation est si important qu’il crédibilise cette observation.

Les pratiques culturelles des festivaliers

Enfin on peut mentionner dans cette brève analyse du profil socio-économique des publics la question des pratiques culturelles des festivaliers.
A Jazz in Marciac 48 % des festivaliers ont répondu avoir assisté à plusieurs festivals depuis un an. Parmi eux ressortait un évident « public jazz » présent à 55% sur l’ensemble des spectateurs.

30% de ce « public jazz » n’ont assisté qu’à un seul festival, le plus souvent celui de Marciac. Néanmoins, 22 % reconnaissent avoir assisté à plusieurs festivals de jazz. Les autres festivaliers témoignent avoir assisté à plusieurs manifestations, souvent assez diverses : théâtre, danse, marionnette, musique classique et rock.

On constate que le profil socio-économique du festivalier, que nous venons ici simplement de survoler, ne s’écarte que peu de celui d’un amateur d’art ou de spectacles. Le niveau d’étude apparaît souvent comme déterminent dans la consommation culturelle, bien plus encore que la catégorie sociale. Les arts et la culture sont bien réservés à une certaine « élite » sociale. Pour autant les festivaliers sont plutôt constitués d’initiés plutôt que d’individus de condition aisée.

Par ailleurs il est important de noter en conclusion que la structure du public varie énormément en fonction du thème de la manifestation.

– Comment expliquer l’accroissement de la demande de festivals ?

Suite à ce constat comment expliquer alors l’accroissement de la demande de festivals si ce n’est pas par l’élargissement des consommations culturelles ? On l’a vu précédemment, la demande de culture est en hausse depuis les années 1980. Dans les faits il ne s’agit pas d’une ouverture des publics à des disciplines artistiques « traditionnelles » comme la musique classique, le théâtre ou la danse. Mais à l’élargissement dans les années 1980 du champ de la culture et des disciplines nouvelles (hip-hop, arts de la rue, rock, bande dessinée, design et mode…) pratiquées par des publics différents.

– Public non averti et festivals

Mais il reste toujours la question du public dit « non averti » face à la « fièvre festivalière ». Les populations rurales peuvent y être assimilées étant donné qu’elles sont plus enclines à une moins forte sensibilisation à la culture par le manque de structures permanentes culturelles sur leur territoire. Et cela se confirme par l’objectif principal de la démocratisation de la culture, dont la priorité est l’accès à la culture pour tous. Ce qui signifie bien qu’aujourd’hui encore en France existe une forte concentration de public « non sensibilisé » à la culture. Nous l’avons vu au début de ce mémoire, les festivals contribuent à la décentralisation culturelle et ainsi à la démocratisation de la culture. Mais comment arrivent-ils à séduire ce public non averti ?

C’est là la mission et l’enjeu principaux des acteurs culturels et dans notre cas des organisateurs de festivals d’apporter des propositions artistiques de qualité à ces populations qui restent « isolées ».

Les publics non avertis peuvent penser que la culture n’est pas pour eux. Les festivals se doivent de dépasser cette réaction et de s’imposer comme leur « premier pas » vers la culture. Cela rentre dans la démocratisation de la culture qui explique la nécessité de susciter la rencontre entre l’art et le public.

Les festivals proposent ainsi aux publics non avertis et aux populations « isolées » en amenant la culture sur leur territoire à faire la démarche de venir voir leur programmation et ainsi d’apprécier la culture. Cette première approche est souvent facilitée par le fait que les festivals poussent à la curiosité. De plus leurs esprits festif et convivial y contribuent fortement.

Mais n’apparaît-il pas ici un paradoxe ? Assimiler public non averti et populations rurales semblent étranges étant donné que nous avons démontré dans le premier chapitre que les ruraux avaient désormais les mêmes modes de vies que les urbains et que leurs différences s’étaient estompées par l’ouverture au monde des populations rurales avec les nouveaux outils de communication (télévision, Internet…). De même nous avons mentionné le fait que la mobilité s’était accrue, les espaces urbains et ruraux sont aujourd’hui reliés par un important réseau routier et ferroviaire. Les limites entre ces deux espaces sont de plus en plus minces, d’où l’apparition de communes rurales multipolarisées de plus en plus sous influence urbaine.

L’élitisme présent dans la culture se renforce lorsque les structures culturelles sont moins accessibles. En ville, les théâtres sont aux coeurs de l’activité urbaine. Pourtant leur fréquentation est moins élevée que le cinéma et leur public est souvent constitué d’abonnés comme nous l’avons expliqué dans la partie précédente.

Les habitants des campagnes prennent leur voiture pour aller faire leurs courses voire pour aller travailler dans les villes, alors pourquoi ne la prendraient-ils pas pour aller voir un spectacle en ville ?

Cela revient à notre argument sur la difficulté pour un public non averti de faire la démarche d’aller à la rencontre de la culture. La frontière entre les espaces urbains et ruraux est certes de plus en plus mince. Mais l’idée de toujours devoir aller au centre-ville pour accéder à des services « tue » la notion de village qu’il ne faut pas oublier.

Tout cela se traduit par le fait que l’on ne peut reprocher aux ruraux de ne pas se déplacer plus pour accéder aux offres culturelles des villes. C’est à la culture d’aller à la rencontre de ces populations et de respecter leurs valeurs et leurs façons de vivre.

– Les possibilités d’adaptation de projet artistique des festivals de musiques actuelles en milieu rural

« Les festivals sont les fils adoptifs de la décentralisation. » Cette expression d’Emmanuel Négrier citée auparavant nous amène à la conclusion de cette partie. Les festivals ont cette spécificité de pouvoir s’implanter pratiquement n’importe où.

Nous allons maintenant nous pencher plus attentivement sur les offres artistiques possibles pour les festivals de musiques actuelles. Nous verrons comme leur programmation peut s’adapter aux festivaliers lambda, aux touristes de passage et en particulier à la population locale.

Commençons par le sujet principal de cette partie, les populations rurales. Nous l’avons vu plusieurs fois durant ce mémoire, les musiques actuelles englobent un large éventail d’esthétiques musicales. Et c’est là l’un des atouts principal des festivals de promotion de ce domaine. Leur projet artistique peut s’adapter plus facilement en fonction du profil socio-économique des populations rurales ciblées en tant que publics potentielles. Ainsi une localité ayant une tranche d’âge moyenne en majorité pourrait se montrer plus intéressée par une programmation basée sur le jazz et ces genres dérivés, les musiques traditionnelles et du monde ou encore la chanson française.

Reprenons l’exemple cité dans la partie 7.1 qui illustrait notre deuxième argument, basé sur le fait que les festivals de musiques actuelles possèdent la faculté de s’adapter plus facilement aux populations rurales, en poussant notre réflexion un peu plus loin.

Le festival Musicalarue, dont son actuelle mission est basée sur une meilleure « adaptation » du projet artistique aux landais, est en effet un cas exemplaire tout à fait pertinent. Suite à la professionnalisation de l’association et à la qualité du projet artistique qui attirait de plus en plus de monde, était engendrée une certaine « dépossession » des populations face à leur festival. A la base Musicalarue était en effet une fête de village qui a par la suite bien tournée. Pour remédier à ce problème, Bastien Perez axe sa programmation en premier lieu vers la chanson française et seulement après il s’ouvre aux musiques plus actuelles comme le rock ou l’électro. L’afflux de visiteurs d’une jeune génération permet dans ce cas-là de « revitaliser » le village de Luxey. Les familles sont reconnaissantes et fières de leur festival qui respecte leurs valeurs, par la valorisation d’un esprit festif et conviviale. Elles se retrouvent dans une programmation assez « traditionnelle », par ces artistes issus de la chanson française et des musiques à texte. Et le projet artistique contribue, par son ouverture sur les musiques plus actuelles, à satisfaire les attentes des jeunes locaux et surtout à animer le village chaque mois d’août, par le grand nombre de festivaliers extérieurs au territoire venus partager cette ambiance si particulière propre à Musicalarue.

Tout comme la chanson française, la musique jazz et ses genres dérivés peuvent très bien s’adapter et séduire les populations rurales. Nous l’avons vu au cours de ce mémoire, le milieu rural est sujet à un vieillissement de sa population et d’une forte influence de retraités venus profiter du calme de la campagne. Les festivals de musiques actuelles ont cette possibilité d’attirer un public d’une tranche d’âge moyenne, comme nous l’avons vu avec l’exemple du festival de Jazz in Marciac.

De plus, les festivals de musiques actuelles entrant dans l’offre totale de services touristiques d’un territoire proposent ainsi une animation supplémentaire aux touristes de passages. Nous l’avons vu dans le chapitre précédent, bien que les touristes peuvent s’assimiler à un public non averti, il n’y a plus besoin de démontrer que les festivals ont cette spécificité d’arriver à attirer et séduire des visiteurs non sensibilisés tels que des touristes qui n’étaient pas forcément venus dans la région pour assister au festival et qui peuvent être amener à venir visiter un territoire voire une commune auxquels ils n’auraient peut-être pas présentés d’intérêt sans la présence de cet évènement.

Enfin nous pouvons nous questionner sur le public déjà averti, c’est-à-dire les festivaliers adhérents. Quels sont leurs motivations ? Et qu’en est-il de la fréquentation des festivals de musiques actuelles en milieu rural en France ? C’est sur ce point que nous allons désormais nous pencher au cours de la deuxième partie.

8.2 Fréquentation des festivals : inégale et légèrement croissante

Suite à cette brève étude sociologique des publics, on peut se demander : quelles sont les motivations des festivaliers ? La banalisation du terme « festival » et son offre qui tend actuellement vers la saturation peut nous amener à nous demander si le public n’est pas épuisé par le concept de festival.

– Les motivations

Par le terme « motivations » on entend ici les facteurs qui déclenchent l’envie de se rendre à un festival et d’assister à un ou plusieurs de ses spectacles.

D’après Luc Bénito*, on peut distinguer trois types de motivations : le projet culturel, le projet social et le projet touristique. Ici nous analyserons simplement les deux premières, la dernière étant moins intéressante au sein de la réflexion de notre partie et que nous avons déjà abordée durant la partie 6.

– Le projet culturel qui regroupe toutes les motivations d’ordre culturel, c’est-à-dire ce que le public entend pouvoir en retirer sur ce plan là. Il englobe deux points.

Le premier comprend l’enrichissement culturel, qui se traduit par la motivation issue de l’idée du profit qu’espère retirer le spectateur du festival.

C’est ici qu’apparait la notion de « public averti ». Ces festivaliers viennent pour « absorber » une dose de culture et découvrir de nouveaux talents. Mais ils s’y déplacent aussi dans le but de confronter leurs acquis et les développer par le biais de la qualité artistique, de la programmation et de l’ambiance conviviale du festival, propices à une dynamique d’ouverture vis-à-vis de leur discipline et des autres.

Toujours d’après Luc Bénito*, « Le festival censé être le haut-lieu d’une discipline artistique est sans doute, en terme d’enrichissement culturel, la pratique la plus propice. » D’après lui, « Les novices choisirons une programmation d’artistes connus, tandis que les amateurs opteront plutôt pour des spectacles de création. » Cela n’est qu’une généralité mais il est vrai que l’on peut mentionner brièvement ici l’appellation « culture de masse ». La culture présentant aujourd’hui un très large choix artistique, autant pour les disciplines que les oeuvres et les artistes, que même un public averti peut « s’y perdre ». La culture de masse pousse les consommateurs de culture à se réfugier derrière les têtes d’affiches, les films les plus populaires, les livres best-seller. Ainsi ils se sentent rassurer face à cet univers si riche. Généralement les publics avertis sont plutôt des « experts » dans leur domaine de prédilection mais s’avèrent juste initiés aux autres disciplines. Nous pouvons en tirer la conclusion qu’en fonction du thème du festival, même les publics avertis peuvent être au même « niveau » que le public dit non sensibilisé, si le domaine du projet artistique ne s’assimile pas à ses connaissances.

Nous en arrivons ainsi au deuxième point de la motivation de cette motivation d’ordre culturelle, le rattrapage culturel. Les festivals se concentrant en majorité sur la période estivale, ils peuvent être vue comme un « rattrapage » annuel. La fréquentation du théâtre, des concerts et autres spectacles sont des pratiques qui s’avèrent assez rares en moyenne au cours de l’année. En effet même les plus férus de culture et d’art ne peuvent assouvir leur « appétit culturel » tout au long de l’année, l’emploi du temps quotidien primant souvent sur ces envies classés comme « divertissement ». Ainsi les festivals apparaissent comme le moyen de faire « le plein » de spectacles et de concerts ayant souvent lieu pendant les vacances ou les weekends.

Nous pouvons conclure par ce propos extrait de l’ouvrage de Luc Bénito : « Les festivals offre une certaine rentabilité pour leur séjour d’un point de vue culturel en assistant à un maximum de spectacles en un minimum de temps. »

– Le projet social qui fait référence à une catégorie de motivations basées sur les normes sociales et/ou aux comportements sociaux types. Il se divise en trois points.

Tout d’abord, le « pèlerinage » qui est la caractéristique fondamentale des festivals. Ils sont l’occasion de se retrouver chaque année pour une communauté de passionnés, voire de curieux, autour d’une célébration d’un genre artistique. Comme le stipule Luc Bénito, « à ce titre, la discipline artistique fait office de quasi-religion pour un groupe de fidèles, et le festival favorise sûrement la conversion à de nouveaux adeptes. »

Ce sentiment de bien-être recherché par ces individus d’une même communauté est le produit des festivals, engendrant cette communion d’esprit.

Cela nous amène au deuxième point, la rencontre et l’échange. Ce désir de communication ne s’attribue pas simplement aux participants mais aussi aux artistes et autres acteurs de l’évènement. La rencontre entre le public et les artistes génère un échange culturel que Luc Bénito aime qualifier de « relation très proche ». Ce rapport entre le public et les artistes est très important. Certains festivals proposent même à leur public d’assister aux répétitions des artistes pour contribuer à valoriser cet échange. Il découle directement de l’objectif premier des festivals, de promouvoir un genre artistique, un artiste, une création, une oeuvre, etc.

Enfin le dernier point de cette motivation est lié à la reconnaissance sociale. D’après Luc Bénito « certains, enfin, se rendent à des festivals afin de reproduire les pratiques d’une classe sociale ou d’un milieu spécifique auquel ils veulent s’identifier ou qu’ils désirent parfois intégrer. » On peut illustrer ce propos par l’exemple du festival du Hellfest (cf. planche 7) qui s’affirme par une réunion de passionnés de métal reconnaissant par leur excentricité vestimentaire et une certaine « exhibition » de leur ferveur pour ce genre de musique souvent jugés par les non-initiés comme violent voire sauvage.

– Conclusion des motivations : exemple de Jazz in Marciac

En guise de conclusion sur la demande de festivals et des motivations qui en découlent, on peut proposer une typologie* en nous basant sur l’étude du cas de Jazz in Marciac, qui reste l’une des références en la matière. Les catégories de public qui vont être présentées ici proposent une lecture assez pertinente compte tenu du fait qu’elle adopte un niveau d’abstraction suffisant pour pouvoir l’appliquer à l’ensemble des festivals.

Les quatre tendances qui se distinguent sont donc les suivantes :

– Le public pour qui le festival représente une animation locale, à caractère festif. C’est une catégorie assez importante en général pouvant englober par exemple les touristes de passages.
– Le public de passionnés qui quant à eux se déplacent exprès dans le but de passer quelques jours au sein du festival qui est une catégorie plutôt minoritaire.
– Le public de provenance, c’est-à-dire le public régional dont l’implantation d’un festival leur fournit l’occasion d’une sortie culturelle. Il ne s’agit donc pas d’un public touristique mais d’un public ayant des pratiques culturelles assez développées. Il représente une part assez importante au sein des festivaliers.
– Le public local, englobant essentiellement ici les populations locales qui ne sont pas forcément amateures de spectacles ou de culture en général. Ce public peut être assimilé à la motivation de curiosité, l’envie de venir partager l’atmosphère de fête régnante pendant une manifestation. Cette part est aussi souvent assez importante au sein des spectateurs. Nous pouvons constater qu’il n’y a pas qu’un seul type de festivalier mais plusieurs types de public qui fréquentent les festivals.

Cette analyse des motivations traduit donc les apports des festivals pour leurs publics. Mais qu’en est-il concrètement de leur fréquentation ?

– La fréquentation

Par raison de principe, un festival ne doit pas être évalué pas son succès populaire surtout s’il est soutenu par une puissance publique. Mais l’étude de la fréquentation des festivals est en lien direct avec le « travail sur les publics » obligatoire pour les organisateurs des festivals. De plus, elle s’impose comme une notion enrichissante au sein de notre réflexion sur l’impact de l’activité des festivals sur le développement local. De même concernant sa fonction au sein de l’offre culturelle qui, d’après les nombreux constats que nous avons effectués jusqu’à présent, dépasse généralement les attentes premières.

D’après une étude d’Emmanuel Négrier en 2005*, en ce qui concerne les entrées payantes, les festivals les plus célèbres (Jazz in Marciac, Les Chorégies d’Orange, etc.) tirent la moyenne largement vers le haut et « faussent » les résultats. Ces festivals battent chaque année de nouveaux records de fréquentation. Mais qu’en est-il pour les festivals plus « petits » ?

Les constats de l’étude d’Emmanuel Négrier indiquent une hétérogénéité des festivals à forte fréquentation tant en ce qui concerne les disciplines, les esthétiques ou les cibles, que la situation géographique ou la période de l’année. Sur l’échantillon de France Festivals, cinq festivals, soit 7% des manifestations recensées, représentent 44% de leur fréquentation totale. Nous pouvons penser que de manière générale les publics vont vers des festivals « exceptionnels », un peu comme pour le principe de la culture de masse. Face à une trop grande offre, une trop grande diversité, il est plus rassurant de se « réfugier » auprès des têtes d’affiches et ici au sein des festivals les plus reconnus pour la qualité de leur projet artistique. Ils s’affirment ainsi comme des valeurs sures et « rentables » d’après les motivations des publics que nous venons d’étudier.

La conclusion d’Emmanuel Négrier au sujet de l’évolution de la fréquentation des festivals de 2001 à 2005 se résume en trois images bien caractéristiques des différences de situation qui marquent le paysage français :

– de manière générale est sentie une augmentation globale, mais qui cache autant de hausse que de baisse
– la croissance de grosse augmentation est due à un petit nombre de manifestations qui tire le groupe vers le haut. En réalité apparaît des croissances assez modérées.
– les baisses sont elles aussi concentrées sur une minorité de manifestation.

Ainsi nous pouvons constater une absence de caractéristique très nette, liée à un genre, un lieu, un domaine particulier voire à une période précise de l’année. Cette distinction indistincte nous amène à être prudents face aux nombreuses thèses qui tentent quand même d’expliquer de manière précise l’essoufflement de certaines manifestations ou le succès grandissant d’autres.

Les baisses de fréquentation assimilées à l’évolution des subventions peuvent en revanche faire ressortir l’hypothèse qu’elles pourraient être liées à des soutiens publics amoindris. Mais cette coïncidence est difficile à analyser et elle n’est constatable que pour une poignée de festivals par échantillon. De plus certains festivals en croissance subissent tout de même en parallèle une baisse de leurs subventions…

Pour analyser de manière beaucoup plus précise l’évolution de la fréquentation des festivals il faudrait faire une étude au cas par cas en décryptant tous les détails de leur organisation et de leur déroulement ainsi que leurs retombées auprès de leurs publics, ce qui n’est évidemment pas imaginable au sein de notre propre étude.

– Les faiblesses : des participants imprévisibles

En revanche, nous pouvons tenter d’analyser les contraintes que certains festivals rencontrent au sein de leur fréquentation issues de quelques faiblesses d’organisation et des comportements parfois imprévisibles des participants.

Tout d’abord on peut se demander si le milieu rural, par sa distance avec l’espace urbain et son manque en termes d’offre de transport en commun ne représente pas une faiblesse concernant la fréquentation, surtout en ce qui concerne la mobilité des jeunes. Nous pouvons être amenés à penser que les jeunes du milieu urbain peuvent être vite démotivés à l’idée de devoir se déplacer jusqu’en milieu rural pour assister à une représentation ou que les jeunes ruraux n’ont pas de possibilité de déplacement au sein de leur région dont la nécessité de la détention d’un véhicule et du permis est compromettante.

Mais les festivals ont su repéré et trouver des solutions face à ce « dilemme ». Ainsi le festival de musiques actuelles dans les Landes, Musicalarue, implanté dans une commune ne possédant pas de gare a trouvé un moyen ingénieux pour répondre à ce problème de mobilité. En plus de vanter les mérites du covoiturage sur son site officiel, l’association du festival a collaboré avec l’entreprise régionale « Les Bus des Ferias »* afin de permettre aux populations de pouvoir se déplacer aisément jusqu’à l’évènement. (cf. partie 4.3)

La véritable faiblesse en ce qui concerne la fréquentation est du à ces participants qui sont souvent imprévisibles.

Outre la question des artistes que nous traiterons dans la partie suivante, le comportement des publics, bien qu’il puisse être appréhendé et envisagé par des études antérieures, amène à une incertitude pour les organisateurs face à leur projet artistique.

Nous l’avons étudié, leurs motivations et donc leurs attentes sont nombreuses. Les festivals se doivent de faire preuve d’une véritable exigence en ce qui concerne la qualité de leur programmation. C’est une situation propre aux domaines des arts et de la culture où la demande s’exprime souvent a posteriori.

C’est un enjeu auquel un nouveau festival doit faire face durant sa première édition. Ils existent bien sûr des alternatives afin de réduire l’incertitude du comportement du public, en anticipant leurs préférences. De plus les festivals doivent constamment faire preuve de vigilance en renouvelant leur projet artistique initial en fonction des attentes des festivaliers, autant pour les « fidèles » que pour les « éventuels » nouveaux participants.

Tout cela nous amène à conclure par le fait que la demande de festivals est toujours fortement présente. Malgré l’offre incroyable des festivals de musiques actuelles en France qui s’avère assez déstabilisante, les festivaliers en demande toujours plus. Cela peut se traduire par l’expression familière « plus on en a, plus on en veut ». Leurs exigences face à une programmation de qualité est un véritable « chalenge » pour les organisateurs qui doivent faire preuve d’originalité, rester à l’écoute des populations locales, tout en n’omettant pas la question du développement touristique local afin de répondre aux attentes des collectivités territoriales.

Enfin, il faut noter que les festivals de musiques actuelles nationalement reconnus pour leur qualité artistique, tels que les Vieilles Charrues ou encore le Hellfest, battent chaque année leur record de fréquentation. Ils s’affirment ainsi comme des exemples de réussites et comme des références indispensables pour tout futur de porteur de projet.

8.3 Les festivals : un « art de vivre »

En conclusion de cette partie, nous pouvons aborder le développement social sous un angle plus subjectif, celui de l’apport véritable des festivals de manière général dans un premier temps en ce qui concerne ses bienfaits moraux.

Il est vrai que l’aspect économique ou touristique l’emporte souvent sur l’aspect artistique et culturel des festivals.

Pour autant, un festival doit d’abord reposer sur une idée artistique qui serve à l’ensemble de la création. De plus il se doit d’être perpétuellement soucieux de rassembler les publics locaux en priorité.

L’objectif de la démocratisation de la culture est certes de rendre accessible la culture mais aussi d’initier les populations non averties de ses « bienfaits ». Pour cela le représentatif Jack Lang a toujours loué « l’esprit de fête ». Ce ministre socialiste rejoint souvent dans ses théories et pratiques les propos d’Adam Smith, le père du libéralisme. Dans sa Recherche sur la nature et les causes de la richesse des nations, il offre une éloge visionnaire de la démocratie culturelle* : « Il y a néanmoins deux moyens très faciles et très efficaces qui, réunis, pourraient servir à l’État pour corriger sans violence ce qu’il y avait de trop austère ou de vraiment insociable dans les moeurs de toutes les petites sectes entre lesquelles le pays serait divisé. […] »

Pour illustrer cette notion, il cite tout d’abord l’étude des sciences et de la philosophie. Puis, en seconde place il mentionne « la multiplicité et la gaieté des divertissements publics. » Il explique que si l’État encourageait les acteurs culturels dans leurs initiatives d’ « essayer d’amuser et de divertir le peuple », il arriverait ainsi aisément « à bout de dissiper dans la majeure partie du peuple cette humeur sombre et cette disposition à la mélancolie, qui sont presque toujours l’aliment de la superstition et de l’enthousiasme. » Adam Smith évoque même la présence de « maladies populaires ». D’après lui la culture et les arts sont des « remèdes » par leur qualité principale qui consiste à relier les populations malgré leurs classes sociales et leurs niveaux de vie. De plus la culture et les arts contribuent, d’après lui, à « unir les parties divisées », c’est-à-dire les populations métissées ou issues de cultures divergentes.

Suite à cette réflexion nous pouvons être amenés à penser que les biens culturels sont générateurs de bien-être, en plus de simplement contribuer à alimenter la consommation. C’est pour cela qu’il semble important de continuer à promouvoir la culture et les artistes émergents afin de divertir le peuple. L’effet des projets culturels tendent ainsi vers l’émotionnel, vers un divertissement et dans la continuité ils entrainent vers le concept d’un véritable moment de vie.

Les festivals s’affirmant comme des solutions à la décentralisation et à la démocratisation de la culture peuvent, d’après cette réflexion, être qualifiés « d’art de vivre ».

Cette expression exprime le fait que les festivals savent analyser les vrais besoins des populations et de leurs publics afin de leur donner satisfaction. Elle englobe une forte notion de partage authentique et du bonheur dans son sens plus large. Les festivals contribuent en effet à partager de façon conviviale des moments, des sentiments et des connaissances, le tout dans un esprit de bienveillance.

Enfin, en plus de participer à la création d’une forte cohésion sociale en réunissant toutes les « parties divisées » de notre population, à l’origine de la diversité et de la culture de notre pays, ils offrent la possibilité de développer des relations entre les générations.

Pour conclure les festivals contribuent, au sein de l’art et de la culture, à transmettre leurs valeurs : l’expression, la communication et le partage. Pour les festivals implantés en milieu rural, en respectant et en mettant en avant les valeurs des ruraux (liens familiaux et sociaux forts…), ils renforcent d’autant plus cette notion, ce qui peut nous amener à penser qu’ils peuvent s’affirmer ainsi comme d’autant plus efficaces de ce point de vue que les festivals en milieu urbain.

9/ Du point de vue des artistes et de l’Industrie musicale

Le festival est certes une aventure partagée entre les publics mais il n‘est pas fait que pour les festivaliers. En effet l’une de ses principales missions consiste à promouvoir les artistes. Ils jouent également un rôle moteur dans le processus de création. Nous verrons ici comment les artistes et plus largement les professionnels de la culture ceux sont appropriés la forme festivalière.

– Contexte actuel

L’histoire et la définition de l’appellation « musiques actuelles » le démontre : LA musique depuis le début du XXème a connu une incroyable histoire. Au gré de l’essor fulgurant des nouvelles technologies allant du phonographe jusqu’aux ordinateurs, par les nouveaux moyens de communication, des radios Sony, en passant par les films jusqu’à Internet, par les nouveaux moyens de diffusion allant des 33T jusqu’au format mp3, LA musique n’a cessé d’évoluer. De nombreuses esthétiques musicales sont apparues durant le XXème siècle engendrant un nombre incalculable de genres dérivées. Pour ne donner que quelques exemples, du gospel est né le blues, d’où est apparu le rythm’n blues, ayant engendré une riposte « blanche » le rock’n’roll, qui en a découlé le « rock » des sixties, le psychédélisme, dérivant jusqu’au hard rock, glam rock, punk, grunge… Le terme musiques actuelles englobent quatre grandes familles d’esthétiques musicales, cet exemple démontre bien le nombre prodigieux de genres qui peuvent en être dérivés.

– Les festivals : support de médiation entre les artistes et le public

Suite à ce contexte, beaucoup d’artistes ont eu l’envie de faire découvrir leurs disciplines par l’intermédiaire d’évènements de qualité à un public de plus en plus nombreux. En tant que service de diffusion culturelle, le festival s’affirme comme un support de médiation efficace entre les artistes et le public.

Au même titre que tous les équipements permanents c’est un moyen de présenter des oeuvres à un public. De plus, un festival est un lieu propice à la création artistique étant donné qu’il peut prendre plus de risques que les institutions permanentes. En effet ces dernières sont contraintes par une audience plutôt locale et leurs ambitions sont souvent plus modestes que les festivals en termes de diffusion. Pour eux, en tant qu’évènements à dimension nationale voire parfois internationale, ils démontrent d’une exigence de qualité supérieure. Celle-ci se traduit entre autres par la présentation d’artistes et d’oeuvres inédites. Les festivals sont moins sensibles à la prise de risque artistique que les structures permanentes car quel que soit le succès d’une manifestation sont nombre de représentations est limité et englobé dans la totalité de la programmation. Pour une institution permanente l’échec d’un spectacle au cours d’une programmation trimestrielle s’avère beaucoup plus compromettante au sein des objectifs de retombées de sa saison.

– Contribution à la promotion d’un genre musical

Outre la question de la création artistique, les festivals constituent aussi des moyens de promotion de certains genres musicaux assez écartés du réseau de diffusions « classiques ». Citons par exemple les radios les plus populaires qui proposent une programmation de musiques actuelles assez généraliste, souvent axée sur les derniers succès plutôt que sur la découverte de nouveaux artistes et esthétiques musicales. Les festivals de musiques actuelles, dont l’appellation même permet aussi à certains genres musicaux méconnus d’y être englobés, offrent la possibilité d’obtenir une reconnaissance publique par la médiatisation de sa manifestation. Ainsi ils contribuent à la popularisation de genres de musiques actuelles qui tentent de se faire connaitre.

Nous verrons au cours de cette partie les intérêts que présentent les festivals de musiques actuelles pour les artistes. Par la suite, nous analyserons brièvement la crise actuelle traversée par l’industrie musicale et l’importance croissante de la promotion scénique. Enfin nous étudierons l’impact des festivals sur la promotion des artistes émergents et des pratiques artistiques en amateurs.

9.1 Les intérêts pour un artiste de se produire dans un festival

Suite à cette introduction sur les qualités de création artistique et de promotion des festivals, nous allons étudier ici concrètement les intérêts qu’ils ont auprès des artistes. Pour cela nous traiterons essentiellement dans cette partie des artistes français professionnels ou en voie de professionnalisation. Pour cela nous nous appuierons sur nos entretiens avec José Reis Fontao chanteur de Stuck in the Sound et Samantha Cotta membre d’Hyphen Hyphen. Nous étudierons la question des artistes émergents durant la dernière partie. (cf. partie 9.3)

Tout d’abord il convient de rappeler nos précédents constats à ce sujet. Comme nous l’avons vu durant la partie 5, la majeure partie de la masse salariale des festivals se concentre dans la production artistique. Pour les artistes le caractère estival des festivals leur fournit un complément d’activité pendant une période l’année où les équipements culturels permanents ralentissent la leur. Les artistes ont souvent tendance à « faire la tournée » des festivals l’été afin de continuer de « rentabiliser » leurs oeuvres.

Mais outre cette question de rentabilité, les festivals contribuent énormément aux artistes en ce qui concerne leur carrière, le succès de leurs oeuvres et surtout à leur notoriété auprès du public.

– Publicité : promotion des oeuvres

Les festivals de musiques actuelles des moyens de promotion efficaces pour les albums des artistes qui bénéficient de la publicité qu’implique le passage dans un festival.

De plus beaucoup de festivals proposent des compilations de leurs programmations annuelles, comme par exemple le Printemps de Bourges ou encore les Vieilles Charrues.

Les festivals sont souvent entourés par un grand nombre de commerces ambulants et permettent aux artistes de faire du « merchandising » qui consiste pour les groupes à vendre leurs albums et produits dérivés à leur effigie dans un point de vente accolé à la structure ou au lieu de représentation.

– Label de qualité

Cette promotion peut aussi être assimilée aux artistes eux-mêmes qui entendent profiter du label de qualité que procure une participation à un festival de renommé.

Les festivals apparaissent donc comme des vecteurs pertinents pour des artistes cherchant à continuer à promouvoir leur image et pour les jeunes artistes. De même pour les techniciens qu’il ne faut pas oublier de citer, qui quant à eux, acceptent souvent d’y participer bénévolement, étant donné qu’il s’agit généralement d’une expérience unique dans leur carrière professionnelle.

– L’insertion professionnelle

Les festivals étant des lieux privilégiés pour les artistes et de découvertes pour le public, ils permettent aussi la rencontre entre les producteurs d’oeuvres à la recherche de diffuseurs et des programmateurs qui viennent y faire leur sélection pour leur structure. Comme le mentionne Luc Bénito*, « cette fonction de marché que remplissent les festivals s’avère d’autant plus efficace qu’elle se renouvelle chaque année. »

De plus les artistes sont conscients que les festivals sont fortement valorisant en ce qui concerne l’insertion dans le milieu professionnel. Pour les artistes qui commencent à se professionnaliser, comme le groupe Hyphen Hyphen que nous avons rencontré, cela contribue énormément à la reconnaissance de leur talent en pleine croissance.

– Entretiens : les points de vue de deux groupes français

Ces faits se sont confirmés lors de mes échanges issus de mes rencontres avec les deux artistes français de musiques actuelles mentionnés. Stuck in the Sound est un groupe professionnel français formé il y a une dizaine d’année qui aujourd’hui continue de connaître un important succès avec son dernier album Pursuit et son titre phare Brother. Quant aux jeunes niçois du groupe Hyphen Hyphen, ils connaissent actuellement un début de carrière fort prometteur et s’affirment grâce à leur énergie scénique remarquable. Les biographies de ces groupes sont par ailleurs disponibles en introductions des entretiens. (cf. entretiens 3 et 4)

D’après José Reis Fontao, le chanteur du groupe Stuck in the Sound, les festivals permettent à son groupe de jouer devant un plus grand public qu’une simple salle de concert. Pour lui, après avoir fait une partie de sa tournée dans des structures plus ou moins importantes, « le festival apparait un peu comme une sorte de cadeau d’anniversaire de l’été. » Comme il l’explique durant notre entretien, c’est l’occasion pour son groupe de retrouver tous les musiciens en actualité dans l’année autour du même événement, de jouer devant plus de 5 000 voire 30 000 personnes. Pour un artiste l’ambiance des festivals est souvent incroyable.

Nous avons posé la même question à Samantha Cotta, alias Santa, porte-parole du groupe Hyphen Hyphen. D’après son groupe, les intérêts des festivals sont nombreux. En premier exemple, Hyphen Hyphen a cité le fait qu’ils leur permettent d’accéder à de plus grandes scènes et à un nouveau public. En effet étant un jeune groupe, leur carrière « décolant » tout juste, ils réalisent souvent les premières parties des « têtes d’affiches ». Ainsi les festivals permettent au public qui n’est pas venu forcément à la base pour les voir de les découvrir. Enfin comme José Reis Fontao l’a mentionné, les festivals leur offrent la possibilité de jouer devant un public plus nombreux.

En deuxième exemple, ils ont répondu à notre analyse de l’insertion professionnelle en expliquant que les festivals sont pour eux l’occasion de faire la rencontre avec des professionnels du spectacle, des programmateurs, des labels et tourneurs qui viennent lors de ces festivals comme « découvreurs de talents ».

Enfin d’après Samantha Cotta, d’un point de vue scénique les festivals offrent cette possibilité extraordinaire de jouer devant une immense foule dansante.
Lors de mes entretiens, je leur ai demandé leurs avis concernant les festivals de musiques actuelles en milieu rural afin de voir s’il y avait des avantages et des inconvénients en comparaison à des festivals implantés en milieu urbain.

Les deux artistes ont répondu les mêmes choses. Il n’y a pas de grandes différences point de vue qualité. D’après José Reis Fontaon ils disposent tout de même d’un avantage comparés aux festivals urbains, concernant les nuisances sonores. En effet les festivals en pleine ville ferment généralement plus tôt à cause de cette contrainte. Pour Hyphen Hyphen le seul inconvénient notable est qu’il est parfois plus difficile de s’y rendre.

D’un point de vue personnel José Reis Fontao trouve qu’il s’agit des meilleurs festivals : « Loin de la ville. Perdu dans les champs. Le repoussement des limites est alors possible ».

Le groupe Hyphen Hyphen quant à lui trouve que les festivals en milieu rural sont de très bonnes initiatives compte tenu de la dynamique culturelle qu’ils apportent à des espaces pour la plupart assez excentrés. De même, ils ont par ailleurs mentionné l’impact économique que ces festivals peuvent avoir sur une petite ville ainsi que sur le niveau de sa fréquentation et de la solidarité créée entre les gens. Pour illustrer ces propos Samantha Cotta a expliqué qu’elle pensait surtout au festival des Vieilles Charrues. Enfin d’après ce groupe, il s’agit d’un moyen agréable pour eux de découvrir de nouvelles régions et de nouveaux espaces de création.

Nous pouvons en conclure que les festivals de musiques actuelles en milieu rural présentent bien plus que des intérêts propres aux autres festivals en termes de promotion artistique et de label de qualité. Surtout pour les festivals ayant lieu l’été, ils engendrent une convivialité d’autant plus forte, grâce au cadre naturel et ces grands espaces renforçant l’esprit de fête et de liberté spécifique aux festivals, avec cette touche d’esprit de vacances et cette liberté supplémentaire auxquels les festivals en milieu urbain contribuent beaucoup moins, contraints à l’oppression des villes et aux nuisances sonores.

9.2 La crise actuelle de l’Industrie musicale : l’importance de la production scénique pour les artistes

En second point il convient de mentionner la crise que traverse actuellement l’industrie musicale. A-t-elle un impact sur la production scénique et renforce-t-elle les apports des festivals de musiques actuelles à ce sujet ?

Nous verrons au cours de cette partie que les points de vue des labels et des artistes divergent sur la question de l’importance de la production scénique à ce sujet.

– Du point de vue des tourneurs, programmateurs et labels

D’après Jean-Jacques Toux, le programmateur des Vieilles Charrues, depuis la crise du disque la musique live a pris une autre dimension économique. Comme il le mentionne, « Il y a de plus en plus de festivals qui poussent un peu partout, en Pologne, au Japon, avec des grosses têtes d’affiche, mais qui pratiquent des gros tarifs. À nous d’essayer d’attirer les groupes à travers autre chose que l’argent… »

D’après Sean Bouchard, responsable du label Talitres, la production scénique face à la crise de l’industrie musicale est de plus en plus fondamentale. En effet, afin d’avoir son point de vue professionnel je lui ai soumis un questionnaire auquel il a accepté volontiers de répondre. Comme il l’a expliqué durant notre entretien, la presse fait malheureusement peu vendre et il reste fondamental de mener une promotion dite « classique » lors de la sortie de l’album. La présence scénique du groupe s’avère ainsi indispensable pour relayer cette promotion qui s’appuie sur la diffusion de l’information par le biais des radios, d’Internet, etc. Toujours d’après Sean Bouchard, la scène offre une nouvelle exposition un autre moyen de diffusion pour un groupe. De plus, il a apporté cette mention très intéressante, « la scène fait ‘’vivre ‘’ le disque. » Elle contribue en effet à lui offrir une exposition plus durable, par le fait qu’elle engendre une actualité autour du projet et donc une remise en avant d’un album donné. Pour illustrer ce point, j’ai questionné Sean Bouchard sur l’importance de la production scénique auprès du groupe phare du moment au sein du label Talitres, Ewert and the Two Dragons.

Ce groupe est actuellement en tournée pour promouvoir leur album Good Man Down. Cette exposition scénique traduit deux points forts en ce qui concerne la vente de leur album. Elle permet d’attirer les médias qui génèrent assez naturellement de nouvelles ventes, ainsi qu’à la vente directe (le merchandising) à la sortie de leur concert.

Pour conclure ce point de vue, Sean Bouchard affirme être de plus en plus persuadé que « plus un groupe est diffusé plus il est diffusé. On réalise que la réussite commerciale d’un groupe passe énormément par le bouche à oreille, par le relai de fan sur Internet. Une bonne prestation scénique permet de développer ces nouveaux canaux de diffusions. »

– Du point de vue des artistes

Pour les artistes cette notion de crise n’est souvent pas ressentie. Comme l’explique José Reis Fontao durant notre entretien, la crise ne touche que les labels. Pour les indépendants, ils vivent grâce au statut d’intermittent et donc essentiellement du live. En revanche il affirme bel et bien que c’est fondamental pour son groupe de tourner, voire vital. D’après lui le spectacle se porte très bien, le public est présent. « Beaucoup de professionnels restent encore très attachés à la vente du disque. Mais les choses sont en train de se transformer. Le support se dématérialise. »

En effet au sein de cette période de décroissante commerciale du disque, celui-ci s’apparente de plus en plus à une simple « carte de visite » pour les artistes.

J’ai par la suite posé la même question à Samantha Cotte du groupe Hyphen Hyphen, afin de savoir si son groupe aussi ressentait cette pression issue de la crise de l’industrie musicale. Le groupe rejoint l’avis de Sean Bouchard, face à la crise se produire sur scène est devenu primordial. Samantha Cotta rejoint par la suite l’avis de José Reis Fontao en expliquant que l’économie du live est complètement différente de celle du disque. Le merchandising n’apparaît que comme un supplément à la rémunération de leur cachet artistique.

Nous pouvons ainsi constater que la crise de l’industrie musicale renforce l’intérêt de la production scénique pour les artistes mais n’engendre pas une importante pression. Ainsi son impact est moindre et il ne renforce que très peu la notion d’apports des festivals de musiques actuelles en termes de promotion artistique.

9.3 La promotion des artistes émergents et des pratiques artistiques en amateur

Enfin nous pouvons terminer cette partie en traitant du fait qu’un festival est un élément de soutien pour les artistes émergents régionaux. Nous verrons ici que les festivals de musiques actuelles s’investissent tous de façon souvent très importante à la promotion et à la découverte des nouveaux talents par le biais d’un grand nombre d’initiatives toutes très abouties.

– Découvertes de nouveaux talents

Les festivals de musiques actuelles sont de véritables éléments moteurs dans la découverte de nouveaux talents. Tout d’abord grâce à l’animation extérieure découlant du festival in. Le festival off permet aux artistes de se promouvoir par le biais de représentations improvisées adjacente à « l’épicentre » de la manifestation, profitant ainsi du grand nombre de visiteurs. En outre les festivals sont souvent des lieux de prédilection pour les avant-premières, grâce aux risques qu’ils leurs arrivent de prendre en proposant un artiste encore méconnu du public mais dont ils pensent que le talent peut couvrir une première partie d’un concert d’un artiste de plus grande envergure. Enfin le label de qualité procuré par la participation à un festival de renommé contribue autant aux artistes émergents qu’aux professionnels.

– L’intérêt pour les jeunes artistes : la concentration de professionnels

Lors de mes entretiens avec José Reis Fontao et Samantha Cotta, je leurs ai par ailleurs demandé ce qu’ils pensaient, d’après leurs expériences personnelles, de l’impact des festivals au sujet des artistes émergents. Ces deux artistes ont mentionné le fait que l’avantage des festivals réside dans la forte concentration de professionnels de la musique. Comme nous l’avons vu dans la partie 9.1, « les festivals sont des lieux privilégiés pour les artistes et de découverte pour le public, ils permettent aussi la rencontre entre les producteurs d’oeuvres à la recherche de diffuseurs et des programmateurs qui viennent y faire leur sélection pour leur structure. » Et cela concerne avant tout les artistes émergents.

José Reis Fontao a par ailleurs décrit concrètement ce que les festivals de musiques actuelles impliquent pour les jeunes artistes : « si tu es talentueux, malin et que tu fais un bon concert sur un petit spot d’un festival et que tu as la chance que les professionnels soient devant toi […] et bien ça peut t’apporter beaucoup de choses ! Le bouche à oreille entre professionnels en France fonctionne super bien ! La preuve, on l’a utilisé pendant 10 ans… ! »

Samantha Cotta a rejoint son point de vue en expliquant que les festivals sont de véritables tremplins pour les jeunes artistes. C’est souvent la première occasion pour eux de jouer devant un public de professionnel. Et si il s’avère que le groupe est talentueux, alors cela peut conditionner sa carrière, engendrer des dates de concerts voire une signature -tant attendue pour un petit groupe- avec un label ou un major.

– Les moyens mis à leurs dispositions par les festivals

D’après Sean Bouchard, pour un jeune artiste jouer en première partie d’un groupe de plus grande renommée et ainsi pouvoir bénéficier de son public est une opportunité non négligeable. C’est une des étapes indispensables à passer. Pour les artistes émergents il faut en effet savoir agir par étape et se montrer ambitieux mais en restant également réaliste. Comme nous l’avons vu, les festivals offrent cette possibilité.

Mais grands nombres de festivals de musiques actuelles s’investissent beaucoup plus dans la promotion des artistes régionaux. Le Printemps de Bourges est un cas exemplaire, avec ses Découvertes. Depuis plus de vingt-sept ans le Réseau Printemps et les antennes du Printemps de Bourges unissent leurs moyens et leurs compétences pour repérer et sélectionner les futurs talents en rock, chanson, musiques urbains et électroniques. Pour leur édition de 2012, trente-deux groupes ont ainsi été sélectionnés parmi plus de 3 500 candidatures déposées sur le site Internet du Réseau Printemps. Parmi eux, le groupe Hyphen Hyphen qui a ainsi pu se produire durant le festival le 27 avril dernier.

Mais ces initiatives ne sont pas seulement réservées par les festivals en milieu urbain. Comme nous l’avons vu durant la partie 7.2, les Vieilles Charrues proposent le même dispositif à échelle régionale par le biais de son tremplin les Jeunes Charrues. La sélection s’effectue par tremplins, c’est-à-dire des concours entre plusieurs jeunes artistes qui sont jugés par le public et des professionnels sur leur performance scénique le temps d’un concert. Pour rappel suite à la description effectuée durant la partie 7.2, en dix-sept ans, plus de 5 000 groupes se sont inscrits pour participer à l’opération et plus de 400 ont accédé à la scène dans leur région d’origine devant plus de 55 000 spectateurs !

– Les pratiques amateures et arts méconnus du grand public

Enfin, nous pouvons citer le fait que les festivals contribuent à promouvoir des pratiques amateures voire des arts méconnus du grand public.

Par exemple les arts de rue, dont le nom est aujourd’hui reconnu mais dont très peu de gens avouent avoir déjà assisté à un spectacle.

L’association des Vieilles Charrues lors de son festival d’hiver Les Charrues dans la Rue, que nous avons cité précédemment dans la partie 7.2, collabore avec le Centre National des Arts de la Rue le Fourneau, proposant ainsi tous les ans en mars un grand spectacle de rue unique et gratuit pour les populations locales. Elle contribue par ailleurs à valoriser la vie culturelle de la Bretagne qui est l’une des plus dynamiques de France en matière artistique et culturelle. Les Vieilles Charrues font preuve ainsi d’intelligence en participant à l’ouverture sur le monde de la Bretagne qui témoigne d’jà d’une richesse d’ancrage dans les territoires des pratiques amateurs.

De plus nous pouvons mentionner ici le fait que les festivals contribuent à la valorisation des pratiques amateurs en proposant souvent des ateliers et des stages artistiques à leurs publics. Les possibilités à ce sujet sont énormes et souvent très appréciées par les festivaliers.

* Source : Participation bénévole à l’étude de public du TNBA durant le Festival Novart 2010 dans le cadre de ma formation ICART
* Dans le jargon des organisateurs de concerts une résidence consiste à mettre à la disposition d’un artiste un lieu de travail, une assistance technique et une aide financière le plus souvent, afin de l’accompagner dans sa professionnalisation. Concrètement une résidence lui permet de travailler sur son projet artistique dans de véritables circonstances scéniques avec l’aide d’un technicien.
* Constats de Luc Bénito dans son ouvrage Les festivals en France, marchés, enjeux et alchimie de 2001
* Source : BÉNITO Luc, Les Festivals en France, marchés, enjeux et alchimie – 2001 – p.35
* Source : BÉNITO Luc, Les Festivals en France, marchés, enjeux et alchimie – 2001 – p.40
* Source : NÉGRIER Emmanuel, Les Nouveaux territoires des festivals – 2007 – p. 32 à 41
* Pour plus d’informations, se référer aux dépenses liées aux transports, page 74
* Source : MIRLESSE A. et ANGLADE A., Quelle politique culturelle pour la France ?, débat HEC-ENS à l’Ecole Nationale Supérieure, 2006
* Source : BÉNITO Luc, Les Festivals en France, marchés, enjeux et alchimie – 2001 – p.71
* Source : http://www.letudiant.fr/loisirsvie-pratique/loisirsvie-pratique-people/comment-je-suis-devenu-programmateur-des-vieilles-charrues-14713.html

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