CHAPITRE Ier : PROLEGOMENES METAPHYSIQUES

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Introduction

Les métaphysiciens sont souvent sommés de se payer de mots, disait Etienne Gilson tout en reconnaissant que certains mots sont la matière même de la réflexion métaphysique (2).

Qu’à cela ne tienne, il répondait que ce n’était pas là une raison assez suffisante pour jeter un discrédit sur la métaphysique. A celui qui parle, il n’est pas adressé le reproche de vouloir comprendre le sens de ses mots. Pour que le reproche fait aux métaphysiciens soit pertinent, il faut soit que ces derniers s’interrogent effectivement sur des mots dépourvus de sens, soit qu’ils cherchent dans les mots une connaissance du réel qui ne s’y trouve aucunement(3).

Dès lors, toute métaphysique pertinente doit chercher à préciser d’abord le sens de certains termes. Il est des mots que le langage courant emploie sans porter une attention sur leur sens. Et le métaphysicien fait parfois remarquer les particularités que présentent ces mots. Le mot être par exemple, n’est pas d’origine métaphysique. Déjà, à l’époque où les premiers métaphysiciens ont commencé à s’interroger sur son sens, ce mot existait dans la langue courante.

La métaphysique pose plutôt le problème de la plausibilité ou non d’une connaissance du réel véhiculée par le langage courant pris dans sa spontanéité pure. Voilà en quoi, fait noter Gilson, la métaphysique porte sur des mots : pour s’interroger sur leur signification et « pour déterminer leur contenu réel. (4)» Si le langage ordinaire contient des éléments de connaissance philosophique, la métaphysique cherche à vérifier ce contenu et, le cas échéant, à le mettre en lumière. Et il y a aussi un au-delà du langage que la métaphysique cherche à saisir.

C’est pour cette raison qu’il nous a semblé impérieux, avant tout, de commencer par une élucidation terminologique de quelques concepts que nous allons manipuler tout au long de notre réflexion. Telle est la tâche que nous assignons à ce premier chapitre.

2 Cf. E. GILSON, L’être et l’essence, Paris, J. Vrin, 2000, p. 11-12.
3 Cf. ibid.
4 Ibid., p. 12.

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