C. Le dériveur

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La dérive élève la flânerie en manifeste. Le premier numéro de l’Internationale Situationniste paru en juin 1958 en annonce ainsi le programme :

Mode de comportement expérimental lié aux conditions de la société urbaine : technique de passage hâtif à travers des ambiances variées. Se dit aussi, plus particulièrement, pour désigner la durée d’un exercice continu de cette expérience (61).

Dériver, c’est changer de paysage pour se dépayser, pour s’arracher à la fascination du spectacle : c’est une flânerie critique, ironique, où le hasard est provoqué plutôt que subi. C’est aussi un « moyen poétique de s’approprier une ville de manière désaliénante (62)» : sans but ni fonction, c’est une exploration dans le noir, un saut dans le vide. Dériver, c’est encore délirer, du latin delirare, « sortir du sillon » ; c’est prendre un chemin qui ne mène nulle part. La ville, lieu commun, est aussi un lieu de règles, de cadres ; le flâneur les explore au rythme nonchalant de la promenade, le « dériveur » s’en joue et franchit les frontières pour investir l’espace.

61 Cité in Dictionnaire, « Dérive situationniste », p. 82-83
62 Ibid.

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