Annexe 2 : Bénédict de Saint-Laurent : Les pays du Printemps arabe sont confrontés à un fort recul économique

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Conseiller scientifique d’ANIMA Investment Network (plateforme multi-pays réunissant plus de 80 organisations de développement du bassin méditerranéen) Bénédict de Saint-Laurent nous livre ici une synthèse des travaux en cours sur l’impact économique des révolutions arabes, et sur l’incontournable question corollaire : comment peut – doit – se positionner l’Europe pour accompagner au mieux ces changements ?

LeJMED.fr – Bénédict de Saint-Laurent, vous venez de réaliser une revue des conséquences économiques des révolutions arabes. Quels en sont les points essentiels ? Bénédict de Saint-Laurent – Le premier constat, d’ordre général, est que les révolutions arabes attirent davantage de sympathie auprès des opinions publiques, en particulier européennes, qu’auprès des investisseurs… Et même le public, aussi acquis soit-il à l’avancement de la démocratie, répugne parfois à y séjourner en tant que touriste. Dans le même temps, les travailleurs migrants venant du sud, source importante de financement extérieur, sont regardés avec méfiance par les gouvernements européens. Nous sommes en pleine ambigüité…

LeJMED.fr – Et sur le plan économique, quelles précisions nous apportent les indicateurs que vous avez explorés ? On imagine évidemment une situation relativement dégradée ? Bénédict de Saint-Laurent – À court terme, l’impact des révolutions est en effet plutôt négatif pour l’économie des pays MED-11.

Toutes les recettes extérieures baissent -tourisme, envois des migrants, investissements étrangers. L’activité est souvent perturbée par un climat politique et syndical très revendicatif. Beaucoup d’entreprises tournent au ralenti. Malgré les perspectives lointaines d’amélioration – gouvernance, justice sociale, transparence – l’économie souffre et cela fragilise bien sûr ceux qui soutiennent la démocratie. Dans notre domaine, les IDE, et surtout les partenariats avec les entreprises étrangères, enregistrent une baisse sensible depuis le début de 2011.

Plus précisément, d’après la note de conjoncture trimestrielle de Zoé Luçon, responsable au sein d’ANIMA de l’Observatoire ANIMA-MIPO, le nombre d’annonces de projets d’IDE dans les pays MED a diminué de 13 % en rythme annuel, au 1er trimestre 2011, avec 184 projets contre 845 au total en 2010. Les montants sont en revanche en hausse – 10 milliards d’euros annoncés contre 33,7 en 2010 –, mais cette hausse est due pour l’essentiel à la Turquie et à Israël. Les pays arabes sont en nette baisse.

Les partenariats d’entreprises enregistrent aussi un net recul : 76 annonces pour le 1er trimestre 2011, contre 511 au total pour l’année 2010 (-41 %). La chute est supérieure à 50 % dans les pays du Maghreb et du Machreck (sauf le Maroc, a -35 %). Il s’agit du premier recul dans l’évolution des partenariats depuis que nous les suivons, c’est à dire depuis 2003. Enfin, les fonds mobilisés par le capital-investissement sont également en baisse depuis le pic observé en 2007 et malgré un redressement en 2010. Sur le premier trimestre 2011 et selon l’observatoire ANIMA-MedFunds, les créations de fonds baissent de 50 % en rythme annuel. LeJMED.fr – En quelle manière les pays particulièrement concernés par le Printemps arabe sont-ils plus affectés par ce recul général ?

Bénédict de Saint-Laurent – La Tunisie, l’Égypte et la Libye connaissent les baisses les plus sévères des nombres de projets d’IDE : -25 % pour la Libye et -50 % pour la Tunisie et l’Égypte au premier trimestre 2011 par rapport au T1-

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