B. Lien de la théorie des intelligences multiples avec les sciences de l’éducation et le travail de l’enseignant

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Pour comprendre ce que pourraient apporter les IM à notre système d’enseignement, il faut tout d’abord tenter de comprendre quelles sont les formes d’intelligences actuellement développées par les systèmes et les styles d’enseignement traditionnels ?

D’après Hervé Cellier, Maître de conférences, Université Paris X Nanterre, laboratoire CREF-EA 15 89, il s’opère aujourd’hui une transition dans le système d’enseignement qui devra amener à repenser l’école dans le sens d’une gestion par l’usager : « L’École française se trouve confrontée à des difficultés dont les solutions sont susceptibles de garantir sa survie ou, au contraire, sa faillite.

Dans tous les domaines où se nouent les difficultés que connaît le système scolaire, la cohérence, aujourd’hui, est à l’ordre du jour. Cohérence entre la prise en compte des besoins spécifiques des élèves et l’orientation scolaire, cohérence entre les objectifs d’une nation démocratique et les résultats produits. Cette qualité d’ordre logique est à mettre en lien avec une qualité d’ordre social, cette fois : la cohésion. Mais celles-ci sont mises à mal là où Cornélius Castoriadis nous expliquait naguère qu’une société démocratique s’auto institue, c’est-à-dire qu’elle est capable de modifier ses cadres de pensée, toujours en quête d’une plus grande justice. Cohésion et cohérence sont malmenées aussi par la situation scolaire paradoxale des enfants à haut potentiel. Là est le défi de la singularité : ces élèves disposent de qualités exceptionnelles que l’École peine à mettre en valeur ».

Outre le fait que le système d’enseignement actuel favorise peu d’intelligence, il place les individus en position de concurrence implicite ou explicite en fonction des choix évaluatifs de l’enseignant tenu lui-même à un cahier des charges. Cette pression sociale qui apparait dès le primaire et s’accentue au collège favorise également dans l’esprit de l’élève qu’on ne peut réussir qu’en se positionnant vis-à-vis d’autrui dans des critères uniformes. La société française contribue ainsi depuis de nombreuses années à des classifications binaires, qui ne peuvent rendre compte de la diversité de la société.

I.B.2. Une fracture entre la multiplicité de schéma de cognition de l’être humain et l’étroitesse des critères de notre système d’enseignement

En quoi et pourquoi les systèmes et les styles d’enseignement traditionnels ne favorisent-ils pas les intelligences multiples ? Notre système d’enseignement part du principe que chaque élève doit arriver au même socle commun de connaissance. Pour arriver à leur poste d’enseignant, ces derniers ont subi des formations lors desquelles ils ont dû eux même satisfaire à des critères communs. L’école de la République propose d’offrir à chacun la possibilité de combler les manques de leur niveau social d’origine afin d’offrir à tous les mêmes chances.

D’autres opposent à cette vision les trop grands pouvoirs de l’Etat de mettre en oeuvre les moyens de se substituer aux familles et par la même d’oublier peut être la diversité qui pourrait nourrir la société. Un des outils sur le terrain est la différenciation pédagogique. Nous pouvons relever la définition qu’en a fait le Conseil supérieur de l’éducation en 1998 : « Démarche qui met en oeuvre un ensemble diversifié de moyens d’enseignement et d’apprentissage afin de permettre à des élèves d’âges, d’origines, d’aptitudes et de savoir-faire hétérogènes d’atteindre par des voies différentes des objectifs communs, et, ultérieurement, la réussite éducative. »

La réussite éducative passerait donc par la mise en oeuvre de différenciation pédagogique. Mais parle-t-on ici de réussite instructive ou éducative ? Considérée comme une condition optimale d’enseignement, cette méthode consisterait pour l’enseignant à parvenir dans un premier temps à faire un bon diagnostic du groupe, des problèmes dans le groupe, de ce qu’il faut développer, en se posant les questions : où en sont les élèves et où est-ce que je veux les amener ? Le système d’enseignement actuel consiste plus à doubler les moyens visant à permettre à l’élève de comprendre ou intégrer un système de valeur qui n’est peut être pas le sien, plus qu’à déployer des outils adaptés à ceux qui en sont les bénéficiaires.

Une fracture entre la multiplicité de schéma de cognition de l’être humain et l’étroitesse des critères de notre système d’enseignement

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(http://www.la-croix.com/Famille/Parents-Enfants/Dossiers/Education-et-Valeurs/A-l-ecole/Les-parents-de-l-enseignement-prive-veulent-changer-l-ecole-_NP_-2012-05-30-812399)

I.B.3. Les intelligences multiples, une approche différente comme recours aux problématiques scolaires

Au final, pourquoi et pour qui favoriser les intelligences multiples ? Outre les aspects de motivation à travailler et apprendre et par la même la mise en recul des violences et décrochages scolaires, la théorie des IM a été observée par des spécialistes de l’éducation et des médecins dont les spécialités les amènent à rechercher sur des stimuli cognitifs. Le Dr Régine ZEKRI-HURSTEL est neurologue. En 2005 elle a publié l’alphabet des 5 sens aux éditions Robert Laffont, ouvrage dans lequel elle propose des outils d’apprentissage à la lecture qu’elle a elle-même travailler avec des enfants dyslexiques et des adultes illettrés. Sa méthode se fonde sur un diagnostic poussé de l’individu avant d’introduire des notions. Les rythmes sont respectés.

Reconnaître les intelligences multiples, c’est au-delà reconnaître que nous ne sommes pas tous égaux et unique. Il est vrai que notre société néolibérale fait de nous par l’intermédiaire du carburant économique qui la nourrit des personnes égales en théorie. Mais ce modèle démocratique de notre société induit des effets pervers car en réalité nous ne sommes pas tous identiques. De fait, les formations incluant les IM pourraient répondre aux besoins différents de la société si cette dernière pouvait décemment être représentée. Dans leur ouvrage : « L’Intelligence de l’autre – Prendre en compte les différences culturelles dans un monde à gérer en commun », les auteurs Michel Sauquet et Martin Vielajus nous disent que : « la mondialisation n’est pas une mise au pas.

Elle provoque certes une formidable réduction de l’espace et du temps de communication, mais elle n’a pas gommé la diversité culturelle. À ceux qui, dans l’humanitaire, dans l’entreprise, dans les organisations internationales, sont amenés à travailler ou à vivre dans des cultures qui ne sont pas les leurs, ce livre apporte une réflexion sur la différence, les malentendus culturels, l’enjeu de l’identification de terrains d’entente ».

Ils proposent aux professionnels un réflexe de questionnement de la culture de l’autre : a-t-il la même conception du temps, de l’action, de la richesse, de la hiérarchie, du lien à l’environnement naturel ? Parlons-nous le même langage ? Toute communication n’est-elle que verbale ? Autant de questions qui nous aident à prendre conscience de notre propre conditionnement culturel et nous incitent à pratiquer ces deux vertus de la relation interculturelle : le doute, qui n’empêche pas les convictions ; la patience, qui n’empêche pas le dynamisme. La négation de la diversité de l’intelligence de l’autre à l’école à des conséquences dommageables sur la prise en compte des diversités au sein de la société.

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