5. Un terrain investi au moyen de deux méthodes qualitatives d’enquête

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Pour effectuer notre recherche, nous avons choisi d’utiliser deux méthodes complémentaires l’une de l’autre, l’entretien de recherche(32), et l’observation(33). En parallèle, la recherche bibliographique et documentaire (articles de presses, revues spécialisées, ouvrages de recherche) nous a aidé à compléter divers manques d’informations.

L’entretien de recherche est une situation de communication interpersonnelle que met en place un intervieweur afin d’obtenir de la part d’une autre personne un ensemble d’informations sur un aspect du réel en lui donnant la parole. Dans le cadre de cette situation de communication spéciale, l’intervieweur se comporte de manière à laisser à son interlocuteur une grande marge d’initiative pour que ce dernier puisse s’exprimer à sa façon, en utilisant ses propres mots et en suivant le fil de ses pensées sur le thème qui lui a été désigné en début d’entretien. D’où la difficulté à concilier une grande autonomie d’expression laissée à l’interviewé et le cadrage de sa prise de parole. Dans le cadre de notre recherche nous avons utilisé ce qu’on appelle des entretiens semi-directifs. Pour ce faire, un guide d’entretien est construit au préalable, il sert de canevas que l’on adapte au discours de l’enquêté pour la formulation et l’ordre des thèmes à aborder (il ne faut pas rompre la dynamique discursive, d’où l’exigence de faire preuve d’une certaine souplesse vis-à-vis du guide). L’enquêteur alterne donc attitude directive et non directive en étant à l’écoute d’une parole exprimée de manière relativement autonome. Il cherche à saisir, non seulement le point de vue propre de l’interviewé, appréhendé en tant qu’être singulier, mais aussi celui qui prévaut dans son ou ses groupes d’appartenance.

L’observation consiste à se trouver présent et mêlé à une situation sociale pour l’enregistrer et l’interpréter en s’efforçant de ne pas la modifier. Dans le cadre de notre recherche, il s’agit d’une observation dite ponctuelle, laquelle, selon Henri Peretz, consiste à se rendre une fois ou deux sur les lieux pour un simple exercice, un repérage, ou une première tentative. L’objectif final de l’observation est de trouver une signification sociologique aux données recueillies de les classer et de mesurer leur degré de généralité.

Par manque de temps et de moyens, nous savions qu’il nous serait impossible d’effectuer plusieurs observations. Aussi notre objectif était simplement de saisir une atmosphère à un moment donné, dans et aux abords du stade, autrement dit voir comment se déroule concrètement un match du PSG au Parc des Princes après le plan Leproux. Nous avons donc mis en place une grille d’observation(34), afin de définir le matériel à utiliser, les différentes choses à observer, comparer, faire. Par exemple essayer de discuter avec différents supporters et des stadiers, observer le comportement, le langage, les interactions entre supporters, la manière de vivre le match, etc.

Nous avons donc choisi d’aller au match PSG-Toulouse du dimanche 27 février 2011. Nous avons choisi cette rencontre car il s’agissait d’un match type de championnat, sans aucun caractère exceptionnel (tel qu’une rencontre de coupe de France ou un match de coupe d’Europe). Au niveau du poste d’observation, une place dans un des deux virages nous a semblé le plus propice à une telle entreprise, car ce sont évidemment ces tribunes qui sont principalement concernées par ce plan. Pour acheter les billets, nous sommes d’abord allé sur le site du club, mais il s’est avéré impossible de prendre des places en virage car nous ne disposions pas de la carte « Tous PSG ». Cette dernière est gratuite, mais il faut se rendre au Parc des Princes pour l’obtenir. Nous avons donc appelé la billetterie, et on nous a informé que le mieux était de prendre la carte ainsi que les places pour le match le jour même. C’est donc ce que nous avons choisi de faire. Durant le match, nous avons préféré de ne pas prendre de note afin de ne pas éveiller les soupçons auprès des autres supporters. En revanche nous disposions d’une petite caméra nous permettant de filmer, de prendre des photos, et d’enregistrer des conversations ou des observations. Et juste après le match, dans le métro, nous avons tout de suite écris toutes nos observations sur un petit calepin, dans le but ensuite de rédiger un compte rendu complet.(35)

L’une des principales limites de cette observation est bien sûr le fait de ne pas avoir pu assister à plusieurs matchs, dans des tribunes différentes, afin de comparer, et d’avoir une vision plus globale, à la fois dans le temps et dans l’espace. Il nous était également impossible de comparer l’ambiance de l’avant et de l’après Leproux. Un autre manque dans cette observation est aussi notre peu d’expérience dans ce domaine de recherche. Il est en effet très difficile, surtout pour une première fois, de saisir toutes les informations, de mémoriser tout ce que l’on voit, ce que l’on entend, etc. Nous aurions aimé, par exemple, réussir à discuter avec plus de supporters, avec des stadiers, mais nous n’avons pas su peut-être en saisir l’opportunité. Globalement, cette observation a toutefois répondu à nos attentes : elle a permis d’expérimenter l’ambiance actuelle dans les tribunes et de prendre connaissance des interactions entre supporters. Et elle nous a par ailleurs permis de venir préparer les futurs entretiens.

En parallèle de cette observation, nous avons pris contact avec Antoine Lech, sociologue et supporter du PSG, et Nicolas Ksiss Martov, qui est journaliste et lui aussi supporter du PSG. L’objectif était d’obtenir un rendez-vous afin de discuter du thème du mémoire, éventuellement mieux nous orienter dans notre recherche, et nous fournir d’autres contacts pour de futurs entretiens. Nicolas Ksiss Martov nous a répondu assez rapidement nous expliquant que les gens du département supporters (D’Hallivillée notamment) ne sont pas forcément les mieux placés pour nous répondre car ils sont, selon lui, grillés et courtcircuités par la direction du PSG. Aussi nous a-t-il conseillé de contacter le service presse afin d’obtenir un entretien avec un responsable. Peu de temps après, nous avons réussi à obtenir un rendez-vous avec Antoine Lech. Nous nous sommes donc rencontrés dans un bar à Paris, la veille de l’observation au Parc des Princes. À la base, il s’agissait simplement d’une discussion informelle afin qu’il puisse nous rendre compte de la situation actuelle au PSG, nous orienter vers des supporters pour de futurs entretiens. Mais il s’est avéré que nous avons parlé très longuement (presque deux heures). D’entretien informel la situation s’est ainsi transformée en un entretien non directif. Il a en effet parlé très largement sur le thème du PSG et de la violence des supporters, sans que nous ayons à effectuer beaucoup de relances. Il nous a également donné quelques conseils pour l’observation du lendemain. Et même si nous n’avons pas enregistré cet entretien, nous avons pris des notes et l’avons retranscrit le plus fidèlement possible.

Ensuite nous avons pris contact avec plusieurs personnes dans le but d’obtenir un entretien. Nous avons envoyé un mail à des journalistes connaissant bien le PSG, à des membres de la direction du club et à des présidents d’associations de supporters. Nous n’avons malheureusement pas eu de réponses dans l’immédiat. Un ami, Loïc Morvam, supporter du PSG depuis plusieurs années, anciennement abonné en tribune Auteuil, et boycottant actuellement le Parc des Princes a cependant accepté volontiers de nous aider dans notre recherche. Nous avons donc pu nous entretenir avec lui par Skype le 27 mars (il était chez lui, au calme). Au préalable, nous avons établi un guide d’entretien afin de cibler les thèmes qu’il fallait aborder tout au long de l’interview(36). Il s’agissait donc cette fois-ci d’un entretien semi-directif. L’interviewé s’est exprimé très librement et facilement sur le sujet tant il semblait avoir beaucoup de choses à dire, peut-être un besoin de s’exprimer sur ce plan et sur le PSG. L’entretien a duré environ une heure. Par la suite, nous lui avons demandé s’il pouvait nous orienter vers un autre supporter. Nous avons donc pu effectuer un deuxième entretien avec un supporter du PSG, Stéphane, qui avait une vision complètement différente du premier, car notamment réabonné depuis janvier 2011. Nous avons réalisé cet entretien le 12 avril par téléphone. Il était a priori dans son salon, avec des enfants qui jouaient derrière lui, mais il n’a pas été interrompu une seule fois durant l’interview. Pour ce second entretien, bien que le guide soit le même, nous avons effectué beaucoup plus de relances, et cela a d’ailleurs duré moins longtemps (environ 35 minutes). Ce supporter se sentait moins concerné par le plan Leproux, et avait donc de fait moins de choses à dire sur le sujet.

Nous avons enregistré à l’aide d’un dictaphone ces deux interviews et avons pu les retranscrire intégralement(37). Nous avons « lissé » les entretiens, c’est-à-dire que nous avons éliminé toutes les fautes de syntaxe, les hésitations, les redites, le tout en conservant le sens du propos du questionné. Puis nous avons procédé à un regroupement par thèmes. Nous avons repéré ce qui alimentait le mieux notre problématique et notre hypothèse, nous avons également effectué des comparaisons entre l’observation et ces deux premiers entretiens.

Nous avons ensuite reçu une réponse positive de Stéphanie Bourhis, travaillant au département supporter du PSG. Nous avons donc établi un nouveau guide d’entretien(38), l’objectif principal étant d’obtenir le « point de vue du club » vis-à-vis de la situation actuelle au PSG. L’entretien était initialement prévu au Parc des Princes, mais suite à divers problèmes, et pour des contraintes de temps, nous avons préféré effectuer le rendez-vous par téléphone, le mercredi 27 avril.

De manière générale, le principal souci relatif à l’enquête de terrain fut le manque de temps. Nous aurions aimé avoir plus de marge pour pouvoir analyser plus en profondeur les entretiens, pouvoir nous rendre sur Paris pour rencontrer les personnes questionnées, effectuer plusieurs observations.

32 Pour préparer et mener nos entretiens, nous nous sommes appuyé sur : A. Blanchet, A. Gotman, L’enquête et ses méthodes : l’Entretien, Paris, Armand Colin, 2007, 126 p.
33 Pour ce qui est de l’observation, nous nous sommes principalement appuyé sur : H. Peretz, Les méthodes en sociologie : l’observation, Paris, La Découverte, 2004, 116 p.
34 Pour en prendre connaissance, se reporter à l’annexe n°1, p. 1
35 Pour en prendre connaissance, se reporter à l’annexe n°2, p. 2
36 Pour prendre connaissance de ce guide, se reporter à l’annexe n°3, p. 4
37 L’entretien retranscrit de Loïc Morvam figurent dans l’annexe n°4, p. 5
38 Ce guide d’entretien figure dans l’annexe n°5, p. 12

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